INTERVIEW AVEC MELISSA HOUINSOU

BL : Mélissa HOUINSOU les amis lecteurs de Biscottes Littéraires seront très heureux de vous connaître un peu plus.

MH : Je suis Mélissa Délalie HOUINSOU, originaire d’Abomey. J’aurai 17 ans le 03 Aout prochain. J’ai un cursus scolaire un peu spécial, j’ai passé le CEP et le BEPC respectivement au CM1 et en 4eme. J’ai obtenu mon Bac D l’an dernier à 15ans. J’ai fait une formation en anglais au Ghana, deux fois lauréate au concours épistolaire de la poste et passionnée de tout ce qui touche à l’art.

BL : Vous avez obtenu votre Bac D à l’âge de 15ans, comment arrivez-vous à concilier étude et passion?

MH : Je pense que j’aurai une réponse quand je commencerai l’Université. Avant la terminale, j’écrivais dès que j’en avais le temps, c’était ma thérapie, mon hobbie, mon anti-dépresseur. En classe, à la maison, dès que j’avais une pause, je me déversais et surtout pour mon petit oubli du temps. Mais en terminale je l’avais vraiment mise en pause, cette « folie ». Je n’écrivais alors que des poèmes et de petits textes, mais pas d’histoires ou de livres, parce qu’en situation scolaire, on nous conseille d’avoir ce petit espace privé qui nous permette de nous détendre, un loisir…Le choix a été vite fait pour moi.

BL : Une tête bien faite alors… Dites-nous concrètement, Mélissa, être écrivain était-ce un rêve depuis toute petite?

MH : Je ne dirai pas que c’était le cas. Honnêtement, mon rêve a toujours été d’aider les autres, de soigner des gens. Mais dès que j’ai su comment lire, je suis tombée amoureuse de l’écriture. J’ai grandi avec elle depuis l’âge de 6ans ; alors elle fait partie de moi. Il n’y a que depuis quelques années que j’ai envisagé de faire de l’écriture une mission un peu plus sérieuse, pas que pour mon plaisir mais aussi pour celui des autres. Mais je peux dire que si j’ai un rêve d’écrivain, c’est de devenir un devenir un écrivain influent qui pourra toucher les autres par ses mots.

 

 

BL : « Un pari dangereux », comment justifiez-vous ce titre qui excite à la lecture du contenu?

MH : Histoire drôle !  J’ai d’abord trouvé le titre puis une histoire qui va avec. Sans mentir, je me suis inspirée du titre qui m’est venu naturellement pour écrire l’histoire. C’est assez drôle, c’est en écrivant que j’ai eu progressivement les idées.

BL : Qu’est-ce qui a motivé fondamentalement l’écriture de « Un pari dangereux »?

MH : Écrire une histoire engageante… Mon but était de montrer comment le passé et les évènements de la vie peuvent empiéter sur la vie présente et future. Le passé n’est pas « juste le passé » comme on dit mais peut rapidement envahir le présent pour l’obscurcir

BL : Écrire jeune comme vous l’avez fait, cela ne vous met-il pas de pression ?

MH : Beaucoup de pression, j’avoue, parce que plusieurs yeux se posent sur moi et attendent que je fasse plus, toujours plus. Mais je garde la tête sur les épaules et essaie de vivre selon mes rêves.

BL : Dans votre livre, vous victimisez vos personnages féminins, est-ce à dire que les mâles sont toujours des prédateurs incorrigibles?

 

MH : Pas du tout, mais en réalité j’ai victimisé Zack, beaucoup plus que Kate à mon avis. Je pense que les hommes et les femmes ont des problèmes. Mais je voudrais juste insister sur le fait que la femme est de plus en plus bafouée, « marchandisée », utilisée, chosifiée… Et c’est révoltant.

BL : Ah. On sent dans cette réponse la rage d’une féministe qui sort ses griffes. Alors, le féminisme, qu’en pensez-vous? Du moins, qu’en dites-vous?

MH : Certains disent que je suis féministe et j’avoue l’être un peu, parce que je pense que la femme est aliénée, dominée triturée par les mâles. Mais attention ! Je ne dis pas que les hommes sont mauvais, certains sont vraiment géniaux mais d’autres dénigrent volontairement ou involontairement la femme. De même que certaines femmes sont démoniaques avec la gente masculine. Mais ce que je crois fondamentalement, c’est que la femme mérite qu’on la respecte. Et cela doit être enseigné aux enfants – filles et garçons – dès le bas-âges. Le féminisme, tel que je l’entends et le vis, c’est que l’on aide la femme à croire davantage en elle-même et à mettre au service de l’humanité toutes les potentialités dont la nature l’a dotée. Investir dans la femme, c’est œuvrer au salut de l’humanité. Sans la femme, la vie s’étiole, tarit, disparait car l’espèce humaine pour son renouvellement et sa pérennisation ne va pas sans l’action revitalisante de la femme. Si donc qu’elle est celle qui donne la vie, il est urgent d’en prendre soin. Personne ne crache ou ne fait ses besoins dans l’assiette dans laquelle il mange.

 

BL : Quel rôle pensez-vous donner, en tant qu’écrivaine, à la femme dans nos sociétés actuelles marquées par les TICs ?

MH : Avec les TICS, nous vivons un monde de plus en plus érotisé où la femme est l’hameçon principal utilisé par les firmes du plaisir pour appâter leur clientèle. Le corps de la femme est vendu aux enchères chaque jour sur divers sites. En cette ère des TICS, le rôle que je pense donner à la femme est celui de la booster et la pousser à soigner sa propre image et à se réapproprier ce qu’elle est fondamentalement : le sanctuaire de la vie. Je voudrais assigner à la femme dans le monde actuel, le rôle de veilleur et d’éveilleur. Je la voudrais artisane de paix, mère et éducatrice, modèle de la société meilleure à laquelle nous aspirons tous. J’en suis convaincue, les femmes sont des refuges, des piliers et cela ne changera jamais. Elles seront toujours une source d’inspiration, de tendresse et d’intelligence. A cet effet, je voudrais qu’elles soient davantage sapeurs-pompiers que pyromanes. Si elles se respectent, se prennent en charge matériellement et financièrement, je crois qu’elles seront davantage respectées et pourront donner le meilleur d’elles-mêmes pour l’édification du monde. Tant qu’elles seront à la solde des porte-monnaie mâles, elles seront toujours des proies faciles, des corps vendables…

BL : La première génération d’écrivains, en parlant des femmes africaines dans leurs œuvres, leur attribuent des rôles de procréatrice et d’éducatrice. Pensez-vous qu’ils avaient tort en ce moment de leur attribuer uniquement ces rôles? La femme africaine ne vaut-elle que ça?

MH : La femme est tellement plus que ça, évidemment ! L’être humain est tellement plus que les attributs premiers qu’on lui accorde. La femme africaine est une force, elle grandit avec des principes, des interdits, sa culture, autant d’éléments qui la rendent complète, forte. Avaient-elles tort, cette génération d’écrivains qui n’ont accordé à la femme que le statut de mère et d’éducatrice ? Je ne saurais le dire. Je pense plutôt que ces écrivains ont voulu peindre la femme africaine et la présenter sous les traits que vous avez relevés. Que ce soit Félix COUCHORO dans « L’Esclave« , ou Paul HAZOUME dans « Doguicimi« , on note, au-delà de ce qui est décrié, une certaine apologie de la femme. Voyez comment Paul Hazoumé, au détour de son histoire, a peint un tableau bien élogieux de la femme à travers Doguicimi, sans la réduire à la maternité. Bien plus il a fait d’elle un modèle d’honnêteté et de fidélité à toute épreuve. La femme, sous la plume de cette première génération d’écrivains africains, est entreprenante, apprend et éduque, dirige secrètement la société et donne cette image si gracieuse et colorée de l’Afrique (Cf. les femmes qui peuplent l’univers de « L’Esclave » de Félix COUCHORO). La femme africaine n’est pas qu’une ménagère. Elle est, et la nouvelle génération, l’a compris, un potentiel incroyable qui peut faire briller l’étincelle de fierté dans le regard de l’Afrique. Elle fait beaucoup. Et le monde le voit dans notre siècle.

BL : Certes, mais quand les femmes ont commencé par écrire, le constat est qu’elles dénoncent les conditions qu’on leur attribue et les autres situations que leurs impose la tradition. Pensez-vous qu’il suffit seulement de dénoncer pour que l’image traditionnelle qu’on leur colle change? Qu’auraient-elles dû faire davantage?

MH : On dit qu’écrire, c’est hurler en silence. C’est légitime de se plaindre à travers l’écriture. Parce qu’écrire c’est dénoncer ou admirer, c’est peindre le réel et les sentiments dont on est habité. Je pense qu’à travers les écrits déjà, les premières écrivaines africaines conscientisaient beaucoup comme Mariama Bâ avec Une si longue lettre« . Elles enseignaient et en même temps poussaient les autres femmes à s’affirmer, comme la meilleure amie du personnage principal de « Une si longue lettre » qui a quitté un mari effrontément infidèle pour se reconstruire une nouvelle vie aux USA. Alors oui, écrire est leur meilleure arme. Ce qu’elles auraient pu faire davantage, c’est de continuer à écrire et à hurler leur ras-le bol jusqu’à ce qu’on les écoute enfin et leur fasse justice. Ce qu’elles auraient pu faire, et que nous devons continuer à faire avec plus d’acharnement, c’est d’être beaucoup plus nombreuses dans le champ où sont décidées et votées les lois qui conditionnent le destin de tout le monde.

 

BL : En tant que femme intellectuelle et écrivaine, comment pensez-vous qu’on puisse concilier femme intellectuelle et femme au foyer?

MH : Je ne sais vraiment pas, mais de mon point de vue d’inexpérimentée, je pense que ça s’apprend sur le terrain. Chaque femme doit s’avoir ce qu’elle cherche et comment tout concilier. On a beau être femme intellectuelle, on est avant tout épouse et mère. Il est dit que celle qui veut garder son foyer, ne doit pas oublier qu’elle est doit pouvoir répondre à la fois au lit et à la cuisine. Et ça, on peut être femme intellectuelle et ne le faire.

BL : Vous êtes jeune, et les problèmes des jeunes ne sauraient vous laisser indifférente. Le problème des migrations aujourd’hui, qu’en dites-vous?

MH : Je pense que si les Africains (en particulier) migrent vers l’extérieur, c’est souvent pour de meilleures conditions de vie, d’études. Le fait est qu’en Afrique, et je l’affirme avec tristesse, les jeunes n’ont pas assez de soutien pour leurs rêves et objectifs et ils préfèrent aller à la recherche des solutions à leurs problèmes sous des cieux proches ou lointains où ils pensent les avoir. Pensez-vous que si tous ces noirs qui font aujourd’hui la fierté des Bleus avaient eu en terre noire les conditions favorables à l’éclosion et à l’épanouissement de leurs rêves, pensez-vous vraiment qu’ils auraient choisi le chemin de l’exile ? La jeunesse ne demande pas beaucoup de choses : juste qu’on croie en elle et qu’on la porte dans ses rêves. Mais tant que ceux qui nous « gèrent » ne penseront qu’à eux-mêmes, allumant ça-et-là des guerres, des conflits, des tueries, des boucheries, nous assisteront toujours impuissants à ces flots de migrations que nous déplorons. La fuite des cerveaux s’accompagnent de nos jours de la fuite des muscles, et nos meilleurs génies et sportifs font la gloire d’autres drapeaux. Je pense que la solution est que nous nous réveillions. Nous devons cesser, et ça, partout dans le monde, de laisser la haine et l’ambition nous dominer et nous anéantir. Robert, dans mon livre en est bon exemple. La haine et les ambitions démesurées conduisent à de mauvaises fins, brisent la vie, surtout celle des jeunes qui, pour la plupart, ne connaissent pas la paix et se jettent sur la première occasion pour fuir. Les migrations ne sont pas en soi mauvaises, elles peuvent être la solution à bien de problèmes. Mais il importe d’avoir une bonne politique pour les réguler.

 

BL : Que répondez-vous à ceux qui disent que votre plume n’a pas des couleurs locales ?

MH : Je dirai que j’écris avec mon cœur et mon âme, s’ils veulent voyager et présenter des réalités lointaines, c’est leur choix. Mon écriture ne dépend pas de moi. C’est moi qui dépends d’elle. Elle est capricieuse, voyageuse. Mais elle n’oublie jamais d’où elle vient.

BL : Votre style ressemble beaucoup au style des écrivains anglophones. Quels sont vos types de lecture ?

MH : Je lis un peu de tout. Je ne savais même qu’il y avait des styles selon la francophonie et l’anglophonie à part les règles propres aux langues. Mais j’ai toujours été obnubilée par les anglophones, leurs réalisations tant cinématographiques que livresques. J’aime leurs manières décrire, elle est spéciale, directe mais touchante. Je lis des livres africains, français, américains, de la fantasy à la romance. Je suis diversifiée et c’est le défi de ma plume : rendre l’écriture unifiée.

BL : À 17ans, pour qui écrivez-vous fondamentalement ? Les gens de votre âge ?

MH : En réalité, je pense que j’écris pour tout le monde : l’adolescent et l’âge mûr. Certaines choses que je pense ou écris, je le sais peuvent ne pas être saisies ou comprises par des esprits jeunes. Parfois ça me fait bien rire d’écrire des réalités de la vingtaine, de la trentaine et encore plus. J’aime la pensée aiguisée et profonde, qui titille les sens et la tête. Donc, forcément ceux de mon âge font partie de mon public.

BL : Vous êtes très active sur Wattpad. Cette plate-forme n’est pas très connue au Bénin. Quelles sont vos expériences avec Wattpad ?

MH : Non, elle n’est pas très connue. Je pense que wattpad est un voyage. Wattpad c’est la perle rare mais une arme dangereuse. J’ai commencé en tant que lectrice et grâce au système très favorable à l’écriture, j’ai commencé un livre en bonne et due forme. Sur wattpad, j’apprends tous les jours. J’ai bien grandi grâce à wattpad. Au départ, je ne corrigeais pas trop mes écrits, j’écrivais sans grande esthétique (sur wattpad) mais plus j’y passe du temps, plus mon écriture murit (en tombant sur de bonnes histoires) et j’en suis reconnaissante aux créateurs (et à mon cousin).

BL : Mélissa, parlez-nous de vos distractions, vos préférences en matière de cuisine, de couleurs, d’amitié. Quels sont vos plus grands projets en tant qu’écrivaine béninoise ?

MH : J’aime beaucoup lire et écrire, parler et rigoler avec ma famille et mes proches amis. J’aime presque tout ce qui est cuisine mais en particulier la sauce crincrin et l’igname pilée. J’adore le bleu et le noir, mes couleurs. En amitié, je ne vais qu’au feeling et j’ai tendance à m’attacher aux personnes un peu folles dans le bon sens. En tant qu’écrivaine, je rêve de me mondialiser comme mon idole J.K Rowling, de faire rêver des gens partout dans le monde et d’être une fierté pour mon pays. Je prévois d’écrire plusieurs romans, romance, science-fiction, fantasy, drame, des scénarios… etc.

 

BL : Votre mot de la fin

MH : Merci à ceux qui m’ont menacée quand j’ai voulu abandonner l’écriture et à ma famille. Merci à Biscottes Littéraires qui m’offre cette opportunité de m’exprimer. Je suis au matin d’une longue aventure. Les difficultés surviendront, mais je crois qu’avec le soutien des uns et des autres, je pourrai réaliser mes rêves. Je voudrais aussi exhorter tous ceux qui ont à charge de promouvoir la littérature à aider les jeunes à éditer leurs œuvres, car il y a beaucoup de jeunes qui ont des manuscrits et qui, faute de moyen, ont du mal à les éditer. Je dis ici toute ma reconnaissance à ma famille, mes amis, mes lecteurs, tous ceux qui m’ont aidée à faire paraître mon premier roman que je vous invite à lire. Vive la littérature béninoise. Je vous remercie.

 




7 thoughts on “INTERVIEW AVEC MELISSA HOUINSOU

  1. Félicitations à toi Melissa. Que les muses t’inspirent toujours et encore afin que tu nous sortes des nouvelles.

  2. Il y a des lectures dont on ne sort pas indemne. Tel est mon cas après avoir lu Un pari dangereux. Cet roman contient une jolie histoire, un vrai regal . Félicitation à toi ma meli cherie

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