« KONDO, LE REQUIN » JEAN PLIYA

  • Biobibliographie de l’auteur

Jean Pliya est un écrivain béninois né le 21 juillet 1931 à Djougou (Bénin), et mort le 14 mai 2015, à l’âge de 83 ans à Abidjan (Côte d’Ivoire). Il est originaire d’Abomey et était professeur d’histoire et de géographie. Père de 7 enfants, ses études secondaires commencées en 1946 au Bénin et en Côte d’Ivoire ont été poursuivies à l’Université de Dakar et de Toulouse. Il obtient sa licence de géographie en 1955, puis son DES en 1957. Cette même année, il passe son CAPES et devient professeur certifié d’histoire et de Géographie. Il enseigne l’histoire et la géographie de 1957 à 1969 en France (à Cahors et à Lyon), au Bénin (à Porto-Novo et à Cotonou). Il est Assistant de Géographie de 1969 à 1972 au Togo, puis de 1972 à 1976 à l’Université Nationale du Bénin. De 1983 à 1991, il enseigne la Géographie tropicale et économique à l’Université  de Niamey (Niger).

Il a énormément participé à la vie politique, administrative et religieuse de son pays. Il a été, à cet effet, Directeur de Cabinet du Ministre de l’Education Nationale de 1960 à 1963, ministre de l’Information et du Tourisme en 1963, Directeur  de Cabinet du Général SOGLO puis Député à l’Assemblée Nationale, Vice-doyen de la Faculté de Lettres et Sciences Humaines de l’Université Nationale du Bénin, Vice-recteur puis recteur de l’Université Nationale du Bénin, et Consultant au Ministère du Développement Rural et de la Coopération. Il est l’ancien Berger national du Renouveau charismatique du Bénin.

Jean Pliya a écrit des nouvelles, des pièces de théâtre, des romans et de nombreux livres spirituels notamment :

  • L’Arbre fétiche, recueil de nouvelles, Yaoundé, Editions CLE, 1971 ;
  • Le chimpanzé amoureux, nouvelles, les Classiques africains, 1977 ;
  • La secrétaire particulière, Yaoundé, Editions CLE, 1973 ;
  • Kondo le requin, théâtre, Yaoundé, CLE, 1981 ;
  • Les Tresseurs de cordes, Paris, Hatier, Abidjan, CEDA, 1987 ;
  • La fille têtue, Lomé, Nouvelles Editions africaines, 1982 ;
  • La conquête du bonheur,
  • Rosaire : Chemin de vie, Paru en 2002 ;
  • Des ténèbres à la Lumière, Saint Paul éditions religieuses, Paris Parution : février 2006 ;
  • Le combat spirituel : « Résistez au Diable et vous serez libres », Paris, Saint Paul éditions religieuses, 2014 ;
  • Prières après la communion : Eucharistie, Soleil de justice, Paris, Editions Pierre Téqui, 2015.
  • Neuvaine de protection spirituelle;
  • Vie chrétienne authentique et Protection de Dieu.

 

  • Résumé de l’œuvre

Pièce théâtrale, fresque historique, classique de la littérature négro-africaine d’expression française, Kondo, le requin est une œuvre qui met en scène l’histoire de l’arrivée du colon français dans le royaume d’Abomey (Dahomey), la conquête de ce royaume par le colon et les exploits du roi Gbêhanzin dont le court règne a marqué les générations.

« Les scènes se passent dans le royaume d’Abomey (Dahomey) entre 1889 et 1894 » (page 11). Le roi Glèlè, malade, délègue à son fils Kondo, son pouvoir royal pour que ce dernier le représente dans les rencontres et les prises de décisions. A la mort de Glèlè, Kondo fut intronisé roi et se fit appeler Gbêhanzin, mais plus précisément « Gbê han zin aï djrè », ce qui signifie «le monde tient l’œuf que la terre désirait ». Fort d’esprit, très intelligent et  d’une bonté exceptionnelle, Gbêhanzin est par ailleurs très conservateur et rigoureux en ce qui concerne la protection de l’intégrité de son territoire et le respect de la souveraineté du royaume dont il a la direction. Il ne concède alors pas aux colons français, l’occupation illégale de ses terres et se voit obligé de prendre les armes, quelques mois après son sacre, pour  résister à l’invasion coloniale. Les avertissements de Guèdègbé, le grand devin du royaume, ne l’ébranlèrent guère. Il participa lui-même aux affrontements contre les troupes françaises.

Cette guerre entraînait la destruction et la souffrance des populations dahoméennes, pendant que les armées de Gbêhanzin menaient une guerre farouche et désespérée contre les troupes du général Dodds. Affaibli surtout par la division et la trahison intérieures, il est vaincu par les Français techniquement plus forts. Il tente vainement de négocier la paix, mais traqué, il finit par se rendre après un discours émouvant, qu’il a adressé à ceux qui lui sont restés fidèles, et un dernier sacrifice aux dieux de sa terre.

 

  • Techniques théâtrales

Les techniques adoptées par l’auteur montrent le niveau de son style. Il existe bon nombre de techniques que le dramaturge peut utiliser dans sa pièce. On peut citer en l’occurrence pour ce qui est de cette œuvre : la didascalie, le monologue, le dialogue, l’aparté. Dans son étude intitulée « Résistance coloniale et techniques théâtrales dans Kondo, le requin de Jean Pliya », Mohammed Tijani affirme que : « L’habileté de l’écrivain réside aussi dans sa capacité à exprimer au public les idées indispensables de son œuvre dans le cadre contraignant de la représentation. Enfin, son choix de diviser la pièce en plusieurs parties appelées les actes, les scènes, sa manière de gérer les changements d’endroits, les entrées et les sorties des personnages, sont tant d’autres caractéristiques de sa technique ». Ces éléments influencent le contenu thématique de la pièce. Cela se fait clairement voir dans Kondo, le requin.

 

 

  • Structure de l’œuvre

La structuration de  la pièce est une des techniques théâtrales utilisées pour faciliter la représentation d’une pièce. La structure de cette pièce théâtrale de Jean Pliya est vraiment remarquable et bien faite, car elle prend bien en compte les séquences historiques de l’œuvre.

Ainsi, à sa guise, Jean Pliya a scindé cette pièce en trois grands actes. Chaque acte comporte un certain nombre de scènes. L’acte I, est composé de cinq scènes qui retracent le déroulement de la rencontre entre Bayol et Kondo puis la mort du roi Glèlè, l’intronisation de Gbêhanzin et enfin le déroulement d’un conseil de palais très agité. L’acte II, composé de quatre scènes, s’articule autour de la réception des otages français par Gbêhanzin dans son palais royal et la déclaration de guerre. L’acte III, quant à lui, comporte cinq scènes. Dans ces scènes nous sommes dans la période de la guerre. Même si on n’y trouve pas des scènes sur le déroulement de la guerre elle-même, les propos des paysans, des princes et  même des commandants français nous renseignent largement sur ce fait. Dans les scènes de cet acte, on assiste à l’assiègement du palais royal suite à la défaite de l’armée dahoméenne, l’errance de Gbêhanzin dans la forêt, et enfin sa reddition.

Par ailleurs on peut découper la pièce en différentes séquences historiques. On a donc, dans ce sens :

  • « (Dans la salle d’audience du palais du roi Glèlè, Bayol et Béraud, deux blancs, sont assis dans un angle, sur des tabourets…Dans ma carrière de gouverneur des Rivières-du-Sud, jamais l’on ne m’a traité de la sorte. Allons-nous-en. » : Rencontre entre Kondo et les représentants du président de la République française, Bayol et Béraud.
  • « (Tandis qu’ils sortent, un messager entre, se prosterne aux pieds de Kondo)…(Le rideau tombe ; on entend les accents d’un tam-tam funèbre : Zinli). » : Annonce de la mort du roi Glèlè.
  • « La même salle du palais où se trouve maintenant le trône de Gbêhanzin…Gloire et longue vie au roi Gbêhanzin (Le tam-tam Houngan éclate) » : Intronisation de Gbêhanzin.
  • « (Adjaho attend dans la salle d’audience du palais où se trouve le siège du roi…« Hêdé madjè houn da dôdjio, hin voun ! etc… » (Tout le conseil reprend). » : Conseil de palais mouvementé.
  • « (Le roi se trouve dans son palais de Kanan, étendu sur un sofa…afin que ces blancs aillent interdire à Bayol de commettre des imprudences. (Les deux reines sortent) » : Retour de Gbêhanzin de campagne et discussion avec ses épouses.
  • « (Une salle de réception du palais de Kanan…si la cadence d’un tam-tam change, il faut que change aussi le pas des danseurs. » : Réception des otages blancs.
  • « (Dans la case de Migan à Abomey)…Je t’accompagne. (Ils sortent) : Rencontre d’échange entre Migan et Gahou chez Migan à Abomey.
  • « (Une salle du palais royal…Gbêhanzin va les punir comme jamais ils ne l’ont été. (Sons du tam-tam « Adanhoun ») : Déclaration de guerre du gouvernement français au Danhomè.
  • « (La scène se passe sur la place de Singbodji…Au revoir Agada. (Ils sortent. Entrent les deux princes). » : Echange entre deux paysans, Bossou et Agada, au sujet de la guerre.
  • « GBEGNON : Eh ! Sètondji…Vivement les beaux jours ! (Ils sortent) » : Propos de deux princes, Gbègnon et Sètondji, au sujet de la guerre.
  • « (Une tente devant laquelle les deux capitaines Lombard et Schilemans coiffés d’un casque colonial, bavardent en attendant l’arrivée du colonel Dodds…Ah ! il faut bien rigoler de temps en temps. » : Réunion entre deux capitaines français (Lombard et Schilemans) et le général Dodds pour un point de guerre.
  • « (Dans la même salle que précédemment à Kanan…Au lieu de dépeindre la terreur que t’inspirent les Blancs, tu ferais mieux de regrouper tes guerriers » : Point de guerre de Gahou Goutchili au conseil royal.
  • « (Entre un messager affolé, haletant)…L’amazone s’écroule en continuant à grommeler : Malédictions !…) » : Assiégement du palais de Kanan.
  • « (Mêmes indications de mise en scène que pour la scène I de l’acte III…Au revoir Agada. (Ils sortent. Entrent les princes Sètondji et Gbègnon) » : Opinion de Bossou et d’Agada sur l’assiégement du royaume par les troupes françaises et la fuite de Gbêhanzin.
  • « SETONDJI : Où vas-tu de ce pas, Gbègnon ?…Que les ancêtres guident nos pas ! (Ils sortent. Au loin sonne toujours le clairon) » : Bref échange entre les princes Gbègnon et Sètondji sur l’assiégement du royaume et la fuite de Gbêhanzin.
  • « (Dans la brousse, aux environs d’Atchérigbé, campement sommaire sous un arbre…Qu’on égorge un taureau et m’apporte le sang et quelques tranches grillées ! » : Gbêhanzin et une partie de son peuple dans la forêt d’Atchérigbé.
  • « (Adandédjan revient avec Gnimavo, Zinzindohoué, Tchédigan, Guèdègbé, Sètondji, Bossou, quatre femmes dont Djikada)…En avant pour la longue marche ! (Le tam-tam Zinli résonne plus fort). » : Sacrifice aux dieux, discours d’adieu et reddition de Gbêhanzin.

 

  • Le décor de la pièce

Dans le théâtre, le décor est l’ensemble de ce qui sert à représenter les lieux de l’action (Dictionnaire Universel). Les éléments du décor ont pour fonction de faire revivre l’histoire et l’intrigue. Le décor vient en support des didascalies.

Dans Kondo, le requin le décor est simple. On peut remarquer que le décor des scènes qui se déroulent dans le palais royal est traditionnel : « Dans la salle d’audience du palais du roi Glèlè, Bayol et Béraud, deux Blancs, sont assis dans un angle, sur des tabourets. Dans le fond, entourant un siège en bois sculpté, des princes et des princesses, l’air indifférent ou soupçonneux » (page 13). Ce décor traditionnel est marqué par la présence d’objets comme les tabourets, le siège en bois sculpté et des antiquités. Le décor est très souvent indiqué entre parenthèses avant le déroulement de chaque scène. Il varie donc en fonction des pièces. Ainsi, il existe d’autres décors dans la pièce. On a le décor de la violence de la première scène, la place d’Adjahi où se font les sacrifices humains.

Le décor est très important dans l’analyse de la technique théâtrale. Il donne l’avant goût de l’histoire, l’apparence des personnages et lance le spectateur et aussi le lecteur dans les événements qui se dérouleront.

  • Les didascalies

Une didascalie est une indication scénique donnée par l’auteur, accompagnant le texte d’une œuvre théâtrale (Dictionnaire HACHETTE 2007). Elle permet de donner des informations sur le comportement, l’humeur ou encore la tenue vestimentaire d’un personnage. Même si elles sont insérées dans le dialogue écrit, elles n’en font pourtant pas partie, et ne doivent pas être prononcées sur scène. La richesse de la pièce dépend énormément de ses didascalies.

La pièce Kondo, le requin, pièce en trois actes, possède aussi des didascalies. Chacune d’elle donne l’avant-goût de ce qui va se passer dans la scène et cela affecte la portée thématique de la scène.

La didascalie de la scène III de l’Acte I, intitulée « Un conseil de palais mouvementé », donne l’image du déroulement de ce conseil de palais : « Adjaho attend dans la salle d’audience du palais où se trouve le siège du roi. Il fait des va-et-vient impatients. Gbêhanzin entre, accompagné de Mèhou. Dès l’apparition du roi, Adjaho se prosterne. Gbêhanzin debout l’interroge » (page 31). Le lecteur est ici conscient qu’il y a une mauvaise nouvelle, que quelque chose se trame et que les choses seront bouleversées d’ici à là. La description de l’atmosphère donne cette idée de ce qui va se passer dans la scène. La didascalie de la scène intitulée « Catastrophe », crée chez le lecteur et/ou le spectateur une image de tension : « Dan la même salle que précédemment à Kanan. Le roi soucieux, en tenue simple, à demi-couché sur son sofa, entouré des reines, en compagnie de Guèdègbé, Migan, Mèhou, Tchédigan, Gnimavo, Gahou, tous abattus » (page 81). On voit ainsi comment sont décrites dans la scène la destruction et l’extermination des troupes Dahoméennes.

Vu les rôles qu’elle peut jouer dans une pièce de théâtre, on peut affirmer que les didascalies y sont d’une grande nécessité.

  • Le dialogue

Le dictionnaire HACHETTE 2007 définit le dialogue comme l’ensemble des paroles échangées entre les personnages d’une pièce de théâtre ; c’est aussi plus simplement l’échange ou la conversation entre deux personnes. Le dialogue est très important dans une pièce. Il permet de voir et d’examiner le sentiment des personnages qui échangent. Cette technique est le plus fréquemment utilisée par les dramaturges dans une œuvre théâtrale.

Jean Pliya se sert du dialogue pour véhiculer son message dans Kondo, le requin. Par exemple, le dialogue vif et animé entre Gbêhanzin et Bayol dès la première scène de la pièce  (pages 16 et 17) donne à réfléchir. Elle informe le lecteur/le spectateur de l’écart entre Kondo et les représentants Français, écart qui conduira à la guerre. En plus de cela, nous ne saurions passer sous silence les dialogues de deux princes, Sètondji et Gbêgnon. Pendant la guerre ils échangent des propos sur le déroulement de celle-ci (pages 74, 75 et 76). Après l’envahissement du royaume par les troupes Françaises, ils échangent une fois encore leur opinion personnelle des événements marquant le royaume dans la période. Ces dialogues montrent la position des Danhoméens sur le déroulement des événements dans le royaume.

  • L’aparté

L’aparté, selon le dictionnaire HACHETTE 2007, est une réplique qu’un acteur dit à part soi et qui est censé n’être entendu que par les spectateurs.

Dans Kondo, le requin, nous relevons un seul cas d’aparté. Dans la scène III de l’Acte I, Adjaho accuse Kinvo et Vichègan de complot. Lors de cette accusation, nous pouvons relever un usage d’aparté :

  • « AGASSOUNON Mon Seigneur et maître, vos actes sont parfaits. Vous surpassez en justice tous les descendants de Houégbadja et aucun d’eux n’égalera votre clémence.

[ …]

KINVO   Agassounon a dit la vérité. Je me prosterne devant le roi qui m’avait pardonné de graves fautes d’égarement. Cette fois encore, soyez magnanime et indulgent, ô seul toi désiré du Danhomè.

GBEGNON   (A part). Agassounon et Kinvo intercèdent pour la femme préférée de Glèlè. C’est suspect. » (page 34)

Gbègnon montre ici que l’intercession de Kinvo en faveur de Vichègan est suspecte. Le lecteur n’est pas au courant de ce qui se passe entre Vichègan et Kinvo. Mais la didascalie qui précède l’intervention précise bien qu’il s’exprimera à part. Donc de sorte que les autres personnages ne l’entendent. Mais le public lui doit l’entendre. Il semble donc s’adresser au public directement.

 

  • Etude des personnages

Le terme « personnage » désigne toute personne à laquelle on affecte une fonction ou un rôle. Kondo, le requin regorge d’une légion de personnages. A l’exception de quelques-uns qui sont d’origine française, il faudrait remarquer que les noms des autres personnages de la pièce de théâtre, qui sont tous des Dahoméens, sont des noms d’origine fon et trouvent leur signification dans cette langue majoritairement parlée de nos jours dans l’actuel Sud du Bénin. Les personnages de Kondo, le requin sont :

  • Kondo : prince héritier du royaume du Danhomè, fils du roi Glèlè, il succède à son père après la mort de ce dernier et se fait appeler « Gbêhanzin ». D’une très forte personnalité, il se démarque de tous les autres rois de la dynastie par ses pouvoirs exceptionnels, sa force, sa détermination, sa bravoure, sa considération d’autrui. Figure importante de la résistance coloniale en Afrique et au Danhomè en particulier, il est prêt à tout pour conserver et protéger son territoire, sa tradition et son peuple. Pour certains, cette guerre menée par Gbêhanin est due à ses négligences et à son entêtement.
  • Bayol : représentant de la République Française, il semble ne pas trop apprécier les Africains, leur comportement et leurs pratiques. Pour lui, les Africains ont obligatoirement besoin d’être civilisés par les blancs. Il veille à l’application des traités signés entre la République Française et le Royaume du Danhomè et exige au nom des droits de l’homme la cessation des sacrifices humains. Voulant mener cette guerre à tout prix et à cause de son mauvais caractère, il est rappelé dans son pays et remplacé par le colonel Dodds.
  • Dodds : Colonel puis Général de l’Armée, il est celui qui remplace Bayol après le rappel de ce dernier en France. Très instruit dans l’art de la guerre, il monte une tactique de combat qui supplanta la force de ses adversaires, les soldats dahoméens. Très courageux, il avoue le caractère remarquable de l’énergie et de la ténacité de Gbêhanzin. Cela ne l’empêche tout de même pas d’envahir, de prendre possession du royaume du Dahomey et de ses sujets et de contraindre Gbêhanzin à se rendre.
  • Beraud : C’est l’interprète et le secrétaire de Bayol. Il comprend la langue et connait les coutumes du royaume du Danhomè. Il a essayé d’en donner quelques brèves explications à son supérieur Bayol.
  • Mèhou : Il est le Ministre des Affaires Etrangères du Royaume du Danhomè. Il s’attèle à gagner l’amitié des étrangers, connait des problèmes relatifs aux traités signés par le royaume, leur application et leur respect, et veille au maintien de la paix entre les princes du royaume.
  • Gbègnon : Prince du royaume du Danhomè, inquiet de l’allure que prenait la guerre, il profite de la vie en récupérant les femmes des soldats morts et n’hésite pas à confier à son frère Sètondji que s’il le faut, il passerait dans le camp des Français lors de leur échange sur la guerre en cours. Après l’assiègement du royaume, il refuse de suivre Gbêhanzin et pense que tous ces événements sont dus au fait que le roi n’a pas écouté les oracles et pense qu’il devrait se rendre car pour lui, le royaume vivra de radieux jours sous le commandement des Français.
  • Sètondji : Prince du Royaume du Danhomè, à la différence de Gbègnon, même s’il reconnait que Gbêhanzin est d’une dureté inadmissible, il a foi aux soldats du royaume. Même après que le royaume a été envahi par les Français, il reste fidèle au roi Gbêhanzin et décide de le suivre et le soutenir lors de son errance dans la forêt d’Atchérigbé jusqu’au jour  de la reddition de ce dernier. Il trouve Gbêhanzin plus grand roi que jamais et pense que le Danhomè n’a jamais connu un pareil roi. Pour lui, c’est l’honneur de Gbêhanzin et du royaume qui lui recommandaient de résister farouchement au colonisateur français.
  • Kpanlingan : Crieur public, il est chargé de l’annonce des actes royaux. Il annonce la mort de Dada Glèlè, roi du Danhomey auquel a succédé Gbêhanzin.
  • Migan : Premier Ministre du royaume, il est chargé d’exécuter les sentences de mort. Il voit en Kondo une personnalité hors pair et a tellement confiance en lui-même s’il ressent que le règne de ce dernier sera mouvementé. Pour prouver que sa réputation n’est pas usurpée, il propose à Gbêhanzin d’exécuter 82 personnes pour honorer la mémoire de son père défunt. Il est très zélé à sa tâche.
  • Agassounon : C’est le grand consécrateur du royaume. C’est lui qui se charge, en raison de sa fonction, de l’intronisation du nouveau roi Kondo.
  • Adjaho : Il est le Ministre de la Police Secrète du royaume. Il informe le roi du présumé complot de Kinvo en complicité avec Vichègan et ses investigations lui rapportent que Kinvo s’est laissé corrompre par les blancs pour leur fournir des renseignements sur les desseins du roi.
  • Tokpo : Il est pour le royaume le Ministre de l’Agriculture et de l’Economie. Il se charge de l’approvisionnement des marchés du royaume en produits variés et du grenier royal. Après que les colonisateurs ont pris le contrôle sur le royaume, il reste avec eux dans le but d’obtenir les justes informations qu’il livre secrètement, tel un espion, à Gbêhanzin.
  • Akplogan : Ministre des Cultes, il est le gardien des tombeaux royaux d’Abomey et d’Allada, et veille au respect strict des coutumes. Pour lui, Gbêhanzin ne devrait pas mener cette guerre car les ancêtres et les dieux l’ont déconseillée. Il voit les coutumes violées et la catastrophe lorsque Gbêhanzin touche le Père Dorgère. Malgré le fait qu’il fasse partie de ceux qui ont suivi et soutenu Gbêhanzin jusque dans la forêt d’Atchérigbé, très conservateur, il lie l’échec de cette guerre à la violation délibérée des coutumes.
  • Kinvo : Il est le Ministre chargé de la Police du Palais communément désigné comme le Migan du Palais. Il fait partie de ceux qui ont demandé à Gbêhanzin de suivre les recommandations des ancêtres et des dieux. Soupçonné de tramer des machinations contre la sécurité du royaume, avec la complicité de l’incorrigible Vichégan, il est d’abord attaqué et battu une nuit, puis Gbêhanzin exige ce qu’il soit emprisonné dans des conditions peu humaines le jour suivant. Trouvant injuste cette condamnation, il prédit à Gbêhanzin qu’il ne règnera pas en paix sur le Danhomè.
  • Gahou Goutchili : Plus valeureux des compagnons d’enfance de Kondo, il est nommé Général en Chef de l’Armée Danhoméenne par ce dernier pour commander les quatre divisions de son armée. Il organise la tactique de combat de l’armée, l’approvisionnement en armes et dirige la guerre du côté de Danhomè. Malgré l’affaiblissement de l’armée, il reste toujours confiant et croit en la victoire. Il fait partie de ceux qui ont suivi et sont restés fidèles à Gbêhanzin jusque dans la forêt d’Atchérigbé. Il est celui que le Général Dodds a choisi pour remplacer Gbêhanzin comme roi.
  • Gahou des femmes : Générale des Femmes Guerrières, connues par tous sous le nom d’Amazones. Elle témoigne de la bravoure des femmes guerrières et de leur capacité remarquable à combattre et à résister à l’envahisseur.
  • Kpakpa : Il est le recruteur des femmes du palais royal. Il parcourt les villages du royaume pour recruter les jeunes filles nubiles qui serviront à garnir la couche du roi et de le combler, s’occuperont de la cuisine et de l’entretien du palais et qui intègreront, pour certaines, le corps des femmes guerrières appelées amazones.
  • Djikada : Elle est la reine préférée de Gbêhanzin. Femme aimante, elle se fait du souci constamment pour son mari et le soutien moralement durant les épreuves. Elle est prête à tout pour le voir heureux. Elle lui reste fidèle jusqu’au jour de sa reddition et voit en Gbêhanzin l’un des meilleurs rois de sa dynastie.
  • Vichègan : Reine préférée du défunt roi Glèlè, père de Gbêhanzin. Accusée d’avoir ensorcelé le roi Glèlè, d’avoir mêlé des breuvages fétiches à sa nourriture pour se faire aimer et d’être à la base de la trahison de Kinvo, Gbêhanzin ordonne qu’elle soit fouettée jusqu’au sang et jetée en prison.
  • Etchiomi : Elle est l’une de reines de Gbêhanzin. Elle soutient son roi dans les difficultés et lui est restée fidèle jusqu’au jour de sa reddition.
  • Guèdègbé : Grand guérisseur et devin réputé, il occupe une place de choix dans le palais de Gbêhanzin. Il se charge de consulter et d’obtenir la position et l’accord des dieux et des ancêtres sur les décisions prises par le conseil royal. Après consultation, il déconseille à Gbêhanzin – si celui-ci veut régner durablement sur le royaume – de mener une guerre contre les Français. Mais malgré l’inobservance de ses prescriptions, il est resté l’un des sujets fidèles et est celui qui a préparé le dernier sacrifice que Gbêhanzin a rendu aux ancêtres avant sa reddition.
  • Gnimavo : Grand ami du roi Gbêhanzin, grand conseiller de ce dernier, en bon ami, il met sa confiance en lui et le soutient jusque dans le forêt d’Atchérigbé et au jour de sa reddition.
  • Chachabloukou : Il est l’un des capitaines de l’armée dahoméenne. Avant les affrontements, il sous-estime la force des Français. Il n’accepte pas d’être vaincu même après l’envahissement du royaume et pense que la victoire est encore possible si l’on fait confiance à l’armée.
  • Naga : C’est une amazone (femme guerrière). Elle intervient dans la pièce pour vanter les prouesses, la force, le courage et la bravoure des amazones.
  • Zinzindohoué : Il est l’Intendant du Palais Royal. C’est lui qui s’est chargé d’escorter les otages Français jusqu’au palais du roi. Resté fidèle à Gbêhanzin jusqu’à la fin, il est celui qui servait de médiateur entre ce dernier et le général Français.
  • Adandédjan : Chef de guerre, il est l’un des amis du roi Gbêhanzin. Il dénonce en public Kinvo pour trahison et, dans la forêt d’Atchérigbé, il est celui qui informe Gbêhanzin des événements qui se déroulent dans le royaume après l’installation du colon. Il a suivi Gbêhanzin même dans ses moments difficiles, comme un bon ami, jusqu’au moment de sa décision de se rendre.
  • Vilon : Vieux courtisan, il rejoint Kinvo pour demander aux chefs Danhoméens de ne pas négliger la force militaire des Français. Il s’oppose par contre à Kinvo lorsqu’il est accusé de trahison ; il apprécie la décision du roi Gbêhanzin face au comportement de Kinvo.
  • Tchédigan : Comme Zinzindohoué, il est intendant au palais royal. Il aide ce dernier dans l’escorte des otages Français.
  • Père Dorgère : Prêtre de l’Eglise Catholique, il est pris comme otage et transféré au palais du Roi Gbêhanzin. Il ne cache pas son opinion devant le roi, et dans toute la courtoisie et la diplomatie possible, il lui fait comprendre la raison pour laquelle les sacrifices humains devraient cesser. Il bénéficie après cet échange de l’amitié du roi Gbêhanzin.
  • Kpossou femme : Elle est la capitaine des amazones.
  • Bossou : Paysan et citoyen du royaume, il échange son point de vue sur la guerre avec son ami Agada. Pour lui, ce sont les négligences de Gbêhanzin et son entêtement qui ont causé tous les malheurs des villageois. Cela ne l’empêche tout de même pas de décider suivre Gbêhanzin dans son errance.
  • Agada : Paysan, il celui avec qui Bossou partage ses opinions sur la guerre. Il pense, de même que son ami Bossou, que la cause de tout ce qui s’est passé, c’est le non respect des coutumes. Contrairement à Bossou, il décide catégoriquement de se ranger du côté des Français pour sauver sa tête.
  • Lombard : Il est capitaine de l’Etat-Major de l’Armée Française. Il se rit des méthodes et techniques de combat des Danhoméens. Sous les ordres du colonel Dodds, il demande que la guerre soit poursuivie jusqu’à terme et que toute tentative de négociation par les Danhoméens n’aboutisse.
  • Schilemans : Il est tout comme Lombard, capitaine de l’Etat-Major de l’Armée Française.

En plus des personnages ci-dessus évoqués, plusieurs autres jouent des rôles même s’ils ne sont pas pour autant remarqués. Il s’agit de : trois otages, un messager civil, un messager soldat, des princes, des princesses, des amazones de la garde personnelle du roi, une femme de la maison de Migan, un soldat français.

 

  • Thématique

Kondo, le requin est une œuvre qui aborde de nombreux thèmes. Ils constituent les éléments essentiels de la reconstitution des événements historiques de la pièce. Entre autres, nous pouvons donc retenir comme thèmes de cette œuvre : l’héroïsme, la tradition, le colonialisme et la résistance coloniale, la trahison, l’engagement des femmes (les amazones), le patriotisme et l’amour.

  • L’héroïsme

Le terme « héroïsme » désigne dans un sens littéral, la vertu et le courage exceptionnels, qui sont propres à une personne célèbre par son courage et qui se distingue par sa grandeur d’âme exceptionnelle, son dévouement total, sa force à résister à l’ennemi et qu’on appelle généralement « héros ». (Dictionnaire HACHETTE, Edition 2007)

Dans Kondo, le requin, l’histoire tourne autour de Kondo, devenu Gbêhanzin, roi du Danhomè. Il se fait surnommer « requin ». Selon l’interprète de Bayol, Béraud, « il se croit le descendant d’une panthère et ne veut pas se déshonorer en serrant la main à un homme » (page 15). Agassounon, le grand consécrateur confirme cette assertion quand il affirme, lors de l’intronisation de Kondo : « Né d’une panthère, tu portes les signes sacrés des rois du Danhomè et tu es l’égal d’un dieu ». Kondo est un être supérieur aux autres personnes du royaume par son titre de prince puis de roi. Il a le pouvoir de disposer de la vie de ses sujets. Ce qui justifie le fait que ces derniers l’appellent « Père de ma vie ! ». Kondo, disposait d’un pouvoir suprême incontestable et reconnu par tous. Tout honneur lui était dû. C’est d’ailleurs cet honneur qui lui a valu l’héroïsme dont il a fait montre par sa farouche résistance au colonisateur français. Le prince Sètondji affirme à cet effet que « […] son honneur lui commande de leur résister farouchement » (page 91). Gbêhanzin s’est distingué la veille au soir de son intronisation des autres rois de l’époque, en restant éveillé toute la nuit devant l’autel des rois défunts. Un exploit presque jamais accompli. Mèhou affirme que « Depuis Houégbadja le fondateur de la dynastie, tous les souverains abandonnés dans ces conditions furent trouvés endormis le lendemain. Or ce matin, Kondo était parfaitement éveillé » (page 21). Migan, peu avant lui, disait savoir que « Vidaho possède une personnalité hors pair […] » (page 21).

Plusieurs auteurs nous donnent des exemples d’héros africains comme notre illustre Gbêhanzin. C’est le cas de Chaka dont l’histoire nous est consignée dans la pièce de théâtre de Seydou Badian, La mort de Chaka. Ce dernier était comparable au roi Gbêhanzin. Dès son enfance, il était une personne forte, courageuse et brave et faisait ainsi preuve d’héroïsme.

Gbêhanzin, d’après les prédictions devait mettre fin aux guerres soit par la victoire, soit par la défaite. Agassounon l’a rappelé le jour de son intronisation. Gbêhanzin n’a donc pas eu peur des colonisateurs, il n’a pas eu peur de leur faire la guerre pour protéger son royaume, son peuple et ses lois.

En Afrique, l’institution royale est vraiment symbolique et importante. Jean Pliya attire notre attention, comme l’ont aussi fait d’autres auteurs avant lui, sur la valeur, la grandeur et la force de l’homme noir, et la suprématie des institutions africaines qui, aujourd’hui, sont classées, même si on ne l’affirme pas très souvent, en second plan. Gbêhanzin a été un héros, le héros du livre, et les africains doivent savoir qu’ils sont encore plus aujourd’hui, capables d’exploits et d’être des héros pour leur continent, pour leur patries afin de les hisser à un niveau supérieur. Mais avant tout cela, il faudra être fier de son origine, de ses précurseurs et de sa tradition.

  • La tradition

La tradition est très importante au Dahomey aussi bien pour les roturiers du royaume que pour les nobles. Selon le dictionnaire HACHETTE (Edition 2007), « la tradition » est l’opinion, la manière de faire transmises par les générations antérieures. Le dictionnaire Universel complète en précisant que c’est l’ensemble des coutumes et croyances ancestrales ; la manière de vivre et de penser léguée par les ancêtres. Ce dernier sens nous rejoint plus dans notre contexte et exprime mieux notre perception du mot « tradition » surtout en Afrique. La tradition est relative, car, propre à chaque peuple. La tradition comprend, si nous devons nous en tenir aux définitions précédemment citées les opinions, la manière de vivre, les coutumes, les croyances, la manière de penser d’un peuple. Un des sens du dictionnaire précise aussi que la tradition est la mémoire collective d’un peuple transmise oralement. Donc les composantes de la tradition sont léguées oralement, ce qui est plus précisément le propre de l’Afrique. La tradition, en Afrique en particulier, est l’identité d’un peuple. C’est d’ailleurs ce qui les distingue les uns des autres.

Dans Kondo, le requin, même si Jean Pliya ne nous liste pas les principes de la tradition du Dahomey, certaines expressions nous laissent en cerner quelques-uns. Par exemple, le roi ne doit pas toucher un étranger. Le faire, c’est violer la tradition. Du moins, ce qu’on peut déduire des propos d’Akplogan lorsque Gbêhanzin a touché l’épaule du père Dorgère avant le départ de ce dernier : « Le roi tout puissant et sacré a touché un étranger. Les coutumes sont violées. » (page 56). Mais bien avant cela, de nombreux actes sont régis par les règles de la tradition. Par exemple, en ce qui concerne l’enterrement d’un défunt, seul un enterrement digne permet le repos paisible de l’âme d’un défunt. C’est ce qu’on peut retenir des propos  de Kondo lui-même : « Je tiens à honorer mon père par un enterrement digne […] pour que son âme descende en paix l’Ouémé, le fleuve des morts […] », et de ceux d’Etchiomi son épouse : « Le fils de la panthère aura-t-il seulement le temps de faire les grandes cérémonies pour apaiser l’âme de Dada Glèlè ? ». Aussi, un roi défunt, dans le royaume du Dahomey doit être enterré avec des vivants : « Je me souviens encore de l’héroïsme des quarante reines qui se firent enterrer avec mon glorieux père, parées de bijoux, sereines, sublimes ». En plus de cela, avant de mener une action, il faut nécessairement consulter les ancêtres ; même le fait de vouloir mener une guerre pour le royaume le nécessite. C’est une manière d’honorer ces derniers. Guêdègbè lui-même l’affirme quand il dit : « Permettez, Majesté, que je consulte les oracles sur la valeur et les modalités de ce sacrifice pour les honorer comme ils le méritent ». La consultation dans la tradition Dahoméenne est vraiment importante et déterminante. La preuve, lorsque le brave roi Gbêhanzin n’a pas pris en considération les prédictions de Guèdègbè, sous prétexte que la tradition du Dahomey est une tradition de bravoure, le règne de Gbêhanzin a été instable et s’est soldé par l’envahissement et la destruction du royaume du Dahomey. Cela suscite plusieurs interrogations. Gbêhanzin, conscient de sa puissance ne se serait-il pas laissé aveugler par son égoïsme ? On pourrait tout de suite commencer à l’accuser et dire que c’est de sa faute, qu’il aurait pu écouter et que le royaume serait resté en paix. D’ailleurs, le ministre de la culture, Akplogan pense que « Seule la violation délibérée des coutumes explique le désastre ». Mais, bien au contraire ! Quel aurait été notre honneur ? Le territoire et la souveraineté sont des éléments vraiment importants pour un royaume et aujourd’hui, pour un Etat. Gbêhanzin se devait donc par honneur de résister et c’est ce que doit être notre comportement à tous. C’est ce que dit le prince Sètondji : « […] son honneur lui commande de leur résister ». La tradition ne doit pas être une prison pour les hommes ; mais un cadre qui promeut la liberté. La tradition ne doit pas nous aveugler. Pour cela, elle ne doit pas être rigide. Et Gbêhanzin a contribué à assouplir cette tradition. En ce sens, Djikada affirme : « Vous êtes plutôt l’égal de Dada Tégbessou qui a rénové les traditions, allégé les coutumes et permis à ses sujets de voir le roi à visage découvert. Tégbessou n’a pas été pour autant un sacrilège. Incarner la cause du peuple est la plus grande gloire d’un chef ». Un autre aspect de la tradition du Dahomey est le sacrifice. Le sacrifice est l’oblation faite à une divinité, d’une victime ou d’autres présents. Dans notre contexte, le sacrifice portait sur des êtres humains. Au Dahomey, une place était réservée aux sacrifices humains. Au début de la pièce, on entend bien Béraud dire à Bayol, qui se plaignait des crânes humains qu’il voyait et de la puanteur qu’il sentait, que : « Nous venons en effet de traverser la célèbre place d’Adjahi où se font les sacrifices humains. On y dresse une estrade d’où l’on précipite les victimes et au pied de laquelle se tient le Migan qui tranche les têtes. » (page 13) Considérant les propos du père Dorgère au roi Gbêhanzin, les sacrifices étaient une pratique mondiale : « Le roi a raison. Il y a longtemps déjà, nos ancêtres mes Gaulois faisaient des sacrifices humains. En Espagne, pour fêter l’arrivée de l’épouse du roi Charles III à Madrid, on a brûlé treize et six femmes. Mais cela ne se fait plus maintenant. » Même si le sacrifice d’humains est une pratique délaissée par les Européens, elle reste réelle au Dahomey au point où Migan défend son titre d’exécuteur des sacrifices et propose pour l’enterrement du roi Glèlè le sacrifice de quatre-vingt deux personnes : « Je me prosterne, maître de l’univers. Nous pouvons envoyer dans l’au-delà quarante et un jeunes gens et quarante et une jeunes filles du dernier contingent des prisonniers de guerre. » (page 28). Les sacrifices sont au Dahomey une pratique pour se garantir la réussite, la victoire et la protection des dieux. A cet effet, avant d’aller à la guerre, Guèdègbè conseille au roi d’accomplir des sacrifices : « Si l’on ne peut éviter la guerre, il faudra alors accomplir de nombreux sacrifices. » Avant sa reddition, Gbêhanzin honore les ancêtres d’un dernier sacrifice.

Plusieurs auteurs ont abordé comme thème « la tradition » dans leurs œuvres mais de diverses mnières. On peut entre autres citer Seydou Badian dans son œuvre Sous l’orage.

En somme, la tradition africaine et dans le Dahomey est riche de pratiques tant bonnes que mauvaises. Elle est essentiellement orale, exigeante et régit les comportements sociaux des Africains. Les africains doivent être fiers de leur tradition et lutter à la perpétuer de générations en générations, mais veiller à délaisser les mauvaises pratiques, surtout celles inhumaines comme le sacrifice des hommes. C’est le moyen d’expression de leur identité.

  • Colonialisme et résistance coloniale

Le terme « colonisation »  et l’expression « résistance coloniale » sont indissociables ; car c’est la colonisation qui déclenche la résistance. Sans colonisation, il ne saurait arriver qu’on parle de résistance. La colonisation est l’action d’organiser un territoire en colonie, d’y établir des colons. Dans notre contexte, la colonisation est beaucoup plus l’action d’envahir un territoire pour en faire une colonie. Dans Kondo, le requin, les Français sont les colonisateurs. Et ils ne tardent pas au fil de leurs échanges avec les dignitaires du Royaume du Dahomey à envahir ce territoire pour en faire une colonie. A considérer les propos de Bayol, on affirmerait aisément que la mission principale de la colonisation est de « civiliser l’homme noir » : « Eux d’ordinaire si bruyants, vois comme ils se taisent et me toisent. Ils ont besoin d’être civilisés » (page 14). La mission civilisatrice est à la base de la colonisation. L’Afrique, n’a pas été seul à être victime de colonisation. Bien avant elle, les peuples des autres continents en ont été victimes.

L’aspect le plus crucial de ce thème est la résistance coloniale. La résistance coloniale est le fait de se défendre contre, de s’opposer par la force à une occupation étrangère. Dans Kondo, le requin, la figure emblématique de la lutte contre le colon Français que nous présente Jean Pliya, est Gbêhanzin. Ce dernier n’est pas prêt à céder la terre de son pays à quelque personne  que ce soit. C’est l’élément principal de son royaume et on voit bien qu’il est capable de beaucoup de choses pour sauvegarder l’intégrité de son territoire. Il affirme dans ce sens : « Mon peuple et moi, nous résisterons jusqu’au bout et nous chasserons l’agresseur de notre sol » (page 53). Il affronte avec détermination le colonisateur Français en vue de protéger son territoire, la tradition et son peuple. Il discute avec tous les membres de son conseil de ses plans d’attaque et des décisions pour mener à bien la guerre. Lui-même ne reste pas tapis dans son palais, il participe aussi aux affrontements : « Les négligences du roi et son entêtement ont causé nos malheurs. […]En outre, depuis longtemps, il court les champs de bataille et oublie les coutumes solennelles » (page 73).

Les luttes menées par les héros de notre continent doivent être un modèle et une leçon pour nous autres africains. La lutte pour la bonne cause est un véritable moyen de libération. Celle de nos héros du passé doit nous inspirer. Nous nous devons de suivre leurs pas et de lutte pour l’affirmation de notre identité culturelle, le rayonnement de notre tradition et la défense de nos droits et des biens de notre continent. Les propos de Gbêhanzin adressés à son fils Ouanilo doivent résonner dans la tête de chacun d’entre nous et nous faire prendre conscience de la lutte à laquelle  nous sommes encore plus confrontés aujourd’hui et du comportement qu’on devait tenir : « Méfie-toi des flatteries des Blancs, sinon elles te gâteraient le cœur. Ne cherche que leur savoir. Là réside le secret de leur force. Puise à cette source jusqu’à satiété, mais garde-toi de devenir un eunuque dont on ne sait s’il est homme ou femme, blanc ou noir. Sois toi-même comme une gourde remplie à ras bord. » (page 101).

  • La trahison

La trahison est le crime de celui qui trahit. Trahir, c’est abandonner par perfidie ; c’est aussi le fait de tromper, de se montrer infidèle, déloyal à l’égard de quelqu’un (Dictionnaire Universel).

Dès son intronisation, Gbêhanzin a reçu solennellement les allégeances et les hommages de tous ses sujets. Ils lui ont promis soutien, fidélité jusqu’au bout et malgré les obstacles. Le serment de Goutchili suite à sa nomination à la tête des armées a renforcé la confiance de Gêhanzin non seulement en ses soldats mais en son peuple. Il ne pouvait plus en principe craindre la trahison : « Vous êtes le père de ma vie. Je donnerai jusqu’à la dernière goutte de mon sang pour payer ma dette de reconnaissance. […] Sous mon commandement jamais un soldat dahoméen ne trahira » (page 26). Goutchili qui a dit ses paroles a, par ailleurs, été celui que le colonisateur a choisi pour succéder à Gbêhanzin. Mais bien avant le cas de Goutchili dont l’exemple de trahison reste difficile à cerner et prête à confusion, il y a celui du prince Kinvo qui a été accusé de trahir le royaume en complicité avec Vichègan : « […] la traîtrise de Kinvo et de Vichègan nous consterne » (page 58). Et face à ce cas de traîtrise, Gbéhanzin se révèle sans pitié. Enfin, à cause de sa défaite militaire et politique, Gbêhanzin s’est senti trahi par ses frères et ses plus proches sujets qui lui ont prêté allégeance à son intronisation. Lui-même s’en désole par ses propos : « Ainsi, mes loyaux sujets m’abandonnent. Et dire qu’au début de mon règne, j’avais rêvé de faire pleuvoir sur eux une averse de cauris, de perles fines et de donner à mes hommes des femmes plantureuses pour engendrer un peuple nombreux et fort » (page 97). Malgré cela, il reste fier de lui, car il a le mérite de n’avoir pas été lâche. Il ne regrette pas d’avoir choisi de mener cette lutte : « Si à cause de mon choix mes amis me quittent j’accepte la solitude ».

Ce comportement de Gbêhanzin doit tous nous interpeller aujourd’hui et nous inviter à être solidaires dans les luttes que nous menons, car aujourd’hui, le combat est encore plus grand et porte sur des questions plus grandes contre toujours le même adversaire qui aujourd’hui est encore plus fort. Si les africains veulent triompher de l’oppression occidentale ils doivent se soutenir jusqu’au bout si non leurs efforts seront au final vain et se solderont par l’échec.

 

  • L’engagement des femmes

On ne saurait ne pas parler, dans cette étude, de cette caractéristique du royaume de Danhomè, pas très commune dans les peuples Africains. Il s’agit de l’engagement des femmes dans divers plans de la vie du royaume. En effet, dans Kondo, le requin, les femmes jouent un rôle important aussi bien dans la prise des décisions que dans la lutte armée contre les troupes françaises. Contrairement à la plupart des peuples qui voient la femme comme un être faible, un être qui n’a pas son mot à dire dans la prise de décision, et un être dont la parole est sans importance, au Danhomè, les femmes occupent une place de choix.

On voit, ce faisant, comment les reines de Gbêhanzin assistent aux conseils de palais et donnent leurs avis et font des recommandations pour la bonne marche des affaires du royaume. On voit ainsi Etchiomi ou Djikada intervenir. Aussi, une autre catégorie de femmes reste très visible. Il s’agit des amazones. Elles sont une troupe de guerrières créées par Agadja, roi d’Abomey (Dictionnaire Universel), ancêtre de Gbêhanzin, et qui étaient au service de ce dernier. Elles sont le signe de la force de la femme. Elles brisent l’idée selon laquelle la femme est un être faible. Elles sont une grande puissance militaire très organisée et aussi braves que les hommes. Dans Kondo, le requin, c’est Kakpa, le recruteur des femmes de la maison du roi qui se charge de les recruter. Il dit, dans ce sens, à l’intronisation de Gbêhanzin : « Chaque année, aidé de Dossouhouan, je parcourrai les villages du royaume pour recruter les jeunes filles nubiles. […] Les femmes les plus vigoureuses deviendront amazones » (page 27). Et Gbêhanzin reconnait la force de ces femmes guerrières et voit en elles un un signe de puissance. Ainsi, à la réception des otages blancs, il recommande ceci : « Je veux recevoir pompeusement les étrangers. Que les principaux chefs de guerre ainsi que la Gahou et la Kpossou des amazones soient en armes ! Nous devons montrer notre puissance afin que ces Blancs aillent interdire à Bayol de commettre des imprudences » (page 49). Durant la guerre, malgré leur affaiblissement, elles n’ont pas fléchi devant l’envahisseur étranger. Elles résistent au prix de leur vie pour défendre le royaume.

Beaucoup d’œuvres montrent aussi la force des femmes, leur importance dans la société et dans la lutte pour la cause commune. Sans trop de détails, on peut évoquer l’exemple des femmes dans Les bouts de bois de Dieu d’Ousmane Sembène.

« La participation de ces femmes à la résistance coloniale mérite l’attention de quiconque qui souhaite accorder une place importante pour la femme dans la société » (« Résistance coloniale et techniques théâtrales dans Kondo, le requin de Jean Pliya », Mohammed Tijani). Il importe alors de considérer les luttes menées par de grandes femmes, comme Marie-Elise GBEDO au Bénin. La femme est un être fort qui peut contribuer au développement de toute société. Elle n’est donc pas à écarter comme c’est encore tristement le cas dans beaucoup de pays du monde.

  • Le patriotisme

Le dictionnaire HACHETTE définit le patriotisme comme l’amour et le dévouement à  la patrie, la patrie étant le pays dont on est originaire. C’est un sentiment qui anime presque tous les personnages de Kondo, le requin. Gbêhanzin reste tout de même la figure proue du patriotisme. C’est l’amour de son pays qui l’a poussé principalement à mener la guerre contre le colonisateur français. Ce même esprit de patriotisme se remarque chez beaucoup d’autres personnages, principalement les amazones, ces femmes qui au lieu de se marier ont préféré donner leur vie pour la défense de leur royaume. C’est de cet esprit que nous africains devrons faire montre aujourd’hui en affirmant notre dignité à la face de la terre et en défendant tous ensemble nos origines pour faire connaître notre valeur aux autres peuples du monde.

  • L’amour

L’amour est le sentiment d’affection passionnée, l’attirance affective et sexuelle d’un être humain pour un autre. C’est aussi le vif sentiment d’affection que ressentent les uns pour les autres, les membres d’une même famille (Dictionnaire Universel). Même s’il est peu développé dans l’œuvre, c’est un thème tout de même très important. On ne saurait donc le passer sous silence. Comme l’amour de la patrie dont nous avons parlé ci-dessus, ici nous parlerons essentiellement de l’amour érotique décelé entre le roi Gbêhanzin et ses épouses, Etchiomi et Djikada en particulier. Aussi bien Gbêhanzin que Djikada montrent l’importance de l’amour d’une femme. A ce propos, Gbêhanzin affirme que « La voix d’une femme aimante est pareille à l’huile parfumée dont on oint son corps pour en délasser les muscles » (page 45). Et à Djikada d’ajouter plus loin, pour montrer qu’un époux doit avoir d’abord et plus confiance en sa femme qu’en ses amis, que : « Des femmes célèbres ont pourtant démontré qu’il vaut mieux s’appuyer sur nous les êtres à sept paires de côtes que sur les hommes qui en possèdent neuf » (page 46).

 

  • Les figures de style

Une figure de style est un procédé d’expression, un tour de langage qui vise à produire un effet, une impression. Les figures de style constituent des écarts par rapport aux moyens habituels d’expression. Elles révèlent l’art de parler. Elles rendent l’énoncé plus expressif tout en attirant l’attention du destinataire. Bien qu’étant souvent désignées par un terme savant, les figures de style sont fréquemment utilisées dans le langage courant, comme c’est le cas dans cette pièce théâtrale de Jean Pliya qui regorge d’une trifouillée de figures de style que nous aborderons ci-après.

Le chiasme est une figure d’opposition dans laquelle on fait suivre deux expressions contenant les mêmes éléments syntaxiques ou lexicaux, et dans la deuxième expression on intervertit leur ordre. L’auteur utilise cette figure de style dans la phrase « Je préfère rester avec un peuple sans roi que suivre un roi sans peuple » (page 89). Elle renforce ici l’opposition entre deux réalités : celle d’un peuple sans roi et celle d’un roi sans peuple.

L’antithèse est une figure d’opposition qui, à l’intérieur d’un même groupe syntaxique (phrase, paragraphe ou strophe), crée un effet de contraste entre deux termes, parfois mis en valeur par la structure syntaxique. Cette figure s’illustre dans la phrase « Notre soleil s’est éteint et le Danhomè sombre dans la nuit (page 20) ». Les deux termes mis en contraste ici sont « soleil » et « nuit » pour marquer l’arrivée d’un événement malheureux dans le train de vie des habitants.

L’oxymore est une figure d’opposition qui permet de relier étroitement dans la même expression, deux termes évoquant des réalités contradictoires. En exprimant ce qui est inconcevable, l’oxymore crée une nouvelle réalité poétique. L’exemple le plus parfait de cette figure est la phrase suivante « Où sont-elles, les ardentes amazones qu’enflammait une sainte colère ? » (page 104). La colère n’est de nature pas sainte ; parler donc de « sainte colère » c’est une manière de démontrer la bravoure des sujets en question ici.

Le parallélisme est une figure d’insistance dans laquelle on utilise une construction semblable pour deux énoncés. Les phrases suivantes : « Les voilà, mes amis ; les voilà, mes frères dévoués » (page 42) et « Plus tôt ça finira, mieux ça vaudra (page 75) », sont des exemples de phrases où est utilisé le parallélisme. L’auteur met en évidence dans ces phrases une similitude, pour ce qui est de la première phrase, entre les termes « amis » et « frères dévoués », et pour ce qui est de la seconde phrase entre les termes « finira » et « vaudra ».

L’anaphore est une figure d’insistance dans laquelle on répète le même mot ou la même expression en tête de phrase, ou de paragraphe. Cette figure de style est utilisée dans cette pièce pour mettre l’accent sur une idée, pour exprimer une obsession ou pour convaincre. En exemple, nous pouvons citer : « Gloire au descendant de Houégbadja ! Gloire, prospérité et longue vie au roi des perles ! » (page 23) ; « Que Kpanlingan proclame les merveilles du règne nouveau ! Que les tam-tams crépitent de joie ! Que les arbres frémissent d’allégresse car Gbêhanzin prend possession du monde. » (page 29)

L’hyperbole est une figure d’amplification qui consiste en l’emploi d’expressions de termes trop forts, exagérés. On peut citer comme: « Les messagers parcourront, le temps d’un souffle, les vingt trois mille cinq cents bambous qui séparent la capitale de la mer. » (page 37) ; « En votre absence, […] l’aride insomnie nous a tenu constamment éveillées. » (page 45). L’auteur utilise l’hyperbole dans ces phrases pour exprimer l’exagération, la grandeur ou encore même mettre en valeur ce qu’elle désigne.

L’euphémisme est une figure d’atténuation qui cherche à atténuer le sens d’un mot en employant à sa place un autre mot ou une autre expression. Dans les phrases suivantes l’auteur se sert de l’euphémisme : « Il fait nuit, frères » (page 19) ; «  Dada a rejoint les ancêtres » (page 19). Leur effet ici est de dissimuler une idée brutale : le malheur et la mort d’une personne chère à tous.

La comparaison est une figure fondée sur l’analogie qui fait intervenir deux éléments appartenant à des domaines différents. Le comparé et le comparant doivent posséder au moins une caractéristique commune qui justifie la comparaison. Cette figure est utilisée dans de nombreuses phrases du texte pour créer dans la tête du lecteur des imagines ou pour qu’il ait une idée sur la réalité évoquée. Nous pouvons citer en exemples : « Ils tremblaient comme une feuille au vent. » (page 19) ; « Sur les champs de bataille mes soldats seront terribles comme des chacals enragés […] » (page 26) ; « Je passe mon temps […] à rendre ceux-ci aussi féroces que des fauves. » (page 61) ; « Laisse d’autres s’appuyer sur les oracles comme sur des béquilles. » (page 82).

La métaphore est une figure de style dans laquelle on utilise un mot pour parler d’une réalité qu’il ne désigne pas habituellement. Exemple : « Méhou, je te laisse le soin de lui tirer les oreilles à titre d’avertissement. » (page 32) ; « En votre absence, nous n’avons pu fermer l’œil. » (page 45). Dans chacune de ces phrases, l’auteur fait ressortir une ressemblance entre deux réalités.

La métaphore filée est constituée d’une suite de métaphores sur le même thème. La première métaphore engendre d’autres, construites à partir du même comparant, et développant un réseau lexical dans la suite du texte. Exemple : « Je priais les dieux donner la victoire au roi, de ramener le soleil de ma vie, la lumière de mes yeux, la douceur de mon cœur. » (page 45).

La palilogie est figure de répétition qui consiste à répéter un mot pour l’accentuer. C’est le but recherché par l’auteur dans les phrases suivantes : « Fort bien ! Fort bien ! » (page 27) ; « C’est vrai, c’est vrai ! » (page 34).

La périphrase est une figure de substitution qui consiste à désigner quelque chose ou quelqu’un sans dire son nom. Par l’expression  « Maître de l’aurore » (page 24), les sujets du roi peuvent se permettre d’apostropher ce dernier sans appeler son nom pour ne pas lui manquer de respect et déroger aux coutumes. C’est le même but recherché quand ils s’expriment en disant : « Le père de la lumière » (page 25) et « Soleil de ma vie » (page 45).

Le pléonasme est une figure de style qui consiste en l’ajout d’un ou plusieurs mots qui ne sont pas nécessaires au sens grammatical de la phrase. mais par lesquels l’expression d’une idée est soit renforcée, soit précisée. Dans la phrase « Pour votre gloire, ô maître du monde, […] nous danserons sans trêve, autour de votre lumière brillante. » (page 27), l’auteur utilise le terme « brillante », qui peut bien être ici superflu, pour renforcer ou préciser l’idée exprimée par le terme « lumière ».

La personnification est un procédé qui consiste à prêter des comportements ou des sentiments humains à un objet, à un être inanimé ou à un animal. Les exemples ci-après nous illustrent bien cette figure stylistique : « Ecoutez les gémissements de la célèbre cloche d’Ichaga » (page 20) ; « Les palmerais couvriront tout le royaume pour chanter votre gloire, O Père des richesses. » ; « [ …] Les herbes folles y pousseront. »(page 33)

 

  • Contexte d’émergence

Jean Pliya dédie cette pièce à sa femme Estelle, arrière petite fille de Gbêhanzin. Lui même est originaire d’Abomey. La réalisation de cette pièce est donc moins pour lui un acte littéraire ; c’est beaucoup plus un acte civique. Cette œuvre est parue dans une période où les africains ont commencé à être fiers de leurs héros du passé et s’évertuaient à mettre ces derniers en valeurs. On peut citer comme œuvre entrant dans le même contexte que Kondo, le requin dans la même période : Sikasso ou la dernière citadelle de Djibril Tamsir Niane ; L’Exil d’Abouri de Cheik N’dao ; La tragédie du roi Christophe d’Aimé Césaire ; La mort de Chaka de Seydou Badian.

C’est face à toutes ces œuvres ayant une thématique en commun et vu leur émergence dans la littérature négro-africaine, que Jean Pliya a fait paraître Kondo, le requin pour que le Bénin occupe une place de choix dans la valorisation des héros et l’émergence culturelle et littéraire de l’époque.

 

  • Portée du livre

Kondo, le requin est un véritable chef d’œuvre littéraire. Pour cela, sa portée dès sa sortie officielle a été très significative. Cette œuvre a connu un grand succès : depuis sa parution, elle a connu quatre éditions, elle a été traduite en langue fon, ce qui a permis de composer et d’exécuter l’hymne nationale en langue fon. Elle a par la suite obtenu le Prix littérature d’Afrique Noire et le deuxième prix du Concours théâtral interafricain en 1967. Kondo, le requin a contribué à connaître l’histoire du Bénin, et, avec d’autres pièces, à l’émergence du théâtre Béninois.

C’est tout cela qui a fait de cette œuvre de Jean Pliya un classique de la littérature négro-africaine d’expression française.

 

 

 

 

Bibliographie

  • Dictionnaire Universel ;
  • Dictionnaire HACHETTE, édition 2007 ;
  • Résistance anticoloniale et techniques théâtrales dans Kondo, le requin de Jean Pliya, Mohammed Tijani, M/ARTS/2831/2010-11, Octobre 2015 ;
  • Français : méthodes et techniques, Evelyne POUZALGUES-DAMON, Christophe DESAINTGHISLAIN, Christian MORISSET, Patrick WLD LASOWSKI ; édition Nathan, Août 2001 ;
  • wikipédia.com

 

 

KOUAGOU Capel Tibokoussakou

 




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