Quand on sème…

Après le devoir de violence, votre blog vous revient cette fois-ci avec un nouvel éditorial qui s’intéresse à l’attitude du semeur.

Un jour on demanda au Dalaï Lama : «Qu’est-ce qui vous surprend le plus dans l’humanité?» Le Sage fit cette réponse : « Les hommes… Parce qu’ils perdent la santé pour accumuler de l’argent, ensuite ils perdent de l’argent pour retrouver la santé. Et à penser anxieusement au futur, ils en oublient le Présent, de telle sorte qu’ils finissent par ne vivre ni le présent, ni le futur. Ils vivent comme s’ils n’allaient jamais mourir… et meurent comme s’ils n’avaient jamais vécu.» Cette réponse pleine d’humour est pourtant révélatrice du grand imbroglio qui caractérise la vie humaine. En effet à y voir de près, ce qui surprend le Dalaï Lama, c’est que nous manquons parfois de fixer notre regard sur l’essentiel : la vie au sens plein du terme, la vie non comprise comme accumulation, mais comme don, partage. La description qu’il fait de l’homme présente ce dernier comme un enfant qui ne sait vraiment pas ce qu’il cherche, et qui ne sait finalement quel usage vrai faire de ce qu’il a. De l’ange, il passe à la bête et de cette dernière au premier, sans pouvoir se définir convenablement. Ici, la réponse du Dalaï -Lama rejoint cette pensée de Seydou Badian : «L’homme est un animal à deux têtes. L’une se nomme la grandeur, l’autre la médiocrité.» Mais à y voir de près, ce qui conduit parfois l’homme à s’affubler de lunettes de myopes, croyant porter des loupes, c’est aussi parce qu’il lui arrive de mal percevoir le sens de l’avenir et de l’espérance; et ce, malgré ses énormes richesses et potentialités.

L’anxiété soulignée par le Dalaï Lama, se traduit par la peur du lendemain, les craintes relatives à la gestion efficiente des biens que l’on possède. Et si l’on y joint les tourments que génère le capitalisme sauvage dans lequel le monde est de plus en plus embarqué et où tous les coups sont permis, pourvu que l’on se fasse de l’argent (même s’il faut allumer le feu au Katanga, broyer des vies au Burkina-Fasso, au Mali, au Nigéria, au Cameroun, opposer des fils et filles d’un même pays), si l’on y joint les affres de ce capitalisme barbare, l’on comprend aisément que l’homme puisse avoir du mal à « se posséder » réellement. Vivre dans le monde présent suppose que l’on en réserve ait des ressorts, des ressources spirituelles et morales, afin de faire face à ce monde qui tend à se construire sans penser sérieusement à l’homme. A la vérité, on se demande à des moments donnés si tout ce qui se produit, l’est vraiment pour le bien de l’homme ou uniquement dans un but purement mercantiliste. On parle de produits « Only for Africa», de médicaments « Made for Africa». Et nos pays constituent des débouchés sûrs, des déversoirs de ces déchets dont nous ne maîtrisons pas toujours toute la puissance de nuisance.

Habité à la fois par la grandeur et l’animalité, le roseau pensant de Blaise Pascal devient alors roseau pensif, perpétuellement en conflit avec lui-même, un migrant qui passe à côté de sa vie sans s’en saisir. Mais si tout semble ainsi à l’envers, réécrire l’histoire à l’endroit, c’est aussi accepter d’en payer le prix.

Le prix à payer pour vivre sa vie, c’est aussi de payer de sa vie les choix déterminants qui s’imposent à des moments donnés et qui ont pour nom dessaisissement, dépossession, partage, martyre. Tout cela se résume dans l’attitude du semeur. Le semeur sème simplement. Il sème dans l’espoir de récolter du grain pour la survie de tout le monde. Il sème et s’oublie, laissant la plante croître et porter du fruit. Il sème et se sacrifie en s’occupant de nettoyer son champ, de chasser les oiseaux et les rongeurs afin que les récoltes soient bonnes. De ce fait, si le ciel laisse tomber des pluies généreuses, et la terre donne son fruit, le semeur ne se fait plus de soucis pour les semailles à venir. Son angoisse et son anxiété sont effacées par la disponibilité des grains à mettre en terre encore. Ainsi quand on sème, on remporte la victoire sur l’incertitude des lendemains désastreux. Mais qui sème se sème. C’est comme dans l’amour. Qui aime donne tout, il se donne lui-même, comme le dit la Petite Thérèse.

Vaincre les anomalies soulignées par le Dalaï Lama, cela revient à semer. Semer la joie. Semer la joie. Semer l’amour. Semer la vie. Quand on sème la vie en abondance, on en récolte la surabondance. Quand on sème,…

Destin Mahulolo




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