« Suuru » Orfeu Adji CHALLA

« L’enfant est l’essence de la vie, l’enfant est la plus belle parure; l’enfant est le meilleur gain ». (P 79)

 

Chers amis de Biscottes Littéraires, aujourd’hui il me plaît de vous faire promener dans un livre, puisque la lecture, c’est aussi de la promenade. Nous allons explorer ensemble un roman « Suuru » de Orfeu Adji CHALLA . L’oeuvre est parue aux Editions du Flamboyant à Cotonou en 1995 et s’étend sur 149 pages. Suivez mon regard.

 

 

Aux confins d’une contrée lointaine appelé Ilé-Tsa, vivait un peuple aux multiples valeurs sociales. L’une des rares Société africaine encore accolée aux réalités ancestrales. Société où la fidélité est toujours le premier devoir de la femme, l’adultère, un sacrilège. Né de famille noble, de sang royal, Ogbon Otsa-N’la, était « l’homme le plus vertueux de son ethnie » (p15). Mais sa situation de célibataire devenait de plus en plus inquiétante. Pudeur, misogyne ou incapacité sexuelle ? De toute façon, il fallait y trouver solution conformément aux réalités ancestrales. C’est ainsi que, au nom de la grande amitié séculaire qui les liait « , la famille Otsa-N’la contacta la noble famille « Eghy-Oba pour que celle-ci accorde la main de leur fille Obidun au valeureux  Ogbon. Et il en fut ainsi.  Dès le jour de son mariage, sa situation de célibataire qui était un casse-tête général devint un passé qu’il fallait sans doute oublier. Mais ce mariage sera-t-il réellement la fin de son cauchemar ou un nouvel épisode parsemé d’embûches pour notre héros ? « Dix lunes de vie commune on ne peut plus heureuse s’écoulèrent« , et rien n’apparut. L’inquiétude à nouveau regagna la mère de Ogbon qui, cette fois-ci, fut soupçonnée d’en être pour quelque chose. « Peu à peu le jeune couple reprît goût à la vie. Pendant deux années, il avait encore l’espoir d’engendrer, un jour, un enfant. Mais avec le temps l’espoir s’estompa, s’effondra » (p35). Dépassée, Obidun demanda à son mari d’épouser une autre femme qui pourrait perpétuer sa progéniture. Il n’était pas question d’aller chercher loin. Son choix était porté sur Efedoho, fille du vieux Oniyankitan, supposée être probablement féconde vu la fécondité prolifique de sa sœur jumelle « qui en moins de douze lunes de vie conjugale, a donné le jour à des jumeaux bien mignons » (p38). Telle fut la décision de sa femme qui lui fut presque imposée. Vu l’âge assez avancé de la belle Efedoho, il fallait hâter le cours des événements. »Le mariage fut célébré. Pourtant quelques lunes plus tard la situation d’Ogbon demeura au statu quo. Efedoho n’en pouvant plus, boudait sans cesse son mari. Elle voulait vivre entourée d’enfants ou tout au moins dans l’opulence : » je ne peux pas, moi, continuer de vivre sans enfant ni richesse.  » (p60) Dieu faisant, une nuit l’ange du bien apparut à Ogbon en rêve et lui fit des propositions de biens qu’il aimerait posséder toute sa vie. Des quatre propositions il ne peut qu’opter pour un et un seul des composantes du bonheur dont Owo (l’argent), Omon (l’enfant, la fécondité), Suuru (la patience) et  Ayikulewe (la longévité). Que choisir? Il consulta successivement Obidun, Efedeho, son ami intime et ses parents afin de savoir quoi répondre à l’ange. Seul le bon choix qu’il fera déterminera son avenir. Que choisira-t-il ou mieux quelle proposition lui semblera-t-il plus valable ? Ogbon fit un choix judicieux et intelligent grâce aux conseils des parents qui le rendit heureux.

Qu’auriez-vous choisi, à la place du héros? De toute façon, rien ne vaut pour un couple, la joie et le bonheur d’avoir un enfant, si tant est que « L’enfant est l’essence de la vie, l’enfant est la plus belle parure; l’enfant est le meilleur gain ». (P 79)

« Suuru » est un roman qui tient le lecteur en haleine et qui maintient le suspens  du début jusqu’à la fin. L’auteur a si bien réussi son coup que le lecteur impatient, à des moments donnés, peut se fâcher. On n’a pas besoin de recourir au dictionnaire à chaque phrase, avant de comprendre ce livre. Le style est fluide et original et évoque un roman bâti sur un fond de conte ou de légende mais dont le réalisme fait toucher du doigt ce que vivent la plupart des familles africaines qui n’ont pas la joie d’accueillir un enfant ou quand ce dernier tarde à venir : « Par l’enfant, on peut devenir riche, pour l’éduquer, on est obligé d’être patient; l’enfant perpétue le nom de ses ascendants, de sa race, et c’est là une autre forme de longévité. »(p 74).

« Suuru » , c’est aussi un roman qui teste les facultés du lecteur quant au choix judicieux à effectuer dans la vie.

L’auteur nous fait visiter par ailleurs à travers son intrigue un modèle de société, une société où règne la convivialité, le respect, la solidarité peu de cupidité et le bonheur parfait, une société idéale qu’il présente comme la panacée aux nombreux maux dont souffre la société dite moderne..

 

Gervais A. DASSI

 




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