{"id":12508,"date":"2025-09-28T21:52:49","date_gmt":"2025-09-28T21:52:49","guid":{"rendered":"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/?p=12508"},"modified":"2025-10-20T18:33:57","modified_gmt":"2025-10-20T18:33:57","slug":"interview-avec-jean-pierre-noel-batoum-j-p-n-b","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/interview-avec-jean-pierre-noel-batoum-j-p-n-b\/","title":{"rendered":"Interview avec Jean-Pierre No\u00ebl Batoum (J-P. N.B)"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"12508\" class=\"elementor elementor-12508\" data-elementor-settings=\"[]\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-inner\">\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-section-wrap\">\n\t\t\t\t\t\t\t<section class=\"elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-402e8b86 elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default\" data-id=\"402e8b86\" data-element_type=\"section\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-container elementor-column-gap-default\">\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-row\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-1e980362\" data-id=\"1e980362\" data-element_type=\"column\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-column-wrap elementor-element-populated\">\n\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-wrap\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-5f238781 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"5f238781\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-text-editor elementor-clearfix\">\n\t\t\t\t<!-- wp:paragraph -->\n<p><strong>Dans <em>Y\u00c0\u00c0NI<\/em>, Jean-Pierre No\u00ebl Batoum propose une \u00ab\u00a0po\u00e9tique du Care\u00a0\u00bb qui refuse la domination, l\u2019effacement et les assignations. Ce recueil, \u00e0 la fois discret et dense, interroge les formes de dire, les gestes d\u2019\u00e9crire et les silences qui les entourent. Dans le cadre de son travail, le critique litt\u00e9raire Nkul Beti a souhait\u00e9 engager un dialogue exigeant avec l\u2019auteur, en croisant les lectures esth\u00e9tiques, politiques et \u00e9pist\u00e9mologiques de son \u0153uvre.<\/strong><\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:image {\"id\":12509,\"sizeSlug\":\"large\",\"linkDestination\":\"none\"} -->\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"624\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/IMG-20250926-WA0005-624x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12509\" srcset=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/IMG-20250926-WA0005-624x1024.jpg 624w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/IMG-20250926-WA0005-183x300.jpg 183w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/IMG-20250926-WA0005.jpg 658w\" sizes=\"(max-width: 624px) 100vw, 624px\" \/><\/figure>\n<!-- \/wp:image -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><strong><em><u>BL&nbsp;:<\/u><\/em><\/strong><strong><em> Y\u00c0\u00c0NI semble travers\u00e9 par une esth\u00e9tique du soin, du lien, du murmure. Mais dans un contexte o\u00f9 la parole po\u00e9tique est souvent somm\u00e9e de d\u00e9noncer, de crier, de s\u2019indigner, comment justifiez-vous ce choix du retrait, du tissage discret ? Est-ce une posture politique ou une \u00e9chapp\u00e9e ?<\/em><\/strong><\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><strong><u>J-P. N.B&nbsp;:<\/u><\/strong> Tout est dans la vision que nous avons, d\u2019abord de l\u2019univers dans lequel nous vivons, et ensuite du po\u00e8te et de sa mission. Le Mpodol Um Nyob\u00e8 a dit en substance que si l\u2019on n\u2019est pas capable de faire des propositions concr\u00e8tes pour am\u00e9liorer une situation, la d\u00e9nonciation est inutile. Mais cette mani\u00e8re de voir ne cadre pas avec un monde o\u00f9 tout est dans l\u2019\u00e9vanescence, dans l\u2019emploi-jetable, le para\u00eetre. Le plus important semble \u00eatre le son de la voix au lieu de la parole, et m\u00eame lorsqu\u2019il y a parole, il lui manque le souffle vital.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Or la po\u00e9sie, \u00e0 mon sens, est la musique incandescente du multivers. Le po\u00e8te est ainsi d\u2019abord un assoiff\u00e9, un bless\u00e9, qui se laisse gu\u00e9rir et nourrir par la Vie qui flambe, qui coule comme une lave br\u00fblante dans ce que beaucoup voient comme le chaos.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>En d\u2019autres termes, sans ignorer les cassures du monde contemporain, nous y voyons des b\u00e9ances vitales et vivifiantes, comme le sexe d\u2019une femme qui s\u2019\u00e9largit d\u00e9mesur\u00e9ment pour donner naissance \u00e0 un \u00eatre unique, avec risque de d\u00e9chirures et de perte de la vie. Et dans ces moments-l\u00e0, il n\u2019y a pas de place pour l\u2019agitation, le bruit inutile, les accusations, ni les injonctions. C\u2019est un moment de recueillement, d\u2019\u00e9coute, pour que la Vie dise comment l\u2019accueillir.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Il n\u2019est donc pas question d\u2019\u00e9chapp\u00e9e, mais de prise de responsabilit\u00e9 au c\u0153ur de la brisure, de l\u2019effondrement, pour laisser s\u2019\u00e9chapper le souffle cr\u00e9ateur dans la parole cr\u00e9atrice \u2014 en un mot : la po\u00e9sie. Nous allons ainsi dans les fondations de l\u2019humain et de la soci\u00e9t\u00e9, par ce choix de l\u2019enfouissement, pour plus d\u2019emprise.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><strong><em><u>BL&nbsp;:<\/u><\/em><\/strong><strong><em> Vous mobilisez le corps comme lieu de m\u00e9moire, de blessure, mais aussi de r\u00e9conciliation. Pourtant, ce corps reste souvent fragment\u00e9, dispers\u00e9, presque spectral. Y\u00c0\u00c0NI assume-t-il une po\u00e9tique de l\u2019incompl\u00e9tude ? Ou est-ce le sympt\u00f4me d\u2019une m\u00e9moire impossible \u00e0 reconstituer ?<\/em><\/strong><\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><strong><u>J-P. N.B&nbsp;:<\/u><\/strong> Il s\u2019agit l\u00e0, effectivement, du regard que nous posons sur la r\u00e9alit\u00e9. La m\u00e9moire int\u00e8gre la blessure : nous ne sommes pas que lumi\u00e8re ou que t\u00e9n\u00e8bres. L\u2019humain est ombres et lumi\u00e8re. Le corps porte la m\u00e9moire du temps, les blessures du pass\u00e9 qui migrent dans le pr\u00e9sent au travers de la m\u00e9moire. Cependant, il n\u2019est pas question de nostalgie, encore moins de victimisation. La col\u00e8re donne naissance \u00e0 l\u2019indignation, l\u2019indignation \u00e0 l\u2019action de reconstruction \u2014 non seulement de la m\u00e9moire, mais aussi de tout le corps, de tout le tissu social, de l\u2019humain.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>La blessure, l\u2019incompl\u00e9tude, est per\u00e7ue comme ouverture et donc comme occasion de circulation : la souffrance est toujours naturellement un pont, qui permet la r\u00e9conciliation avec soi, avec les autres, et avec le cosmos, qu\u2019importe le temps que cela puisse prendre. D\u2019ailleurs, plus le temps est habit\u00e9 par l\u2019humain, plus il devient vecteur de gu\u00e9rison, parce qu\u2019il devient le phare qui \u00e9claire dans la travers\u00e9e.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>L\u00e0 o\u00f9 il y a l\u2019obsession de la justice, de la r\u00e9paration, donc de la revendication, le po\u00e8te voit la qu\u00eate de la v\u00e9rit\u00e9, au-del\u00e0 des erreurs, des fautes. Il est plus important de saisir la v\u00e9rit\u00e9 des faits, des \u00e9v\u00e9nements, que de d\u00e9couvrir des coupables. Il est plus important de gu\u00e9rir, en affrontant ses blessures, en acceptant l\u2019incompl\u00e9tude, que d\u2019assouvir la soif de justice, qui n\u2019est tr\u00e8s souvent qu\u2019un d\u00e9sir de vengeance, signe d\u2019une plaie purulente.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Nous n\u2019avons pas l\u2019illusion d\u2019un monde parfait ; nous ne courons pas derri\u00e8re un monde lisse, sans souffrance. Nous tentons de saisir le sens d\u2019un monde chaotique dans lequel l\u2019humain s\u2019ouvre au souffle de vie, \u00e0 la fulgurance du sens. Il d\u00e9couvre alors que les cicatrices ne sont pas que la m\u00e9moire des cassures, mais aussi des victoires, m\u00e9moire d\u2019une histoire vivante \u2014 une histoire o\u00f9 la vie est toujours victorieuse malgr\u00e9 les \u00e9checs apparents.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><strong><em><u>BL&nbsp;:<\/u><\/em><\/strong><strong><em> Certains lecteurs pourraient percevoir dans Y\u00c0\u00c0NI une forme de repli, voire d\u2019\u00ab \u00e9litisme formel \u00bb. Comment r\u00e9pondez-vous \u00e0 ceux qui attendent de la po\u00e9sie africaine une parole plus frontale, plus accessible, plus imm\u00e9diatement engag\u00e9e ?<\/em><\/strong><\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><strong><u>J-P. N.B&nbsp;:<\/u><\/strong> Nous pensons que la parole frontale a fait son temps : les chantres de la N\u00e9gritude ont fait entendre leur voix. La N\u00e9gritude a r\u00e9veill\u00e9 nos consciences, sans r\u00e9sorber le probl\u00e8me du m\u00e9pris du N\u00e8gre, du Noir. La mentalit\u00e9 dominatrice a chang\u00e9 de forme et emp\u00eache m\u00eame de crier notre noirceur, notre n\u00e9gritude, dans une volont\u00e9 toujours plus marqu\u00e9e de contr\u00f4ler non seulement les \u00e9motions, mais m\u00eame l\u2019expression des \u00e9motions. Le pi\u00e8ge est celui de s\u2019obstiner \u00e0 demeurer dans cette dialectique de pr\u00e9dateur et de proie.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Nous pensons qu\u2019il faille r\u00e9veiller la conscience africaine \u00e0 l\u2019estime de soi et \u00e0 l\u2019affirmation de soi, non pas en face de l\u2019autre, comme dans une qu\u00eate d\u2019Acte d\u2019existence ou de Certification d\u2019Aptitude Humaine. Notre r\u00f4le n\u2019est pas d\u2019abord de gu\u00e9rir un monde qui se noie dans l\u2019hybris de la grandeur et du para\u00eetre. Nous avons \u00e0 red\u00e9couvrir notre identit\u00e9 profonde, \u00e0 habiter notre authenticit\u00e9 afin de vivre selon notre propre vision du monde. Les combats \u00e9puisent et les constructions \u00e9panouissent ; il suffit de se poser pour s\u2019opposer, si l\u2019opposition est n\u00e9cessaire.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Il n\u2019est pas alors question d\u2019un \u00e9litisme formel, mais de sortir nos peuples d\u2019un esclavage dialectique et id\u00e9ologique. L\u2019on ne saurait vivre \u00e9ternellement en confrontation ou en comparaison avec l\u2019autre. Nous devons \u00eatre notre propre mesure, au vu de la richesse de notre Histoire et de notre vivrier humain. Tant que nous acceptons cette logique de l\u2019emprisonnement dans le Pass\u00e9, d\u2019une lecture cyclopique de notre Pass\u00e9, nous n\u2019aurons d\u2019autre choix que d\u2019\u00eatre toujours des \u00eatres en r\u00e9volte, sous le genou des m\u00eames ma\u00eetres. L\u2019Histoire africaine ne commence pas avec l\u2019esclavage, la colonisation, le n\u00e9o-colonialisme ou les guerres d\u2019ind\u00e9pendance. Nous ne pouvons pas effacer tout cela, et il n\u2019en est m\u00eame pas question. Mais nous pouvons et nous devons nous situer autrement en face de ce pan de notre Histoire.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Regarder Um Nyob\u00e8, Ouandi\u00e9 et Moumi\u00e9 et vouloir reproduire leur combat n\u2019est pas fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 leur esprit, c\u2019est un manque d\u2019intelligence et surtout d\u2019authenticit\u00e9. Hier, nous avions quelques H\u00e9ros ; aujourd\u2019hui, c\u2019est \u00e0 chaque Africain d\u2019\u00eatre H\u00e9ros de notre Histoire. Notre monde doit refuser de tourner autour de l\u2019Occident et de ceux qui se proclament Ma\u00eetres du monde.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><strong><em><u>BL&nbsp;:<\/u><\/em><\/strong><strong><em> Vous semblez refuser les assignations identitaires, les injonctions \u00e0 \u201crepr\u00e9senter\u201d une communaut\u00e9, un territoire, une cause. Est-ce une mani\u00e8re de pr\u00e9server l\u2019autonomie du po\u00e8me ? Ou une critique implicite des logiques de visibilit\u00e9 dans les litt\u00e9ratures du Sud ?<\/em><\/strong><\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><strong><u>J-P. N.B&nbsp;:<\/u><\/strong> Ce n\u2019est pas seulement l\u2019autonomie du po\u00e8me \u00e0 pr\u00e9server, mais toute une vision \u00e0 proposer.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Nous avons pass\u00e9 notre enfance et jeunesse \u00e0 nous gaver des litt\u00e9ratures d\u2019ailleurs et \u00e0 nous extasier de la musicalit\u00e9 des po\u00e9sies d\u2019ailleurs. Sans entrer dans une logique de confrontation que nous r\u00e9cusons, nous avons la pr\u00e9occupation d\u2019une visibilit\u00e9 des \u00ab litt\u00e9ratures du Sud \u00bb dans le Sud. La population africaine est un immense espace pour la semence d\u2019une litt\u00e9rature n\u00f4tre, qui propose un regard sur nos r\u00e9alit\u00e9s, un regard n\u00f4tre ; qui propose des solutions issues de notre richesse culturelle, des solutions n\u00f4tres. Chaque fois que l\u2019on entre dans la logique de l\u2019importation (industrielle, intellectuelle, etc.), on reste dans l\u2019esclavage syst\u00e9mique. Il nous faut le courage d\u2019\u00eatre soi l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on ne parle que de globalisation. Car c\u2019est l\u00e0 une autre mani\u00e8re de phagocyter, d\u2019envahir en douceur.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Notre po\u00e9sie est l\u2019expression d\u2019une conviction profonde : faire usage de ce qui existe, mais pour notre propre int\u00e9r\u00eat. Tel est l\u2019usage que nous faisons de la langue fran\u00e7aise dans notre po\u00e9sie, puisqu\u2019une langue est un v\u00e9hicule.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Nous pensons en effet que la musicalit\u00e9 des vers vient de la justesse des mots. Les mots sont comme des notes de musique. Aucune d\u2019elles n\u2019a une beaut\u00e9 en soi. Plac\u00e9es de fa\u00e7on harmonieuse les unes \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres, elles prennent de la valeur, elles deviennent une m\u00e9lodie, une musique. C\u2019est ainsi que nous n\u2019avons pas le souci du mot \u00e9l\u00e9gant \u00e0 entendre ou beau \u00e0 lire. Ce dont nous avons besoin chaque fois, c\u2019est le mot juste, qui v\u00e9hicule le souffle de notre ventre.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>G\u00e9n\u00e9ralement, lorsque quelqu\u2019un ma\u00eetrise sa langue maternelle, il trouve facilement les mots pour s\u2019exprimer. Eh bien, je parle parfaitement la langue de mon histoire. Je ne la renie pas. Je ne la maquille pas, mon histoire. Elle a forg\u00e9 ma personnalit\u00e9, elle nourrit mon identit\u00e9. Je parle donc parfaitement la langue de mon histoire. D\u00e8s lors, les mots de mes blessures, de mes erreurs, de ma solitude, et surtout de mon esp\u00e9rance lumineuse viennent tr\u00e8s souvent spontan\u00e9ment, en image \u2014 une image maternelle \u2014 de mon existence, et j\u2019essaie de trouver le mot juste, en fran\u00e7ais.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Il n\u2019est donc pas question de repr\u00e9senter une communaut\u00e9, mais d\u2019exister et de se d\u00e9ployer. Encore une fois, il est temps de sortir de cette logique du Certificat d\u2019Existence octroy\u00e9 d\u2019Ailleurs. L\u2019Am\u00e9rique existait avant l\u2019arriv\u00e9e de Christophe Colomb ; l\u2019art, et donc la po\u00e9sie, existait avant l\u2019introduction des langues indo-europ\u00e9ennes en Afrique. Le souci qui est le mien est celui de communier avec les miens, o\u00f9 qu\u2019ils se trouvent, avec toutes celles et tous ceux qui ont encore le c\u0153ur ouvert au langage de l\u2019univers, \u00e0 la musicalit\u00e9 du multivers.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><strong><em><u>BL&nbsp;:<\/u><\/em><\/strong><strong><em> La notion de \u201cCare\u201d est souvent associ\u00e9e \u00e0 une \u00e9thique f\u00e9ministe, attentionnelle, r\u00e9paratrice. Comment la transposez-vous dans une po\u00e9tique enracin\u00e9e dans les strates du vivant africain, sans tomber dans l\u2019essentialisme ou l\u2019exotisation ?<\/em><\/strong><\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><strong><u>J-P. N.B&nbsp;:<\/u><\/strong> En chaque \u00eatre humain, il y a du f\u00e9minin et du masculin : on parle de l\u2019anima et de l\u2019animus. Mes mots ne sont pas le fruit d\u2019une composition intellectuelle, ils jaillissent de mon c\u0153ur. Ils portent ainsi mon histoire et celle de ma terre ; l\u2019histoire de mes Anc\u00eatres qui ont toujours v\u00e9cu en harmonie avec la nature et avec les hommes ; mes Anc\u00eatres d\u2019Afrique qui ont accueilli \u00e0 bras ouverts l\u2019\u00c9tranger, avec \u00ab un seul c\u0153ur \u00bb, et qui ont cru en la parole de cet \u00c9tranger, malgr\u00e9 sa langue fourchue.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Mais la douleur ne transforme pas l\u2019humain, puisqu\u2019elle ne touche que le corps ; la souffrance m\u00eame ne transforme l\u2019humain, sinon pour le bonifier. Nous avons \u00e0 tenir notre r\u00f4le, \u00e0 accomplir notre mission, li\u00e9e \u00e0 notre identit\u00e9 profonde d\u2019Africains. Beaucoup essaient de la remettre en question, au vu des al\u00e9as de l\u2019Histoire et des chocs civilisationnels.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Je pense que l\u2019\u00e2me africaine est immortelle, elle est la nappe phr\u00e9atique dans le ventre de la terre, qui nourrit tous ses enfants d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui : il suffit de creuser, de se reconnecter, comme on dit aujourd\u2019hui.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:image {\"id\":12510,\"sizeSlug\":\"large\",\"linkDestination\":\"none\"} -->\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/email1758829134038-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12510\" srcset=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/email1758829134038-768x1024.jpg 768w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/email1758829134038-225x300.jpg 225w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/email1758829134038.jpg 810w\" sizes=\"(max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n<!-- \/wp:image -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><strong><em><u>BL&nbsp;:<\/u><\/em><\/strong><strong><em> Votre refus de la virtuosit\u00e9 formelle, du vers s\u00e9duisant, s\u2019oppose aux logiques \u00e9ditoriales dominantes. Pensez-vous que cette posture puisse survivre dans un march\u00e9 litt\u00e9raire globalis\u00e9, o\u00f9 la visibilit\u00e9 est souvent conditionn\u00e9e par la spectacularisation du texte ?<\/em><\/strong><\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><strong><u>J-P. N.B&nbsp;:<\/u><\/strong> En Afrique, nous avons des pays en construction, et non pas en voie de d\u00e9veloppement \u2014 expression qui nous horripile. L\u2019Afrique elle-m\u00eame est en phase de r\u00e9surrection, comme disent certains.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Lorsqu\u2019on a termin\u00e9 de construire, on a le temps et le droit de se divertir, de composer une musique qui invite \u00e0 la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. Mais pendant qu\u2019on est pli\u00e9 sous l\u2019effort, on a l\u2019exigence de la solidit\u00e9. Cette solidit\u00e9, dans l\u2019\u00e9criture, s\u2019appelle l\u2019authenticit\u00e9.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Dans une soci\u00e9t\u00e9 de consommation, il y a des produits frelat\u00e9s, parce qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 ce qui est vis\u00e9, c\u2019est le gain. Puisqu\u2019aujourd\u2019hui on recherche \u00e9galement le gain en litt\u00e9rature, il y a le risque des productions litt\u00e9raires frelat\u00e9es, sans solidit\u00e9, sans authenticit\u00e9.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Il n\u2019est toutefois pas question de minimiser les aspects \u00e9conomiques de la litt\u00e9rature. Puisque le livre est une production, il a un co\u00fbt ; il doit g\u00e9n\u00e9rer des int\u00e9r\u00eats. Les \u00e9diteurs ont le droit de rentrer dans leurs fonds, mais \u00e9galement de mettre en valeur les auteurs, qui sont en r\u00e9alit\u00e9 des artistes.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Il est pourtant ind\u00e9niable qu\u2019un bon produit finit par trouver acqu\u00e9reur, surtout lorsque la communication est bien faite. Ce n\u2019est donc pas le produit qu\u2019il faut diluer. Il faut plut\u00f4t maintenir sa qualit\u00e9. Et pour cela, il convient de contester la dictature de la globalisation.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Combien d\u2019enfants dans nos pays africains sont conscients de la globalisation alors qu\u2019ils sont encore en train de s\u2019ouvrir \u00e0 leur propre univers ? Au lieu de leur seriner le discours de la globalisation, il est important, pensons-nous, d\u2019en faire des hommes et des femmes authentiques, conscients de leur identit\u00e9, de leur place dans le monde et de leur mission. Et c\u2019est aussi le r\u00f4le de la litt\u00e9rature, la mission du po\u00e8te.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><strong><em><u>BL&nbsp;:<\/u><\/em><\/strong><strong><em> Dans vos po\u00e8mes historiques \u2014 Le sang de l\u2019histoire, J\u2019\u00e9cris ton nom \u2014 vous tracez une cartographie du sang plut\u00f4t que des fronti\u00e8res. Quelle place accordez-vous \u00e0 la m\u00e9moire traumatique dans la fabrique po\u00e9tique ? Est-elle un mat\u00e9riau ou une matrice ?<\/em><\/strong><\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><strong><u>J-P. N.B&nbsp;:<\/u><\/strong> Devant la trag\u00e9die de l\u2019esclavage, des multiples d\u00e9portations des N\u00e8gres \u00e0 travers les march\u00e9s du monde, devant les pogroms du colonialisme et la pand\u00e9mie du n\u00e9ocolonialisme, on peut avoir plusieurs attitudes. Tout d\u00e9pend du regard que l\u2019on pose sur ces chapitres de notre Histoire.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Nous sommes de ceux qui pensent que chaque blessure est une ouverture, une promesse de vie, un \u00e9lan vers l\u2019autre. Le sang de notre terre, de notre M\u00e8re, l\u2019Afrique, qui a coul\u00e9 et qui coule jusqu\u2019aujourd\u2019hui, dans l\u2019\u00e2me et la chair de chaque Africaine et Africain, ce sang irrigue notre existence quotidienne et l\u2019illumine. Car la souffrance lave les yeux, elle permet de voir clair. Lorsqu\u2019on a habit\u00e9 sa souffrance, on en sort lib\u00e9r\u00e9, et l\u2019humanit\u00e9 qu\u2019on a voulu d\u00e9truire en soi \u00e9clate plut\u00f4t dans toute sa splendeur. C\u2019est cela qui permet une meilleure pr\u00e9sence dans le monde.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Dans le cas contraire, la m\u00e9moire traumatique cr\u00e9e des fronti\u00e8res, en tant qu\u2019elle est repli\u00e9e sur elle-m\u00eame, dans une attitude d\u00e9fensive. Et la victime d\u2019hier devient alors le bourreau d\u2019aujourd\u2019hui. Elle se trouve en droit de brandir ses cicatrices comme autant d\u2019arguments de l\u00e9gitimit\u00e9 et d\u2019armes de chantage pour perp\u00e9trer g\u00e9nocides et exterminations, pour programmer d\u00e9portation et colonisation.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>La m\u00e9moire ne doit pas demeurer traumatique, sans pour autant ignorer ni effacer sa souffrance. Elle doit devenir no\u00e9tique et m\u00eame mystique. Par l\u2019ouverture de la blessure, en effet, passe l\u2019humain, tout autant que le divin. De m\u00eame que le d\u00e9sert porte la m\u00e9moire de la mer, c\u2019est ainsi que l\u2019histoire contemporaine de notre continent, avec ses soubresauts psych\u00e9d\u00e9liques, r\u00e9v\u00e8le ce qu\u2019a toujours \u00e9t\u00e9 l\u2019Afrique : la M\u00e8re de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Oublier notre identit\u00e9 et notre mission, c\u2019est \u00eatre dilu\u00e9 dans la globalisation et dispara\u00eetre.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><strong><em><u>BL&nbsp;:<\/u><\/em><\/strong><strong><em> Vous \u00e9crivez \u201cdans le monde\u201d, non \u201csur le monde\u201d, en r\u00e9seau, en expansion. Cette posture glissantienne du rhizome, comment la conciliez-vous avec les attentes d\u2019une critique litt\u00e9raire internationale souvent format\u00e9e par des grilles eurocentriques ?<\/em><\/strong><\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><strong><u>J-P. N.B&nbsp;:<\/u><\/strong> Vous faites bien de parler des \u00ab grilles eurocentriques \u00bb d\u2019une critique litt\u00e9raire internationale. Mais une critique litt\u00e9raire africaine est \u00e9galement internationale, en tant qu\u2019elle est ouverte \u00e0 tous les amoureux de la Litt\u00e9rature. C\u2019est dire que la litt\u00e9rature africaine, et partant notre \u00e9criture po\u00e9tique, en tant qu\u2019elle est inscrite dans un monde pr\u00e9cis, est internationale, puisqu\u2019elle parle une langue du monde, puisqu\u2019elle v\u00e9hicule le souffle du multivers.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>La nouvelle colonisation qu\u2019est la globalisation donne \u00e0 croire que n\u2019est universel que ce qui est europ\u00e9en ou am\u00e9ricain. L\u2019Afrique a plus d\u2019un milliard et demi d\u2019habitants, soit environ plus de 18 % de la population mondiale : c\u2019est ce qui est consomm\u00e9 en Afrique qui est international. D\u2019o\u00f9 l\u2019activisme des multinationales en Afrique.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>La litt\u00e9rature africaine n\u2019a donc pas \u00e0 subir un quelconque complexe du monde ext\u00e9rieur. Les auteurs africains doivent \u00eatre lus d\u2019abord par des Africains ; ils doivent \u00eatre mis en exergue par des critiques africains et vendus par des agences litt\u00e9raires africaines en Europe.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>La sagesse de grand-m\u00e8re dit que c\u2019est \u00e0 chacun de donner de la valeur au sac qu\u2019il porte. C\u2019est \u00e0 nous, d\u2019abord, de mettre en valeur notre litt\u00e9rature, tant au niveau de la production, de la communication que du lectorat.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><strong><em><u>BL&nbsp;:<\/u><\/em><\/strong><strong><em> Enfin, Y\u00c0\u00c0NI est un livre qui se lit autant qu\u2019il se respire. Mais que reste-t-il du souffle po\u00e9tique lorsqu\u2019il est confront\u00e9 aux logiques \u00e9ditoriales, aux attentes des festivals, aux formats impos\u00e9s par les institutions ? Comment r\u00e9sistez-vous \u00e0 la normalisation de la parole po\u00e9tique ?<\/em><\/strong><\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><strong><u>J-P. N.B&nbsp;:<\/u><\/strong> En \u00e9crivant, nous n\u2019avons pas une pr\u00e9occupation mercantile, encore moins des projets d\u2019\u00eatre sous les feux des projecteurs. Notre objectif est simple et basique : \u00eatre lu.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Les festivals sont pourtant int\u00e9ressants. Une invitation sera toujours un plaisir, en tant qu\u2019occasion de rencontres et d\u2019\u00e9changes, et donc d\u2019\u00e9coute et de d\u00e9couverte. Nous estimons important d\u2019entendre l\u2019\u00e9cho de notre \u00e9criture dans le c\u0153ur des lecteurs, leur r\u00e9action, au-del\u00e0 des mots techniques des analystes litt\u00e9raires. Voil\u00e0 ce que nous recherchons particuli\u00e8rement. Et tant qu\u2019un prix litt\u00e9raire permet un lectorat plus vaste, il est le bienvenu.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Bien que per\u00e7u comme un artiste, la pr\u00e9occupation d\u2019un \u00e9crivain ne devrait pas \u00eatre de devenir une star.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Pour cette raison, s\u2019il arrive que des milliers de Camerounais et des milliers d\u2019Africains nous lisent, nous aurons l\u00e0 notre prix litt\u00e9raire.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Si d\u00e9j\u00e0 le souffle de <em>Y\u00c0\u00c0NI <\/em>alimente plusieurs c\u0153urs, l\u2019esprit de plusieurs jeunes et adultes, si notre proposition po\u00e9tique devient l\u2019objet d\u2019une attention acad\u00e9mique, nous nous sentirons au c\u0153ur d\u2019un festival international.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>D\u2019ici, le devoir de fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 notre identit\u00e9 litt\u00e9raire, de respect envers notre lectorat.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>Il est question, en un mot, de demeurer authentique et libre.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p>C\u2019est l\u2019unique mani\u00e8re de garantir la libert\u00e9 de la parole po\u00e9tique.<\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><strong>\u00c9change men\u00e9 par Nkul Beti, critique litt\u00e9raire et \u00e9crivain camerounais.<\/strong><\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\n\n<!-- wp:paragraph -->\n<p><strong><em>noahatango@yahoo.ca<\/em><\/strong><\/p>\n<!-- \/wp:paragraph -->\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/section>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans Y\u00c0\u00c0NI, Jean-Pierre No\u00ebl Batoum propose une \u00ab&nbsp;po\u00e9tique du Care&nbsp;\u00bb qui refuse la domination, l\u2019effacement et les assignations. 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