{"id":1286,"date":"2017-11-08T21:30:46","date_gmt":"2017-11-08T21:30:46","guid":{"rendered":"http:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/?p=1286"},"modified":"2017-11-08T22:43:52","modified_gmt":"2017-11-08T22:43:52","slug":"1286-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/1286-2\/","title":{"rendered":"Missouwa (4\/5)"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-1287 alignleft\" src=\"http:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/noyade.jpg\" alt=\"\" width=\"275\" height=\"183\" srcset=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/noyade.jpg 275w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/noyade-272x182.jpg 272w\" sizes=\"(max-width: 275px) 100vw, 275px\" \/>Missouwa, apr\u00e8s le d\u00e9part de ses h\u00f4tes, frissonnait et transpirait. Une odeur famili\u00e8re et insistante lui parvenait. Elle \u00e9tait perdue, d\u00e9sorient\u00e9e. Plong\u00e9e dans un \u00e9tat second, elle se d\u00e9shabilla lentement. Dans des gestes lents et pr\u00e9cis, elle offrit au miroir un corps parfait. Une croupe galb\u00e9e qu\u2019enveloppait son sous-v\u00eatement. Elle se sentait vue. Regard\u00e9e. Observ\u00e9e. Son miroir lui renvoyait une image o\u00f9 on l\u2019admirait. Un regard pesant et froid flottait dans l\u2019air. Elle avait subitement envie de revoir son mari. De le toucher, de lui parler. Depuis deux ans o\u00f9 il \u00e9tait parti, elle ne se faisait plus d\u00e9sirer. Elle fit de son corps un sanctuaire o\u00f9 rien ne le souillait, o\u00f9 rien ne perturbait cette \u00e2me qui la tenait. Missouwa hoquetait et pleurait maintenant. Le d\u00e9part de Simin et S\u00e8nou l\u2019avait profond\u00e9ment attrist\u00e9e. Elle aurait voulu les rattraper. Elle sentait un d\u00e9tachement \u00e9vident entre elle et ces deux hommes. Comme s\u2019ils venaient de rompre \u00e0 jamais ce qui les avait li\u00e9s. Elle pleurait toujours fort et faisait le tour de sa chambre. Il n\u2019y avait ni souvenirs ni objets du pass\u00e9. Elle s\u2019\u00e9tait soigneusement d\u00e9barrass\u00e9e de tout ce qui lui rappellerait ses maris d\u00e9funts. Elle s\u2019allongea, affaiblie et fatigu\u00e9e. Ses paupi\u00e8res se ferm\u00e8rent malgr\u00e9 elle et malgr\u00e9 ses soupirs. Son sommeil \u00e9tait profond. Elle dormait \u00e0 poings ferm\u00e9s et revit ses deux \u00e9poux en r\u00eave. Missouwa est veuve depuis deux ans. A nouveau veuve. Elle connut Karim, son premier mari dans un train en partance pour la montagne. Karim aimait intens\u00e9ment Missouwa. D\u2019un amour sans nom. D\u2019un amour que seuls les livres d\u00e9crivaient avec brio. Il la comblait de tout ce dont une femme pouvait r\u00eaver. Ils \u00e9taient \u00e0 eux seuls, le symbole du paradis. Il lui vouait un respect profond et lui d\u00e9vouait sa vie et ses peines. Ses peurs et ses forces. Pourtant la mort tapie en lisi\u00e8re de la br\u00e8ve existence de Karim le guettait pour l\u2019\u00e9trangler. Il succomba \u00e0 une simple colique un apr\u00e8s-midi de pluie. Missouwa enceinte de trois mois, revenait du march\u00e9 toute joyeuse de revoir son homme. Elle marchait doucement et chantonnait \u00e0 tue-t\u00eate une de ces cr\u00e9ations. Quand elle franchit sa porte, elle vit Karim livide et allong\u00e9 au sol. Elle tomba brusquement \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s d\u00e8s qu\u2019elle sut la mort de son mari. Une mare de sang se formait sous les deux \u00e9poux. Le portail ouvert fit voir deux corps inertes allong\u00e9s. Les voisins accoururent. Missouwa vivait encore et avait perdu le b\u00e9b\u00e9. Effondr\u00e9e, elle finit mal ses deuils. Elle d\u00e9cida de vivre au bord de la mer. Elle pensait que Karim lui parlerait toujours \u00e0 travers les vagues. Elle passait des heures \u00e0 regarder l\u2019horizon lointain comme si il lui ram\u00e8nerait Karim. Elle \u00e9crivait ses chansons en parlant \u00e0 la mer, en l\u2019\u00e9crivant.<\/p>\n<p>Endormie un soir sur le rivage, Missouwa \u00e9puis\u00e9e par son chagrin dormait. La mar\u00e9e monta, grimpa ses retranchements et fit une embard\u00e9e. Missouwa fut prise et projet\u00e9e dans le n\u00e9ant de l\u2019oc\u00e9an. Elle pensait flotter et se r\u00e9veilla en sursaut de son sommeil. Missouwa r\u00eavait. Ou plut\u00f4t pensait \u00e0 sa vie. Elle regardait maintenant le vide. Un hululement de hibou la replongea dans ses pens\u00e9es. Elle revit l\u2019image de celui qui deviendrait son second mari. Sim\u00e8nou. Sim\u00e8nou l\u2019avait sauv\u00e9e in extr\u00e9mis d\u2019une noyade certaine quand la mer l\u2019avait happ\u00e9e dans son courroux. Il aimait la mer comme on aimait manger. Il y allait tous les jours depuis sa tendre enfance. On dirait que les deux \u00e9l\u00e9ments se parlaient. Sim\u00e8nou et la mer. Ils se comprenaient sans mot et s\u2019\u00e9taient apprivois\u00e9s. Il devint le refuge de Missouwa. Il \u00e9coutait surtout ses silences et lui parlait par le regard ou les signes. Sim\u00e8nou \u00e9tait muet depuis sa naissance. Il ne parlait pas. Aucun son ne sortait de ses l\u00e8vres. Il regrettait souvent cela. Et encore plus quand il fallait \u00eatre avec sa Missouwa. Le manque les rapprocha. Les mois offrirent une harmonie b\u00e9n\u00e9fique au couple. Ils vivaient mieux leur chagrin \u00e0 deux. Missouwa se consolait de la disparition de Karim et Sim\u00e8nou se sentait responsable de Missouwa. Les ann\u00e9es d\u00e9fil\u00e8rent comme d\u2019habitude. Les moments de col\u00e8re du couple \u00e9taient ceux o\u00f9 chacun retrouvait sa mer. Karim s\u2019y plongeait. Missouwa l\u2019observait. Un jour, il partit nager mais ne revint plus. Sa mer l\u2019avait repris. On retrouva son corps inerte, le troisi\u00e8me jour apr\u00e8s sa disparition. Missouwa venait de perdre son second mari. Elle d\u00e9cida de quitter la bordure de la mer pour se r\u00e9fugier au centre-ville, au centre des bruits et des klaxons, au c\u0153ur des tumultes et de la circulation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>A suive&#8230;<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Myrtille Akofa<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Missouwa, apr\u00e8s le d\u00e9part de ses h\u00f4tes, frissonnait et transpirait. Une odeur famili\u00e8re et insistante lui parvenait. Elle \u00e9tait perdue, d\u00e9sorient\u00e9e. Plong\u00e9e dans un \u00e9tat second, elle se d\u00e9shabilla lentement. Dans des gestes lents et pr\u00e9cis, elle offrit au miroir un corps parfait. Une croupe galb\u00e9e qu\u2019enveloppait son sous-v\u00eatement. Elle se sentait vue. Regard\u00e9e. Observ\u00e9e. 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