{"id":1422,"date":"2017-12-04T10:24:32","date_gmt":"2017-12-04T10:24:32","guid":{"rendered":"http:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/?p=1422"},"modified":"2018-03-21T16:57:45","modified_gmt":"2018-03-21T16:57:45","slug":"1422-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/1422-2\/","title":{"rendered":"Interview avec COLBERT TACTHEGNON DOSSA (CTD)"},"content":{"rendered":"<h1><strong><em>Mon regard sur l\u2019\u00e9tat actuel de la litt\u00e9rature de notre pays est un regard d\u2019esp\u00e9rance. C\u2019est vrai que \u00e7a ne bouillonne pas, \u00e7a ne se bouscule pas encore chez nous comme ailleurs, mais le vide qui s\u2019est cr\u00e9\u00e9 apr\u00e8s la g\u00e9n\u00e9ration de Olympe Bh\u00ealy-Quenum et Jean Pliya est en train d\u2019\u00eatre combl\u00e9.<\/em><\/strong><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><u>BL<\/u><\/em><\/strong><strong><em> : <\/em><\/strong><strong><em>Monsieur Dossa, bonjour. Grande est notre joie de vous avoir sur notre blog. Veuillez-vous pr\u00e9senter.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Bonjour, chers amis du blog Biscottes litt\u00e9raires. Je suis Colbert Tatch\u00e9gnon DOSSA. Enseignant et journaliste, je viens de publier \u00ab Errances dans nos sables mouvants \u00bb, un recueil de nouvelles ayant fait l\u2019objet de l\u2019une de vos chroniques sur votre blog tout r\u00e9cemment. Et je profite d\u2019ailleurs de l\u2019occasion pour vous en remercier car \u00e0 peine ce livre est sorti, vous l\u2019avez cueilli comme si vous l\u2019attendiez et vous en avez fait une critique litt\u00e9raire. Cela m\u2019a profond\u00e9ment \u00e9mu. Je vous sais gr\u00e9 alors pour tout ce que vous faites pour la promotion des \u0153uvres litt\u00e9raires b\u00e9ninoises.<\/p>\n<p><strong><em><u>BL<\/u><\/em><\/strong><strong><em> : <\/em><\/strong><strong><em>Vous avez un joli pr\u00e9nom : TATCHEGNON. La dation des noms chez nous n&rsquo;est pas souvent le fait du hasard. Que rec\u00e8le ce pr\u00e9nom assez \u00e9vocateur : TATCHEGNON?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>TATCHEGNON, c\u2019est mon pr\u00e9nom-talisman, mon pr\u00e9nom porte-bonheur. Litt\u00e9ralement traduit du goun \u2012 dont ma langue maternelle constitue une variante \u2012, TATCHEGNON signifie \u00ab ma t\u00eate est bonne \u00bb ; ce qui veut dire que la chance, m\u2019accompagne, ou, si vous voulez, je suis entour\u00e9 d\u2019une bonne aura. En langage \u00e9sot\u00e9rique, les initi\u00e9s du F\u00e2 diraient : DJOGBE (ALI MA NON SOUDO DJOGBE) c\u2019est-\u00e0-dire la voie est ouverte, la voie est libre, rien ne peut m\u2019emp\u00eacher d\u2019\u00e9voluer. J\u2019en parle avec fiert\u00e9 parce que ce pr\u00e9nom identitaire a une histoire. Par la force des choses, il a failli dispara\u00eetre. La preuve, il ne figure pas sur mon acte de naissance. En fait, je ne suis pas n\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Par cons\u00e9quent, je ne dispose pas d\u2019acte de naissance authentique. C\u2019est quand, orphelin de p\u00e8re, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 par mon oncle, Norbert Kinsou BONOU \u2012 \u00e0 qui je rends un grand hommage, il est d\u2019ailleurs l\u2019un des d\u00e9dicataires de mon \u0153uvre \u00a0\u2012, qu\u2019on m\u2019a fabriqu\u00e9 un acte de naissance avec uniquement mon pr\u00e9nom occidental\u00a0: COLBERT. Or, je me souviens que ma grand-m\u00e8re paternelle, ayant du mal \u00e0 prononcer COLBERT, m\u2019appelait TATCHEGNON. Je n\u2019ai pas eu l\u2019occasion de lui en demander la signification avant sa mort, mais j\u2019ai compris au fil des ans que c\u2019est toute une pri\u00e8re de b\u00e9n\u00e9diction qu\u2019elle pronon\u00e7ait sur ma vie. Et cette pri\u00e8re s\u2019exauce continuellement car je vois son effet dans tout ce que j\u2019entreprends. C\u2019est donc pour, d\u2019une part, ne pas estomper cette pri\u00e8re et, d\u2019autre part, rendre hommage \u00e0 ma grand-m\u00e8re, que j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de garder ce pr\u00e9nom devenu mon nom de plume.<\/p>\n<p><strong><em><u>BL<\/u><\/em><\/strong><strong><em> : <\/em><\/strong><strong><em>Vous \u00eates \u00e9crivain. Quand cette vocation est-elle n\u00e9e en vous ?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Est-ce que je peux dire exactement quand est n\u00e9e en moi la vocation d\u2019\u00e9crivain ? Ce n\u2019est pas \u00e9vident. Par contre, ce dont je suis certain est que ma passion pour l\u2019art date de tr\u00e8s longtemps. D\u00e8s ma prime enfance, je ne r\u00eavais que d\u2019une chose : devenir artiste et former un groupe folklorique comme ADJAHOUI, DOSSOU LETRIKI et autres. Je cite les noms de ces deux g\u00e9nies car quand j\u2019accompagnais mon p\u00e8re au champ, il ne faisait que fredonner leurs chansons pour rythmer les travaux champ\u00eatres. Et cela me charmait et me procurait un plaisir inou\u00ef. Tout cela fait que mon \u00e2me est fortement attach\u00e9e \u00e0 mon terroir, je veux dire \u00e0 ma culture. D\u2019ailleurs jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, j\u2019\u00e9coute plus du traditionnel que du moderne. Je r\u00eavais donc d\u2019une vie d\u2019artiste chanteur. C\u2019est pourquoi s\u2019il y a un personnage auquel je m\u2019identifie vraiment dans \u00ab Un pi\u00e8ge sans fin \u00bb d\u2019Olympe Bh\u00ealy-Quenum, c\u2019est bien Bossou ; car son kp\u00e9t\u00e9 est bien un instrument de musique qui m\u2019est familier. Sa vie d\u2019oiseau migrateur au service de l\u2019art \u2012 pour paraphraser Alain Mabanckou \u2012, est bien ce dont j\u2019ai toujours r\u00eav\u00e9 dans mon enfance. Par ailleurs, toujours dans mon enfance, quand j\u2019ai \u00e9t\u00e9 scolaris\u00e9, il y a la langue fran\u00e7aise qui a commenc\u00e9 \u00e0 exercer un certain charme sur moi. Quand j\u2019\u00e9coutais les \u00e9changes en fran\u00e7ais entre mon ma\u00eetre, Bienvenu GODOHAN \u2012 rest\u00e9 directeur de l\u2019\u00e9cole de base de DEKANGBO (GBEKO) jusqu\u2019\u00e0 sa mort tout r\u00e9cemment \u2012, et ses amis instruits, j\u2019\u00e9tais sid\u00e9r\u00e9 par la musicalit\u00e9 de cette langue. Et je me disais que quand je serais grand je composerais plein de chansons dans cette langue. Mais quand j\u2019ai eu mes trente-deux dents, je me suis rendu compte que je n\u2019ai pas le potentiel requis pour embrasser une carri\u00e8re de chanteur. Et \u00e0 d\u00e9faut de cela, ce dont je me suis senti capable, c\u2019est de composer des \u0153uvres litt\u00e9raires ; et je m\u2019y attelle. Je peux donc dire que ma vocation d\u2019\u00e9crivain est n\u00e9e de mon r\u00eave inassouvi de chanteur. Et comme l\u2019art est unique et monoth\u00e9iste \u00e0 travers le culte du dieu Aziza \u2012 appel\u00e9 Muse dans la mythologie grecque \u2012, je n\u2019\u00e9prouve aujourd\u2019hui aucun regret. C\u2019est cette double dimension de l\u2019art \u2012 musique et \u00e9criture \u2012 que je reconnais en moi qui fait que je n\u2019\u00e9cris qu\u2019en \u00e9coutant de la musique.<\/p>\n<p><strong><em><u>BL<\/u><\/em><\/strong><strong><em> : <\/em><\/strong><strong><em>Pourquoi avez-vous choisi d&rsquo;\u00e9crire?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Je n\u2019ai pas vraiment choisi d\u2019\u00e9crire. L\u2019\u00e9criture m\u2019est venue comme \u00e7a et s\u2019est impos\u00e9e \u00e0 moi. Je sais que j\u2019ai eu beaucoup de r\u00e9ussite en litt\u00e9rature dans mon cursus scolaire. Je me souviens que d\u00e9j\u00e0 au cours primaire, je suscitais l\u2019admiration de mes enseignants. L\u2019un d\u2019eux avait m\u00eame mis comme appr\u00e9ciation sur l\u2019une de mes copies de r\u00e9daction \u2012 en CE2 ou CM1 \u2012, il m\u2019avait donc mis comme appr\u00e9ciation \u00ab Tu as de l\u2019avenir \u00bb. Cela m\u2019avait cr\u00e9\u00e9 un peu d\u2019ennui aupr\u00e8s de mes camarades qui me lan\u00e7aient : \u00ab \u00c7a veut dire que nous, on n\u2019a pas d\u2019avenir ! Qu\u2019est-ce qu\u2019on fait ici alors ? On n\u2019a qu\u2019\u00e0 partir et te laisser seul avec le ma\u00eetre ! \u00bb Je me gardais bien de r\u00e9pondre \u00e0 la provocation parce j\u2019\u00e9tais l\u2019un des plus petits de la classe, une classe de gaillards barbus qui pouvaient me soulever d\u2019un doigt. Plus tard, en classe de 2nde, notre professeur de fran\u00e7ais nous avait donn\u00e9 un exercice de dissertation \u00e0 faire en groupe \u00e0 la maison et \u00e0 rendre ; ce qui allait faire l\u2019objet d\u2019une note d\u2019interrogation. Le groupe, faisant confiance \u00e0 mes comp\u00e9tences en litt\u00e9rature, m\u2019a demand\u00e9 de faire le travail et d\u2019y inscrire leurs noms. Et, alors que je me suis vraiment investi pour le travail \u00e0 travers des recherches documentaires \u2012 le sujet portait sur le symbolisme de la jarre passoire du roi Gh\u00e9zo \u2012, nous n\u2019avons r\u00e9colt\u00e9 <em>in fine<\/em> que 12\/20 comme note. Avec une appr\u00e9ciation que je n\u2019ai jamais oubli\u00e9e : \u00ab Ce ne sont pas vos id\u00e9es \u00bb. Quelle d\u00e9ception\u00a0! Je m\u2019attendais \u00e0 \u00eatre raill\u00e9 par mes camarades puisque la note n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur de notre esp\u00e9rance. Paradoxalement, ils se sont mis \u00e0 m\u2019encourager en me disant sur un ton de confidence : \u00ab \u00c7a veut dire que ton niveau d\u00e9passe celui du professeur. Sinon il n\u2019allait pas \u00e9crire sur la copie : ce ne sont pas vos id\u00e9es. Ne t\u2019en fais pas\u2026 \u00bb C\u2019est pour vous dire que c\u2019est comme \u00e7a que j\u2019ai forg\u00e9 mon \u00e2me d\u2019\u00e9crivain. Paradoxalement, toutes les fois que j\u2019ai pris l\u2019initiative de produire un texte \u00e0 publier, cela n\u2019aboutissait jamais. Mes amis peuvent en t\u00e9moigner. J\u2019ai fait partie pendant longtemps du club de lecture du Centre d\u2019\u00e9tudes et de documentation de Sacr\u00e9-C\u0153ur (Cotonou) o\u00f9 nous nous sommes lanc\u00e9 le challenge de r\u00e9unir des textes de fiction \u00e0 publier. Je n\u2019ai jamais pu apporter une ligne bien que ce ne soit pas des id\u00e9es qui me manquaient. C\u2019est alors que j\u2019ai compris qu\u2019il ne suffit pas d\u2019avoir des choses \u00e0 dire pour \u00e9crire. Il faut une flamme ou une \u00e9tincelle \u2012 je crois que c\u2019est \u00e7a le Aziza dont on parle \u2012 qui vous pousse \u00e0 dire, qui vous montre comment dire, qui vous souffle m\u00eame quoi dire. C\u2019est exactement ce que dit L\u2019Escargot ent\u00eat\u00e9 \u00e0 Verre Cass\u00e9 dans \u00ab Verre Cass\u00e9 \u00bb d\u2019Alain Mabanckou : \u00ab le petit ver solitaire, lui confie-t-il, qui ronge ceux qui \u00e9crivent [\u2026] est en toi, \u00e7a se voit quand on discute litt\u00e9rature, tu as soudain l\u2019\u0153il qui brille et les regrets qui remontent \u00e0 la surface de tes pens\u00e9es [\u2026] tu te moques de la vie parce que tu estimes que tu peux en inventer plusieurs et que toi-m\u00eame tu n\u2019es qu\u2019un personnage dans le grand livre de cette existence de merde, tu es un \u00e9crivain, je le sais, je le sens, tu bois pour cela, tu n\u2019es pas de notre monde, [\u2026] alors lib\u00e8re-toi, on n\u2019est jamais vieux pour \u00e9crire, [\u2026] Verre Cass\u00e9, sors-moi cette rage qui est en toi, explose, vomis, crache, toussote ou \u00e9jacule, je m\u2019en fous, mais ponds-moi quelque chose sur ce bar, sur quelques gars d\u2019ici, et surtout sur toi-m\u00eame \u00bb (Verre Cass\u00e9, pp. 194, 196). Alors, on dirait qu\u2019Aziza, \u00e0 travers ce \u00ab petit ver solitaire \u00bb, cette flamme, choisit son moment \u00e0 lui pour se manifester. C\u2019est d\u2019ailleurs pourquoi il y a un lieu commun qu\u2019on retrouve souvent dans les productions de nos artistes musiciens traditionnels : \u00ab Aziza w\u00e8zon azon demi\u2026 \u00bb (Lisez : \u00ab C\u2019est Aziza qui m\u2019a missionn\u00e9\u2026 \u00bb). Vous voyez tout le sens mystique qu\u2019on conf\u00e8re alors \u00e0 l\u2019art. C\u2019est la raison pour laquelle le pourquoi du choix de l\u2019\u00e9criture m\u2019\u00e9chappe \u00e0 moi-m\u00eame. Je sais par contre qu\u2019\u00e0 partir d\u2019un moment de mon existence, il y a quelque chose qui me pousse \u00e0 \u00e9crire. Et je le fais plus par plaisir, passion que par devoir ou par un quelconque engagement pour quelque cause que ce soit.<\/p>\n<p><strong><em><u>BL<\/u><\/em><\/strong><strong><em> : <\/em><\/strong><strong><em>Pour qui \u00e9crivez-vous?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>J\u2019\u00e9cris pour tous ceux qui \u00e9prouveront du plaisir \u00e0 me lire. Et je pense qu\u2019on ne doit priver personne de ce plaisir pour peu qu\u2019on sache lire. C\u2019est pourquoi mon style n\u2019est pas un style \u00e9litiste. Tous ceux qui m\u2019ont lu en t\u00e9moignent : c\u2019est un style simple et accessible. Style simple \u00e0 l\u2019exc\u00e8s, me reproche-t-on parfois. \u00a0C\u2019est peut-\u00eatre la r\u00e9sultante d\u2019une d\u00e9formation professionnelle. En tant qu\u2019enseignant, l\u2019exp\u00e9rience m\u2019a prouv\u00e9 que si on veut se faire comprendre et \u00eatre s\u00fbr de faire passer son message, il faut d\u00e9pouiller son langage de toute lourdeur et lui donner des ailes suffisamment l\u00e9g\u00e8res pour le faire planer par tout le monde. Et comme c\u2019est ce que moi-m\u00eame je recherche dans les \u0153uvres que je lis, je ne peux que donner \u00e0 consommer ce que j\u2019aime consommer pour que cela soit digeste. Etant donn\u00e9 que la lecture est un acte volontaire, pourquoi se mettre la corde au cou ? Si je prends une \u0153uvre qui ne me fait pas bander, comme le dit mon ami J\u00e9r\u00f4me Tossavi, le dramaturge, je l\u2019abandonne tranquillement ; et je n\u2019ai de compte \u00e0 rendre \u00e0 personne pour ne l\u2019avoir pas lue. C\u2019est donc un pur bonheur pour moi d\u2019entendre un imprimeur d\u2019un niveau d\u2019instruction approximatif, un coll\u00e9gien du premier cycle, un universitaire, etc. dire de mon \u0153uvre qu\u2019elle est plaisante. Parce qu\u2019il ne faut pas rester l\u00e0 \u00e0 jouer \u00e0 l\u2019intello pour dire apr\u00e8s que les gens ne lisent plus. Il faut plut\u00f4t donner \u00e0 lire ce qui est lisible. Il est temps de d\u00e9mythifier la lecture en la sortant des salles de classes et amphith\u00e9\u00e2tres o\u00f9 elle est loin de s\u2019\u00e9panouir puisqu\u2019on n\u2019y lit souvent que par contrainte. Et c\u2019est pourquoi les r\u00e9seaux sociaux prosp\u00e8rent. Qu\u2019est-ce que les gens y font ? Lire, mais ils ne lisent que ce qu\u2019ils veulent. Comment voulez-vous alors que la lecture livresque rivalise avec ces canaux de communication aujourd\u2019hui si vous n\u2019utilisez pas les m\u00eames armes c\u2019est-\u00e0-dire celles de la simplicit\u00e9 et de la distraction (l\u2019humour) ?<\/p>\n<p><strong><em><u>BL<\/u><\/em><\/strong><strong><em> : <\/em><\/strong><strong><em>Vous \u00eates aussi professeur et journaliste. Comment arrivez-vous \u00e0 concilier en vous tous ces personnages ?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Pour moi, \u00eatre enseignant, journaliste et \u00e9crivain n\u2019a rien d\u2019extraordinaire puisque dans ces trois professions, on manipule le m\u00eame instrument qu\u2019est la langue. Mieux, il y a une qualit\u00e9 commune aux trois : la p\u00e9dagogie. Aussi bien l\u2019enseignant que le journaliste et l\u2019\u00e9crivain sont cens\u00e9s \u00eatre des p\u00e9dagogues parce qu\u2019ils doivent, tous, expliquer et se faire comprendre. C\u2019est donc avec plaisir et tout naturellement que je passe d\u2019un couloir \u00e0 un autre.<\/p>\n<p><strong><em><u>BL<\/u><\/em><\/strong><strong><em> : <\/em><\/strong><strong><em>Vous venez de publier un recueil de r\u00e9cits. Est-ce un plaidoyer en faveur de la cause des vacataires?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Vous parlez de plaidoyer en faveur de la cause des vacataires parce que l\u2019\u0153uvre comporte une partie consacr\u00e9e aux m\u00e9saventures des enseignants vacataires. Mais si plaidoyer, il y a, il va au-del\u00e0 de la cause des vacataires. C\u2019est \u00e0 la cause de toute la jeunesse que je m\u2019int\u00e9resse, cette jeunesse \u00e0 laquelle on bouche tous les horizons et qui se retrouve contrainte \u00e0 tricher pour survivre.<\/p>\n<p><strong><em><u>BL<\/u><\/em><\/strong><strong><em> : <\/em><\/strong><strong><em>Que pr\u00e9coniseriez-vous pour une am\u00e9lioration de la condition des vacataires?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Ce que je proposerais pour une am\u00e9lioration de la condition des vacataires, c\u2019est ce que je proposerais pour une am\u00e9lioration de la condition de vie de toute la jeunesse africaine dont je fais partie. Je ne vais pas me perdre dans un catalogue de ce qu\u2019il faut ou ne faut pas faire. Si la jeunesse africaine et particuli\u00e8rement b\u00e9ninoise croupit dans cette pr\u00e9carit\u00e9 dont la vacation constitue une illustration, c\u2019est parce que nos \u00e9lites refusent, par une mauvaise foi ou inconsciemment, d\u2019assumer les responsabilit\u00e9s qui leur incombent. Il suffit qu\u2019elles prennent conscience de la mesure de ces responsabilit\u00e9s qui se r\u00e9sument en une mission : diriger c\u2019est-\u00e0-dire conduire comme un berger et non gouverner qui ne revient qu\u2019\u00e0 exercer le pouvoir politique donc \u00e0 faire de la politique politicienne. Quand nos \u00e9lites comprendront leur r\u00f4le de berger, elles sauront que diriger c\u2019est \u00eatre capable de sacrifice pour son peuple. Les exemples des h\u00e9ros tels B\u00e9hanzin, Patrice Emery Lumumba, Thomas Sankara et autres sont l\u00e0 pour nous \u00e9difier.<\/p>\n<p><strong><em><u>BL<\/u><\/em><\/strong><strong><em> : <\/em><\/strong><strong><em>Tout le monde s&rsquo;inqui\u00e8te de la baisse drastique du niveau des apprenants. Pourquoi et comment en sommes-nous arriv\u00e9s l\u00e0? Et que faut-il faire pour r\u00e9sorber la saign\u00e9e?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Si vous avez lu mon texte intitul\u00e9 \u00ab <strong><em>Un Senghor en puissance<\/em><\/strong> \u00bb dans \u00ab <em><strong>Errances dans nos sables mouvants<\/strong> <\/em>\u00bb, c\u2019est que vous connaissez mon opinion sur cette probl\u00e9matique. De mon exp\u00e9rience d\u2019enseignant qui fait que je c\u00f4toie les enfants en permanence, je puis dire \u00e0 qui veut m\u2019entendre que les enfants n\u2019ont aucun probl\u00e8me de niveau intellectuel. Il n\u2019y a donc pas \u00e0 chercher le pourquoi du comment de quoi que ce soit. Il se trouve simplement qu\u2019il se pose aux enfants un probl\u00e8me d\u2019orientation. Et ce sont les adultes qui en sont coupables. Je ne vois aucun probl\u00e8me de niveau intellectuel parce que ce qui cr\u00e9e d\u2019\u00e9moi chez tout le monde et que vous appelez baisse drastique de niveau, c\u2019est le fait que les enfants refusent de parler le fran\u00e7ais \u00e9litiste qu\u2019on leur impose \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Vous voulez que les enfants n\u2019\u00e9crivent pas \u00ab 8 \u00bb pour r\u00e9pondre \u00ab oui \u00bb \u00e0 un SMS. Vous voulez que les enfants ne disent pas \u00ab la commerce \u00bb, \u00ab la secr\u00e9tariat \u00bb, etc. Cela vous scandalise. A raison peut-\u00eatre. Mais ils n\u2019ont pas tous besoin de comprendre la langue fran\u00e7aise et toutes ses r\u00e8gles grammaticales avant de r\u00e9ussir leur vie. L\u2019enfant, qui a des potentialit\u00e9s \u00e0 faire valoir en \u00e9lectricit\u00e9, en menuiserie, en sport, en peinture et autres, a-t-il besoin de s\u2019exprimer en fran\u00e7ais comme un Sorbonnard pour exceller dans son domaine de comp\u00e9tence ? C\u2019est pourquoi je parle de probl\u00e8me d\u2019orientation et de restructuration de notre syst\u00e8me \u00e9ducatif qui n\u2019est qu\u2019une machine \u00e0 fabriquer des dipl\u00f4m\u00e9s ignorants voire inutiles \u00e0 leurs communaut\u00e9s. Que l\u2019on soit l\u00e0 \u00e0 chanter le slogan stupide de \u00ab Tous les enfants \u00e0 l\u2019\u00e9cole \u00bb, c\u2019est cela qui est un probl\u00e8me pour les enfants. Tous les enfants \u00e0 l\u2019\u00e9cole, d\u2019accord, mais on doit savoir \u00e0 quel niveau l\u2019enfant peut s\u2019arr\u00eater pour avoir juste le minimum d\u2019instruction scolaire pour embrasser la profession qui rel\u00e8ve de sa passion afin de se tracer son chemin. Malheureusement, notre syst\u00e8me est encore conforme \u00e0 l\u2019orientation \u00e0 elle donn\u00e9e par le colonisateur : apprendre au n\u00e8gre ce qui est inutile pour le maintenir dans la d\u00e9pendance vis-\u00e0-vis de son ma\u00eetre. Le jour o\u00f9 vous commencerez \u00e0 former des citoyens pour le d\u00e9veloppement de notre soci\u00e9t\u00e9, vous comprendrez que c\u2019est votre syst\u00e8me \u00e9ducatif inop\u00e9rant et poussif qui constitue un probl\u00e8me pour les enfants. C\u2019est \u00e0 ce syst\u00e8me de s\u2019adapter \u00e0 l\u2019\u00e9poque des enfants et non aux enfants de s\u2019adapter \u00e0 un syst\u00e8me d\u2019une autre \u00e9poque.<\/p>\n<p><strong><em><u>BL<\/u><\/em><\/strong><strong><em> : <\/em><\/strong><strong><em>Quel est aujourd&rsquo;hui la place de la culture dans les programmes scolaires de notre pays?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>La place de la culture dans les programmes scolaires de notre pays est \u00e0 reconsid\u00e9rer. Des cours primaires jusqu\u2019au coll\u00e8ge ou lyc\u00e9e, quelle discipline est consacr\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre, au cin\u00e9ma, aux arts plastiques, etc. ? Qui est-ce qui m\u2019a appris, \u00e0 moi, comment \u00e9crire des \u0153uvres de fiction ? Or, la culture, c\u2019est l\u2019\u00eatre lui-m\u00eame. Ce que nous suivons \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 rel\u00e8ve de la culture : les feuilletons, la musique, l\u2019habillement, etc. Nos langues, nos danses, nos chants, nos cultes divins, etc. ,c\u2019est tout cela qui forge notre \u00eatre. Mais on accorde plus d\u2019importance \u00e0 ces choses \u00e0 l\u2019\u00e9cole. L\u2019enfant ne dispose pas d\u2019assez de temps pour manier les \u00e9l\u00e9ments de sa propre culture\u00a0: jouer au tam-tam, participer aux c\u00e9r\u00e9monies d\u2019initiation, etc. Lorsque vous obligez tous les enfants \u00e0 \u00e9tudier presque toutes les disciplines jusqu\u2019en terminale, il y a quelque chose qui cloche. Il faut lui permettre de se consacrer \u00e0 ce qui l\u2019int\u00e9resse\u00a0; ce qui peut \u00eatre un \u00e9l\u00e9ment de sa culture dont il peut son m\u00e9tier. H\u00e9las.<\/p>\n<p><strong><em><u>BL<\/u><\/em><\/strong><strong><em> : <\/em><\/strong><strong><em>Sur la premi\u00e8re de couverture de votre livre, juste en bas du titre il est \u00e9crit: Autofictions. Qu&rsquo;est-ce qui justifie ce choix?<\/em><\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-full wp-image-954\" src=\"http:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/errances-dans-nos-sables-mouvants.jpg\" alt=\"\" width=\"418\" height=\"467\" srcset=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/errances-dans-nos-sables-mouvants.jpg 418w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/errances-dans-nos-sables-mouvants-269x300.jpg 269w\" sizes=\"(max-width: 418px) 100vw, 418px\" \/><\/p>\n<p>Le choix de l\u2019autofiction est d\u00fb aux nombreuses recherches que j\u2019ai eu l\u2019occasion d\u2019effectuer sur le sujet dans le cadre des travaux universitaires. Et je suis tomb\u00e9 sous le charme de cette variante du roman autobiographique tout simplement parce que j\u2019ai constat\u00e9 qu\u2019elle me donne assez de libert\u00e9 du point de vue de mon imaginaire. Elle me permet de me d\u00e9doubler en plusieurs personnages sans aucune barri\u00e8re : parler de moi \u00e0 travers les autres et vice versa. Ce n\u2019est que \u00e7a l\u2019autofiction. Et c\u2019est ce que j\u2019ai essay\u00e9 de faire \u00e0 travers mon recueil de r\u00e9cits. Quand certains de mes amis m\u2019appellent pour me demander si j\u2019ai vraiment v\u00e9cu toutes les m\u00e9saventures que je raconte dans l\u2019\u0153uvre, je souris car je constate que l\u2019art est dot\u00e9 d\u2019un immense pouvoir ; et ce n\u2019est pas pour rien qu\u2019on assimile l\u2019artiste \u00e0 un dieu.<\/p>\n<p><strong><em><u>BL<\/u><\/em><\/strong><strong><em> : <\/em><\/strong><strong><em>Vous n&rsquo;avez pas manqu\u00e9 de d\u00e9voiler l&rsquo;un des vices des agents administratifs de notre pays dans la nouvelle 4\u00d73000=13000. Que pensez-vous de l&rsquo;administration b\u00e9ninoise, et face \u00e0 ces vices qui ralentissent notre d\u00e9veloppement, en tant que citoyen et d\u00e9sormais \u00e9crivain, quels solutions on pourrait apporter ?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Point n\u2019est besoin de dire que nous n\u2019avons pas encore une administration de d\u00e9veloppement. Quand en tant qu\u2019enseignant vacataire, je dois d\u00e9poser le m\u00eame dossier dans le m\u00eame \u00e9tablissement chaque ann\u00e9e, vous voyez ce qu\u2019on me fait perdre en ressources mat\u00e9rielles et en temps sans oublier les \u00e9preuves de nerf auxquelles je suis expos\u00e9 pour retirer telle ou telle pi\u00e8ce. Idem pour la constitution du dossier d\u2019\u00e9tablissement de la carte d\u2019identit\u00e9 et autres. C\u2019est l\u00e0 un terreau pour la corruption que je d\u00e9nonce dans la nouvelle 4\u00d73000=13000. II faut r\u00e9duire au maximum le contact entre agents de l\u2019administration et usagers. Et il me semble que certaines r\u00e9formes sont en cours dans ce sens comme la cr\u00e9ation d\u2019un site internet pour le suivi de la carri\u00e8re des fonctionnaires d\u2019Etat ou encore la bancarisation en cours desdits agents. On est en fait dans un pays o\u00f9 tout est \u00e0 accomplir. La patience s\u2019impose donc sur certains plans. Parce qu\u2019il ne faudrait pas que nos pas de danse doublent le son du tam-tam. Il est n\u00e9cessaire d\u2019arrondir certains angles pour progresser.<\/p>\n<p><strong><em><u>BL<\/u><\/em><\/strong><strong><em> : <\/em><\/strong><strong><em>Le m\u00e9tier d&rsquo;enseignant que vous exercez, est-ce par vocation, ambition ou un choix par d\u00e9faut ? Vous arrive-t-il de regretter d&rsquo;avoir pris ce chemin, vous ?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>A partir de l\u2019anecdote que je viens de raconter, vous pouvez d\u00e9duire que moi, je me suis fait former pour exercer le m\u00e9tier d\u2019enseignant. Je savais d\u00e9j\u00e0 que ce \u00e0 quoi me destinait ma formation universitaire (en Lettres Modernes) \u00e9tait l\u2019enseignement ou le journalisme. D\u2019ailleurs, je n\u2019ai m\u00eame pas attendu d\u2019avoir ma licence avant de commencer \u00e0 m\u2019essayer \u00e0 ces deux professions. C\u2019est tout juste apr\u00e8s mon Bac que j\u2019ai entrepris des stages dans des organes de presse tels que LE MATINAL et LE TELEGRAMME puis apr\u00e8s dans le magazine AMOUR ET VIE de PSI\/BENIN. Il en est de m\u00eame pour l\u2019enseignement qui est une passion pour moi. Je me souviens que quand j\u2019\u00e9tais au cours primaire, il y a un jeu de m\u00e9tier que nous faisions et qui consiste \u00e0 inscrire sur un papier des m\u00e9tiers correspondant \u00e0 des nombres ; chacun devait calculer, en fonction des chiffres relatifs aux 26 lettres de l\u2019alphabet fran\u00e7ais, le nombre correspondant \u00e0 l\u2019ensemble des lettres de ses nom et pr\u00e9noms. Quand je devais confectionner ce jeu, je le taillais sur mesure de sorte que les m\u00e9tiers devant me revenir r\u00e9pondent \u00e0 mes go\u00fbts. Et tr\u00e8s souvent, c\u2019est \u00ab\u00a0Journaliste\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Professeur\u00a0\u00bb que j\u2019inscrivais devant les nombres correspondant \u00e0 mes nom et pr\u00e9nom. C\u2019est pour vous dire je ne suis pas all\u00e9 dans l\u2019enseignement ou dans le journalisme par hasard. Et je ne le regrette pas.<\/p>\n<p><strong><em>BL : <\/em><\/strong><strong><em>Quelles sont en g\u00e9n\u00e9ral les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es lors de l&rsquo;\u00e9criture de vos nouvelles? Comment les avez-vous surmont\u00e9es ?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Je n\u2019ai pas rencontr\u00e9 de difficult\u00e9 particuli\u00e8re dans l\u2019\u00e9criture de mes nouvelles si ce n\u2019est le manque de disponibilit\u00e9 pour m\u2019y consacrer comme cela se doit. En plein dans la vacation, il fallait courir dans tous les sens car je tournais \u00e0 plus de 40 heures de cours par semaine sans compter les cours \u00e0 domicile. C\u2019est \u00e0 peine qu\u2019on a le temps de s\u2019assoir pour manger. C\u2019est quand il a fallu trouver une maison d\u2019\u00e9dition que j\u2019ai vraiment eu de difficult\u00e9 avant de frapper \u00e0 la bonne porte. J\u2019ai envoy\u00e9 successivement le manuscrit \u00e0 deux maisons d\u2019\u00e9ditions, en France, qui m\u2019ont donn\u00e9 un avis favorable jusqu\u2019\u00e0 m\u2019envoyer leur contrat, chacune. J\u2019\u00e9tais \u00e0 un doigt de signer avec l\u2019une des deux maisons dont l\u2019offre m\u2019a int\u00e9ress\u00e9 quand j\u2019en ai discut\u00e9 avec l\u2019un de mes amis vivant \u00e0 Paris. C\u2019est lui qui m\u2019a d\u00e9conseill\u00e9 l\u2019aventure en m\u2019exposant les inconv\u00e9nients. Il m\u2019a alors orient\u00e9 vers les \u00e9ditions Plurielles \u00e0 Cotonou o\u00f9 j\u2019ai finalement pu avoir et sans effort la qualit\u00e9 que je recherchais \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p><strong><em><u>BL<\/u><\/em><\/strong><strong><em> : <\/em><\/strong><strong><em>Quel regard portez-vous sur l&rsquo;\u00e9tat actuel de la litt\u00e9rature b\u00e9ninoise? Quels sont vos impressions ou sentiments ou encore vos appr\u00e9hensions pour cette litt\u00e9rature? Est-ce que selon vous la rel\u00e8ve est bonne pour assurer et maintenir le cap ?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Mon regard sur l\u2019\u00e9tat actuel de la litt\u00e9rature de notre pays est un regard d\u2019esp\u00e9rance. C\u2019est vrai que \u00e7a ne bouillonne pas, \u00e7a ne se bouscule pas encore chez nous comme ailleurs, mais le vide qui s\u2019est cr\u00e9\u00e9 apr\u00e8s la g\u00e9n\u00e9ration de Olympe Bh\u00ealy-Quenum et Jean Pliya est en train d\u2019\u00eatre combl\u00e9. Ce vide qui faisait de Florent Couao-Zotti l\u2019oasis litt\u00e9raire du B\u00e9nin laisse progressivement la place \u00e0 un jardin qui s\u2019annonce fleurissant. La rel\u00e8ve est donc l\u00e0, et je crois que \u2012 puisque j\u2019en fais partie \u2012 l\u2019atout majeur sur lequel nous devons nous appuyer est celui de l\u2019\u00e9dition. L\u2019obstacle de l\u2019\u00e9dition \u00e9tant en train d\u2019\u00eatre rompu, nous n\u2019avons plus d\u2019excuse pour ne pas produire. Mieux, avec des tribunes de promotion comme Biscottes litt\u00e9raires et autres, il y a de quoi assurer et maintenir le cap. Celui qui visite votre blog aujourd\u2019hui peut se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence que notre litt\u00e9rature vit et fleurira pour aller \u00e0 la conqu\u00eate du monde. Et pour y parvenir, nos autorit\u00e9s politiques ont un grand r\u00f4le \u00e0 jouer pour favoriser la promotion des \u0153uvres locales. Dans cette optique, il existe par exemple un prix litt\u00e9raire appel\u00e9 Prix du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Il faut l\u2019am\u00e9liorer parce qu\u2019il est inconcevable que quelqu\u2019un gagne ce prix et ne soit m\u00eame pas connu au plan local. Voyez tout le tapage m\u00e9diatique que les Fran\u00e7ais font autour de leurs prix litt\u00e9raires et autres. Ici, c\u2019est \u00e0 peine qu\u2019un ou deux medias en parlent pendant deux jours et c\u2019est fini. Il faut que ce prix soit suffisamment m\u00e9diatis\u00e9. Par ailleurs, si la finalit\u00e9 est vraiment de promouvoir la litt\u00e9rature b\u00e9ninoise, pourquoi ne pas inscrire au programme les \u0153uvres remportant ce prix ? Etant donn\u00e9 que les \u0153uvres sont inscrites maintenant au programme de fran\u00e7ais de fa\u00e7on rotative (renouvelable chaque deux ans), il me semble qu\u2019on peut voir dans ce sens.<\/p>\n<p><strong><em><u>BL<\/u><\/em><\/strong><strong><em> : <\/em><\/strong><strong><em>Quels conseils donneriez-vous aux jeunes litt\u00e9raires d\u00e9sireux de se lancer dans l&rsquo;\u00e9criture\u00a0?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le seul conseil que je peux donner \u00e0 mes comp\u00e8res est de s\u2019investir \u00e9norm\u00e9ment dans la lecture. Ce n\u2019est que par l\u00e0 qu\u2019ils verront ce qui se fait pour pouvoir faire. Comme l\u2019a \u00e9crit Sami Tchak : \u00ab <strong><em>Tout \u00e9crivain est issu de son humilit\u00e9 de lecteur et de sa pr\u00e9tention de cr\u00e9ateur <\/em><\/strong>\u00bb.<\/p>\n<p><strong><em><u>BL<\/u><\/em><\/strong><strong><em> : <\/em><\/strong><strong><em>Le 30 Septembre 2017, lors de la C\u00e9r\u00e9monie de remise de prix de la 10e \u00e9dition du Concours Plumes Dor\u00e9es, Habib Dakpogan disait ceci: \u00ab\u00a0le 21eme si\u00e8cle ne peut pas se passer de la litt\u00e9rature\u00a0\u00bb. Et pourtant on sait que la litt\u00e9rature ne nourrit pas toujours son homme. Qu&rsquo;en dites-vous<\/em><\/strong>?<\/p>\n<p>Mais m\u00eame si la litt\u00e9rature ne nourrit pas son homme, du moins sous nos cieux, elle permet \u00e0 l\u2019homme, \u00e0 l\u2019\u00e9crivain de nourrir ses semblables. Parce que faire de la litt\u00e9rature, pour moi, c\u2019est donner du plaisir, donner aux autres des ailes pour planer au-dessus du traintrain quotidien tout en faisant r\u00e9fl\u00e9chir sur l\u2019existence humaine ou sur le monde en g\u00e9n\u00e9ral. J\u00e9sus ne dit-il pas : \u00ab L\u2019homme ne vit pas que du pain \u00bb ? Alors pourquoi voulez que tout ce que fait l\u2019homme lui procure du pain ? L\u2019homme a aussi besoin de nourrir son \u00e2me ou son esprit. Et la litt\u00e9rature fait partie de cette cat\u00e9gorie de nourriture. Pouvez-vous quantifier le bien que l\u2019on tire de la musique en l\u2019\u00e9coutant ? Non. De m\u00eame que toute notre vie est rythm\u00e9e par la musique, surtout en Afrique, c\u2019est ainsi que ceux qui se d\u00e9lectent des d\u00e9lices de la lecture et donc de la litt\u00e9rature ne sauraient s\u2019en passer. Maintenant si on \u00e9crit plus dans l\u2019intention de tirer l\u2019essentiel de ses revenus mat\u00e9riels des droits d\u2019auteur d\u00e9risoires que par passion, on risque de ne r\u00e9colter que d\u00e9ception.<\/p>\n<p><strong><em><u>BL<\/u><\/em><\/strong><strong><em> : <\/em><\/strong><strong><em>A la question : \u00ab\u00a0En consid\u00e9rant l&rsquo;univers litt\u00e9raire b\u00e9ninois, qu&rsquo;est-ce qui vous a le plus d\u00e9\u00e7u?\u00a0\u00bb, voici la r\u00e9ponse de OrouLogoma\u00a0Cosme\u00a0: \u00ab\u00a0Dans l\u2019univers litt\u00e9raire b\u00e9ninois, ce qui m\u2019a le plus d\u00e9\u00e7u c\u2019est que tout le monde veut avoir votre livre mais gratuitement.\u00a0\u00bb Avez-vous fait la m\u00eame exp\u00e9rience ? Que diriez-vous si la m\u00eame question vous \u00e9tait pos\u00e9e? : \u00ab\u00a0En consid\u00e9rant l&rsquo;univers litt\u00e9raire b\u00e9ninois, qu&rsquo;est-ce qui vous a le plus d\u00e9\u00e7u?\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Je suis d\u2019accord avec le constat de OrouLogoma Cosme selon lequel tout le monde veut avoir votre livre mais gratuitement, mais il ne faudrait pas en faire un drame. Ceci pour deux raisons. Primo, vous ne pouvez pas vendre \u00e0 quelqu\u2019un un objet dont il ne conna\u00eet pas le prix c\u2019est-\u00e0-dire la valeur. Il y a d\u2019ailleurs un adage fon qui dit qu\u2019on ne vend du fer qu\u2019\u00e0 celui conna\u00eet le fer. En ce qui me concerne, il y a des personnes \u00e0 qui j\u2019ai donn\u00e9 mon livre mais qui m\u2019ont oblig\u00e9 \u00e0 prendre de l\u2019argent. Ceux-l\u00e0 en connaissent le prix. En fait, le livre ne rel\u00e8ve pas de notre culture. Nous sommes en train de l\u2019adopter. Lorsqu\u2019on sort du cadre scolaire, combien de B\u00e9ninois ou d\u2019Africains ach\u00e8tent de livres juste par plaisir ? Tr\u00e8s peu. Ce n\u2019est pas de notre faute. Il faut r\u00e9soudre le probl\u00e8me de l\u2019instruction. Secundo, c\u2019est normal que le probl\u00e8me de la distribution du livre se pose \u00e0 un auteur qui est \u00e0 son coup d\u2019essai comme moi. Cela renvoie au symbolisme du \u00ab DOKPON \u00bb (en gun) c\u2019est-\u00e0-dire du \u00ab go\u00fbter voir \u00bb dans notre tradition. En effet quiconque entreprend nouvellement un commerce, surtout celui des aliments, se fait le devoir de donner un peu de son produit \u00e0 tous ses potentiels clients pour qu\u2019ils en sondent la qualit\u00e9. D\u00e8s que c\u2019est bon, on l\u2019adopte. Du coup, on peut dire : \u00ab Ah ! les produits de telle personne sont de bonne qualit\u00e9 hein ! Elle pr\u00e9pare tr\u00e8s bien ! \u00bb Ce qui constitue de la publicit\u00e9 gratuite pour le commer\u00e7ant. Voil\u00e0 mon analyse de la situation. Je ne saurais donc parler de d\u00e9ception \u00e0 l\u2019\u00e9tape actuelle de mon aventure.<\/p>\n<p><strong><em><u>BL<\/u><\/em><\/strong><strong><em> : <\/em><\/strong><strong><em>Vous avez s\u00fbrement des projets&#8230;<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Mon principal projet auquel je travaille d\u00e9j\u00e0 est la publication de mes prochains livres. De nombreux amis ne cessent de me r\u00e9p\u00e9ter : \u00ab Tu ne dois pas t\u2019en arr\u00eater l\u00e0 \u00bb. Et lorsqu\u2019une seule personne lit votre \u0153uvre et vous dit qu\u2019elle l\u2019a aim\u00e9e, c\u2019est une mission qu\u2019elle vous confie, c\u2019est une fa\u00e7on de vous dire qu\u2019elle attend que vous lui procuriez plus de plaisir. C\u2019est comme une d\u00e9claration d\u2019amour et vous n\u2019avez pas le droit de trahir ce pacte qui s\u2019est nou\u00e9 entre vous et votre lecteur.<\/p>\n<p><strong><em><u>BL<\/u><\/em><\/strong><strong><em> : <\/em><\/strong><strong><em>Mot de fin<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Comme mot de fin, je ne peux que vous remercier. Un blog th\u00e9matique comme le v\u00f4tre, c\u2019est une initiative noble et louable. C\u2019est la preuve que personne ne saurait comprendre le langage de la passion. Spontan\u00e9ment, vous achetez des livres, vous les \u00e9tudiez et vous mettez vos analyses \u00e0 la disposition du public gratuitement. Qui est-ce qui vous paie pour cela ? Personne. Vous d\u00e9pensez de l\u2019argent et de l\u2019\u00e9nergie pour une cause publique. Comme le dit Mabanckou, qui sait pourquoi l\u2019oiseau en cage chante ? 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