{"id":1522,"date":"2017-12-21T00:00:37","date_gmt":"2017-12-21T00:00:37","guid":{"rendered":"http:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/?p=1522"},"modified":"2017-12-22T08:36:31","modified_gmt":"2017-12-22T08:36:31","slug":"coeur-de-rasta-rodrigue-atchaoue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/coeur-de-rasta-rodrigue-atchaoue\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0C\u0153ur de Rasta\u00a0\u00bb, Rodrigue ATCHAOUE"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Introduction<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Il est ressass\u00e9 que nous lisons de moins en moins. Et la question qui surgit automatiquement est celle-ci: \u00ab\u00a0<em>est-ce parce que les \u00e9crivains n&rsquo;\u00e9crivent pas que nous ne lisons pas?<\/em>\u00a0\u00bb ou bien \u00ab\u00a0<em>est-ce parce que nous ne lisons pas que les \u00e9crivains n&rsquo;\u00e9crivent pas?<\/em>\u00a0\u00bb De toute \u00e9vidence, le livre b\u00e9ninois continue d&rsquo;\u00e9crire de nouvelles et belles pages pour la joie des lecteurs. La jeune g\u00e9n\u00e9ration apporte sa plume et son encre \u00e0 l&rsquo;\u00e9dification de l&rsquo;industrie du livre b\u00e9ninois. En effet, c&rsquo;est au bout de l&rsquo;ancienne corde, dit la sagesse, qu&rsquo;on tisse la nouvelle. La p\u00e9rennit\u00e9 s&rsquo;assure gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;\u00e9closion de nouveaux grains. La g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 du vent assurant le transport du pollen (an\u00e9mogamie) est signe aussi que l&rsquo;Esprit souffle o\u00f9 il veut (spititus ubi vult spirat) et que tant qu&rsquo;il y a aura des livres \u00e0 lire, il y a aura la vie, la joie. La tradition se poursuit, et \u00e0 la place des p\u00e8res se l\u00e8vent des fils pour que jamais le livre ne fasse d\u00e9faut. En signant \u00ab\u00a0<em><strong>C\u0153ur de Rasta<\/strong><\/em>\u00ab\u00a0, Rodrigue ATCHAOUE entend jouer sa partition et peindre autrement le visage des peines, des joies, des espoirs et des angoisses des hommes et des femmes de chez nous. De ce livre, la probl\u00e9matique pourrait se formuler ainsi : \u00ab\u00a0<em>Qu&rsquo;y a-t-il dans le c\u0153ur d&rsquo;un Rasta? Comment son c\u0153ur est-il constitu\u00e9? Quelle est la diff\u00e9rence entre le c\u0153ur d&rsquo;un Rasa et celui d&rsquo;un homme sans tignasse arborescente?<\/em>\u00ab\u00a0Ce recueil de nouvelles que nous \u00e9tudions ici, nous permettra de descendre dans l&rsquo;\u00e9paisseur de la condition humaine sous l&rsquo;angle du \u00ab\u00a0<em><strong> castigat ridendo mores<\/strong><\/em> \u00a0\u00bb (il corrige les m\u0153urs en riant). Ce sera aussi pour nous l&rsquo;occasion de reprendre \u00e0 frais nouveaux ce que l&rsquo;auteur dit de lui-m\u00eame. Aborder ce recueil de nouvelles, c&rsquo;est en d\u00e9finitive mettre en lumi\u00e8re les tares que d\u00e9nonce l&rsquo;auteur.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>I- Qui est Rodrigue ATCHAOUE ?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Rodrigue ATCHAOUE est un jeune b\u00e9ninois, n\u00e9 \u00e0 Hou\u00e8gbo. Dans l&rsquo;interview qu&rsquo;il a accord\u00e9e \u00e0 http:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/, voici ce qu&rsquo;il disait de lui-m\u00eame :\u00a0\u00bb <strong><em>Rodrigue ATCHAOUE\u00a0<\/em><\/strong> a fait des \u00e9tudes de Lettres modernes. Il a refus\u00e9 l\u2019enseignement. Et depuis 2007, il s\u2019est mis au service de presque toutes les maisons d\u2019\u00e9dition du B\u00e9nin. Il g\u00e8re, actuellement, sa maison d\u2019\u00e9dition personnelle, Les \u00c9ditions Savane, qui compte, depuis juin 2016, une douzaine de titres. Mais Rodrigue ATCHAOUE est plus connu comme \u00e9crivain. Il est l\u2019auteur de trois recueils de nouvelles (<em style=\"font-weight: inherit;\"><strong>La danseuse Sakpata, Les souliers du lac Nokou\u00e9, C\u0153ur de rasta),<\/strong><\/em><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><strong><em>d\u2019un livre de po\u00e9sie (L\u2019os du silence), et de trois romans (<\/em><\/strong><em style=\"font-weight: inherit;\"><strong>La d\u00e9esse aux longs cheveux, Cocogirl,<\/strong><\/em><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><strong><em>et<\/em><\/strong><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><em><strong>Les cuisses du ciel<\/strong><\/em><strong><em>).\u00a0\u00bb <\/em><\/strong>(\u00ab\u00a0http:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/interview-de-monsieur-rodrigue-ATCHAOUE \/). Grand passionn\u00e9 des Belles Lettres, collabore \u00e0 plusieurs maisons d&rsquo;\u00e9ditions, journaux et magazines. L&rsquo;\u0153uvre que nous \u00e9tudions de lui ici, s&rsquo;intitule \u00ab\u00a0C\u0153ur de Rasta\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">II- Bref aper\u00e7u de l&rsquo;\u0153uvre<\/span><\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em><strong>C\u0153ur de Rasta<\/strong><\/em>\u00a0\u00bb est paru aux Editions Tamarin \u00e0 Cotonou en 2015. C&rsquo;est un recueil de neuf (09) nouvelles r\u00e9parties sur 122 pages: \u00ab\u00a0<strong><em>C\u0153ur de Rasta (pp 7-32), Notre-Dame de Godomey (pp 33-35), Amour d&rsquo;\u00e9changeur (pp 37-45), Madame Col\u00e8re (pp 47-54), S\u00e8nami (pp 55-67), Le voyage (pp 69-74), Mandela et la bouteille de whisky (pp 75-79), Le th\u00e9 du procureur (pp 81-111), Les derniers jours de maman (pp 113-122).<\/em><\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;\u0153uvre s&rsquo;ouvre sur la nouvelle \u00e9ponyme. Tr\u00e8s vite, l&rsquo;auteur fait basculer le comique au tragique, et le drame au m\u00e9lodrame. Il met en sc\u00e8ne un rasta, S\u00e9lassi\u00e9, aussi connu sous le nom de Marc, Marco Polo. Si S\u00e9lassi\u00e9 est son nom d&rsquo;artiste et d&rsquo;ob\u00e9dience \u00ab\u00a0rastafari\u00a0\u00bb, Marco Polo est son nom d&rsquo;arrogance. Il s&rsquo;agit en effet d&rsquo;un boh\u00e9mien aux allures troubadouresques, bavard comme une pie, importun comme une chique. Toute sa vie est travers\u00e9e par les affres de la mis\u00e8re et du d\u00e9senchantement. Il trouve consolation pour son c\u0153ur dans celui d&rsquo;une femme qui pour le rendre heureux tombe enceinte de lui. Grande joie pour le rasta. Le grand jour se l\u00e8ve, celui qui le plonge dans la nuit la plus noire : la parturition. Ils d\u00e9barquent \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital. Un peu plus tard, le g\u00e9n\u00e9rique de tr\u00e8s pris\u00e9 feuilleton baptis\u00e9 \u00ab\u00a0Rubi\u00a0\u00bb vrombit dans tout l&rsquo;h\u00f4pital. Axiologie oblige. Mais la sage-femme r\u00e9sistera-t-elle \u00e0 la folle envie de suivre son feuilleton ador\u00e9? De toutes les fa\u00e7ons, on trouvera le Rasta dans les buissons, sans son c\u0153ur. Que s&rsquo;est-il pass\u00e9? O\u00f9 est son c\u0153ur ?<\/p>\n<p>De \u00ab\u00a0<strong><em>C\u0153ur de Rasta<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb \u00e0 \u00a0\u00bb <em><strong>Madame Col\u00e8re<\/strong><\/em>\u00a0\u00bb en passant par \u00ab\u00a0<strong><em>Notre-Dame de Godomey<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0<em><strong>Amour d&rsquo;\u00e9changeur<\/strong><\/em>\u00ab\u00a0, Rodrigue ATCHAOUE \u00a0ouvre le voile sur des aberrations peu ou prou identitaires qui se manifestent chez S\u00e8homi (in Notre-Dame de Godomey) qui pense qu&rsquo;avec l&rsquo;\u00e9lection \u00e0 la maison Blanche de Barack OBAMA, adieu les mis\u00e8res noires. Comprendre ce comportement de S\u00e8homi, c&rsquo;est aussi mettre en relief l&rsquo;infid\u00e9lit\u00e9 de Kossia et d&rsquo;Adjoua (in Amour d&rsquo;\u00e9changeur) qui \u00ab\u00a0ramass\u00e8rent\u00a0\u00bb des grossesses \u00ab\u00a0dehors\u00a0\u00bb, troph\u00e9es de leur commerce extraconjugal. Il a fallu que le Vieux Gnankansan fit flamboyer sa machette que le duo infid\u00e8le d\u00e9tal\u00e2t. De toute \u00e9vidence, l&rsquo;\u00e2pret\u00e9 au grain de ces deux femmes leur a valu de perdre leur mari. Mais les auteurs de leurs grossesses se reconna\u00eetront-ils p\u00e8res des enfants \u00e0 na\u00eetre. De la vengeance du Vieux Gnankansan \u00e0 la col\u00e8re de Dame <em>\u00ab\u00a0Tolotolo\u00a0\u00bb,<\/em> l&rsquo;auteur r\u00e9\u00e9crit \u00e0 sa mani\u00e8re la maxime selon laquelle le bienfait n&rsquo;est jamais perdu. En effet, Ba\u00ef avait re\u00e7u de sa m\u00e8re un dindonneau avant de la quitter pour la ville o\u00f9 Sessi, son mari, devait l&#8217;emmener. La ville ouvrit les yeux de Sessi sur d&rsquo;autres beaut\u00e9s \u00e9toil\u00e9es. Il s&rsquo;\u00e9prend de l&rsquo;institutrice avec qui il trompe ouvertement sa femme, m\u00eame dans le lit conjugal. Il ne tarde pas \u00e0 la renvoyer pour introniser chez lui \u00ab\u00a0<strong><em>cette institutrice droite et fine comme un crayon \u00e0 papier<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb (p 53). Ba\u00ef retourne au village sans son dindonneau devenu d\u00e9sormais une belle et fi\u00e8re dinde. Sessi en a d\u00e9cid\u00e9 ainsi. L&rsquo;institutrice apprit \u00e0 ses d\u00e9pens qu&rsquo;on ne prend pas le mari des autres impun\u00e9ment. La dinde de Ba\u00ef, Madame Col\u00e8re, a bien veng\u00e9 sa ma\u00eetresse.<\/p>\n<p>De la vengeance, nous passons \u00e0 l&rsquo;amour avec S\u00e8nami. Mais ici aussi, comme dans \u00ab\u00a0<strong><em>C\u0153ur de Rasta<\/em><\/strong>\u00ab\u00a0, le drame est au rendez-vous. L&rsquo;idylle entre Rufin et S\u00e8nami, son idole, la femme de ses r\u00eaves a vite fait de se transformer en coup fatal port\u00e9 au c\u0153ur de cette derni\u00e8re. Adieu la po\u00e9sie. Adieu l&rsquo;amour romantique. Le vrai roman, c&rsquo;est d\u00e9sormais le corps de Rufin gisant devant les d\u00e9bris du miroir o\u00f9 trois ans plus t\u00f4t, elle s&rsquo;\u00e9tait peign\u00e9e. Toujours dans ce registre, \u00ab\u00a0<strong><em>Le Voyage<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb nous fait visiter les chagrins d&rsquo;amour d&rsquo;un c\u0153ur d\u00e9\u00e7u qui adresse une longue complainte aux allures \u00e9l\u00e9giaques \u00e0 Amy. Celle-ci a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 Th\u00e9o Poulait \u00e0 ce c\u0153ur si tendre qui est pr\u00e8s d&rsquo;accomplir le dernier acte de sa vie: se jeter dans les \u00ab\u00a0<strong><em>bras de celle qui sait aimer et ne d\u00e9\u00e7oit jamais.<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb \u00a0(p 74) Et pourtant, ce Th\u00e9o, n&rsquo;est pas loin d&rsquo;un vaurien, auteur de la c\u00e9l\u00e8bre phase ainsi rendu \u00e0 l&rsquo;imparfait: \u00ab\u00a0<em>La m\u00e8re poulait picorait vitait vitait<\/em>\u00a0\u00bb (p 73). Le lugubre et le tragique qui dominent cette nouvelle, trouvent dans \u00ab\u00a0<strong><em>Le th\u00e9 du procureur<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb une r\u00e9sonance de souffrances et de mis\u00e8res qui rendent compte de ce que pour avoir vol\u00e9 une pi\u00e8ce de cinq cents francs, l&rsquo;on peut aller en prison sans transition. La vie carc\u00e9rale a ses r\u00e9alit\u00e9s que la r\u00e9alit\u00e9 a du mal \u00e0 reconna\u00eetre. \u00ab\u00a0<em>A la prison civile de Daa Vigan, on ne mange pas si le procureur ne vous donne pas l&rsquo;ordre. Respect total? Respectes totaux. Respects globaux<\/em>.\u00a0\u00bb (p 98). Ici, c&rsquo;est un autre monde. Un monde autre que celui o\u00f9 tout le monde se croit quelqu&rsquo;un. Ici c&rsquo;est la loi du plus fort dans tous les arts. Quand vous \u00eates parents du ministre, eussiez-vous vendu le palais pr\u00e9sidentiel, la loi vous blanchit. L&rsquo;aura du ministre vous purifie de toute souillure et motif de condamnation. Comme en prison il y a tout, il y a eu Soweto aussi. Lui, il a \u00e9chou\u00e9 dans cet univers pour avoir vendu la ferraille repr\u00e9sentant le dieu Gou. La prison devait le prot\u00e9ger de la fureur des adeptes du dieu du fer. Et pourtant&#8230; L&rsquo;\u0153uvre finit comme elle a commenc\u00e9 : faire monter au ciel des odes en l&rsquo;honneur de la Grande Avaleuse qui ne conna\u00eet personne. Si elle a emport\u00e9 S\u00e9lassi\u00e9 et sa femme, elle n&rsquo;a laiss\u00e9 aucune chance \u00e0 la m\u00e8re du narrateur. Si l&rsquo;argent pouvait la sauver, elle n&rsquo;aurait pas tr\u00e9pass\u00e9. Si l&rsquo;affection y pouvait quelque chose, elle aurait surv\u00e9cu. La science a montr\u00e9 ses limites, la m\u00e9decine a rengain\u00e9, laissant les enfants devant l&rsquo;\u00e9c\u0153urante r\u00e9alit\u00e9: la mort de leur m\u00e8re. Que de douleur. Mais mes larmes n&rsquo;ont jamais arrach\u00e9 \u00e0 la mort sa proie comme les cris n&rsquo;ont jamais fait \u00e0 l&rsquo;\u00e9pervier l\u00e2cher le poussin.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">III- Dominances<\/span><\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;\u0153uvre est sombre et lugubre. S&rsquo;en d\u00e9gagent \u00e0 chaque d\u00e9tour des senteurs et des fum\u00e9es de mort et de d\u00e9solation. Certes, l&rsquo;auteur a eu recours \u00e0 l&rsquo;humour pour att\u00e9nuer un peu la charge de douleur qu&rsquo;il inocule au lecteur via les nouvelles, mais le fait demeure t\u00eatu que \u00ab\u00a0<strong><em>C\u0153ur de Rasta<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb est en d\u00e9finitive une \u0153uvre \u00e9l\u00e9giaque. La probl\u00e9matique de la mort para\u00eet int\u00e9resser l&rsquo;auteur. Et \u00e0 la faveur de ce recueil, il a focalis\u00e9 notre attention sur la destination universelle et finale de tout le genre humain: la mort. Tous nous mourrons? Certes. Mais que cela advienne dans les circonstances normales. Qu&rsquo;elle n&rsquo;advienne pas du fait d&rsquo;une n\u00e9gligence des agents de sant\u00e9. Et Dieu m\u00eame ignore le nombre pl\u00e9thorique de patients qui entrent dans les h\u00f4pitaux dans l&rsquo;espoir de rentrer sains et saufs et qui \u00e9chouent finalement \u00e0 la morgue des suites non de leur maladie mais d&rsquo;une erreur m\u00e9dicale qui leur est malheureusement fatale.<\/p>\n<p>De l&rsquo;inconscience professionnelle des sages-femmes pas du tout sages \u00e0 l&rsquo;infid\u00e9lit\u00e9 conjugale aussi bien chez l&rsquo;homme que chez la femme en passant par la vie carc\u00e9rale, Rodrigue ATHAOUE entend faire r\u00e9sonner les voix souvent tues. La vie humaine est sacr\u00e9e, et l&rsquo;on ne saurait pr\u00e9texter de quelque loisir que ce soit pour la traiter avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. Comment peut-on, \u00e0 cause d&rsquo;un feuilleton, abandonner une femme en travail \u00e0 ses pleurs et g\u00e9missements? Comment peut-on la rudoyer alors qu&rsquo;elle traverse une situation d\u00e9licate du genre \u00ab\u00a0\u00e7a passe ou \u00e7a casse\u00a0\u00bb? Le Serment d&rsquo;Hypocrite l&rsquo;admet certes. Mais il faut un peu plus de morale et d&rsquo;humanit\u00e9 dans nos centres de sant\u00e9, tout comme il urge que les politiques en charge de la vie carc\u00e9rale jouent pleinement leurs r\u00f4les dans la pr\u00e9servation de ceux qui en sont les locataires aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p>La vie, ce n&rsquo;est pas comme de l&rsquo;arachide dont on jette la coque. Autant nous la soignons en nous, autant devons-nous la pr\u00e9server en autrui. Et m\u00eame si notre vie nous \u00ab\u00a0appartient\u00a0\u00bb, nous n&rsquo;en sommes pas les seuls b\u00e9n\u00e9ficiaires. Et pour cela, l&rsquo;on ne saurait l&rsquo;\u00e9courter pour un chagrin, f\u00fbt-il d&rsquo;amour. Le suicide n&rsquo;est pas toujours la derni\u00e8re solution. C&rsquo;est ce que r\u00e9clame l&rsquo;auteur \u00e0 travers ce livre o\u00f9 il a bien fait de mettre en relief l&rsquo;infid\u00e9lit\u00e9 de Sessi qui est aussi condamnable que celle de Kossia et Adjoa. Question de justice, certainement, puisque jamais, on ne condamne l&rsquo;adult\u00e8re, quand elle est commise par un homme. M\u00eame dans la nouvelle \u00ab\u00a0Madame Col\u00e8re\u00a0\u00bb on aurait souhait\u00e9 que la dinde s&rsquo;en pr\u00eet \u00e0 Sessi aussi, plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;institutrice uniquement. Par ailleurs, les amours inaccomplis, source de mort lente et lancinante, joints aux d\u00e9sespoirs et chagrins existentiels, constituent, sous la plume de l&rsquo;auteur, des rocs o\u00f9 la soci\u00e9t\u00e9 se brise l&rsquo;\u00e2me de plus en plus. On le voit, le Rasta, au fore de sa d\u00e9solation, se voit arracher le c\u0153ur par des assassins avides d&rsquo;organes humains. La qu\u00eate du gain facile comme dans le cas de Soweto (comment peut-il vendre le dieu des autres?) est aussi une probl\u00e9matique actuelle que l&rsquo;auteur a le m\u00e9rite de mettre en exergue. L&rsquo;agent ne saurait nous pousser \u00e0 poser des actes ignobles et ignominieux. Le mettre \u00e0 sa place et lui reconna\u00eetre sa juste valeur, voil\u00e0 ce que recommande Rodrigue Atchahou\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Conclusion<\/strong><\/span><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<strong><em>C\u0153ur de Rasta<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb est un voyage entre la vie et la mort. Mieux, c&rsquo;est un voyage vers la mort. Une scrutation des horizons bouch\u00e9s o\u00f9 la finitude ouvre ses bras pour transporter dans l&rsquo;au-del\u00e0 les bonnes personnes qu&rsquo;on aurait pourtant voulu voir s&rsquo;\u00e9panouir et sourire \u00e0 la vie. On ne saurait lire sans fr\u00e9mir ce livre bien \u00e9crit et riche en diglossies et couleurs locales. On y rencontre Godomey et son Tol\u00e8gba, Akpakpa, CHNU Etc. La prison est rendue par sa traduction fon \u00ab\u00a0<strong><em>Daa Vigan<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb <strong><em>xw\u00e9<\/em><\/strong>. Le style est alerte et po\u00e9tique par endroit. Pleines de surprises et de suspenses, les nouvelles rendent le lecteur contemporain et t\u00e9moin des faits narr\u00e9s. Le visage m\u00e9lancolique de la photo de couverture et le rouge du titre pourraient faire penser au d\u00e9nouement lugubre que l&rsquo;auteur nous r\u00e9serve. Et pourtant il y a ce fond blanc de la premi\u00e8re de couverture qui pourrait aussi faire penser \u00e0 la puret\u00e9 du c\u0153ur des personnages. Mais force est de constater que l&rsquo;auteur, avec un style presque enfantin et enjou\u00e9, a r\u00e9ussir \u00e0 nous faire communier \u00e0 son univers \u00e0 lui. L&rsquo;\u0153uvre est grande, belle, agr\u00e9able. On la lit sans grande difficult\u00e9. On la lit en riant et en pleurant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Destin Mahulolo<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction Il est ressass\u00e9 que nous lisons de moins en moins. 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