{"id":819,"date":"2017-09-07T23:32:09","date_gmt":"2017-09-07T23:32:09","guid":{"rendered":"http:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/?p=819"},"modified":"2017-09-07T23:32:26","modified_gmt":"2017-09-07T23:32:26","slug":"chez-soeurs-de-pobe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/chez-soeurs-de-pobe\/","title":{"rendered":"Chez les S\u0153urs de Pob\u00e8"},"content":{"rendered":"<h2>Bonjour les amis,<\/h2>\n<h2>Nous recevons pour la rubrique \u00ab\u00a0<em>Vous et Nous<\/em>\u00a0\u00bb Ad\u00e9la\u00efde FASSINOU. Elle partage avec nous ici un de ses textes publi\u00e9s il y a quelques ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0&#8230;<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-820 alignleft\" src=\"http:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/pobe.jpg\" alt=\"\" width=\"275\" height=\"183\" srcset=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/pobe.jpg 275w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/pobe-272x182.jpg 272w\" sizes=\"(max-width: 275px) 100vw, 275px\" \/><\/p>\n<p>Devant nous, la campagne s\u2019\u00e9tirait, verte et touffue. Elle s\u2019\u00e9talait de part et d\u2019autre de la route. Un \u00e9pais rideau d\u2019herbes, de plantes et d\u2019arbres obstruait la vue.<\/p>\n<p>Parfois, je voyais courir un rat palmiste, un \u00e9cureuil ou un autre rongeur inconnu de moi, \u00e0 travers les taillis bordant le chemin. Certains n\u2019h\u00e9sitaient pas \u00e0 traverser la voie \u00e0 vive allure, et \u00e0 aborder sur l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la route. D\u2019autres se faisaient \u00e9craser avant d\u2019atteindre leur but. Le spectacle \u00e9tait si beau, que je ne m\u2019en lassais gu\u00e8re. Amy en avait eu son trop plein de jouissances et, elle aussi avait fini par s\u2019endormir. Le vent s\u2019engouffrait dans les branches des palmiers, et leur faisait danser la farandole au son d\u2019une musique connue de lui seul.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00ab\u00a0Frou\u00a0\u00bb\u00a0\u00ab\u00a0frou\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0frou-fr-fr\u2026..fr\u00a0\u00bb entendait-on avant qu\u2019elle ne s\u2019ach\u00e8ve dans le g\u00e9missement d\u2019une b\u00eate bless\u00e9e. La paix environnante avait rejoint nos c\u0153urs dans le v\u00e9hicule. Un silence religieux y r\u00e9gnait, et chacun \u00e9tait perdu dans ses pens\u00e9es. De temps en temps, l\u2019un des dormeurs \u00e9mettait un ronflement appuy\u00e9 pour se rappeler \u00e0 nous, afin de nous signifier qu\u2019il faisait partie de l\u2019odyss\u00e9e. Devant les habitations en torchis, de vieilles personnes prenaient le frais ou plut\u00f4t s\u00e9chaient leurs vieux os, avant que les fines pluies de la petite saison ne r\u00e9veillent \u00e0 nouveau leurs rhumatismes. Parfois, isol\u00e9es au milieu d\u2019une brousse hostile se dressaient soudain une dizaine de cases aux toits de chaume. Je voulus m\u2019assurer qu\u2019il s\u2019agissait bien d\u2019un village.<\/p>\n<p>-Bien sur, ma fille, r\u00e9pondit mon p\u00e8re, tout en cherchant mon regard \u00e0 travers le r\u00e9troviseur.<\/p>\n<p>-Mais Papa, il y a l\u00e0 en tout et pour tout une dizaine de cases d\u00e9pourvues de toutes commodit\u00e9s.<\/p>\n<p>-C\u2019est suffisant pour cr\u00e9er un petit village, plut\u00f4t un hameau, ou les habitants s\u2019entraident et vivent en communaut\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est donc \u00e7a un village\u00a0\u00bb\u00a0! Jusque-l\u00e0, je n\u2019en avais vu que dans les livres et \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Je me suis promis que, d\u00e8s que l\u2019occasion s\u2019offrirait \u00e0 moi, j\u2019irais le visiter de pr\u00e8s et pourquoi ne pas y passer quelques jours.<\/p>\n<p>Le soleil \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 bien cuisant lorsque nous f\u00eemes notre entr\u00e9e \u00e0 Pob\u00e8, la petite ville, ou j\u2019allais d\u00e9sormais vivre pour amasser le savoir, afin de m\u2019offrir les chances d\u2019un avenir radieux dans ce monde ou tout fout le camp. C\u2019est au moment ou Papa n\u00e9gociait un emplacement, derri\u00e8re une file de v\u00e9hicules qui nous avait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s, que les dormeurs se r\u00e9veill\u00e8rent. Un r\u00e9veil plut\u00f4t brutal\u00a0; mais eux au moins avaient pu s\u2019offrir une bonne sieste. Moi, j\u2019avais le ventre nou\u00e9 par la peur. Je ne savais pas dans quel monde j\u2019atterrissais. Celui d\u2019o\u00f9 je venais, j\u2019en connaissais le pouls, le rythme, les sons et les odeurs. D\u2019ailleurs, ma famille et moi, on \u00e9tait tellement attach\u00e9 les uns aux autres, \u00e0 tel point que nos parfums se confondaient.<\/p>\n<p>-Il faudra bien que je m\u2019adapte \u00e0 cet endroit et \u00e0 ce qu\u2019il m\u2019offrira en plaisirs et en d\u00e9plaisirs\u2026 Survivre \u00e0 tout prix, ce sera mon leitmotiv<\/p>\n<p>Et j\u2019\u00e9tais d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 ne pas me laisser emporter par les flots de la vie, sans chercher \u00e0 me battre, \u00e0 m\u2019accrocher \u00e0 quelque r\u00e9cif qui me retiendrait hors des tumultes. Pour d\u00e9gager de mon corps la tension qui y s\u00e9journait \u00e0 nouveau, je demandai \u00e0 ma m\u00e8re, au moment o\u00f9 elle passait le carton de vivres sur la t\u00eate de Dada.<\/p>\n<p>-Ici, on fait la sieste au moins\u00a0?<\/p>\n<p>Ma m\u00e8re, prise de court -jusque-l\u00e0, la sieste n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 pour moi une distraction favorite &#8211; rechercha la r\u00e9ponse \u00e0 ma question dans le regard de mon p\u00e8re.<\/p>\n<p>-Mais bien sur, r\u00e9pondit ce dernier\u00a0! Les s\u0153urs y veillent, pour permettre aux pensionnaires de recharger leur batterie pour le travail de l\u2019apr\u00e8s-midi.<\/p>\n<p>Dada et les autres nous avaient devanc\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. La cour \u00e9tait envahie de monde. Des enfants couraient \u00e7a et l\u00e0, en hurlant comme des sioux en pleine guerre du Far-West. S\u00fbrement des petits qui avaient accompagn\u00e9 une s\u0153ur ain\u00e9e, tandis que des filles plus \u00e2g\u00e9es s\u2019interpellaient, les anciennes sans doute, doyennes des lieux qui n\u2019avaient plus \u00e0 g\u00e9rer le stress de l\u2019inconnu\u2026<\/p>\n<p>La M\u00e8re sup\u00e9rieure nous re\u00e7ut. Elle rassura mes parents sur l\u2019entretien dont je serai l\u2019objet \u00e0 la pension.<\/p>\n<p>-Quand votre fille vous reviendra, vous la m\u00e9connaitrez, tellement elle aura chang\u00e9\u2026<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tellement, elles m\u2019auront dress\u00e9e\u00a0\u00bb, me dis-je en moi-m\u00eame. Elle nous confia \u00e0 la s\u0153ur responsable des coll\u00e9giennes \u00a0afin qu\u2019elle me prenne en charge. Celle-ci nous fit une visite guid\u00e9e des lieux. D\u2019abord, le dortoir, ou nous nous d\u00e9lest\u00e2mes de nos bagages\u00a0; j\u2019avais sur la t\u00eate ce sac de voyage qui me martyrisait le haut du cr\u00e2ne. Le dortoir \u00e9tait une grande salle tout en longueur, ou \u00e9taient pos\u00e9s des lits de planche sans garde fou. Aucun matelas n\u2019\u00e9tait dispos\u00e9 l\u00e0-dessus. Mais la salle \u00e9tait propre, assez a\u00e9r\u00e9e par de nombreux claustras\u00a0; ce serait un luxe inou\u00ef, que de demander le privil\u00e8ge d\u2019un ventilateur. Mais ces planches en guise de lit n\u2019\u00e9taient pas pour me rassurer.<\/p>\n<p>&#8211; Comment peut-on dormir sur ce bois dur\u00a0? m\u2019alarmai &#8211; je. Et si je tombais la nuit\u00a0? me demandai je en moi-m\u00eame.<\/p>\n<p>Je n\u2019osais point poser de questions\u00a0; la pr\u00e9sence de la s\u0153ur m\u2019en dissuadait. Et puis, de nouveaux arrivants avaient rejoint notre groupe et nous continu\u00e2mes la visite. Nous pass\u00e2mes tour \u00e0 tour au vestiaire et dans les douches qui jouxtaient le dortoir. Puis \u00e0 la salle d\u2019\u00e9tudes, au r\u00e9fectoire. L\u00e0, de longues tables tr\u00f4naient sur les quatre c\u00f4t\u00e9s, accompagn\u00e9es de leur banc. Les salles d\u2019eau et le dortoir s\u2019adossaient ensuite \u00e0 la salle d\u2019\u00e9tudes. La s\u0153ur Cyprienne des petites Servantes de Dieu nous expliqua que c\u2019\u00e9tait plus pratique comme cela, parce que le soir, \u00e0 vingt deux heures apr\u00e8s leurs \u00e9tudes, les pensionnaires devaient se mettre \u00e0 l\u2019aise avant d\u2019aller au lit. Il n\u2019y avait pas de toilettes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des dortoirs. Et, sauf cas de force majeure-une diarrh\u00e9e n\u2019a pas besoin de carton d\u2019invitation-il \u00e9tait interdit de sortir la nuit.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les derni\u00e8res recommandations, mes parents firent leurs adieux aux religieuses. Je les accompagnai jusqu\u2019\u00e0 la voiture et les embrassai l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre. Amy avait promis \u00e0 Papa qu\u2019elle ne pleurerait pas au moment d\u00e9cisif. C\u2019est \u00e0 cette condition seulement qu\u2019elle fit partie du voyage. Elle \u00e9tait demeur\u00e9e silencieuse durant toute la visite des lieux\u00a0; j\u2019avais remarqu\u00e9 qu\u2019elle restait loin de moi et, pire, elle fuyait mon regard. Elle ne voulait pas remettre en cause la promesse faite \u00e0 mon p\u00e8re\u00a0; je la comprenais et je respectais son attitude. Je respectais cette fille si menue, et qui manifestait tant de maturit\u00e9 dans tout ce qu\u2019elle entreprenait. Mon p\u00e8re aussi depuis cette \u00e9poque lui t\u00e9moigna beaucoup de sympathie et me faisait comprendre \u00e0 mots couverts, que je devais prendre exemple sur elle, \u00e0 chacune de ses visites chez nous. Elle qui aurait pu s\u2019investir tr\u00e8s jeune dans le commerce comme ses ain\u00e9es, parce que sa place l\u2019attendait au march\u00e9 avec un capital consistant, avait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 se r\u00e9aliser par elle-m\u00eame en empruntant une voie parsem\u00e9e de ronces.<\/p>\n<p>-Cette petite sait ce qu\u2019elle veut, r\u00e9p\u00e9tait-il sans cesse.<\/p>\n<p>Pour le moment, j\u2019avais d\u2019autres pr\u00e9occupations\u00a0: int\u00e9grer mon nouvel univers et faire corps avec lui. La nuit, je me mis \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur ce que ma m\u00e8re m\u2019avait racont\u00e9, \u00e0 propos de son enfance dans ces m\u00eames lieux, chez les s\u0153urs de Pob\u00e8. Ah\u00a0! les s\u0153urs de Pob\u00e8\u00a0! Chez les s\u0153urs de Pob\u00e8\u00a0! Combien d\u2019histoires n\u2019avons-nous pas entendu sur ces bonnes s\u0153urs, qui ont la charge d\u2019\u00e9duquer des dizaines et dizaines de filles, de tous \u00e2ges et de toutes conditions\u2026 cette nuit, je rev\u00e9cus le r\u00e9cit que ma m\u00e8re nous avait cont\u00e9 sur le train colonial, qui les ramenait g\u00e9n\u00e9ralement des vacances scolaires. Ah\u00a0! ce train\u2026 combien de fois n\u2019avons-nous pas \u00e9t\u00e9 berc\u00e9s par cette histoire de train qui transportait toutes les filles du pensionnat \u00e0 chaque veille de rentr\u00e9e, depuis la capitale jusqu\u2019\u00e0 la grosse bourgade de Pob\u00e8, ou les attendaient les religieuses comme des m\u00e8res poules attendent leur nich\u00e9e, les soir \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit. Ah\u00a0! les s\u0153urs de Pob\u00e8\u2026 les s\u0153urs de la Congr\u00e9gation des Petites servantes de Dieu\u00a0! J\u2019avais fait mienne l\u2019histoire de ma m\u00e8re et m\u2019identifiais \u00e0 elle. Ainsi, je prendrais d\u00e9finitivement possession des lieux, en me rem\u00e9morant le r\u00e9cit de ce fameux train dans mon nouvel environnement scolaire.<\/p>\n<p>Le train poussif entrait en gare en lan\u00e7ant des tch\u2026 tch\u2026tch\u2026, comme s\u2019il venait de d\u00e9vorer des millions de kilom\u00e8tres, et qu\u2019il \u00e9tait essouffl\u00e9 par la course. Plusieurs t\u00eates se mirent aux fen\u00eatres parmi lesquelles je reconnus celle\u00a0 d\u2019Adrienne A.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait mon amie\u00a0; elle venait de Cotonou et devait me r\u00e9server une place \u00e0 ses cot\u00e9s. Le deuxi\u00e8me wagon tout entier \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 aux jeunes pensionnaires de \u00ab\u00a0Chez les s\u0153urs de Pob\u00e8\u00a0\u00bb\u00a0. C\u2019est ainsi qu\u2019on nous appelait\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0les filles de chez les s\u0153urs\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0mas\u00e8vil\u00e8\u00a0\u00bb. Le contingent qui arrivait de Cotonou et des villes et villages de l\u2019int\u00e9rieur venait ramasser le lot non moins important de la capitale, Porto Novo.<\/p>\n<p>Les retrouvailles qui suivaient ces longs mois de vacances \u00e9taient \u00e9mouvantes, pleines de chaleur, de rires, et de cris. On s\u2019interpellait d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre du wagon, on racontait aux amies les \u00e9v\u00e8nements survenus pendant les deux mois de vacances ou on s\u2019\u00e9tait quitt\u00e9es. Et, c\u2019est rempli des cris et des rires de ses locataires de la journ\u00e9e, que le train reprenait son chemin vers la pension ou on nous enfermait trois mois durant, sous l\u2019autorit\u00e9 des Petites Servantes de Dieu, v\u00e9ritables cerb\u00e8res de pauvres enfants qui ne demandaient qu\u2019un peu de bonheur, pour mieux savourer la vie sur terre.<\/p>\n<p>C\u2019est que le r\u00e9gime \u00e9tait rude \u00e0 l\u2019internat. Les s\u0153urs prenaient \u00e0 c\u0153ur leur r\u00f4le d\u2019\u00e9ducatrices des enfants qu\u2019on leur avait confi\u00e9s. C\u2019est \u00e0 croire qu\u2019elles s\u2019ennuyaient sans nous, car elles attendaient notre retour avec beaucoup d\u2019impatience. Mais nous, nous n\u2019\u00e9tions gu\u00e8re press\u00e9es de retourner derri\u00e8re les barreaux\u00a0; ce train pr\u00e9historique n\u2019\u00e9tait pas press\u00e9 non plus de nous lib\u00e9rer. Apr\u00e8s deux voyages \u00e0 bord de ce monstre d\u2019un autre temps, on se fait une raison et on go\u00fbte pleinement aux d\u00e9lices d\u2019un s\u00e9jour \u00e0 bord. A peine quelques dizaines de kilom\u00e8tres, et toute une journ\u00e9e pour les parcourir. Il \u00e9tait arriv\u00e9 que les s\u0153urs viennent nous attendre \u00e0 la gare, parce que la vieille locomotive \u00e9puis\u00e9e par tant d\u2019efforts qu\u2019on lui imposait depuis la p\u00e9riode coloniale, avait d\u00e9cid\u00e9 de se rebeller. Une grosse panne nous faisait rentrer en gare \u00e0 Pob\u00e8, parfois au-del\u00e0 de minuit. Il fallait voir ces files de fillettes de toutes tailles, bagages sur la t\u00eate marchant silencieusement et bien encadr\u00e9es par deux jeunes s\u0153urs, l\u2019une devant, l\u2019autre fermant la marche, pour rentrer \u00e0 la pension situ\u00e9e \u00e0 un kilom\u00e8tre de l\u00e0, heureusement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>De toute fa\u00e7on, l\u2019automobile \u00e9tait rare \u00e0 cette \u00e9poque, et seule la m\u00e8re sup\u00e9rieure jouissait du confort d\u2019une vieille camionnette qui servait pour le transport des vivres. Ce train qui \u00e9tait le cauchemar des Religieuses \u00e9tait notre carrosse ador\u00e9. Le voyage en train \u00e9tait pour toutes les internes l\u2019apoth\u00e9ose qui venait clore de belles vacances pass\u00e9es en famille. Il se trainait sur les rails en poussant son \u00ab\u00a0cocorico\u00a0\u00bb strident, qu\u2019on entendait autour des maisons de chaque gare. Et nous voyions accourir des maisons environnantes, les femmes charg\u00e9es de vivres et de fruits divers, les b\u00e9b\u00e9s \u00e0 califourchon sur leur dos, passer de fen\u00eatre en fen\u00eatre proposer les produits de leurs plantations aux voyageurs\u00a0: manioc, ma\u00efs, arachides cuites et grill\u00e9es, taro. C\u2019est \u00e0 Pob\u00e8 que j\u2019ai appris \u00e0 d\u00e9tester ce tubercule et \u00e0 aimer le ma\u00efs cuit ou grill\u00e9 accompagn\u00e9 de bonnes gousses d\u2019arachides. Et puis, il y avait de grosses mangues juteuses, des goyaves, des oranges. \u00ab\u00a0Arriv\u00e9e \u00e0 Foutiti, je suis achet\u00e9e des oranges\u00a0\u00bb, avait d\u00e9clar\u00e9 non sans faire \u00e9clater de rire toute la classe une de nos camarades, un jour, au cours de la le\u00e7on d\u2019expression orale. Foutiti \u00e9tait une de ces nombreuses gares ou le train s\u2019arr\u00eatait dans sa longue marche, et on s\u2019y approvisionnait en fruit locaux. \u00ab\u00a0Lorsque je me souviens de cette phrase \u00e9nonc\u00e9e par une des pensionnaires de ma classe \u00e0 l\u2019\u00e9poque, cela me ram\u00e8ne toujours un sourire aux l\u00e8vres\u00a0\u00bb, raconta ma m\u00e8re ce soir-l\u00e0. Il faut dire que mes fr\u00e8res et s\u0153urs et moi-m\u00eame \u00e9tions coagul\u00e9s et buvions ses paroles. Elle continua son r\u00e9cit encourag\u00e9e par notre attention soutenue.<\/p>\n<p>L\u2019euphorie prenait fin d\u00e8s que nous prenions possession de nos places aux vestiaires, au dortoir et au r\u00e9fectoire. Plus de place pour les jeux, les rires, la fain\u00e9antise. Chaque jour avait son programme bien \u00e9labor\u00e9 par la \u00ab\u00a0s\u0153ur de semaine\u00a0\u00bb et qu\u2019il pleuve ou qu\u2019il vente, on devait se lever \u00e0 six heures, prier, puis la douche, d\u00e9jeuner ensuite avant de se rendre en classe. Le mercredi apr\u00e8s-midi \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 aux punitions, corv\u00e9es collectives\u00a0; je me souviens qu\u2019aux \u00e9l\u00e8ves de CM1, CM2, la M\u00e8re Sup\u00e9rieure r\u00e9servait une punition plus f\u00e9roce\u00a0: \u00ab\u00a0 vous \u00eates priv\u00e9es de repas \u00e0 midi, tant que vous n\u2019avez pas trouv\u00e9 la solution au probl\u00e8me pos\u00e9 au cours du calcul\u00a0\u00bb. Et on partait s\u2019installer \u00e0 genoux \u00e0 la v\u00e9randa qui jouxte le parloir des s\u0153urs, parfois, de onze heures \u00e0 dix-sept heures, \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur un probl\u00e8me, dont la r\u00e9ponse refusait de jaillir de notre cervelle herm\u00e9tiquement ferm\u00e9e aux math\u00e9matiques.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><strong>Ad\u00e9la\u00efde FASSINOU, <\/strong><\/h2>\n<p><strong>in<\/strong><em><strong> Papa je ne suis pas ta femme <\/strong><\/em><strong>(<\/strong><strong>Collection jeunesse, Editions star et Abis Edition Pp. 83 -93)<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bonjour les amis, Nous recevons pour la rubrique \u00ab\u00a0Vous et Nous\u00a0\u00bb Ad\u00e9la\u00efde FASSINOU. Elle partage avec nous ici un de ses textes publi\u00e9s il y a quelques ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0&#8230; &nbsp; Devant nous, la campagne s\u2019\u00e9tirait, verte et touffue. Elle s\u2019\u00e9talait de part et d\u2019autre de la route. 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