{"id":8777,"date":"2020-12-08T10:24:54","date_gmt":"2020-12-08T10:24:54","guid":{"rendered":"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/?p=8777"},"modified":"2020-12-15T09:51:05","modified_gmt":"2020-12-15T09:51:05","slug":"williams-sassine-rire-grave-elgas-damnes-de-terre-n2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/williams-sassine-rire-grave-elgas-damnes-de-terre-n2\/","title":{"rendered":"\u00abWilliams Sassine, le rire grave\u00bb Elgas : \u00ab\u00a0Les damn\u00e9s de leur terre N\u00b02\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<h3 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ff0000;\">Dans le cadre des chroniques litt\u00e9raires sur notre blog, Elgas nous propose cinq portraits d&rsquo;auteurs ayant fait l&rsquo;exp\u00e9rience de ce qu&rsquo;il appelle \u00ab\u00a0<span class=\"tojvnm2t a6sixzi8 abs2jz4q a8s20v7p t1p8iaqh k5wvi7nf q3lfd5jv pk4s997a bipmatt0 cebpdrjk qowsmv63 owwhemhu dp1hu0rb dhp61c6y iyyx5f41\">l&rsquo;am\u00e8re saveur de la libert\u00e9<\/span>\u00ab\u00a0. Ces auteurs ont pour noms: \u00ab\u00a0<span class=\"tojvnm2t a6sixzi8 abs2jz4q a8s20v7p t1p8iaqh k5wvi7nf q3lfd5jv pk4s997a bipmatt0 cebpdrjk qowsmv63 owwhemhu dp1hu0rb dhp61c6y iyyx5f41\">Axelle Kabou, l&rsquo;excommuni\u00e9e\u00a0\u00bb , \u00ab\u00a0Sassine, le rire grave\u00a0\u00bb,\u00a0 \u00ab\u00a0Baenga, l&rsquo;Asie majeure\u00a0\u00bb,\u00a0 \u00ab\u00a0Mongo B\u00e9ti, le pauvre Christ d&rsquo;Akom\u00e9tam\u00a0\u00bb\u00a0 \u00ab\u00a0Senghor, le pair n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb. Il r\u00e9unit ces portraits sous le vocable : \u00ab\u00a0<em>Les damn\u00e9s de leur terre<\/em>\u00ab\u00a0. La deuxi\u00e8me s\u00e9rie des \u00ab\u00a0<strong><em>damn\u00e9s de leur terre<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb est consacr\u00e9e \u00e0 Williams Sassine. Bonne d\u00e9couverte \u00e0 vous!<img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8779\" src=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/170-mf_image.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"260\" \/><\/span><\/span><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab\u00a0<\/strong><em><strong>Chaque homme, m\u00eame le plus pourri, renferme en lui une lumi\u00e8re que l\u2019\u00e9paisseur des circonstances, du milieu, des pr\u00e9jug\u00e9s, des superstitions, cache\u00a0; il suffit bien souvent de peu de choses pour qu\u2019elle jaillisse\u00a0: un sourire, un coup de pierre, une rencontre, m\u00eame des blasph\u00e8mes, \u00e0 condition de s\u2019accrocher \u00e0 la vie avant de lui chercher un sens. On devrait faire de l\u2019amour de la vie un m\u00e9tier.\u00a0\u00bb <\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Williams Sassine, Saint Monsieur Baly, p.253<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jacques Chevrier, incontournable promoteur des lettres africaines en langue fran\u00e7aise (jur\u00e9du Grand prix litt\u00e9raire d\u2019Afrique noire, fondateur du prix Kourouma, critique universitaire\u2026) lui a consacr\u00e9 une th\u00e8se en 1992, devenue livre\u00a0: <em>Williams Sassine, \u00e9crivain de la marginalit\u00e9 (1996)<\/em>. Lylian Kesteloot, toute aussi essentielle que Chevrier, le mentionne dans ses anthologies et articles comme par exemple admis au club des \u00ab\u00a0<em>auteur du chaos<\/em>\u00a0\u00bb des ann\u00e9es 80. Dans <em>D\u00e9sir d\u2019Afrique (2002)<\/em>, Boniface Mongo-Mboussa l\u2019\u00e9voque, et dans le suppl\u00e9ment du livre, <em>L\u2019Indocilit\u00e9 (2005)<\/em>, lui d\u00e9die carr\u00e9ment des pages enti\u00e8res, d\u2019o\u00f9 ressort principalement sa grande veine humoristique.Bernard Mouralis, grand ex\u00e9g\u00e8te de la litt\u00e9rature africaine lui aussi, et cheville ouvri\u00e8re de la revue Pr\u00e9sence africaine pendant de longues ann\u00e9es, l\u2019a salu\u00e9 et analys\u00e9 dans ses \u00e9crits. Romuald Fonkoua, r\u00e9dacteur en chef actuel de la m\u00eame revue et professeur de lettres \u00e0 la Sorbonne, a d\u00e9crypt\u00e9 son \u0153uvre. Elisabeth Degon, biblioth\u00e9caire \u00e9m\u00e9rite, dans un souci plus exhaustif,a retrac\u00e9 toute sa vie dans un essai\u00a0: <em>Williams Sassine, itin\u00e9raires d\u2019un indign\u00e9 guin\u00e9en<\/em> (2016). Dans les revues, particuli\u00e8rement celle de son \u00e9diteur principal, Pr\u00e9sence africaine, on ne compte plus le nombre de textes, mentions, r\u00e9f\u00e9rences, interviews, de Williams Sassine.<img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-8780\" src=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/saint-monsieur-baly-253x300.jpg\" alt=\"\" width=\"253\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/saint-monsieur-baly-253x300.jpg 253w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/saint-monsieur-baly.jpg 505w\" sizes=\"(max-width: 253px) 100vw, 253px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Hommages\u00a0: le manque et le trop-plein<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La moisson globale est g\u00e9n\u00e9reuse. \u00c7a en fait du monde, du beau monde m\u00eame, onction de la validation ultime. De tous ces hommages point globalement le m\u00eame sentiment\u00a0: celui d\u2019un \u00e9crivain atypique, que tant de textes essaient de confesser pour \u00e9lucider la parcelle de myst\u00e8re encore imperm\u00e9able de l\u2019homme et de son \u0153uvre. La tonalit\u00e9 et le registre sont ainsi toujours les m\u00eames\u00a0: louangeurs.Quoiqu\u2019un tantinet circonspects, m\u00e9lancoliques et empreints de regrets. Comme si l\u2019\u00e9toile avait fil\u00e9 trop vite, sans livrer toute sa lumi\u00e8re dans la symbolique charpent\u00e9e par Paul Verlaine des \u00ab\u00a0po\u00e8tes maudits\u00a0\u00bb. Un go\u00fbt d\u2019inachev\u00e9 donc\u2026<img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-8783\" src=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/ecrivain-marginalite-350-179x300-179x300.png\" alt=\"\" width=\"179\" height=\"300\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parmi les nombreux \u00e9chos de cette c\u00e9l\u00e9bration, aux inclinations \u2013 et c\u2019est notable &#8211; globalement posthumes, dominent quelques invariants. Le champ s\u00e9mantique isole en effet, avec r\u00e9currence, deux \u00e9tiquettes pour caract\u00e9riser son \u0153uvre\u00a0: <em>\u00e0 la marge <\/em>et <em>indign\u00e9<\/em>. La premi\u00e8re pour la singularit\u00e9 et la difficult\u00e9 \u2013 voire l\u2019impossibilit\u00e9 \u2013 de le mettre dans une case\u00a0; la seconde pour l\u2019\u00e9nergie fondatrice de son \u0153uvre. On doit ainsi aux \u00e9crits de Jacques Chevrier, qui ont le primat de la chronologie, d\u2019avoir plus ou moins impos\u00e9 cette grille de lecture de la <em>marginalit\u00e9<\/em>. Au fur et \u00e0 mesure que sa notori\u00e9t\u00e9 tardive a commenc\u00e9 \u00e0 se d\u00e9ployer, la filiation des analyses, ainsi influenc\u00e9es, a creus\u00e9 ce sillon \u00e0 la fois int\u00e9ressant, inspir\u00e9 mais pourtant r\u00e9ducteur, parce qu\u2019en voulant \u00e9chapper \u00e0 la tentation de la caricature, elle tend parfois \u00e0 la nourrir, desservie du reste par la technicit\u00e9 et la rigidit\u00e9 universitaires. On doit \u00e0 Elisabeth Degon d\u2019avoir quant \u00e0 elle formalis\u00e9 dans son essai \u2013 quia la force de la biographie et de la bibliographie, mais aussi celle de l\u2019analyse et des retomb\u00e9es posthumes de l\u2019\u0153uvre \u2013 la relation entre l\u2019auteur et ses contemporains, son pays, ses occupations. En d\u00e9gageant <em>l\u2019indignation<\/em> comme une force motrice, et les chemins escarp\u00e9s de son parcours, recoup\u00e9 par l\u2019usage au pluriel de \u00ab\u00a0itin\u00e9raires\u00a0\u00bb, elle donne \u00e0 apercevoir la source de cette verve et l\u2019environnement qui a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 sa naissance.\u00a0 <img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-8784\" src=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/51xW7xDHNwL._SX195_-186x300.jpg\" alt=\"\" width=\"186\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/51xW7xDHNwL._SX195_-186x300.jpg 186w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/51xW7xDHNwL._SX195_.jpg 195w\" sizes=\"(max-width: 186px) 100vw, 186px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant une curiosit\u00e9 est frappante\u00a0: l\u2019absence de Sassine dans ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler les \u00ab\u00a0classiques\u00a0\u00bb dans leur acception la plus commun\u00e9ment partag\u00e9e qui forge la popularit\u00e9. Dans son remarquable essai, la <em>Fabrique des classiques africains (2017)<\/em>, qui balaie les chemins de l\u00e9gitimation des \u0153uvres africaines depuis 1960, Claire <span class=\"tojvnm2t a6sixzi8 abs2jz4q a8s20v7p t1p8iaqh k5wvi7nf q3lfd5jv pk4s997a bipmatt0 cebpdrjk qowsmv63 owwhemhu dp1hu0rb dhp61c6y iyyx5f41\">Ducournau<\/span> rappelle le tropisme et la centralit\u00e9 fran\u00e7aise dans ce processus. Elle y \u00e9voque plusieurs crit\u00e8res pour pr\u00e9tendre \u00e0 l\u2019estampille \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb. L\u2019un d\u2019eux est l\u2019importance d\u2019avoir un \u00e9diteur d\u2019envergure et Fran\u00e7ais, dans une litt\u00e9rature h\u00e9riti\u00e8re des traditions et o\u00f9 le compte d\u2019auteur est tomb\u00e9 progressivement en disgr\u00e2ce. Sassine a de son c\u00f4t\u00e9 publi\u00e9 chez de petits \u00e9diteurs (<em>L\u2019Afrique en morceaux, 1999, le Bruit des autres <\/em>par exemple) en parall\u00e8le ou apr\u00e8s Pr\u00e9sence africaine. Claire <span class=\"tojvnm2t a6sixzi8 abs2jz4q a8s20v7p t1p8iaqh k5wvi7nf q3lfd5jv pk4s997a bipmatt0 cebpdrjk qowsmv63 owwhemhu dp1hu0rb dhp61c6y iyyx5f41\">Ducournau<\/span> mentionne aussi l\u2019importance de la facult\u00e9 des livres \u00e0 \u00eatre enseign\u00e9s, et donc leur vocation \u00e0 int\u00e9grer les manuels scolaires, ce qui passe par une validation universitaire qui pave la voie \u00e0 la suite. Avec le prestige des signatures universitaires si importantes dans la reconnaissance des pairs, l\u2019affaire paraissait bien prometteuse. De ce c\u00f4t\u00e9 en effet, Williams Sassine est bien pourvu, et l\u2019injustice qui a sembl\u00e9 avoir agi contre lui de son vivant est, en partie, rachet\u00e9e. Comme si la profusion des hommages posthumes, inconsciemment, admettait une forme d\u2019oubli coupable. Ils ne sont pas nombreux en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 pouvoir se targuer de susciter cet int\u00e9r\u00eat acad\u00e9mique aussi important et si essentiel dans le processus de fabrication et d\u2019institutionnalisation litt\u00e9raire du legs. Sassine coche donc une partie des cases. D\u2019o\u00f9 vient alors que son \u0153uvre semble encore, hors des cercles d\u2019initi\u00e9s, un poil sinon totalement m\u00e9connue\u00a0? Malgr\u00e9 une notori\u00e9t\u00e9 certes tardive mais \u00e9tablie, avant et apr\u00e8s sa mort, il ne semble pas jouir d\u2019un rayonnement \u00e0 la mesure de son talent ni \u00e0 hauteur de la c\u00e9l\u00e9bration de ses pairs. Le myst\u00e8re reste donc entier. D\u2019o\u00f9 la survivance ou presque, d\u2019une mythologie autour de cet auteur m\u00e9tis, carrefour de plusieurs identit\u00e9s culturelles, \u00e0 la fois seul et singulier, m\u00eame chez lui.<img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-8786\" src=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/cr17079_couv-193x300.png\" alt=\"\" width=\"193\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/cr17079_couv-193x300.png 193w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/cr17079_couv.png 386w\" sizes=\"(max-width: 193px) 100vw, 193px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La gloire populaire quant \u00e0 elle est habituellement confectionn\u00e9e par plusieurs facteurs\u00a0: les honneurs et prix, les ventes, dans une certaine mesure le relais m\u00e9diatique, l\u2019inscription r\u00e9guli\u00e8re dans l\u2019agenda du circuit des mondanit\u00e9s litt\u00e9raires et la convergence des critiques qui \u00e9tablissent la l\u00e9gitim\u00e9 et l\u2019aura. De ce c\u00f4t\u00e9, Williams Sassine est moins touch\u00e9 par la gr\u00e2ce. On est en bout de course face \u00e0 un auteur qui, aupr\u00e8s du public, reste moins connu que beaucoup de ses pairs. Un \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb au rayon d\u2019irradiation encore modeste. Dans son livre, Elisabeth Degon donne \u00e0 voir des \u00e9l\u00e9ments qui permettent d\u2019\u00e9valuer comment l\u2019auteur a v\u00e9cu cette confidentialit\u00e9\u00a0: une tendance d\u00e9pressive, un mal \u00eatre chronique, une certaine instabilit\u00e9 financi\u00e8re. Et si vers la fin de sa vie, l\u2019\u00e9crivain avait commenc\u00e9 \u00e0 voir s\u2019\u00e9lever, au-dessus de lui, \u00ab\u00a0le soleil des immortels\u00a0\u00bb \u2013 la gloire dans les termes Balzaciens \u2013 il en a si peu joui que la saveur en est rest\u00e9e alt\u00e9r\u00e9e.<img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-8782\" src=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/9782708703346-475x500-1-188x300.jpg\" alt=\"\" width=\"188\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/9782708703346-475x500-1-188x300.jpg 188w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/9782708703346-475x500-1.jpg 314w\" sizes=\"(max-width: 188px) 100vw, 188px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un ancrage guin\u00e9en : le contexte et ses influences sur l\u2019\u0153uvre<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parler de Sassine, c\u2019est essentiellement s\u2019inscrire d\u2019abord dans un territoire\u00a0: la Guin\u00e9e. Un d\u00e9tour historique s\u2019impose. La tradition d\u2019une violence politique, militaire, dictatoriale, qui forge les temp\u00e9raments d\u2019\u00e9crivains chez qui la r\u00e9sistance ajoute une charge dramatique compte tenu des risques de r\u00e9pression. Sassine est un homme de cette Guin\u00e9e qui a vu ses enfants glorieux quitter le pays dans des exils forc\u00e9s, entretenant ainsi la l\u00e9gende de l\u2019intellectuel r\u00e9sistant ou \u00ab\u00a0sp\u00e9cifique\u00a0\u00bb au sens Foucaldien\u00a0; une figure historique du combattant des Lumi\u00e8res.Chez Thierno Monenembo, grand ami et h\u00e9ritier naturel de Sassine, cette vocation est devenue principielle, un attachement \u00e0 s\u2019ancrer g\u00e9ographiquement et \u00e0 lutter contre les b\u00e2illons avec le risque de la mort ou de la marge. Sassine dut faire face, en a\u00een\u00e9, \u00e0 ce dilemme\u00a0: un amour pour Kakan sa ville de naissance, un attachement \u00e0 la Guin\u00e9e, mais la solitude et l\u2019\u00e2me chagrine de lutter contre des r\u00e9alit\u00e9s qui semblent inamovibles. Comme un symbole, l\u2019un et l\u2019autre, \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9poques, sont rentr\u00e9s s\u2019installer dans leur pays une fois un semblant de stabilit\u00e9 acquise.Probl\u00e9matique commune dans tout le continent, l\u2019extraversion de la culture met la lumi\u00e8re sur ces choix forts, si peu r\u00e9pandus qu\u2019ils en deviennent h\u00e9ro\u00efques. L\u2019acte \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb d\u2019une inscription locale donne au choix de l\u2019ancrage des accents h\u00e9ro\u00efques. Accents n\u00e9cessaires m\u00eame si, en termes de popularit\u00e9 et des int\u00e9r\u00eats des populations, ce combat reste discret, sinon vilipend\u00e9 par les tenants du statut quo, parmi lesquels on trouve des pairs qui s\u2019en accommodent fort bien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette trame r\u00e9sistante, mais sans fanfares,colorera toute l\u2019\u0153uvre de Williams Sassine\u00a0: il y aborde toutes les facettes de cette Guin\u00e9e \u00e9ternelle o\u00f9 il vit le jour en 1944\u00a0; y projetant les ombres de ses blessures. Il y met parfois la m\u00eame candeur po\u00e9tique qu\u2019un Camara Laye parlant de Kouroussa dans <em>L\u2019enfant noir (1953)<\/em>, mais <em>le Jeune homme de sable (1979)<\/em>, deuxi\u00e8me roman de Sassine, est bien plus muscl\u00e9 que l\u2019ode doucereuse de la forge de l\u2019enfant noir.Un livre plus habit\u00e9, \u00e0 la verve plus tonique, o\u00f9 on retrouve d\u00e9j\u00e0 les obsessions de l\u2019auteur\u00a0: le combat pour la justice, la d\u00e9nonciation des privil\u00e8ges fossilis\u00e9s, l\u2019\u00e9nergie de la r\u00e9volte qu\u2019incarne un jeune homme qui ne renonce pas \u00e0 girafer au-dessus du tableau sombre de la r\u00e9alit\u00e9, pour envisager l\u2019espoir. A la mort de S\u00e9kou Tour\u00e9 en 1984 et l\u2019euphorie t\u00e9tanis\u00e9e qu\u2019elle provoque, Sassine rentre chez lui, lui l\u2019ancien exil\u00e9. La red\u00e9couverte des rues, de cette Guin\u00e9e exsangue o\u00f9 l\u2019espoir s\u2019ent\u00eate \u00e0 ne jamais quitter les c\u0153urs, lui inspire un livre,<em>Le z\u00e9h\u00e9ros n\u2019est pas n\u2019importe qui (1985)<\/em>. Fresque \u00e0 la premi\u00e8re personne du retour au pays apr\u00e8s la chute du despote. Roman enlev\u00e9, \u00e0 la fois lyrique, dr\u00f4latique, mais aussi tendre et grave, il d\u00e9peint la Guin\u00e9e en terre-martyr. Le rire succ\u00e8de facilement aux larmes, et avec la force d\u2019une narration faussement na\u00efve, on suit l\u2019auteur dans les m\u00e9andres de ses cauchemars que vient souvent r\u00e9veiller la vive \u00e9nergie de l\u2019espoir qu\u2019incarnent presque toujours l\u2019humour et son pendant chez Sassine\u00a0: l\u2019amour. <img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-8787\" src=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/memoire-d-une-peau-253x300.jpg\" alt=\"\" width=\"253\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/memoire-d-une-peau-253x300.jpg 253w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/memoire-d-une-peau.jpg 295w\" sizes=\"(max-width: 253px) 100vw, 253px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Des usages de la truculence, d\u2019une assignation \u00e0 l\u2019autre<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment ne pas donc \u00e9voquer son style, h\u00e2tivement plac\u00e9 sous le sceau de la verve truculente\u00a0? De la truculence, il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 beaucoup question dans la litt\u00e9rature africaine. Etiquette nouvelle, n\u00e9e des cendres de l\u2019exotisme-m\u00e8re, elle d\u00e9signe cette inclination \u00e0 la couleur, aux entrailles, \u00e0 la f\u00eate, qui contrecarre le classicisme de la langue et le s\u00e9rieux un poil barbant de l\u2019analyse. C\u2019est dit rapidement, mais en somme l\u2019essentiel y est dans la perception du sens commun. Comme proph\u00e8te de la truculence, Sony Labou Tansi fut un ma\u00eetre\u00a0: le foutre, le sang, la po\u00e9sie, l\u2019art de la mise en sc\u00e8ne, la r\u00e9bellion contre les codes classiques, avec le g\u00e9nie et l\u2019audace, ont fait de son \u0153uvre la force d\u2019une \u00e9cole nouvelle dont l\u2019influence est perceptible chez beaucoup d\u2019auteurs congolais et au-del\u00e0. Amadou Kourouma, bien avant lui, et dans une envergure plus grande, avait trac\u00e9 sinon inaugur\u00e9 le sillon de l\u2019inventivit\u00e9 linguistique comme \u00e9lan nouveau, \u00e9mergeant des tripes du continent.Il a laiss\u00e9 une patte. Ainsi, chemin faisant et \u00e9mules glan\u00e9es sur le chemin, de demande de fraicheur &#8211; souffle face \u00e0 la rigidit\u00e9 acad\u00e9mique &#8211; la truculence tend parfois \u00e0 devenir sa propre caricature. La banni\u00e8re rassemble beaucoup de livres in\u00e9gaux. Elle a fait \u00ab\u00a0style\u00a0\u00bb, gouaille foutraque et \u00e9nergique, elle est devenue identit\u00e9 litt\u00e9raire d\u2019un Sud dont on c\u00e9l\u00e8bre l\u2019extravagance comme une part presque biologique de son ADN. La truculence est ainsi souvent inconsciemment d\u00e9politis\u00e9e, per\u00e7ue comme une farce artistique, d\u00e9pourvue de questions sociales, gage donc d\u2019authenticit\u00e9 sur le vif qui puise dans le clich\u00e9, avec un seul avantage sur l\u2019ethnologie\u00a0: celui de la l\u00e9gitimit\u00e9 de la peau et des origines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rejeton des exotismes coloniaux, on quitte une assignation pour une autre. Paradigme faussement nouveau qui d\u00e9montre que tout change pour que rien ne change\u00a0: des auteurs africains,on semble toujours attendre non la libert\u00e9 absolue de la cr\u00e9ation, mais un bout d\u2019Afrique <em>truculente<\/em> donc.Les critiques ne s\u2019emb\u00eatent plus, la truculence a une odeur, des couleurs, une verve. C\u2019est l\u2019alli\u00e9 presque infaillible des quatri\u00e8mes de couverture. La tenue du style est souvent vue comme la soumission \u00e0 l\u2019acad\u00e9mie \u2013du Quai Conty parisien, s\u2019entend. Pas par tous, et il est ainsi notable et bien heureux de voir des auteurs, comme Thierno Mon\u00e9nembo, Emmanuel Dongala, et bien d\u2019autres, ne pas c\u00e9der \u00e0 cette tentation de red\u00e9finition de soi par le biais de la surcharge linguistique et la recherche \u00ab\u00a0d\u2019effets\u00a0\u00bb, car la red\u00e9finition est par excellence l\u2019<em>inauthencit\u00e9<\/em>\u00a0: le naturel est et ne se proclame pas.Et m\u00eame, \u00e0 bien y regarder, la truculence n\u2019est pas une fin mais un moyen. A ce titre, elle est universelle. On la retrouve partout, \u00e0 dose parcimonieuse, escorter les litt\u00e9ratures dans le monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Celle de Sassine aussi, dont l\u2019\u0153uvre porte l\u2019empreinte de cette espi\u00e8glerie\u00a0&#8211; elle qui rassemblait toutes les \u00e9motions. Il y a donn\u00e9 la mesure d\u2019une d\u00e9mocratie de la truculence qui d\u00e9signe, quand on la d\u00e9shabille de ses pr\u00e9tentions \u00e9mancipatrices, rien d\u2019autre que le rafraichissement du style, assez commun dans l\u2019ordination litt\u00e9raire. Camara, le h\u00e9ros avatar de Sassine qui rentre \u00e0 la chute de S\u00e9kou Tour\u00e9, d\u00e9couvre l\u2019alcool, plaisante sur le clitoris, se moque de sa femme et de son enfant, raconte des p\u00e9rip\u00e9ties endiabl\u00e9es des rues de Kakan. Le m\u00eame Camara rentre ainsi chez lui plein de r\u00eaves et d\u2019excitations. Mais entre les fac\u00e9ties de la vie \u00e0 Kakan, et la recherche d\u2019un tr\u00e9sor familial qu\u2019il veut r\u00e9cup\u00e9rer, toute l\u2019\u00e9nergie d\u00e9sopilante du livre finit fatalement dans la gravit\u00e9 d\u2019une situation dont il ne peut se d\u00e9tourner, et que son art du roman, doit affronter apr\u00e8s ses grandes respirations po\u00e9tiques.<img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-8780\" src=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/saint-monsieur-baly-253x300.jpg\" alt=\"\" width=\"253\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/saint-monsieur-baly-253x300.jpg 253w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/saint-monsieur-baly.jpg 505w\" sizes=\"(max-width: 253px) 100vw, 253px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus ambitieux, <em>Saint-Monsieur Baly (1973)<\/em>, son premier livre, raconte l\u2019aventure d\u2019un ancien retrait\u00e9 qui, contre des vents hostiles, veut cr\u00e9er son \u00e9cole. D\u2019\u00e9paisseur plus politique, on y retrouve le go\u00fbt de la blague, de la formule, le souci des petites gens et la peinture jamais r\u00e9sign\u00e9e de la mis\u00e8re, dont l\u2019auteur s\u2019est fait le galeriste. Dans une Afrique o\u00f9 l\u2019\u00e9cole, sous les assauts r\u00e9p\u00e9t\u00e9s du manque de moyens, p\u00e9riclite, ce combat pour faire vivre un lieu de transmission rend le livre urgent, intemporel. Tout y est presque de la chair de Sassine, \u00e0 la fois la finesse, mais aussi la solennit\u00e9 et les grandes digressions philosophiques, dont l\u2019incisive port\u00e9e ne laisse indiff\u00e9rent. Une \u00e9nergie du r\u00e9cit palpitant mais sage\u00a0; o\u00f9 l\u2019humour demeure \u00ab\u00a0la politesse du d\u00e9sespoir.\u00a0\u00bb. Sa vie tourment\u00e9e, instable, entre voyages en Mauritanie et dans la sous-r\u00e9gion, son statut de professeur de math\u00e9matiques, tout son itin\u00e9raire est perceptible dans son \u0153uvre. Elle y puise et s\u2019enrichit de cette rage, tant\u00f4t violente, tant\u00f4t po\u00e9tique, mais pour s\u00fbr rieuse\u00a0: celle d\u2019un soldat qui n\u2019avait pas les moyens d\u2019un combat face \u00e0 des adversaires invincibles. Et dont le rire, dans ses multiples fonctions sociales, est devenu le refuge. Jusqu\u2019\u00e0 ce visage tendre, mais profond\u00e9ment grave, ses yeux d\u2019enfant \u00e9ternel, qu\u2019abritaient ses boucles noires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La satire\u00a0: le refuge et l\u2019\u00e9cole de la libert\u00e9<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e9nergie de Sassine rayonne, et quand au d\u00e9but des ann\u00e9es 90, Mamadou Diallo lance le satirique <em>le Lynx <\/em>sur la place de Conakry, c\u2019est comme par \u00e9vidence, dans la communaut\u00e9 des esprits, que Sassine prend part \u00e0 l\u2019aventure. Le tirage est modeste et Lansana Cont\u00e9, le pr\u00e9sident Guin\u00e9en, n\u2019est pas toujours joueur. L\u2019horizon du journal est flou. Il faut s\u00e9duire un lectorat, le d\u00e9busquer, naviguer \u00e0 vue entre les tirs ennemis potentiels. Mais le journal tient, il deviendra une r\u00e9f\u00e9rence, du fait de son \u0153il ac\u00e9r\u00e9, son humour, des plumes de ses contributeurs. Mais surtout gr\u00e2ce \u00e0 la rubrique courue de Sassine \u00ab\u00a0<em>la chronique assassine<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0! Il y fait montre de toute l\u2019\u00e9tendue de sa palette dans l\u2019exercice des entr\u00e9es r\u00e9guli\u00e8res. La m\u00e9lancolie transperce ses billets et les piques plaisent.<em>Le lynx<\/em>, quelques ann\u00e9es apr\u00e8s, est devenu un groupe de presse prosp\u00e8re, salu\u00e9 et prim\u00e9, s\u2019encrant dans la tradition de la satire continentale, jusqu\u2019\u00e0 Dakar avec feu <em>le Cafard Lib\u00e9r\u00e9<\/em> ou encore aujourd\u2019hui <em>le P\u2019tit Railleur<\/em>, qui tissent la toile d\u2019un combat pour la libert\u00e9 sans trompettes militaires. La satire dans le continent a produit de grandes plumes mais bien plus en encore, elle rassemble des esprits, des hommes, le c\u0153ur m\u00eame d\u2019une marge o\u00f9 dans la chaleur et la camaraderie, l\u2019anarchie se brandit comme r\u00e9sistance face \u00e0 tous les dogmes.<img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-8789\" src=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Affiche-CIRD-A3-2019-1-728x1030-212x300.jpg\" alt=\"\" width=\"212\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Affiche-CIRD-A3-2019-1-728x1030-212x300.jpg 212w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Affiche-CIRD-A3-2019-1-728x1030-724x1024.jpg 724w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Affiche-CIRD-A3-2019-1-728x1030.jpg 728w\" sizes=\"(max-width: 212px) 100vw, 212px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Williams Sassine est mort en 1997, 53 ans. Relativement jeune m\u00eame pour les standards du continent \u00e0 la veille de 2000. Derniers jours tristes. La reconnaissance\u00a0? Elle est venue quand il s\u2019en allait, ou apr\u00e8s sa mort. Alors qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 dans la d\u00e9sh\u00e9rence, terriblement seul au milieu des hu\u00e9es silencieuses et des hourras. Comme si un cordon invisible l\u2019avait enceint et isol\u00e9 des c\u00e9l\u00e9brations tardives. Un cas de plus de la cruaut\u00e9 des temporalit\u00e9s dans la litt\u00e9rature, entre ceux qui prennent le train, ceux qui restent \u00e0 quai, ceux qui arrivent en retard et courent derri\u00e8re lui. Ceux qui ont loup\u00e9 le bon moment ou pris le mauvais train\u2026Une histoire de fortunes et d\u2019infortunes, mais aussi celle d\u2019une myst\u00e9rieuse incompr\u00e9hension. Mais l\u2019essentiel semble bien acquis. Au total, une dizaine de livres en 25 ans, et les louangeurs universitaires avaient bien raison\u00a0: Williams Sassine est de la trempe des plus grands. Et sa trag\u00e9die relative ajoute \u00e0 la chose un surplus de saveur. Plus que l\u2019indignation et la marge, l\u2019un qui dit la seule col\u00e8re, l\u2019autre qui dit la potentielle folie sublime, c\u2019est le rire qui semble \u00eatre le soleil illumin\u00e9 et \u00e9dent\u00e9 qui transcende ses livres et sa vie. Un rire peu exclamatif ou ivre. Un rire pudique et inquiet.Un rire comme offre de fraternit\u00e9. Un rire sans hostilit\u00e9. Un rire attach\u00e9 \u00e0 l\u2019amour de sa terre et des siens.Mais un rire \u00e0 l\u2019image de ces \u00ab\u00a0h\u00e9ros\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0z\u00e9ros\u00a0\u00bb qui peuplent ses livres, combattants pour des valeurs nobles mais semblant condamn\u00e9es. Un rire grave qui fait \u00e9cho aux mots de Romain Gary dans <em>La promesse de l\u2019aube (1960)<\/em>, autobiographie sublime o\u00f9 l\u2019autre proph\u00e8te de la gait\u00e9 et de l\u2019humour inquiets, comme th\u00e9rapie face \u00e0 la brutalit\u00e9 du monde, \u00e9crivait\u00a0: \u00ab\u00a0<em>j\u2019ai grandi dans l\u2019attente du jour o\u00f9 je pourrais tendre enfin ma main vers le voile qui obscurcissait l\u2019univers et d\u00e9couvrir soudain un visage de sagesse et de piti\u00e9\u00a0; j\u2019ai voulu disputer, aux dieux absurdes et ivres de leur puissance, la possession du monde, et rendre la terre \u00e0 ceux qui l\u2019habitent de leur courage et de leur amour.\u00a0\u00bb<img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-8717\" src=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/elgas_bl-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/elgas_bl-300x300.jpg 300w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/elgas_bl-150x150.jpg 150w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/elgas_bl-768x768.jpg 768w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/elgas_bl-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/elgas_bl-90x90.jpg 90w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/elgas_bl.jpg 1600w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Elgas<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le cadre des chroniques litt\u00e9raires sur notre blog, Elgas nous propose cinq portraits d&rsquo;auteurs ayant fait l&rsquo;exp\u00e9rience de ce qu&rsquo;il appelle \u00ab\u00a0l&rsquo;am\u00e8re saveur de la libert\u00e9\u00ab\u00a0. Ces auteurs ont pour noms: \u00ab\u00a0Axelle Kabou, l&rsquo;excommuni\u00e9e\u00a0\u00bb , \u00ab\u00a0Sassine, le rire grave\u00a0\u00bb,\u00a0 \u00ab\u00a0Baenga, l&rsquo;Asie majeure\u00a0\u00bb,\u00a0 \u00ab\u00a0Mongo B\u00e9ti, le pauvre Christ d&rsquo;Akom\u00e9tam\u00a0\u00bb\u00a0 \u00ab\u00a0Senghor, le pair n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb. Il r\u00e9unit [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":8779,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[17],"tags":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v19.0 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>\u00abWilliams Sassine, le rire grave\u00bb Elgas : &quot;Les damn\u00e9s de leur terre N\u00b02&quot;<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"&quot;Williams Sassine est de la trempe des plus grands. Et sa trag\u00e9die relative ajoute \u00e0 la chose un surplus de saveur. 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