{"id":8813,"date":"2020-12-15T09:57:26","date_gmt":"2020-12-15T09:57:26","guid":{"rendered":"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/?p=8813"},"modified":"2020-12-15T09:57:26","modified_gmt":"2020-12-15T09:57:26","slug":"desire-bolya-baenga-lasie-majeure-et-lafrique-mineure","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/desire-bolya-baenga-lasie-majeure-et-lafrique-mineure\/","title":{"rendered":"D\u00e9sir\u00e9 Bolya Baenga :\u00a0\u00bbL\u2019Asie majeure et l\u2019Afrique mineure\u00a0\u00bb: (Les damn\u00e9s de leur terre N\u00b03)"},"content":{"rendered":"<h3 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ff0000;\">Dans le cadre des chroniques litt\u00e9raires sur notre blog, Elgas nous propose cinq portraits d&rsquo;auteurs ayant fait l&rsquo;exp\u00e9rience de ce qu&rsquo;il appelle \u00ab\u00a0<span class=\"tojvnm2t a6sixzi8 abs2jz4q a8s20v7p t1p8iaqh k5wvi7nf q3lfd5jv pk4s997a bipmatt0 cebpdrjk qowsmv63 owwhemhu dp1hu0rb dhp61c6y iyyx5f41\">l&rsquo;am\u00e8re saveur de la libert\u00e9<\/span>\u00ab\u00a0. Ces auteurs ont pour noms: \u00ab\u00a0<span class=\"tojvnm2t a6sixzi8 abs2jz4q a8s20v7p t1p8iaqh k5wvi7nf q3lfd5jv pk4s997a bipmatt0 cebpdrjk qowsmv63 owwhemhu dp1hu0rb dhp61c6y iyyx5f41\">Axelle Kabou, l&rsquo;excommuni\u00e9e\u00a0\u00bb , \u00ab\u00a0Sassine, le rire grave\u00a0\u00bb,\u00a0 \u00ab\u00a0Baenga, l&rsquo;Asie majeure\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Mongo B\u00e9ti, le pauvre Christ d&rsquo;Akom\u00e9tam\u00a0\u00bb\u00a0 \u00ab\u00a0Senghor, le pair n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb. Il r\u00e9unit ces portraits sous le vocable : \u00ab\u00a0<em>Les damn\u00e9s de leur terre<\/em>\u00ab\u00a0. La troisi\u00e8me s\u00e9rie des \u00ab\u00a0<strong><em>damn\u00e9s de leur terre<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb est consacr\u00e9e \u00e0 Baenga. Bonne d\u00e9couverte \u00e0 vous!<img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-8814\" src=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/baenga-300x196.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"196\" srcset=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/baenga-300x196.jpg 300w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/baenga.jpg 526w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/span><\/span><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est dans une rue du quartier de la Bastille, un jour d\u2019\u00e9t\u00e9 de 2010, que le corps sans vie de D\u00e9sir\u00e9 Bolya Baenga a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9. Les rues de Paris, on le sait, enterrent leur lot d\u2019infortun\u00e9s, dans un relatif anonymat. Mais de l\u00e0 \u00e0 \u00eatre, pour celui que nombre de professionnels avertis du monde litt\u00e9raire et intellectuel appelaient <em>le meilleur de sa g\u00e9n\u00e9ration<\/em>, la tragique sc\u00e8ne de fin de piste, personne n\u2019aurait pu y croire. Le choc et l\u2019effroi demeurent d\u2019ailleurs, aujourd\u2019hui encore, intacts ; plus vifs encore lors de ses obs\u00e8ques, o\u00f9 proches, incr\u00e9dules, admirateurs, se sont press\u00e9s pour saluer une derni\u00e8re fois l\u2019ombre de la longue silhouette de cet \u00e9crivain temp\u00e9tueux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Une mort brutale<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au micro ce jour-l\u00e0, pour prononcer l\u2019\u00e9loge fun\u00e8bre, l\u2019a\u00een\u00e9 et le mentor de toujours\u00a0: Elikia M\u2019bokolo, normalien et historien devenu l\u2019incontournable <em>M\u00e9moire du continent<\/em>. Les deux amis partagent le m\u00eame Congo, le go\u00fbt pour les choses de l\u2019esprit, une r\u00e9elle complicit\u00e9 intellectuelle, une admiration mutuelle. Et dans les mots sublimes du fr\u00e8re a\u00een\u00e9 se m\u00ealent tendresse, amiti\u00e9, r\u00e9cit d\u2019une vie heurt\u00e9e, d\u2019une trajectoire singuli\u00e8re. Le vocabulaire choisi est plein d\u2019empathie, d\u2019amour, d\u2019une verve presque joyeuse qui d\u00e9fie la catastrophe de la brutalit\u00e9 de sa mort. Une lumi\u00e8re s\u2019allume dans les mots pour dompter l\u2019obscurit\u00e9 du deuil. Pourtant, dans l\u2019assembl\u00e9e, tout le monde ne r\u00e9ussira pas \u00e0 dominer la douleur. Au milieu des sanglots, Rahmatou Ke\u00efta, journaliste et r\u00e9alisatrice nig\u00e9rienne, et amie du d\u00e9funt, garde en m\u00e9moire un \u00e9pisode d\u00e9chirant, lorsque la tante de l\u2019\u00e9crivain confie, dans un murmure de douleur, que D\u00e9sir\u00e9 Bolya Baenga a quitt\u00e9 sa m\u00e8re \u00e0 18 ans, et qu\u2019elle ne l\u2019a jamais plus revu jusqu\u2019\u00e0 sa mort. Il avait 53 ans.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Baenga sont une famille qui compte dans l\u2019histoire r\u00e9cente du Za\u00efre. D\u00e9sir\u00e9 Bolya Baenga est le fils de Paul Bolya, compagnon de Patrice Lumumba et de la lib\u00e9ration congolaise, tour \u00e0 tour ministre, s\u00e9nateur, personnage de premier plan. Le bain intellectuel est, comme par \u00e9vidence, le premier environnement du jeune D\u00e9sir\u00e9 Bolya Baenga. Fort de ses aptitudes intellectuelles bien r\u00e9elles, et sous les conseils d\u2019Elikia M\u2019bokolo, ami de sa s\u0153ur, il le rejoint plus tard \u00e0 Sciences Po, la prestigieuse adresse de la rue Saint-Guillaume o\u00f9 l\u2019historien est professeur. L\u2019\u00e9cole, elle n\u2019est plus \u00e0 pr\u00e9senter\u00a0; elle produit une \u00e9lite promise \u00e0 de beaux destins professionnels. Le jeune homme y est admis au m\u00e9rite, et sous l\u2019aile protectrice, du guide, il int\u00e8gre le temple o\u00f9 les Noirs ne sont pas nombreux. Il d\u00e9couvre dans la foul\u00e9e Paris, les splendeurs germanopratines et les mythes mondains qui s\u2019y attachent. Il montre une certaine inclination pour le dandysme, perceptible dans sa mise pr\u00e9cocement soign\u00e9e. Avec la culture acquise dans ce creuset, de plain-pied dans les d\u00e9bats majeurs de l\u2019\u00e9poque, Bolya qui a gard\u00e9 un attachement \u00e0 son Congo et \u00e0 son Afrique, semble renoncer aux grandes carri\u00e8res tranquilles qui l\u2019attendent pour un r\u00eave secret qui l\u2019emporte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u2019bokolo se souvient dans son \u00e9loge : \u00ab\u00a0<em>ta route semblait trac\u00e9e. Quelques concours encore, deux ou trois dipl\u00f4mes suppl\u00e9mentaires en poche, et c\u2019\u00e9tait une carri\u00e8re tranquille et assur\u00e9e de bon technocrate dans quelque administration ou banque prestigieuse. Mais non\u00a0! c\u2019\u00e9tait mal te conna\u00eetre. Car tu avais d\u2019autres r\u00eaves\u00a0! Les livres, \u00e9crire des livres. Ecrire et publier\u2026<\/em>\u00a0\u00bb Comme une \u00e9nergie mystique, son amour pour l\u2019\u00e9criture triomphe donc et quelques missions de consultance le maintiennent \u00e0 flot. C\u2019est un attelage qui convient \u00e0 son temp\u00e9rament de bretteur, d\u2019\u00e9ditorialiste, d\u2019\u00e9crivain en devenir qui s\u2019am\u00e9nage du temps pour crier ses blessures \u00e0 la face du monde. C\u2019est donc d\u00e9cid\u00e9, ce sera l\u2019\u00e9criture, ses fragilit\u00e9s, sa cruaut\u00e9. Tant pis si \u00e7a ne paie pas et que les rues de Paris comme de Kinshasa sont peupl\u00e9s de dandies fauch\u00e9s.<img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8816\" src=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/lafrique-en-kimono.jpg\" alt=\"\" width=\"182\" height=\"277\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Entr\u00e9e fracassante en litt\u00e9rature<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1986, para\u00eet son premier livre, <em>Cannibale<\/em>. La rh\u00e9torique est t\u00e9n\u00e9breuse et la brutalit\u00e9 absolue. Le champ lexical des expressions est un nappage malodorant\u00a0:\u00a0sauvagerie, b\u00eatise humaine, tribalisme, dictateurs sanglants\u2026\u00a0On y sent des inflexions Conradiennes digne d\u2019<em>Au c\u0153ur des T\u00e9n\u00e8bres<\/em>, dans la violence sombre de l\u2019atmosph\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale qui d\u00e9nonce les corruptions, les hommes de pouvoirs, les r\u00e9alit\u00e9s africaines mal d\u00e9grossies, le peu d\u2019\u00e9gard pour la vie humaine et l\u2019horizon r\u00e9solument sombre du continent. Le titre annonce le vertige du gouffre et les m\u00e2choires de la b\u00eate humaine, ici africaine. Le texte est habit\u00e9, palpitant, \u00e9touffant m\u00eame. Tant\u00f4t dans les accents du <em>Voyage au bout de la nuit<\/em> de C\u00e9line dans sa pare th\u00e8se africaine, tant\u00f4t ceux de <em>A la Courbe du fleuve<\/em> de V.S Naipaul. Toujours le m\u00eame tableau noir qui \u00e9treint le lecteur parfois jusqu\u2019\u00e0 le broyer. L\u2019Afrique que D\u00e9sir\u00e9 Bolya Baenga donne \u00e0 voir n\u2019est en effet pas enchanteresse, mais il y applique d\u00e9j\u00e0 la mesure du talent qui le caract\u00e9rise. Et le destin, comme complice, est avec lui, car pour un coup d\u2019essai, c\u2019est un coup de ma\u00eetre\u00a0: <em>Cannibale<\/em> est couronn\u00e9 par le Grand prix litt\u00e9raire d\u2019Afrique noire. Sa maestria a conquis le jury\u00a0du prix: une libert\u00e9 de ton, une culture, d\u00e9j\u00e0 une certaine intransigeance, et le regard du r\u00e9el jusqu\u2019\u00e0 la naus\u00e9e, malgr\u00e9 l\u2019\u00e9tiquette fictive et l\u2019identit\u00e9 romanesque du livre. Jean McNair note d\u2019ailleurs ceci, \u00e0 la fin de sa recension du livre dans la Revue Pr\u00e9sence Africaine\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Ce livre trouble. Il ne laisse personne indiff\u00e9rent. Il choquera certains et donnera lieu \u00e0 des critiques. En fin de compte, ceci est, peut-\u00eatre, sa vraie force<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est le d\u00e9but d\u2019une ascension, avec une certaine reconnaissance, m\u00eame parcellaire. Le prix de l\u2019ADELF, malgr\u00e9 les critiques sur ses ombrages coloniaux, restait respectable. Bolya en \u00e9trenne les retomb\u00e9es qui pavent un peu plus la voie \u00e0 son r\u00eave d\u2019\u00e9criture. L\u2019homme est rest\u00e9 chic, \u00e9l\u00e9gant et bien mis. Comme un autre dandy du quartier de Saint-Germain, l\u2019\u00e9gyptien Albert Cossery.Ils partagent le go\u00fbt des petites gens. Celui de la paresse aussi\u00a0? On ne saurait le dire. Cette r\u00e9ception prometteuse n\u2019est en revanche pas la garantie de conditions mat\u00e9rielles plus confortables. Les t\u00e9moignages sont assez unanimes\u00a0: D\u00e9sir\u00e9 Bolya Baenga tire le diable par la queue et le nom ne fait pas encore la renomm\u00e9e, ni la fortune.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La solitude des exil\u00e9s africains des Lettres<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la cr\u00e9ation est solitaire de nature, la solitude plut\u00f4t aigu\u00eb sera le sceau de sa vie, assez rapidement du reste. Il en fait l\u2019exp\u00e9rience dans une r\u00e9clusion symbolique, parfois contrainte, qui est le lot de beaucoup d\u2019auteurs. D\u2019autant plus dans les ann\u00e9es 80\/90, p\u00e9riode charni\u00e8re pour nombre de jeunes \u00e9crivains et intellectuels africains form\u00e9s en France. Les structures \u00e0 matrices id\u00e9ologiques comme la FEANF (<em>F\u00e9d\u00e9ration des \u00e9tudiants d&rsquo;Afrique Noire en France<\/em>) et l\u2019\u00e9nergie folle de la p\u00e9riode qui pr\u00e9sida aux ind\u00e9pendances, se sont essouffl\u00e9es. Il ne semble plus y avoir d\u2019\u00e9pop\u00e9e collective. L\u2019Afrique est \u00e9crite par ses fils, lointains, et tr\u00e8s souvent dans la tonalit\u00e9 du malheur. Les groupes, les revues, les clubs, se disloquent, et le d\u00e9senchantement s\u2019empare des \u0153uvres. Depuis Kourouma, et le <em>Soleil des ind\u00e9pendances<\/em>, cette veine de la d\u00e9sillusion reste un registre dominant, d\u2019autant plus pendant ces d\u00e9cennies. L\u2019\u00e9loignement d\u00fb \u00e0 l\u2019exil, le peu d\u2019ancrage local, \u00e9parpillent les \u00e9crivains dans le paysage. Un peu fant\u00f4mes, sans r\u00e9elles attaches, avec la nostalgie et la m\u00e9lancolie comme seules ressources pour accompagner les cris souvent vains en direction de leurs peuples. Abdoulaye Gueye, un chercheur s\u00e9n\u00e9galais, avait fait la cartographie des intellectuels africains dans les ann\u00e9es 50 &#8211; 70 (2002) en se focalisant sur les matrices communes. Les sujets \u00e9taient f\u00e9d\u00e9rateurs. Mais plus tard, on constate, en remontant \u00e0 cette p\u00e9riode qui suit et qu\u2019a bien connue D\u00e9sir\u00e9 Bolya Baenga, la solitude de ces intellectuels, leur d\u00e9racinement jamais soign\u00e9, et leur difficile voire impossible ancrage en France, sous peine de pactiser avec le bourreau dans les consciences. Des valeurs refuges se cr\u00e9ent\u00a0: une \u00ab\u00a0<em>migritude\u00a0\u00bb <\/em>par exemple, concept qu\u2019a tent\u00e9 de saisir Chevrier, avec son lot de questionnements, de d\u00e9chirements\u00a0; un label qui regroupe des esprits qui avaient d\u2019autres ports d\u2019attache id\u00e9ologiques que la n\u00e9gritude ou m\u00eame le panafricanisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le destin des \u00e9crivains s\u2019en trouve fatalement impact\u00e9. Dans ce temps, les tiers-mondistes, sur l\u2019\u00e9chiquier gauche de la politique en France, tiennent le haut du pav\u00e9. Et l\u2019africanisme se cherche encore une nouvelle l\u00e9gitimit\u00e9 depuis que <em>la situation coloniale<\/em> a \u00e9t\u00e9 d\u00e9busqu\u00e9e par Balandier. Comment donc mener une vie intellectuelle libre, au-del\u00e0 des chapelles, en surplombant les probl\u00e9matiques mat\u00e9rielles que pourrait r\u00e9soudre l\u2019appartenance \u00e0 un clan ou \u00e0 un autre\u00a0? D\u00e9sir\u00e9 Bolya Baenga a semble-t-il fait son choix\u00a0: celui de l\u2019ind\u00e9pendance. Le fils de Paul Bolya ne s\u2019ali\u00e8ne m\u00eame pas les id\u00e9es en vogue du panafricanisme de l\u2019\u00e9poque dont son p\u00e8re fut un chantre, et dont les versants afro-centristes s\u00e9duisent et deviennent le paradigme. Pas plus qu\u2019il n\u2019est \u00e9merveill\u00e9 outre mesure par les solides attaches qu\u2019il noue \u00e0 Saint-Germain, avec le risque de <em>Jeandarcisme ou de francophilie galopante<\/em> comme dirait Romain Gary. \u00c7a lui am\u00e9nage par cons\u00e9quent un espace \u00e9troit pour \u00e9battre son \u0153uvre. Port\u00e9 sur la f\u00e2cherie facile, irr\u00e9ductible dans son refus des compromissions, \u00ab\u00a0<em>s\u00e9dentaire de l\u2019\u00e9thique\u00a0\u00bb<\/em> en toutes circonstances, il se construit un \u00eelot aux saveurs de martyrs et se met \u00e0 dos des amis. Malgr\u00e9 tout, reste le go\u00fbt \u00e2cre de la terre-M\u00e8re, au loin, et M\u2019bokolo se souvient toujours\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Et nous sommes l\u00e0, tous, \u00e0 courir, \u00e0 courir apr\u00e8s le quotidien et ses urgences, au point de ne plus penser \u00e0 ces instants simples et tranquilles, pass\u00e9s ensemble au commerce des n\u00f4tres, pourquoi pas autour de quelque dive bouteille de ces bons vins de France.\u00a0\u00bb<img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8818\" src=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/9782370156495.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"293\" \/><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019Asie, le Japon\u00a0: la r\u00e9f\u00e9rence<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 89, le mur de Berlin tombe. Il consacre une nouvelle \u00e8re. Chez beaucoup d\u2019intellectuels africains, le marxisme est triomphant. Il a fait \u00e9cole. Au lieu de s\u2019emprisonner dans la dualit\u00e9 de ces blocs qui survivent et dont l\u2019h\u00e9g\u00e9monie ali\u00e8ne le continent, D\u00e9sir\u00e9 Bolya Baenga fait un pas de c\u00f4t\u00e9. Il s\u2019\u00e9mancipe de cette vue duelle. Pourquoi pas s\u2019inspirer du Japon\u00a0? Le pays du Soleil Levant a r\u00e9ussi des prouesses \u00e9conomiques, et s\u2019est hiss\u00e9, avec une c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 inou\u00efe, \u00e0 la t\u00eate des pays riches. La trajectoire \u00e9blouit Bolya. Il en fait un livre, <em>l\u2019Afrique en Kimono, repenser le d\u00e9veloppement<\/em> (1991) o\u00f9 il exhorte le continent \u00e0 s\u2019inspirer du g\u00e9ant nippon. L\u2019essai est original, il ne m\u00e9nage pas un occident qu\u2019il traite de \u00ab\u00a0<em>totalitaire\u00a0\u00bb<\/em>. Il lui reproche son m\u00e9pris, sa demande incessante aux peuples d\u2019adopter son mod\u00e8le comme le seul qui vaille. Il remonte le fil de ce miracle japonais, qui a r\u00e9ussi \u00e0 se moderniser sans renoncer \u00e0 son identit\u00e9 culturelle. Voil\u00e0 donc pour Bolya l\u2019exemple. Le d\u00e9veloppement ne requiert pas la n\u00e9gation de soi, et le Japon en est la parfaite illustration. L\u2019essai est document\u00e9, bard\u00e9 de r\u00e9f\u00e9rences \u00e9loquentes. Il part en effet d\u2019articles d\u00e8s 1913 d\u2019un pasteur malgache Ravelojoana, p\u00e8re du nationalisme de l\u2019\u00eele, qui a pr\u00e9cocement pressenti cette inspiration. Apres l\u2019hommage \u00e0 cette pr\u00e9monition des pionniers de la grande \u00eele africaine qui fait \u00e9cho \u00e0 la morphologie insulaire japonaise, <em>l\u2019Afrique en Kimono<\/em> est \u00e0 la fois une critique acerbe des pr\u00e9tentions d\u00e9veloppementalistes de l\u2019Occident mais aussi une analyse fine des forces en pr\u00e9sence, qui ne m\u00e9nage pas, entre autres, les islamistes que l\u2019auteur assimile \u00e0 des idiots utiles de l\u2019occident.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette ode au Japon ne manque pourtant pas de d\u00e9fauts. L\u2019auteur y passe tr\u00e8s vite sur les d\u00e9monstrations, et ne donne pas \u00e0 voir le r\u00e9el \u00e9tat des transformations au Japon. Parfois les scansions prennent le pas sur les analyses, sans esquisser les conditions de possibilit\u00e9 de cette transposition en Afrique, d\u2019autant plus que le Japon et l\u2019Afrique ne partagent pas forc\u00e9ment une familiarit\u00e9 \u00e9vidente. Mais l\u2019essai est s\u00e9duisant et convaincant. En brocardant l\u2019id\u00e9e en vogue du d\u00e9veloppement comme condition de sortie de la mis\u00e8re, avec l\u2019id\u00e9ologie lib\u00e9rale qui la porte et la verticalit\u00e9 des injonctions envers l\u2019Afrique, l\u2019auteur est en avance de 20 ans sur des d\u00e9bats sur le mod\u00e8le \u00e0 suivre. On a tous en t\u00eate l\u2019exemple, souvent cit\u00e9 pour accabler l\u2019Afrique, de la Cor\u00e9e du Sud qui avait alors le m\u00eame niveau que beaucoup de pays Africains pendant les ind\u00e9pendances et dont l\u2019\u00e9conomie aujourd\u2019hui p\u00e8se plus lourd que nombre de pays r\u00e9unis. Cet exemple r\u00e9sonne dans le tropisme de Bolya, dont l\u2019\u0153uvre porte cette inclination vers l\u2019Asie majeure, lui qui \u00e9crira un autre livre sur le Japon <em>L\u2019Afrique \u00e0 la japonaise. Et si l\u2019Afrique \u00e9tait si mal mari\u00e9e\u00a0? (1994)<img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-8817\" src=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/livrebolya_couv-300x220.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"220\" srcset=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/livrebolya_couv-300x220.jpg 300w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/livrebolya_couv-768x563.jpg 768w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/livrebolya_couv-1024x751.jpg 1024w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/livrebolya_couv.jpg 1230w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant sa mort, Bolya a sans doute vu un autre g\u00e9ant asiatique, plus imp\u00e9rial, faire sa ru\u00e9e vers l\u2019Afrique : la Chine. Sans doute a-t-il lu l\u2019essai de Tidiane Ndiaye, <em>Le jaune et le noir (2008)<\/em>, qui dresse une longue chronologie, qui n\u2019est pas faite que de romance, des relations m\u00e9connues mais bien r\u00e9elles entre l\u2019Asie et l\u2019Afrique. D\u00e9sir\u00e9 Bolya Baenga aurait-il rectifi\u00e9 sa copie\u00a0? Rien n\u2019est moins s\u00fbr. Sa critique g\u00e9n\u00e9reuse, souvent juste, ainsi que sa personnalit\u00e9 hostile au compromis, font de lui un homme \u00e0 part, reconnu mais redout\u00e9, qui croit en la sacralit\u00e9 de l\u2019\u00e9thique. Plusieurs fois, les appels \u00e0 s\u2019assagir, \u00e0 int\u00e9grer des cabinets plus douillets, se sont fait pour lui qui a partag\u00e9 sa vie entre Montr\u00e9al et Paris. Il a toujours oppos\u00e9 un refus au risque parfois de se complaire dans une posture du rebelle ultime, m\u00eame si \u00e0 bien y regarder, on peut saluer cet acharnement principiel. Dans son \u00e9loge, M\u2019bokolo le disait : \u00ab <em>Tous ces livres, c\u2019est vraiment toi, avec ce soin que tu as sans cesse mis \u00e0 ne jamais \u00eatre captif, ni d\u2019un genre, ni d\u2019un style, ni d\u2019une forme, ni d\u2019un lieu \u00bb. <\/em>Il a cultiv\u00e9 aussi, dans le site Afrik.com, un art de la chronique, du billet politique sur le monde, o\u00f9 l\u2019on retrouve une diversit\u00e9 de sujet, dont l\u2019attachement \u00e0 Ha\u00efti et des r\u00e9actions sur le vif sur la marche de la plan\u00e8te. Un exercice journalistique qui ne lui rapportait rien, sinon un p\u00e9cule modeste, mais aussi le maintien d\u2019une r\u00e9gularit\u00e9 dans l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Une large palette\u00a0: pionnier du roman policier en Afrique<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut vite oublier, \u00e0 trop se focaliser sur l\u2019essayiste, le romancier. Avec <em>Cannibale<\/em>, cette fibre \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente, mais c\u2019est dans la <em>Polyandre (1998)<\/em> et dans <em>Les cocus posthumes (2001)<\/em>, publi\u00e9s chez le Serpent \u00e0 Plumes, son dernier \u00e9diteur, qu\u2019il devient selon les mots de Rahmatou Ke\u00efta, \u00ab\u00a0<em>un pr\u00e9curseur du roman policier<\/em>, <em>avec un go\u00fbt r\u00e9el de la m\u00e9taphore \u00bb<\/em>. Ces romans sont d\u2019ailleurs salu\u00e9s et \u00e9tendent la palette de la cr\u00e9ation de cet auteur inclassable mais immanquable, et qui est l\u2019un des rares de sa g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 naviguer de genre en genre sans perdre de sa superbe. Les romans policiers n\u2019ont pas bonne presse sur le continent et ce n\u2019est pas un genre \u00e0 la mode. On s\u2019en d\u00e9tourne volontiers comme si c\u2019\u00e9tait un registre mineur. En y faisant une incursion, D\u00e9sir\u00e9 Bolya Baenga m\u00e8ne sa carri\u00e8re litt\u00e9raire \u2013 stabilis\u00e9e, avec un bon \u00e9diteur \u2013 sans la folie de la gloire mais dans un cercle o\u00f9 son savoir-faire est salu\u00e9.<img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-8819\" src=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/la-profanation-des-vagins-188x300.jpg\" alt=\"\" width=\"188\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/la-profanation-des-vagins-188x300.jpg 188w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/la-profanation-des-vagins.jpg 400w\" sizes=\"(max-width: 188px) 100vw, 188px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toujours chez le Serpent \u00e0 Plumes, comme si le constat d\u2019\u00e9chec du d\u00e9veloppement africain \u00e9tait consomm\u00e9, et que les invitations \u00e0 marcher sur les pas du Japon \u00e9taient des cris dans le d\u00e9sert, Bolya commet un autre livre, plus \u00e0 charge, <em>l\u2019Afrique, le maillon faible (2002)<\/em>. Le propos est sans d\u00e9tour et les responsabilit\u00e9s sont situ\u00e9es sans m\u00e9nagement. Le titre est comme une \u00e9pitaphe. De cette \u0153uvre globale en construction, \u00e9merge une colonne vert\u00e9brale assez claire\u00a0: une exigence, un engagement, une intransigeance, mais aussi en annexes, la cause des sans grades, un amour de la femme, de la f\u00e9minit\u00e9, de la cause des femmes, victimes en premi\u00e8res lignes de toutes les h\u00e9g\u00e9monies traditionnelles et des violences de la guerre moderne. Un amour des femmes, qui est aussi de la gratitude, pour celles qui l\u2019ont \u00e9lev\u00e9, celles qui l\u2019ont aim\u00e9, le long de sa vie ; amour qu\u2019il confirme dans <em>La profanation des vagins (2005)<\/em>, qu\u2019il d\u00e9die \u00e0 sa fille, son grand amour. Un livre de d\u00e9nonciation des crimes de guerre, militant et d\u00e9sabus\u00e9 mais \u00e0 l\u2019\u00e9paisseur politique incontournable et \u00e0 l\u2019envergure qui parcourt les guerres de son temps. Un livre qui a peut-\u00eatre marqu\u00e9 et inspir\u00e9 le gyn\u00e9cologue, prix Nobel de la paix, Denis Mukwege, <em>l\u2019homme qui r\u00e9pare les femmes<\/em>, dans cette sale guerre du Congo. Une \u0153uvre donc globale qui se pr\u00e9sente sous la forme d\u2019un cri, avec du panache mais qui n\u2019a jamais eu un \u00e9cho \u00e0 sa mesure. Et comme toujours, <em>in petto<\/em>, ses d\u00e9tracteurs confient leurs griefs\u00a0: une \u00e2me chagrine, frustr\u00e9e. C\u2019est sans doute un peu vrai. Pouvait-il pour lui en \u00eatre autrement\u00a0? Dans un ouvrage publi\u00e9 chez M\u00e9moire d\u2019encrier, son ex-compagne Fran\u00e7oise Naudillon, a rassembl\u00e9 les textes de ses amis en reprenant comme titre un de ses leitmotivs : <em>Nomade cosmopolite mais s\u00e9dentaire de l\u2019\u00e9thique\u00a0<\/em>(2012). Un parfait r\u00e9sum\u00e9 de cet esprit, difficile \u00e0 emprisonner, papillonneur et ouvert aux vents du monde. L\u2019affection remplit ces pages d\u2019hommage, avec une facture intimiste qui les rend \u00e0 la fois authentiques et touchantes.<img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-8815\" src=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/les-cocus-posthumes-de-bolya-187x300.jpg\" alt=\"\" width=\"187\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/les-cocus-posthumes-de-bolya-187x300.jpg 187w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/les-cocus-posthumes-de-bolya.jpg 364w\" sizes=\"(max-width: 187px) 100vw, 187px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La m\u00e9moire d\u2019un continent<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd\u2019hui encore, partir sur les traces du legs de Bolya, c\u2019est \u00eatre confront\u00e9 \u00e0 un silence, un silence <em>malais\u00e9<\/em>. Comme s\u2019il y avait \u00e0 la fois trop et trop peu \u00e0 dire sur les d\u00e9boires de sa fin tragique. Cette mort brutale dans les rues de Paris, pour lui qui se savait \u00ab\u00a0<em>condamn\u00e9\u00a0\u00bb<\/em> selon les mots de M\u2019bokolo, donne \u00e0 voir une antichambre mis\u00e9rable, de r\u00e9clusion, condition de beaucoup d\u2019esprits africains vivant en occident. Dans la foule anonyme de ces manteaux faits homme, de ces piliers de bar, de ces esprits lumineux, dans ces beuveries et ces gueuletons, peut-on compter tous ceux dont on se prive de l\u2019intelligence\u00a0? Ceux qui sont \u00e0 contre-emploi\u00a0? On pourra bien, \u00e0 loisir, ratiociner sur une mal\u00e9diction, une infortune, mais la r\u00e9alit\u00e9 est bien plus cruelle\u00a0: il semble que beaucoup d\u2019esprits africains n\u2019ont simplement pas les moyens de leurs ambitions. Et ce que cela peut co\u00fbter pour qu\u2019ils les aient, n\u2019est rien de moins, qu\u2019une renonciation. De ces ambitions d\u00e9chues, il ne reste parfois que des barouds d\u2019honneur, tant\u00f4t sublimes, tant\u00f4t tragiques. A la loterie de ce destin, Bolya n\u2019a pas tir\u00e9 le bon num\u00e9ro, mais son \u0153uvre, elle, lui survit et rayonne vivement sur le monde intellectuel pour ceux qui se donnent la peine d\u2019aller les chercher. Du fond de son malheur, c\u2019est un \u00e9crivain comme l\u2019a si joliment r\u00e9sum\u00e9 Fran\u00e7oise Naudillon \u00ab\u00a0<em>fid\u00e8le, loyal, \u00e0 ses amis et \u00e0 lui-m\u00eame<\/em>\u00a0\u00bb. Si le martyre est bien souvent une posture, on peut trancher rapidement qu\u2019il a un go\u00fbt h\u00e9ro\u00efque \u00e0 n\u2019en pas douter chez D\u00e9sir\u00e9 Bolya Baenga. Dans son \u0153uvre, sa vie, ses obsessions. Une mort et une vie, loin de sa terre natale. Comme un symbole d\u2019un d\u00e9chirement irr\u00e9versible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Elgas<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-8717\" src=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/elgas_bl-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/elgas_bl-300x300.jpg 300w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/elgas_bl-150x150.jpg 150w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/elgas_bl-768x768.jpg 768w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/elgas_bl-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/elgas_bl-90x90.jpg 90w, https:\/\/biscotteslitteraires.com\/2021\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/elgas_bl.jpg 1600w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le cadre des chroniques litt\u00e9raires sur notre blog, Elgas nous propose cinq portraits d&rsquo;auteurs ayant fait l&rsquo;exp\u00e9rience de ce qu&rsquo;il appelle \u00ab\u00a0l&rsquo;am\u00e8re saveur de la libert\u00e9\u00ab\u00a0. 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