A tes promesses non tenues, Léa OVIDIO de SOUZA

Calavi, ce 13 Avril 20…

Expéditeur : Fifamin Gbèdossou

 

 

 

« Bien à toi cher Fèmi Djèdjèkoyo,

Il paraît qu’on n’oublie jamais son premier amour. Qu’en fait-on quand il vous a trahi, enfariné, ridiculisé, blessé au plus profond de votre âme? Cher Fèmi, amour de mes premiers printemps après tout cet hiver de solitude où les flocons de doute et d’incertitude ont brouillé la vue à mon existence, c’est à toi que j’ose envoyer ces derniers mots. Je le fais parce qu’aujourd’hui, je m’en sens la force et le courage. Je ne te hais pas, jamais je ne le ferai. Mais retiens que tu n’étais pas tenu de faire tout cela. Je voudrais avant tout propos te demander de ne pas me confondre avec la Monique de ton ami Ebinto. Tes frasques, je prie la vie de te les pardonner. Quant à moi, je tiens à te donner mes nouvelles, peut-être mes dernières. Sûrement, celles que tu n’attendais pas.

 

Cher Fèmi, oui tu m’es toujours cher même si tu as forcé le temps et la nature à te transformer en mon Ex. Ce matin, je ne me porte pas comme un charme. Quelque chose de vital a semblé déserter mon être. Plongée dans mes souvenirs, abîmée et lacérée par la solitude et le regret, je suis assaillie par mille pensées, les unes aussi ravageuses que les autres. Je ne sais même pas par où commencer. Je souffre. Encore ce fameux mois. Si seulement, on pouvait supprimer ce mois… Tout en toi me fait mal, très mal. Et quand chaque nuit je m’apprête à dormir, je ne peux m’empêcher de couler des ruisseaux de larmes. C’est cruel, l’amour. On dit de lui qu’il est beau. Mais regarde, dans quel état je suis. L’amour fait mal et je ne vois pas pourquoi il faut y croire. Je t’ai connu un début du mois de février. Le mois de la romance, comme on dit. Peut-être plutôt celui de la démence. Tu es venu à moi comme un roi. Et moi, tout comme une reine, je t’ai accueilli. Tu avais tout pour me plaire. En ta présence, je taisais mon souffle pour n’entendre que ta douce voix. J’avais trouvé l’amour. Et l’homme qui me faut.

Je ne voulais pas penser à nos premières discussions, mais elles sont gravées dans ma mémoire, et ne pas les évoquer me ferait souffrir davantage :

– Dieu sait faire ses choses, le sais-tu, ma chérie ?

-Oui, je le sais.

-Vraiment ?

-Oui.

– Disons-lui merci, il m’a fait rencontrer une très charmante fille en ce mois.

– Arrête s’il te plaît. Promets-moi juste de jamais me quitter.

– Pourquoi devrais-je te quitter? Tu es tout ce que j’aime. Finis vite ton yaourt pour qu’on rentre.

On se sépara pour la maison après long moment à discuter de tout et de rien. Je puis attester, même aujourd’hui, que c’est toi mon comédien adoré. Toi seul sais m’arracher un sourire. J’étais simplement au paradis. J’avais trouvé mon homme. Fèmi, tu ne manquais de me souhaiter une bonne nuit en me fredonnant de douces berceuses de ta belle voix. On vivait toute la romance que suscitait ce mois. Nous étions tout simplement fougueux.

Je me souviens de la veille du Saint Valentin, nous avons passé des heures au téléphone. Ce soir là, c’était différent. J’adorais particulièrement ce morceau dont je ne connaissais pas l’auteur, mais le titre devrait être « Amoureusement« . Et tu détachais chaque syllabe » Tu représentes l’amour et moi, les épices. Je viens comme un vautour tenter tes caprices« . À peine avais-tu commencé, que je me trouvais déjà aux anges. En ces moments si doux, je ne pouvais pas ne pas dire que l’amour est la plus belle des choses de ce monde. Je souriais jusqu’aux oreilles. J’avais envie de crier sur tous les toits, de secouer la terre entière pour qu’elle vienne témoigner de l’amour que me porte mon amoureux.

Je t’ai aimé, Fèmi. Peut-être que je devais mettre le verbe au présent pour être en conformité avec que mon cœur continue de chanter à chacun de ses battements. Je me disais : il est beau, mon Fèmi est beau. Il est beau. Et j’imaginais déjà nos enfants! Tu étais en deuxième année de chimie et moi en première année de journalisme. Au cours, je n’arrivais plus à suivre. J’étais possédée, possédée par toi. Je souriais à tout le monde. J’étais devenue la gentille de mes parents. Tu m’as transformée. Un samedi matin à mon réveil, je reçus un message venant de toi. J’espère que tu t’en souviens. Même si ce n’est pas le cas, ce n’est pas grave. T’es-tu jamais souvenu de moi? C’était le jour de la Saint Valentin. Je m’apprêtais après le départ de mes parents qui ne se doutaient de rien. Ils étaient partis aux obsèques de la belle-mère d’un ami de mon père. J’avais donc la matinée à consacrer à mon amoureux en ce jour si spécial. Je me dépêchai afin de vite rentrer avant le retour des parents. Je me suis embaumée d’un parfum de maman, que tu adorais aussi. Je n’ai pas tardé à te rejoindre à la plage. Il y avait pas mal de monde. J’avais peur de me retrouver là-bas.

– J’aime pas trop cet endroit. Et si un ami de mes parents me voyait?…

– Et s’il te voit, est-ce un problème ? N’es-tu pas assez grande pour prendre tes décisions ?

– Oui, mais tu connais mes parents. Ils sont intransigeants sur certains points.

– Oublie ça, ma princesses, et amuse-toi. Si tu veux, on pourrait s’éloigner un peu plus.

-Oui, c’est mieux.

– OK. À vos ordres, ma princesses.

On s’éloigna donc et on passa des heures à discuter. Tu ne tardas pas à me remettre mon cadeau et une belle rose.

– Oh Fèmi. Merci. Tout cela pour moi? Tu n’avais pas besoin.

– Je t’en prie. Je ferai tout pour te faire plaisir.

-Merci. Je vais vite rentrer avant que mes parents ne reviennent eux aussi.

Tu restas là à me regarder.

– Mais quoi ? Pourquoi me regardes-tu ainsi ?

– Tu veux vraiment partir sans me faire un bisou?

Tu te rapprochas de moi.

– Non. Je ….

Je n’avais pas finis ma phrase, quand tu me fermas la bouche avec un tendre baiser. J’essayai de me libérer mais, j’avoue, j’étais emportée. C’était mon premier baiser et mon plus beau cadeau. J’ai trouvé cela gênant mais tu m’aimais et je t’aimais. Je rentrai à peine quand j’entendis au loin le vrombissement du moteur de la voiture de papa. J’ai donc gagné. Toute la soirée, j’étais plus que contente. On échangea des textos. à n’en plus finir…

 

Les jours passèrent. Et je ne sais plus là où on en était avec notre amour. Tu te rappelles ce qui s’est passé, n’est-ce pas? Eh bien! Souviens-toi que mon Chevalier, mon Fèmi, ne m’appelait plus comme avant. Il ne m’appelait plus du tout. Quand bien même je suis connectée sur les réseaux sociaux et qu’il me voyait en ligne, il ne m’écrivait plus. Et quand je lui faisais signe, il ne me répondait que bien plus tard, trouvant toujours des excuses.

– Dis-moi, Fèmi, que t’ai fait ?

– Non, rien, ma chérie.

– Et pourquoi tardes-tu à me répondre ?

– Excuse-moi, j’avais laissé la connexion allumée, mais je n’étais pas toujours là à côté du portable.

Il me dominait, je lui pardonnais. Tout cela, parce que je l’aimais beaucoup. Je ne m’étais pas rendue compte qu’il jouait avec moi, qu’il s’amusait avec mes sentiments. Je ne m’étais pas rendue compte qu’il regardait ailleurs, et pire encore, une fille qu’il faisait passer pour sa cousine. Depuis tout ce temps, il menait un jeu dont il connaissait les règles. Ça fait très mal.

 

Tu m’as fait très mal. Ce qui me met davantage le cœur en lambeaux, c’est que tu ne cessais de me mentir soit disant que tu m’aimais. Aujourd’hui je suis la risée de cette prétendue cousine, devenue ma rivale. Je parais comme une personne vulgaire. Comment peut-on vivre ainsi dans le mensonge et la duplicité et s’estimer heureux ? Tous vos rendez-vous à la plage de Fidjorssè et même à Grand-Popo, je le sais. Vos randonnées à Erevan, tout m’est parvenu. Vos sorties en boîte de nuit, les cadeaux que dont tu la comblais, j’ai tout appris. Vos messages coquins, les selfies de vos embrassades, j’en suis au courant. Les nombreuses visites rendues à ses parents qui t’ont adopté comme le gendre idéal, j’en suis informée. Le test de grossesse positif qui te met à présent le feu aux fesses, ça aussi, je l’ai appris avec peine et douleur. Si je m’étais laissé faire, peut-être que je serais aussi dans la même situation qu’elle à présent.

Fèmi, chaque soir avant de dormir, je confie ceci à mon Tati, mon gros nounous, celui que tu m’as offert, mon seul compagnon d’infortune : « Sais-tu, Tati, ton Fèmi m’a brisé le cœur. Je n’ai jamais pensée une telle chose de lui. Mais le pire dans tout cela, c’est qu’il ose encore me dire qu’il aime. Je me demande si je dois le croire. Il ne m’appelle même plus. Plus jamais, il ne m’a bipée. Il ne fait que me fuir. J’ai de la peine quand je le vois en compagnie de la fille. Je suis consciente de ma beauté. Pourquoi moi? Ne suis-je pas intelligente ? C’est donc vrai ce qu’on raconte : »Les plus belles sont les jouets des hommes »? C’est maintenant que je m’en rends compte, Tati. »

 

« Tati, Je n’arrive pas à l’oublier. Difficile de trouver le sommeil, quand autrefois vous dormiez après l’appel de votre bien aimé. J’aimerais le soustraire de la liste de mes amis mais je n’y arrive pas. Je souffre. J’aimerais tant en parler avec ma maman, mais elle ne me comprendra pas. J’ai besoin de maman. Le sujet reste tabou. Elle me dit juste de rester vierge pour être respectée demain. Plus rien. Elle ne réalise même pas ma souffrance. D’ailleurs, elle ne reste même pas assez à la maison, à part les dimanches qui parfois même sont chargés. Je m’éduque avec mes livres. Papa, n’en parlons pas, très rigoureux. Tu n’imagines pas ma douleur. Et tu dois maintenant comprendre mon dédain pour ce mois. Si seulement on pouvait supprimer ce mois et cette fête… Ça me rappelle tant de choses qui aujourd’hui font mal à mon pauvre cœur. »

Avant de m’envoler vers le nid de mes cauchemars hier nuit, j’ai cru entendre Tati me dire : »Je te comprends ma chérie, cesse de pleurer. Cela ne vaut pas la peine. Vas-tu pleurer chaque fois que tu auras des difficultés? Non, ma chérie. La vie est ainsi faite. Dis-toi qu’il n’est pas fait pour toi ; c’est difficile, mais fais un effort. Et ce n’est pas fini, tu rencontreras pire. Prie et crois pour que le Seigneur t’éloigne de ces mauvais garçons. En toute chose, soit patiente, la patience est un chemin d’or dit-on. Quand on sait attendre, on vit le bonheur par la suite. »

– Oui, tu as raison. Je vais cesser de pleurer, effacer toutes ces larmes, il n’en vaut pas la peine.

Je me suis réveillée le lendemain sans savoir que m’attendait l’estocade dans ma messagerie :

« Excuse-moi, chérie. Mais tu savais que Février approchait et comme tu ne te décidais pas à franchir le pas de la connaissance vraie, attachée que tu étais à tes idées où à celles de ta mère qui te voulait vierge au mariage, je n’ai pas eu le courage d’attendre. La vie est trop courte pour qu’on la passe à faire des mystères autour de tout. Je continue de t’aimer, et aimer c’est aussi se donner à l’autre et se laisser recevoir de lui. Or toi tu refuses de m’aimer ainsi, comment veux-tu que les choses aillent mieux entre nous ? Je ne sais ce que l’avenir nous réserve, mais je continue mon chemin. Je te souhaite de rencontrer le gars idéal. On ne s’amuse pas avec l’amour, surtout pas au mois de Février.

A nos amours manqués.  »

Fèmi

 

Fèmi, j’ai toujours pensée que quand on aime une personne, on n’a besoin d’attendre le mois de février pour le lui prouver. Si pendant tout ce temps tu n’as pu mesurer la profondeur et l’étendue de mon amour pour toi, quelle preuve attendais-tu de moi encore? Et si je tombais enceinte en t’aimant tel que tu le souhaites? Tu t’es comporté comme si tu en mourrais si tu ne me connaissais pas comme tu le suggères. Tes mots viennent comme pour biffer toute l’estime que je t’ai toujours portée. Mais je trouve assez curieux qu’à cause de Saint-Valentin, tu m’aies abandonnée. Je croyais que mon refus était pour notre bien supérieur, pour notre avenir qu’une éventuelle grossesse aurait pu hypothéquer. Je te souhaite de bien t’occuper de ta « cousine » et de l’enfant qui bientôt te naîtra, si du moins, vous deux le laissez naître.

Tu verras cette lettre accompagnée de Tati. Je viens de brûler tous ce qui chez moi peut me faire me rappeler ton passage dans ma vie. J’ai envoyé au feu la carte mémoire où il y avait tes photos.

A tes promesses non tenues,

Fifamin. »

 

Léa OVIDIO de SOUZA

 

 

 

 

 

Léa OVIDIO de SOUZA est étudiante en deuxième année de philosophie à L’École Normale Supérieure de Porto-Novo. Elle aime l’écriture et la lecture; la musique occupe aussi une place important dans sa vie.

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