« Il y a encore certaines personnes qui aiment lire la poésie.  » Maryse WEISSER MACHER

« Il y a encore certaines personnes qui aiment lire la poésie.  » Maryse WEISSER MACHER

Bonjour les amis. Aujourd’hui lundi, jour d’interview sur votre blog. Nous recevons à cet effet, une écrivaine française: « Les prix sont décernés par des humains, eux-mêmes ayant leurs propres goûts, leurs histoires, leur vécu. Leur ressentit est relatif et peut même varier dans le temps. J’ai déjà reçu des critiques littéralement opposées pour le même texte ».

 

 BL : Bonjour Madame. Merci de nous accorder cette interview. Nos lecteurs sont curieux de vous connaître. Vous voudrez bien vous présenter, s’il vous plait ?

MWM : Bonjour et merci de m’interviewer. Je suis française, et je réponds au nom de Maryse WEISSER MACHER. Je vis dans le sud de la France, vers Toulouse. Je travaille en petite enfance, de formation infirmière puéricultrice. J’entame une reconversion professionnelle afin de travailler en bibliothèque. Mes lectures ainsi que mes écrits ont été déterminants dans ce choix que je continue à suivre avec détermination.

 BL : Vous nourrissez un amour viscéral pour la littérature. Voudrez-vous bien nous dire le socle de cette passion pour les lettres ?

MWM : Je suis arrivée tard à l’écriture. Lorsque je suivais mes études, j’étais plutôt « scientifique ». J’aimais les maths et j’étais très mauvaise en orthographe. Je pense que j’ai vite été mise dans une case de « matheuse scientifique » qui m’a fait renoncer à toute forme d’extrapolation littéraire. À l’époque, on était soit matheux, soit littéraire, mais pas les deux.

BL : Comment êtes-vous venue à l’écriture ? Certes, il faut d’abord être un grand lecteur avant d’espérer embrasser ce domaine, mais après avoir beaucoup lu, il y a forcément un élément déclencheur qui ouvre la brèche à l’épanchement du cœur. Qu’est-ce qui fut le déclic ?

MWM : J’aime bien les défis, surtout lorsque c’est pour prouver ma capacité à réaliser des actions dont je me croyais incapable. L’orthographe est arrivée en premier, puis je me suis amusée à écrire de belles phrases. À un moment, j’ai eu besoin de coucher sur le papier des sentiments et idées noires, puis des histoires de toutes sortes sont nées dans mon cerveau et se sont matérialisées sur le papier ou par extension, sur l’écran de l’ordinateur.

BL : Vous êtes une femme de lettres. Vous vous essayez à plusieurs genres littéraires notamment la Poésie. Quelle est votre conception de la poésie ? Comment la définissez-vous ?

MWM : Je ne me définis pas comme une femme de lettres. J’essaie d’écrire et je suis heureuse lorsque je suis lue et appréciée. En ce qui concerne la poésie, je pense que la poésie doit être écoutée. Les émotions sont traduites en phrases agréables à entendre. Pour moi, la poésie doit aussi danser, je dois entendre sa mélodie, percevoir les vagues des phrases, le rythme des idées.

BL : La poésie doit-elle uniquement l’apanage de la beauté, de la sensation, sans une once de bonté, de vertu, d’instruction ? Pour faire simple, poésie égale seulement romantisme ?

MWM : La poésie s’écoule comme un ruisseau, car le texte semble une évidence lorsqu’on le lit. On ne perçoit pas dans un premier temps le grand travail nécessaire de construction. Pour moi, la poésie est fluide et possède des rimes. Une instruction minimum est nécessaire, mais il faut ensuite travailler le passage à l’écrit, le comment mettre ses idées et émotions sur le papier.

BL : Pensez-vous que la poésie conserve encore aujourd’hui sa valeur, sa sacralité ? Dans ce monde où la course à l’édification de soi sur plusieurs plans notamment économique l’emporte sur la lecture qui est source de vertu ?

MWM : La poésie est un art et l’art a toujours de la valeur aux yeux des gens.

BL : De nos jours, peu s’intéressent à la poésie. Les raisons divergent à cet effet. D’aucuns pensent que c’est un genre complexe et hermétique, abscons et dépourvu d’attrait. D’autres trouvent qu’il est réservé à une certaine catégorie de lecteurs et qu’il faut être un initié pour le comprendre. En tant que poétesse, votre avis sur le sujet ?

MWM : Peut-être que certaines formes de poésies sont complexes et hermétiques, mais pas toutes. Il y a encore certaines personnes qui aiment lire la poésie. Je rencontre des jeunes aussi qui s’adonnent à ce genre de lecture. Peut-être faut-il la moderniser comme le font certains éditeurs pour lesquels j’ai écrit des poèmes. Ne pas hésiter à y mettre autre chose, des illustrations, et pourquoi pas des calligrammes comme j’aime à écrire et dessiner. Et puis des mots simples, compréhensibles de tous, qui traduisent des émotions qui parlent au plus grand nombre.

BL : Vous avez remporté plusieurs prix avec vos poèmes. Trouvez-vous en ces récompenses une source de motivation pour mieux progresser ?

MWM : Je dirais surtout que les prix m’ont aidé à continuer. De là, je pense que j’ai progressé, car j’avais davantage confiance en moi.

BL : Pensez-vous que le prix définit l’écrivain ? Ou encore, la distinction justifie ou confirme la plume d’un homme de lettres ?

MWM : Les récompenses sont très importantes, surtout au début. Être reconnu par ses pairs ou par des personnes habituées à lire, c’est un élément qui compte beaucoup. Mais il ne fait pas tout, je dirais même que les prix sont secondaires. C’est un peu la carotte qui fait avancer l’âne. Il en faut… un peu. Les prix sont décernés par des humains, eux-mêmes ayant leurs propres goûts, leurs histoires, leur vécu. Leur ressentit est relatif et peut même varier dans le temps. J’ai déjà reçu des critiques littéralement opposées pour le même texte. Un auteur ne doit pas s’arrêter aux premiers ressentis d’un lecteur ou potentiel éditeur. Surtout il est nécessaire de fuir les critiques non constructives, agressives. En général, je pense que ce sont de mauvais professionnels. Les personnes qui sont dans l’incapacité de communiquer de façon polie et respectueuse ne méritent pas que l’on travaille avec elles. De manière générale, il vaut mieux travailler avec des gens avec qui nous nous sentons bien.

BL : Vous êtes auteure de plusieurs nouvelles. Dans Châtiments : Quand la nature se rebelle Les tumultes du Canal du Midi, vous faites voyager le lecteur dans un monde mystérieux à travers vos personnages. Le héros Alexis expérimente des phénomènes lugubres qui révèlent toute l’étrangeté du cosmos. Serait-ce une manière de dire que l’homme est encore loin de toute l’énigme, de tout le rébus que constitue l’univers ?

MWM : C’est plutôt pour moi une manière de dire à l’humain combien il est nécessaire de respecter et d’aimer la nature qui nous entoure. Châtiments est surtout une histoire du genre fantastique.

BL : Châtiments porte l’empreinte du Cosmicisme. Le souffle lovecraftien qui s’y dégage l’atteste. On le sait, quand on entend Howard Lovecraft, on pense à l’horreur, à la terreur, on a des frissons. Il n’a d’inspiration que l’horreur cosmique. Ses œuvres, à l’allure cauchemardesque, sont pour la plupart à la quête d’un monde unique, jamais découvert et exploré par un humain, surtout dans les abysses des océans, et dans les tréfonds des planètes mystérieuses qu’on observe au ciel. L’essence de L’Inquiétante Etrangeté de Freud caractérise ses écrits où l’obscurantisme, l’occultisme et le fantastique se mêlent, avec les sectaires adorant des monstres, l’effet des légendes mythologiques païennes, etc. Le développement d’un bestiaire, aux pouvoirs énormes au fond de l’océan Pacifique, à l’instar de Cthulhu, fait de lui un majeur auteur d’horreur du XXe siècle. Pouvez-vous nous dire concrètement le postulat d’écriture de ce livre ?

MWM : Châtiments, c’est une novella qui s’inspire de l’ambiance Lovecraftienne. Vous y découvrirez les descriptions de paysages, les légendes, une sorte de bestiaire, la folie qui guette, à défaut des océans, l’eau du Canal du midi, des sentiments difficilement descriptibles, de l’horreur cosmique, et puisqu’on parle du cosmos, une notion plus moderne liée à la nature.

BL : Les œuvres de Lovecraft ont inspiré des générations d’écrivains, des films, des séries, etc. Pourtant, il a vécu comme un marginalisé de son vivant. Croyez-vous qu’il est temps de penser à redonner à cet immense auteur l’honneur et le mérite qui lui reviennent ?

MWM : Je pense que c’est justement ce qui est en train de se profiler : Lovecraft a inspiré entre autres Stephen King, des réalisateurs de jeux vidéos ainsi que dernièrement une série, Lovecraft Country. Un certain nombre d’écrivains, éditeur ou associations d’écrivains lancent des thèmes d’écriture se référant à H. P. Lovecraft.

Dommage qu’il n’ait rien publié de son vivant et qu’il ait vécu dans la précarité jusqu’à sa mort à 47 ans des suites d’un cancer.

BL : Le Canal du midi abrite l’intrigue de votre livre. Pourquoi ce choix ? Serait-ce un acte d’hommage ?

MWM : Le Canal du midi est le lieu proche de chez moi où j’aime me rendre pour des balades. C’est aussi un patrimoine mondial qui est inscrit à l’UNESCO depuis 1996. C’est un lieu paisible où l’on peut trouver l’eau, la nature et quelques animaux, surtout le matin à l’aube.

Comme Lovecraft peut-être, j’avais envie de situer ma fiction dans un cadre que je connais bien.

BL : Où et comment peut-on se procurer vos œuvres ?

MWM : Mes poèmes sont le plus souvent édités parmi des recueils où l’on peut retrouver différents auteurs. Je réfléchis à la possibilité de créer un recueil de ma poésie. On peut retrouver mes nouvelles sur la FNAC ou Amazon. Quoiqu’il en soit, je mets à jour ma page Facebook d’auteure. https://www.facebook.com/Maryse.WeisserMacher.Auteure

BL : Beaucoup de femmes pensent encore qu’elles sont marginalisées par la société. Elles servent du « féminisme » pour se défendre et défendre leurs droits. Que représente pour vous le féminisme ?

MWM : Je pense que les femmes sont encore moins bien traitées que les hommes dans la société. Ce n’est pas une impression, mais un fait. Le féminisme a plusieurs définitions. Au lieu de parler d’égalité, je préfère parler d’équité.

BL : Un regard analytique et comparatif de la littérature d’expression française de nos jours à celle d’il y a 15 ans, 20 ans ?

MWM : Je ne pense pas être légitime pour entreprendre une analyse de la littérature française. Je remarque juste que l’expression est dans un sens plus facile grâce aux médias, mais c’est aussi face au développement un peu anarchique de tous ces médias qu’il est difficile de s’exprimer dans son art de littérature si on n’est pas « reconnu » par ceux qui gagnent leur vie grâce à nous. L’autoédition se développe en contrebalançant le problème, mais un autre problème est apparu, celui de la qualité médiocre de certains ouvrages autoédités.

 

BL : Quelques conseils à l’endroit des jeunes qui désirent venir à l’écriture ?

MWM : Écrire selon vos envies, ne pas tenir compte des critiques négatives, écrire tous les jours sur un sujet, vos émotions, laisser parler la plume.

BL : Quel est votre dernier livre lu ?

MWM : Un polar : Sœurs de Bernard Minier

BL : Des livres lus et que vous pourriez conseiller au lectorat ?

MWM : Qui a tué l’homme-homard ? de J.M. Erre est un ouvrage qui m’a plu par son originalité et sa fraicheur. Un polar déjanté et atypique, une enquête menée par une narratrice à l’esprit très fin et dont le corps est emprisonné par une tétraplégie. Un méli-mélo délirant où se côtoient des monstres divers avec un humour étonnant.

BL : Vos jeux de distraction

MWM : J’aime la lecture. Les balades à vélo, les randonnées, où je peux également prendre quelques clichés photos, prendre le temps d’observer la nature.

BL : Votre portrait chinois

MWM : Si j’étais un élément, je serais l’eau, une saison, le printemps avec ses changements de température et la renaissance de la nature. Si j’étais un paysage, je serais le bord de mer, une couleur, le bleu. Si j’étais un moment de la journée, je serais le matin à l’aube. Si j’étais un vêtement, je serais une doudoune. Si j’étais un plat, je serais un plat salé et complet, typique de la région (qui peut varier suivant la région où je me trouve).

BL : Votre mot de la fin

MWM : Je vous remercie pour cette interview. Lis, lisons, lisez !

 

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