Interview avec Gervais Akotchayé Dassi (DAG)

BL: Bonjour Monsieur Gervais Akotchayé Dassi. Veuillez-vous présenter, s’il vous plait.

DAG: Gervais Akotchayé Dassi on m’appelle à l’État civil, DAG en abrégé pour les intimes. Le 17 Avril 1994, Dassa Zoumé, une ville du Centre du Bénin située dans le Département des Collines, m’a vu naître. Mais je suis toujours fier de cette ville hospitalière et de celle qui m’a vu grandir et m’a nourri d’inspiration, je veux nommer Glazoué, plus précisément Kabolé, mon village natal. Je suis chauvin, je pense vous l’avoir déjà dit.

BL: Un mot sur votre cursus scolaire

DAG: Après mon baccalauréat série D en 2013, la Faculté des Sciences Économiques et de Gestion de l’Université de Parakou m’a ouvert ses portes. J’ai donc embrassé une formation en Gestion option Marketing et Management des Organisations. En 2016, j’ai fini mon cycle de licence que j’ai soutenue en 2017. Ce temps de repos ou de recherches académiques j’allais dire, m’a permis d’entreprendre une formation journalistique à la Presse Universitaire AKOWE. Je suis donc titulaire d’une Licence Professionnelle en Gestion et nanti de quelques connaissances journalistiques générales. Avec l’avènement des Lettres Modernes à l’Université de Parakou en 2016, ma passion m’a conduit à m’y inscrire. Je suis actuellement en deuxième année des Lettres modernes et rédacteur au quotidien Matin Libre.

BL: A quand remonte votre première production littéraire ?

DAG: Je pense que tout début en littérature, que les littéraires m’en excusent, est souvent imprécis. On ne peut dire exactement à quelle date l’on a commencé par écrire ou par pratiquer un art. Mais on peut dire à quelle époque l’on s’en est rendu compte. En ce qui me concerne, à propos de l’écriture, je puis dire que c’est en classe de première D que j’ai vu l’horizon littéraire progressivement s’ouvrir devant moi par le fameux genre qui fait un chemin entre l’écriture et la musique, le genre qui permet d’écrire à l’oral : la poésie.

BL: Que vaut la littérature dans un monde de plus en plus technique et technicisé et numérisé où la quête d’un emploi stable est la préoccupation primordiale de plus d’un?

DAG: Elle vaut à mon avis toujours ce qu’elle valait. La petite différence est que les jeunes y accordent peu d’intérêt.

BL: Quel auteur vous a le plus marqué en matière de poésie? de roman?

DAG: Victor Hugo en matière de poésie et Olympe Bhêly Quenum en ce qui concerne le roman. J’ai vraiment eu du mal à faire ces choix.

BL: Un mot sur la littérature dans l’univers estudiantin de Parakou et dans la cité des Kobourou en général

DAG: (Rire) Que les littéraires de cette merveilleuse cité m’en excusent. On a comme impression que la ville de Parakou est « littératicide » si le mot n’existe pas alors je dirai qu’ils ont un dédain pour la littérature. Même en milieu universitaire cette réticence ou ce dédain s’observe malheureusement. Cependant nous faisons quand même ce qui est de notre force pour redorer le blason. Un club d’aspirants à l’écriture (CEUP) est né il y a plus d’un an (2017) à l’Université. J’en ai connu d’autres après, mais comment ça fonctionne ? À l’Institut français de cette même ville avec quelques sommités littéraires de Parakou en octobre dernier un cercle littéraire est né.

 

 

BL: Publier jeune, comme vous l’avez fait, de quoi cela relève t-il? De la nécessité ou d’une obligation morale?

DAG: C’est d’abord une obligation morale avant d’être une nécessité. Une obligation morale parce que jeune, on perçoit mieux les difficultés qui minent la jeunesse et on est alors en mesure d’en faire une analyse afin de trouver une solution. Une nécessité parce qu’il faut remplir son devoir citoyen. Fait comprendre à la jeunesse que pour l’ascension, il faut qu’elle s’assume. Parfois les esprits jeunes voient ce qui a pu échapper aux personnes plus expérimentées.

BL: N’est-ce pas aussi un défi et un poids trop lourd à porter?

DAG: À cette question, je répondrai par l’affirmatif. Oui c’est un poids vraiment lourd à porter surtout dans un pays comme le nôtre où la « beninoiserie » prend le dessus sur les belles pensées, les bonnes conceptions et les bonnes actions des dignes filles et fils du pays. Cependant on garde espoir et foi en une nouvelle donne.

BL: Que peut apporter selon vous, la poésie à la construction de notre pays où l’avoir semble prendre le pas sur l’être?

DAG: La poésie, si l’on lui re-donne sa valeur, peut contribuer énormément à l’amélioration des conditions de vie des hommes. Je dirai même qu’elle est la condition sine qua none au progrès. Ce n’est pas une blague. Si l’on pouvait écouter les poètes et cesser de croire qu’ils ne sont que des rêveurs utopistes, on bâtirait un monde prospère, loin des discriminions sociales. Le nouveau monde, la nouvelle conscience, la résipiscence, et autres vies imaginaires que le poète se crée dans son univers poétique peuvent bien devenir réalité, si on y croit et travaille pour. Il est un humain comme tout autre. Mais comme un humain divin, (inspiré des pensées divines) le poète peut faire davantage pour son pays. La condition est de donner de la valeur à ses idéologies. Écoutez le poète, car sous ses vers, se dessine l’avenir. Certes ils ne sont pas transparents à l’instar d’un verre, mais ils conduiront vers un monde meilleur. La poésie peut changer la donne. Elle est le remède au développement que les gouvernants n’ont jamais essayé. Un poème de moins de 20 vers peut changer la vie de plus de 20 millions de personnes, tout un peuple donc. Notre hymne national, c’est un poème ! Analysez sa quintessence (de fond en comble sa portée) et vous comprendrez.

BL: La cybercriminalité doublée de sacrifices humains au Bénin. Qu’en dit le poète que vous êtes?

DAG: C’est triste, cette histoire. À qui la faute ? Aux Gouvernants ou aux jeunes ? Il faut chercher à comprendre. Je ne veux guère aller en profondeur. Mais voici ma part de vérité:

« Pendant que tout un peuple s’écroule sous le poids de la faim

Et que toute une jeunesse se sent complètement délaissée,

Une minorité des nôtres mène une vie apaisée… »

C’est un extrait de mon recueil (page 35) « la jeunesse et les dirigeants». J’encourage le Gouvernement dans son élan mais il faudrait qu’il se reproche certaines choses. J’invite aussi ces jeunes à se reconvertir. Il vaut mieux gagner sa vie de façon noble et non ignoble.

BL: Gisèle Hountondji, une interview déclare ne pas être prête à écrire sans que des gens puissent lire, avant de conclure qu’elle n’écrit que quand on le lui demande. Vous, comment envisagez-vous la carrière de l’écrivain?

DAG: Je pense qu’elle est dans sa logique. Mais ce que je pense, c’est qu’il faut écrire tout en excitant le désir de lire, être pointu dans le style et développer de belles thématiques avec une belle rhétorique. Je pense à Olympe Bhêly Quenum, Jérôme Carlos et beaucoup d’autres qui m’ont impressionné de par leur plume. L’écrivain, c’est la lumière, la torche qui éclaire les sentiers ténébreux. Il faudrait donc qu’il soit exemplaire, moralement surtout, et qu’il se familiarise avec les autres ; car  s’il ne les aime pas, ces derniers m’aimeront ses histoires. C’est sûr.

BL: On dit que les jeunes ne lisent pas. Et au même moment ils sont nombreux les jeunes qui publient des ouvrages. Comment expliquer cet état de choses?

DAG: Je n’ai souvent pas trop partagé cette conception de la lecture de nos jours. C’est vrai que les gens lisent aujourd’hui de moins en moins, mais je crois qu’ils lisent toujours. Les gens lisent toujours et continueront toujours de lire si les conditions (je reviendrai sur ces conditions de façon profonde si vous me le permettez) préalables sont mises en place. Il faudrait d’abord que les gouvernants permettent aux jeunes de lire en donnant de la valeur aux productions littéraires. Les écrivains béninois sont en majorité de très belles plumes. Je serai fier d’appartenir à une élite du genre, et je travaille pour être comme bon nombre d’entre eux. On dira peut-être que ce sont des plumitifs, des écrivassiers. Peut-être ! Mais bon nombre fait des productions remarquables. Certaines personnes pensent à une écriture ou inspiration primesautière. Ce n’est pas totalement vrai. Comprenez alors avec moi que les jeunes lisent toujours et c’est d’ailleurs pourquoi ils sont nombreux à publier. Je les encourage. Ce qui m’attriste, c’est qu’aucun recueil de poèmes béninois ne soit inscrit parmi les livres au programme d’études de notre système éducatif. Je me suis souvent dit que c’est humiliant pour les poètes béninois, sans toutefois connaître les raisons de cet agissement.

 

 

BL: Qu’est-ce qui a motivé l’écriture de vos poèmes et surtout leur publication?

DAG: J’ai d’abord commencé par écrire parce-que je lisais beaucoup et j’étais souvent inspiré à la suite de mes lectures, mais j’ai continué par écrire parce-que j’ai du mal à voir les hommes perdurer dans leurs maux. Et j’ai alors pensé qu’avec mes mots, je pourrais y apporter des approches. Je n’avais jamais eu l’intention d’écrire un livre. J’ai eu une formation scientifique et technique (Gestion) et mon rêve c’est d’être un responsable d’entreprise. Pas d’être écrivain. Mais puisque l’écriture est un peu comme l’amour (on n’est pas maître de son choix, je me suis laissé choisi et désormais je vise loin.

BL: Quelles sont les difficultés rencontrées lors de l’édition de votre recueil?

DAG: Hm! Elles sont énormes. Et je dois vous confier que je n’ai pas édité mon livre comme il le faut. Il a été auto édité avec le concours des professeurs de lettres, amis et personnes ressources. J’aurais aimé mieux, mais je pense qu’il n’est jamais tard pour mieux faire. Si je dois exposer tout ce que j’ai enduré, mon Dieu, ce que je dirai pourra faire l’objet d’un gros volume autobiographique.

BL: Dans l’interview qu’il nous a accordée, Djamile disait ceci: « Nous n’avons ni problème de lectorat, ni d’écrivains, ni de qualité éditoriale (comme certains veulent le faire croire) ; mais d’argent : le pouvoir qui permettrait aux éditeurs, aux auteurs, d’élargir leur champ, leurs pistes pour atteindre de plus près le public. » Qu’en pensez-vous?

 

DAG: Je partage sa conception. Tout ce que je peux ajouter ne serait rien d’autre que le pouvoir d’achat des lecteurs béninois trop bas ne permet souvent pas l’acquisition des livres malgré l’engouement qu’on observe à leur niveau.

BL: Etre jeune aujourd’hui dans un pays comme le nôtre, qu’est-ce que cela vous inspire en termes de conviction, de réflexion et aussi d’action?

DAG: « La jeunesse est la meilleure phase de la vie Et la phase qui plus crée des ennuis... » C’est par ces vers à la page 28 « Pendant que tu es encore jeune » que j’aurais bien aimé répondre à cette question. En termes de conviction, il faut être sûr qu’un jour, malgré les vicissitudes, la donne changera, que les belles luttes que nos aïeux ont menées ne nous seront pas seulement relatées mais que nous devrions en être aussi des acteurs vivants. C’est ainsi que nous pourrions écrire d’autres belles pages à la suite de celles qui nous ont été laissées. En termes de réflexion, au quotidien il faudrait être habité par de belles pensées, être optimiste et quoi qu’il arrive, garder le sourire. Une jeunesse ainsi forgée doit résolument s’engager pour des résultats tangibles, ce qui permettra à la postérité de pouvoir accéder à la prospérité. Voilà ce que cette jeunesse béninoise, dont je fais partie, m’inspire en termes de conviction, réflexion et d’action.

BL: Quelles sont vos sources d’inspiration?

DAG: Elles sont diverses, naturellement. Mais je dirai plus précisément que c’est la nature qui m’inspire. Les balades, la solitude et autres.

BL: Quels sont les principaux thèmes abordés dans votre recueil ?

DAG: Une panoplie de thèmes a été abordée à travers les multiples vers qui se sont enchainés dans ce recueil, mon tout premier. Mais ceux qui ont majoritairement absorbé mon inspiration sont rien « la patrie » et « la jeunesse ».

BL: Que peut-on comprendre par le titre  » Les fruits de l’esprit  » donné à votre livre ?

DAG: Si au lieu de le titrer « Esprit patriotique » ou « Patrie et jeunesse » je me suis permis de mettre « Les fruits de l’esprit » ce n’est pas du hasard, mais simplement que la multitude des thèmes abordés résonnent fort dans mon âme. Le livre a été un cri profond aux maux qui minent la jeunesse du XXIème siècle. Au cours des multiples années passées pour sa rédaction, chaque fois que je déterre l’encrier pour m’attabler, je sens comme une décharge électrique quand l’inspiration m’envahit. Ce livre est donc le résultat de ces merveilleuses inspirations que le Créateur a livrées à mon esprit. D’où « Les fruits de l’esprit« .

BL: Comment véhiculez vous le message à travers vos vers ?

DAG: J’essaie d’écrire de la façon la plus simple qui soit. Et je fais tout mon possible pour que le registre langagier soit à la portée de tous. À quoi sert-il d’écrire et de n’être pas compris simplement parce-que l’on utilise un registre langagier qui emmerde le lecteur? La poésie est le genre littéraire le plus sacré, ce n’est pas pour cette raison qu’elle sera un mystère ou s’enfermeront peu de gens. Si on a comme impression que le roman, la nouvelle, la pièce de théâtre et autres, sont aujourd’hui plus appréciés et plus lus que le genre sacré, la poésie, c’est simplement à cause de la lucidité par laquelle le message est véhiculé aux lecteurs par ces genres littéraires.

BL: Que pensez-vous de la poésie de nos jours ?

DAG: Pour un monde nouveau, il faut des poètes du renouveau. Pour une nation prospère, il faudrait écouter le poète parce qu’il n’est pas forcément chimérique. Il n’est pas riche matériellement certes mais il n’est pas moins chic. La poésie a été longtemps un langage codé. Malgré sa beauté et son importance, cet aspect fait que nombre de lecteurs y sont demeurés hostiles. Mais nous, nouvelle génération de poètes, devrions œuvrer pour qu’elle soit plus accessible à tous. En optant pour une écriture poétique assez sobre, l’usage des mots qu’il faut pour dénoncer les maux qui minent notre société remplie : un style qui peu voile la vérité et permet une fluidité de lecture. En optant pour une poésie engagée sans éprouver la moindre peur d’avouer, en arrimant l’écriture à la lecture ou mieux en écrivant à l’oral pour soigner le moral, nous pouvons faire de la poésie la meilleure discipline, le meilleur art qui ait une grande part dans la littérature. Elle est d’ailleurs comme je le disais le seul genre qui fait voyager la de littérature à la musique.

BL: La première partie de votre livre a un titre patriotique, quelle place occupe la patrie dans vos productions littéraires et votre vie en général?

DAG: La patrie est toute ma vie. J’aime mon pays et mon continent que tout au monde. Je ne sais pas pourquoi mais je pense que je suis un petit écrivain assez chauvin. Dans presque tous mes écrits cette fibre de patriotisme se lit.

 

BL: Quels sont vos projets littéraires ?

DAG: J’écris activement depuis 2012. Aujourd’hui, j’ai, outre « Les fruits de l’esprit » plus de trois manuscrits de poèmes, un recueil de nouvelles, un roman et une pièce de théâtre.

BL: Un mot à l’endroit de vos lecteurs et fans

DAG: Je les salue tous et demande à Dieu de les garder du mauvais. Je fais un clin à mes condisciples du Club des Écrivains de l’Université de Parakou, un club que nous avons mis en place avec quelques passionnés de la chose littéraires, des étudiants en majorité des Lettres Modernes il y a plus d’un an. Longue vie à chacun. Que le bonheur règne dans leur vie.

BL: Quel accueil le public a-t-il fait de votre ouvrage? En êtes-vous satisfait?

DAG: Je suis reconnaissant envers mon public mais je ne suis pas encore totalement satisfait. Je sais que ce n’est qu’un début et me faudra être patient.

BL: Votre mot de la fin

DAG: Ouf! Je n’ai plus envie de finir. Tellement j’y ai éprouvé un immense plaisir à répondre à vos questions. Que Dieu bénisse les animateurs de Biscottes Littéraires, les abonnés qui donnent de la valeur aux différentes publications sur le blog. Je remercie humblement, pour finir Dieu le Père, le Fils et le Saint Esprit. Que sa lumière jaillisse sur nos vies afin que nous puissions nous éloigner des ténèbres et que d’inspirations lucides, il nous couvre. J’espère qu’il nous accordera ses grâces et ses bénédictions. Tous ceux qui voudraient entrer en possession de mon livre pourront me joindre au 66471281 / 64297962; ou m’écrire ici : gervaisdassi@gmail.com. Pour le moment, le livre est disponible auprès de mon imprimeur à Parakou: Groupe infini (97842206) et à  Cotonou auprès de Monsieur Daniel Dassi (64316545). Merci.

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