« La perle du Sahara » Addoul Salam Maiga

« La perle du Sahara » Addoul Salam Maiga

Introduction

C’est toujours excitant de partager avec les amis les fruits de ses lectures. On le fait, non par vanité, mais simplement parce qu’on a envie qu’ils vivent les mêmes sensations que soi. Car lire et vivre un livre, c’est comme suivre un match de football, par exemple un classico Réal-Barca. Aujourd’hui, j’ai envie de partager avec vous ce que je retiens d’un livre que j’ai lu, un livre pas comme les autres, un roman sur fond de conte. Il s’agit de « La perle du Sahara » de Addoul Salam Maiga. Et déjà vous pouvez deviner que quand on parle de perle, il n’y a pas meilleure expression pour désigner la femme. Vu l’étendue et l’immensité du Sahara, vous imaginez ce que peut être « La perle », pas « une perle, » mais « LA » perle de ce vaste Sahara. Qui ne voudrait pas disposer d’un tel bijou unique? Mais avant de vous introduire au cœur de ce livre qu’on ne lit pas comme les autres (vous le remarquerez vous-mêmes en l’ouvrant, et de brosser rapidement pour vous le tableau thématique et l’étude des personnages, je vous ferai d’abord découvrir l’auteur.

  • Bibliographie de l’auteur

Nous ne savons pas grand-chose de l’auteur. Nous reprenons simplement ici la note bio-bibliographique qui se trouve au bas de la quatrième de couverture.

« Originaire du village de Mombi, région de Mopti, au mali, Addoul Salam Maiga est un homme de lettres. Ayant grandi en écoutant des contes traditionnels, il décide à son tour, de transmettre ces contes qui ont profondément marqué sa jeunesse. Après Soutoura, la princesse Songhoï, la perle du Sahara est sa deuxième publication. »

  • Résumé du livre

Après la mort du célèbre leader Gandabero, son fils Wangaharo hérite de son pouvoir. Bori, la sœur de Gandabero demeure princesse. Quelques années plus tard, Wangaharo commence par ressentir un amour qui dépasse celui fraternel ou sororal pour sa sœur. Il tombe amoureux de sa propre sœur et décide de faire d’elle la princesse la plus heureuse du monde. Celle-ci accepte la demande en mariage, mais impose à son frère des conditions qu’elle sait d’avance irréalisables. En effet, elle lui impose comme « moussoufourey » (dot) le cœur de Barrel, cheval préféré de Wangaharo. Ceci n’est pas sans mettre son frère dans un grand embarras. Et pendant ce moment d’hésitation, Zafara, un étranger se déguise et tourne la situation en sa faveur. Il réalise l’impossible et en profite pour violer la princesse. Il disparaît avant l’aube. A l’aide de sa meilleure amie, Dikoro, Bori va à la recherche de Zafara. Après l’atteinte de son objectif, elle lui administre une bonne punition : l’ultime vengeance. C’est avec beaucoup de regret que Bori et son frère ont finalement compris que l’amour entre frères et sœurs est particulier et inébranlable, il ne doit être confondu ou mélangé aux sentiments que l’on éprouve pour le sexe opposé dans une perspective de mariage. Mais reculeront-ils devant leur projet de s’épouser?

  • Etude des thèmes
  • L’entêtement (P55-P76)

Wangaharo est tombé amoureux de sa sœur. Sa mère a été informée par l’intermédiaire du griot. En jouant son rôle de bonne mère de famille, elle a essayé à travers des récits, ramener son fils à la raison. Il décide de faire à sa tête, c’est sa décision qui passera : «la raison du plus fort est toujours la meilleure». Il est vraiment décidé à se marier à sa sœur, en étant bien conscient des conséquences que pouvaient engendrer ce mariage dans sa famille.

  • Le viol (P111-P118)

Wangaharo était indécis face à la demande de sa sœur. Pendant ce moment d’hésitation, Zarafa, un étranger se déguise et profite de la situation pour violer Bori. Mais déshonorer une femme n’est jamais gratuit, on le paie toujours tôt ou tard. Et Zarafa l’a appris à ses dépens. Le viol est l’arme des lâches, des pervers, des animaux humains, même  dans le règne animal, les mâles ne violent pas les femelles.

  • Etudes des personnages

Wangaharo : jeune, intelligent, beau, brave et célibataire, il tombe amoureux de sa sœur et la demande en mariage. Il était bien conscient des conséquences que cet amour vilain, dégoutant et incontrôlable, pouvait engendrer sur sa famille.

Bori : belle et douée d’une perspicacité mordante et fine, elle sait cerner le sens des problèmes complexes dont la résolution échappe à la plupart des gens, même les personnes âgées. Elle a accepté la demande de son frère mais avait un plan derrière la tête.

La reine Nialawoyo : bonne mère de famille, elle a assuré l’éducation de ses deux enfants. Informé de l’amour qu’éprouvait Wangaharo pour sa sœur, elle décida à travers des récits de ramener son fils à la raison.

Zarafa Madiou : bel homme doté d’une virilité inégalée. Très aimé des jeunes filles, il a eu des liaisons amoureuses illicites et secrètes avec toutes les filles de sa contrée. A cause de son attitude perverse, il profite de la situation du couple formé par Wangaharo et sa sœur pour violer cette dernière.

Ousmane Pathé : interprète entre le roi et la reine. Après avoir été informé de la décision prise par le roi, il décide d’une réunion entre ses amis griots afin d’écouter leur réaction face à cette situation. A la fin de cette réunion, il informe immédiatement la reine de la décision prise par son fils.

Dikoro : Meilleure amie de Bori, elle est restée à ces côtés pour se venger de Zarafa. Et c’est finalement avec elle que Wangaharo se marie.

  • Point de vue personnel

Savoureux roman qui plonge ses racines dans les veillés ancestrales où la parole est tout un art, « La perle du Sahara » montre l’importance de l’amour filial et les conséquences du mariage incestueux. Mon coup de cœur va à l’endroit de La reine Nialawoyo pour son sens de l’éducation. Elle est consciente que le plus grand cadeau qu’un parent puisse faire à son enfant, eh bien, c’est l’éducation. Un enfant bien éduqué fait la fierté de ses parents, de ses amis et de sa nation. Et qui parle de l’éducation parle en un mot de l’enseignement. Victor Hugo l’avait déjà bien compris et le clamait déjà depuis le 19è siècle que: « Chaque enfant qu’on enseigne, est un homme qu’on gagne ». Cette éducation est si importante surtout quand on sait ce que ce monde devient aujourd’hui. En effet, ce n’est plus un secret pour personne de voir les jeunes qui sont dans un dynamisme de la précipitation, de la paresse, des vrais partisans de moindre effort. Et dans ce monde où les valeurs morales sont foutues à terre, ou une fille peut ourdir un complot contre sa propre mère, un garçon peut insulter ses parents, un frère peut désirer sa sœur comme une femme, il est donc important d’insister sur l’éducation des enfants et des jeunes. L’autre forme de cette éducation doit aller vers la sexualité, puisque le sexe est devenu pour les jeunes un passe-temps, un loisir comme jouer au ballon ou aux jeux de cartes. On se rencontre, on se désire, et vlan, on passe à l’acte sans savoir ce que cela recèle comme conséquences. Que ce soient les filles ou les garçons, ils pensent tous que la sexualité est une affaire banale et font de leur corps un temple de débauche et de luxure. Ce qui entraîne les nombreuses conséquences comme les grossesses non désirées, les IST, les MST, la mort. Il est donc primordial, dès l’enfance d’inculquer aux enfants l’importance de préparer leur avenir à travers les bases de la vie dans l’éducation. Il en va du bonheur de tous. Et cela commence à la maison, où il faut que les frères et sœurs sachent qu’ils ne sont pas copains et copines. C’est l’inceste. Et on sait que ces genres de comportement existent chez nous. Les nombreux rappels à l’ordre de La reine Nialawoyo et aussi la clairvoyance de la princesse qui a réussi à convaincre son frère pour qu’il épouse à la fin sa meilleure amie Dikoro, tout cela démontre que quand on parle et qu’on éduque une conscience, elle écoute et fait le bon choix. Ici aussi, il faut saluer le génie de l’auteur qui a fait des contes et des récits, le canal primordial de l’éducation.

 

Conclusion

Au terme de cette présentation qui nous a fait visiter un royaume lointain mais dont les réalités sont très proches de celles que vivent nos sociétés contemporaines, il est aisé de reconnaître que du conte on peut tirer assez de leçons et d’enseignements pour instruire et éduquer les hommes. Le roman « La perle du désert », qui est un conte en réalité, a permis à l’auteur de parler de ses origines mais aussi de plonger le lecteur dans un univers complexe qu’il a créé. Le style utilisé n’est pas très compliqué, mais les raisonnements nécessitent beaucoup d’attention pour être cernés. L’auteur aurait pu ne pas mettre des sous-titres et disposer son texte en chapitres. Mais, c’est lui l’auteur et nous respecterons son choix, sans le partager nécessairement. Le livre est rempli de proverbes, ce qui constitue une richesse pour le lecteur.

J’ai aimé ce livre. J’espère que vous l’aimerez aussi. En tout cas, vous ne perdrez rien en le lisant, et surtout, en partageant avec les autres vos notes de lecture.

 

OLLIKIMON Nana Awaou

 

Élève en classe de terminale D au Collège Catholique Saint Michel de Cotonou.

 

 

 

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