Bonjour les amis. Chez nous on souhaite toujours que l’année soit « femelle » (XWESI). Voilà pourquoi votre blog place l’an 2020 sous le signe de la femme, symbole de paix et de gaité (Xwéfa). Pour ce faire, nous recevons pour vous Annie-Josiane SESSOU, une écrivaine béninoise qui vit au Canada. Elle est l’auteur d’un roman: « Transformée ». Voici comment elle se définit dans la lutte qu’elle mène au quotidien pour que la maladie ne prenne pas le dessus: « (…) même si je suis considérablement diminuée physiquement, je vis pleinement ma vie. Et ma première victoire est cette forme de renaissance qui s’est opérée en moi, un peu comme une vie renouvelée. Une vie pas toujours facile au quotidien, mais de qui la vie est-elle facile tous les jours et en toutes circonstances ?« 

BL : Bonjour Annie-Josiane SESSOU. Soyez la bienvenue sur notre blog Biscottes littéraires. Comment allez-vous ?

AJS : Bonjour. Je vais bien, merci.

BL : De Annie-Josiane SESSOU, les lecteurs béninois ne savent pas grand-chose. Qu’avez-vous à leur dire sur vous, en guise de présentation ?

AJS : C’est toujours un peu difficile de se présenter. Ça renvoie à projeter l’image qu’on a de soi-même. Or, l’image qu’on a de soi-même n’est pas toujours clairement définie. Mais comme j’aime le dire, je suis une femme de lettres d’origine scientifique et une femme de foi.

BL : Depuis quand écrivez-vous ?

AJS :Si j’ai bonne mémoire, mes premiers écrits remontent à mes années de cours primaire. À l’époque, j’écrivais des poèmes.

BL : Écrire est un art dit-on, la beauté des mots, l’épanouissement de l’âme. Êtes-vous de cet avis ?

AJS : Absolument ! Et je rajouterais ceci. Écrire, c’est le régal des sens, le tutoiement de la liberté, la plénitude de l’être.

BL : « Transformée », est votre premier ouvrage. Qu’avez-vous ressenti après l’avoir écrit ?

AJS : Le sentiment du devoir accompli. Je n’aurais pas vécu en vain car ayant réalisé mon rêve le plus cher, qui dans les circonstances est devenu mon rêve le plus fou.

BL : À quelles difficultés avez-vous été confrontée dans le processus d’édition de ce livre ?

AJS : Le défi a consisté à trouver une maison d’édition. Je pense que c’est le défi de tout jeune auteur. Pour un éditeur, c’est un risque financier à prendre. Alors, les maisons sont souvent frileuses face à quelqu’un qui n’a jamais été publié.

BL : Comment regarde-t-on la vie quand tout va bien et que subitement l’horizon se bouche et que vos rêves, votre bonne humeur et votre joie de vivre se trouvent défiés par une maladie qui commence par une simple enflure des pieds pour finir par une sclérodermie sévère et impitoyable ?

AJS : C’est certain que le regard sur la vie change aussitôt, mais de façon progressive. Car, il y a plusieurs étapes. D’abord l’incrédulité, puis le déni. Il y a une nuance entre les deux. Ensuite, la résolution de ne pas se laisser abattre. Le désir de vie envers et contre tout. On voit la vie différemment. On comprend qu’elle est belle et fragile à la fois. Mais surtout, on saisit bien qu’on en a qu’une seule et qu’on a en nous les ressources nécessaires pour lui donner la direction qu’on souhaite, même dans l’épreuve, je dirais même surtout dans l’épreuve. Et la beauté de tout cela, c’est que ce changement est continuel.

BL : Où avez-vous puisé cette force, ce supplément d’âme pour lutter et faire face à la maladie ?

AJS : Dans l’amour, celui de Dieu manifesté par les humains. Et puis en moi aussi, j’ai toujours été quelqu’un de déterminé et de foncièrement optimiste.

BL : Qui lit « Transformée », réalise aisément que ce livre est plein de richesses et d’émotions qui donnent une autre vision du sens de la vie. Ce nouveau sens de la vie que vous partagez avec vos lecteurs, comment arrive-t-on à l’acquérir quand on a été si laminé par une maladie qui s’invite dans votre quotidien et qui bouscule et transforme tout ?

AJS : Je pense que c’est le désir de vie en dépit de l’épreuve qui mène à cela. Lorsque le cours de notre vie est bousculé par une épreuve et que notre univers bascule, nous avons l’impression de nous retrouver dans un étau. Notre premier réflexe consiste à vouloir nous en dégager à tout prix. Réaction fort légitime. Nos mouvements sont alors souvent désordonnés et nos décisions hâtives.

Pourtant, cet étau ne constitue pas toujours une prison stérile. Au contraire, il peut justement être le lieu d’introspection et de transformation pour un meilleur alignement de notre vie.

Se retrouver faible et à terre, c’est une occasion inouïe de se renouveler. Il faut la saisir !

BL : Il y a un passage du livre qui ne passe pas inaperçu : vos coups de gueule contre Dieu. C’est si intéressant de savoir qu’au cœur de la souffrance, malgré la foi inébranlable qu’on a en Dieu, il arrive qu’on le boude, quitte à se confier de nouveau à lui. Avec le recul, quelle relecture faites-vous des pages 30 et 31 ?

AJS : Bien ennuyeuse la vie de celui qui ne s’est jamais disputé avec son père !

En relisant ces pages, je ris parce que mes réactions ont quelque peu changé. Certes, il y a des choses que je saisis mieux et que j’accepte en fin de compte. Et puis, j’ai acquis la certitude que tout concourt au bien de celui qui aime Dieu. Alors, je le boude moins, mais je le fais tout de même de temps en temps. Rires.

BL : La foi, l’espérance et la charité. Ces mots, comment résonnent-ils pour vous aujourd’hui ?

AJS : Elles me maintiennent en vie. Ce sont mes bouées de sauvetage, des échos à mon désir de guérison et de restauration. Elles constituent le ressort dont chaque pulsation me transmet une force.

BL : Comment peut-on, malgré le confort de ses draps, se laisser « aller à l’autoapitoiement » ? (pp.41-42).

AJS : Mais vous êtes drôle ! Le confort des draps n’a pas de pouvoir guérissant !

BL : Le chapelet était aussi présent dans votre arsenal de combat contre l’angoisse et le désespoir….

AJS : Il l’est toujours. Je me dis que si Jésus, sur la croix, nous a confiés à sa mère via son apôtre Jean, alors qu’il avait promis nous envoyer l’Esprit-Saint, je gagnerais beaucoup à m’accrocher à elle. De plus, je repense aux noces de Cana. Parce que Marie est intervenue, Jésus a réalisé son premier miracle alors que son heure n’avait pas encore sonné. Vous pensez bien que je me dépêche de saisir cette opportunité qui m’est donnée de m’adresser à la Vierge non ! 

BL : Comment le transfert se fait-il entre la Annie-Josiane dotée de connaissances en rédaction technique d’ingénierie et celle qui revêt le manteau d’écrivain ? N’y a-t-il pas un conflit qui s’opère entre ces deux ?

AJS : Absolument pas. Au contraire, c’est une continuité. En ingénierie, je devais respecter une certaine structure pour demeurer en conformité avec les normes établies. En tant qu’écrivain, je donne libre cours à mes fantaisies. Alors, c’est beaucoup plus simple pour moi.

BL : Comment on se sent quand tout jeune on s’est promis d’être hôtesse de l’air et grande auteure à succès, et que finalement l’on vit cloitrée ?

AJS : Ce n’est pas la maladie qui a fait que je ne suis pas devenue hôtesse de l’air. C’est une ambition que j’ai abandonnée en cours de route pour des raisons personnelles.

Par contre, grande auteure, la maladie ne m’empêchera pas de le devenir. Et puis, avec mon entourage, ma bibliothèque personnelle et les réseaux sociaux, je peux vous assurer que je vis beaucoup moins cloitrée qu’on pourrait se l’imaginer. J’ai du temps pour faire plein de choses dont je rêvais par le passé. J’ai du temps pour moi et je me découvre sans cesse. En fin de compte, cette maladie m’ancre dans quelque chose de solide plus qu’elle ne me cloître. Rires.

BL : Ce livre, votre manière à vous de dire que la maladie et la souffrance n’auront pas le dernier mot ?

AJS : C’est exact. Et je vous le promets, elles n’auront pas le dernier mot.

BL : Quelle est la plus grande leçon que vous tirez de votre maladie ?

AJS : D’abord ce n’est pas ma maladie, mais plutôt la maladie. La plus grande leçon que je tire, c’est que quand on veut, on peut. Il faut par contre s’ouvrir l’esprit pour discerner les voies et moyens non classiques mais qui n’en demeurent pas moins efficients.

BL : L’épreuve de la maladie vous a certainement fait avoir une autre idée de l’amitié ?…

AJS : Oui, je pensais avoir des amis, en réalité ce sont des anges.

BL : Quand vous comparez votre vie antérieure à celle qui est la vôtre aujourd’hui, qu’est-ce que vous vous dites ? Quels sentiments vous animent ?

AJS : Sans forcément avoir été une personne angoissée, je n’avais pas la constante paix du cœur. Aujourd’hui, je l’ai et c’est inouï. Quand je pense qu’il a fallu tomber aussi gravement malade pour vivre la véritable paix du cœur ! La paix du cœur même dans la douleur, ah je peux vous dire que c’est quelque chose qui n’a pas de prix.

BL : Vous considérez-vous comme une miraculée ?

AJS : Oui et non ! Non parce que la sclérodermie tue seulement à petit feu, donc il n’y a concrètement jamais eu danger de mort physique. Mais tout de même miraculée, car c’est une maladie si intense et invalidante que le risque est grand de sombrer et de devenir un mort-vivant. Or, même si je suis considérablement diminuée physiquement, je vis pleinement ma vie. Et ma première victoire est cette forme de renaissance qui s’est opérée en moi, un peu comme une vie renouvelée. Une vie pas toujours facile au quotidien, mais de qui la vie est-elle facile tous les jours et en toutes circonstances ?

BL : Vous avez consacré tout un livre, après Transformée, à la méditation du mystère de la Croix du Christ. La vie, un perpétuel chemin de croix ?

AJS : Ah non ! Pas perpétuel ! Le Christ est ressuscité, il ne faut pas l’oublier. Je reprends les mots d’un évêque : « La passion sans la résurrection serait de la pure folie. »

Et moi je dis que Dieu n’est pas fou.

BL : Un leitmotiv que vous aimeriez partager ?

AJS :Il existe une solution à tout. Elle peut ne pas être idéale, mais elle existe.

BL : Fière d’être béninoise ? Pourquoi ?

AJS : Tout simplement parce que fière d’être celle que je suis. J’embrasse tout ce que je suis ou que j’ai. Or, j’ai du sang béninois, donc…

BL : Loisirs préférés ?

AJS : La lecture résolument ! L’apprentissage de nouvelles langues.

BL : En dehors de celui de la plume, y a-t-il un autre art qui vous passionne ?

AJS : Oui, je viens de me découvrir une passion pour l’art culinaire. J’aimais cuisiner par le passé, mais à présent c’est différent. Je prends un plus grand plaisir à le faire. Et puis, cuisiner, c’est un peu comme écrire. Choisir les mots et les ingrédients. Savamment les agencer, parfois après plusieurs essais. Laisser mijoter les plats, laisser mûrir l’idée. Remuer, reformuler. Etc.

BL : Un conseil à ceux qui refusent d’accepter leur maladie…

AJS : D’abord je n’aime pas cette idée d’accepter la maladie, ce n’est pas exactement cela. C’est plutôt composer avec elle en lui laissant le moins de place possible, mais cela sans animosité ni rancœur, un peu comme un rapport de bon voisinage.

Pour ce qui est du conseil, très honnêtement, je n’en ai pas à donner. Qu’est-ce qui a fait que j’ai développé une certaine attitude face à la maladie, je ne sais moi-même pas. La seule explication que je trouve, c’est la grâce de Dieu. Alors, s’il faut vraiment que je conseille quelque chose, c’est d’implorer sa grâce, il se chargera ensuite du reste.

BL : Un mot à l’endroit de vos lecteurs…

AJS : Merci à tous ceux qui me suivent et me soutiennent via ma page Facebook https://m.facebook.com/anniejosianesessou. Je continuerai d’y donner des nouvelles et la suite des événements.

Pour ceux qui n’ont pas encore pu lire Transformée, il est disponible en version papier et numérique sur le site Amazon.

BL : Chère Annie-Josiane. Nous sommes à la fin de cette interview. Nous vous remercions de nous l’avoir si généreusement accordée. Votre mot de la fin.

AJS : Merci à vous pour l’intérêt que vous m’avez accordé.

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