« A l’image de la Chine de Mao Zedong, l’Etat doit mettre en place un mécanisme d’accompagnement des jeunes porteurs de projets leur permettant de s’installer à leur propre compte », Aryl Raphaël FELIHO 

BL : Merci d’avoir accepté nous accorder cette interview. Veuillez bien vous présenter à nos chers lecteurs. Qui est Aryl Raphaël FELIHO ?

AF : C’est un plaisir pour moi de vous accorder cette interview. Avant d’aborder votre question, j’adresse mes sincères remerciements à la maison d’édition « Savanes du continent » et toutes les personnes qui ont concouru à la parution de l’ouvrage. Aryl Raphaël FELIHO est natif d’Abomey où il fit une bonne partie de son cursus scolaire. Après l’obtention de mon baccalauréat littéraire, je me suis orienté vers une licence en Administration générale et territoriale à l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature du Bénin. Les trois années passées dans cette école m’ont forgé et permis de mieux comprendre le fonctionnement de l’appareil étatique vis-à-vis des administrés. Fasciné par la diversité culturelle et dans le dessein de changer de paradigme, j’ai rejoint la Turquie afin d’y poursuivre mes études de Master en Sciences politiques et administration publique.

BL : Comment et quand vous est née la volonté et l’ambition d’écrire ?

AF : J’ai toujours été séduit par la littérature en général et celle africaine en particulier. L’apprentissage des divers livres inscrits au programme de l’enseignement secondaire a été décisif dans ma familiarité avec le monde littéraire. L’encadrement au quotidien de mes professeurs de français a également conforté cet amour pour la littérature. En parcourant plusieurs œuvres littéraires, j’ai compris qu’il était possible d’exprimer librement ses pensées à travers des écrits sans pour autant être une autorité politique. J’insiste sur la liberté d’expression car il est évident que les leaders politiques confisquent la voix des plus faibles au service de leurs intérêts personnels. Au regard de ce constat, j’ai pris la résolution d’emboiter le pas aux ainés du monde littéraire en partageant le fruit de mes réflexions sur le fonctionnement de la société. J’ai donc commencé mon premier manuscrit en 2017 alors que je venais de fouler le sol Turc. Il n’aboutira malheureusement pas car il était trop généraliste.

BL : Pourquoi et qui écrivez-vous ?

AF : Cette question est vraiment pertinente car elle touche l’essence de ce lourd fardeau que j’ai accepté d’endosser. L’analyse des phénomènes sociaux nourrit mon esprit et éclaire mes pensées. Il s’agit d’une perpétuelle hantise qui suscite en moi de profondes réflexions et qui stimule la traduction matérielle du fruit de mes analyses. Je me suis ainsi engagé à partager mes analyses avec mes lecteurs dans le but de dépeindre la réalité quotidienne de chacun des membres de la société. Je m’intéresse aux thématiques telles que la politique, le népotisme, l’immigration, la criminalité, la conduite en société afin de pénétrer le cœur et toucher la sensibilité de mes lecteurs pour éveiller leur esprit critique.

BL : Quel auteur béninois et quel auteur africain aimez-vous lire inlassablement ?

AF : J’aime bien lire les œuvres de Seydou Badian, Camara Laye, Abdel Hakim Amzat, Jean Pliya et d’autres. Jean Pliya demeure l’auteur qui m’inspire le plus car ses œuvres traduisent mieux nos réalités sociales.

BL : Vous êtes l’auteur du roman Les enfants du lac maudit, que doit-on savoir en quelques lignes de votre premier né en littérature ?

AF : Le roman aborde un ensemble de problèmes récurrents que vivent les enfants issues de milieux défavorisés. Il relate l’histoire de deux frères aux comportements diamétralement opposés mais infectés par le virus de la prospérité. Tanguy, l’ainé qui eut un parcours scolaire exemplaire se confronte très tôt à la réalité de la vie professionnelle. Malgré son potentiel et ses énormes qualités professionnelles il ne parvient pas à lancer sa carrière professionnelle. Malmené dans plusieurs structures et face aux vicissitudes de la vie, il finit par céder à ses penchants en s’adonnant à la criminalité. Isaac, le petit frère est entraîné par ses proches dans une dangereuse aventure au cœur du champ de prédilection des rebelles Libyens. Après avoir frôlé la mort dans le désert du Sahara et dans la Méditerranée, il réussit de justesse à rejoindre la France, où il entreprend sa carrière professionnelle dans le monde du football. Malgré sa réussite, il se fait vite rattraper par son succès.

BL : Quel a été le processus d’écriture de ce roman ?

AF : Le choix du genre littéraire m’a été imposé par le contenu de l’histoire. J’ai commencé les premières lignes dans l’intention de proposer une nouvelle mais je me suis vite résigné. Le message véhiculé par la narration était si important pour que j’écourte mes mots. Il fallait insister sur la description des lieux, le portrait des personnages, les dialogues entre les personnages, etc. Au regard de ses éléments, j’ai opté pour le roman afin d’insister sur les détails et laisser place à mon imagination. Aussi dois-je ajouté que le processus d’écriture a duré plus d’une année puisqu’il fallait alterner entre les études dans une langue étrangère et la rédaction du manuscrit.

BL : Comment le public a-t-il accueilli votre ouvrage ?

AF : Je peux affirmer que l’ouvrage été bien accueilli par le public compte tenu des retours positifs qui me sont parvenus au soir de la parution. Je suis assez satisfait de l’avis de mes lecteurs dont les motivations et encouragements me confortent dans ma volonté de poursuivre mon parcours dans le monde littéraire.

BL : Que représente concrètement le lac maudit dans votre ouvrage ? Est-ce du pessimisme ou du réalisme ?

AF : Le lac maudit symbolise l’impuissance face à l’appareil étatique et le rejet des enfants les plus nobles de la société. Il s’agit de la caricature des enfants issus de milieux pauvres où règnent famine et misère. Mon récit est le fruit de plusieurs années d’observation et d’analyse reposant sur des faits réels, ce qui suppose du réalisme.

BL : Si cela ne touche à votre vie privée, votre migration vers la Turquie est-elle conséquence du chômage et du rejet dont vous parlez dans votre roman Les enfants du lac maudit ? Cela a-t-il inspiré cette œuvre ?

AF : Mon départ pour la Turquie relève d’un choix personnel stratégique et réfléchi car je voulais expérimenter un nouvel système éducatif et profiter de l’environnement cosmopolite qu’offre la Turquie. Je dois, toutefois, avouer que ce départ a eu un impact considérable sur mon désir d’écrire. En effet, pour avoir côtoyé plusieurs étudiants internationaux, notamment africains, j’ai réalisé que plusieurs d’entre eux étaient infectés par le même virus du rejet et cela m’a motivé davantage à donner corps à cet ouvrage qui me hantait.

BL : En tant que jeune écrivain et donc acteur de la société, que pensez-vous concrètement faire pour pallier un tant soit peu le problème de chômage ?

AF : Le problème du chômage est assez global et ne concerne pas uniquement les pays en voie de développement mais aussi les pays développés. Toutefois, dans les pays en voie développement comme le nôtre, la situation est plus accentuée. Le premier acteur dont l’intervention est primordiale dans la résolution de ce problème est le gouvernement. Il s’agira pour le gouvernement de poser les bases et de créer les conditions favorables à l’entreprenariat. Pendant longtemps, la conception du commun des mortels dans notre système a été d’intégrer la fonction publique à l’issue des études pour s’assurer une vie optimale. Malheureusement la pression démographique et l’insuffisance des ressources financières contraignent les pouvoirs publics à ne recruter qu’une infime partie des demandeurs d’emploi. Dans ces conditions, l’entreprenariat s’impose à tous et pour ce faire, l’Etat doit faire les investissements nécessaires dans l’énergie électrique, l’eau, les nouvelles technologies de l’information et de la communication pour favoriser l’implantation des unités de production et autres.

Dans cette optique, en tant qu’acteur de la société, mon rôle est de sensibiliser mes jeunes frères diplômés à entreprendre. Cette sensibilisation doit bien évidemment être suivie de l’accompagnement par l’Etat des jeunes dans l’implantation de leurs structures ainsi que leur libre accès au crédit près des institutions financières.

BL : Quels sont les causes du chômage au Bénin ?

AF : Les causes du chômage au Bénin sont multiples mais ont un dénominateur commun : l’échec des politiques publiques. Les différents régimes qui se sont succédé à la tête de notre Etat n’ont pas pu mesurer l’ampleur de la situation afin d’y apporter des solutions concrètes. Dans le passé, l’Etat absorbait systématiquement tous les diplômés. Cette garantie offerte par l’Etat a créé une certaine psychose. La génération qui a suivi a grandi avec cette conception de l’embauche en omettant l’explosion démographique. De plus, le système n’encourageait pas les initiatives privées des jeunes. Au fil du temps, les charges de l’Etat se sont alourdies et il aujourd’hui incapable de recruter.

Une autre cause du chômage est l’inadéquation des formations avec le besoin du marché de l’emploi. L’intégration du nouveau programme dans notre système éducatif a eu pour corolaire l’apparition de nouvelles filières qui, pour la plupart, sont inspirées des pays étrangers. Il parait alors évident que les diplômés issus de ces formations peinent à se faire recruter.

BL : Chômage, Immigration clandestine et fuite de cerveaux, que peut faire l’Etat, selon vous énarque, pour régler ces problèmes ?

AF : Dans son effort de réduction du taux de chômage, l’accompagnement des jeunes et la réformation du système éducatif s’imposent à l’Etat.

A l’image de la Chine de Mao Zedong, l’Etat doit mettre en place un mécanisme d’accompagnement des jeunes porteurs de projets leur permettant de s’installer à leur propre compte. L’accompagnement doit consister au renforcement des compétences en entreprenariat depuis l’idée du projet jusqu’à la mise en œuvre. L’organisation périodique des voyages d’études sur l’entreprenariat constitue une autre étape dans l’atteinte de ces objectifs. Les bénéficiaires de cet accompagnement constitueront plus tard de véritables pourvoyeurs d’emplois.

En ce qui concerne la réformation du système éducatif, l’Etat doit, dans un premier temps, identifier avec le concourt du secteur privé les besoins réels du marché de l’emploi. Ensuite, le système éducatif doit être reformé en tenant compte de ces besoins. Ainsi, les jeunes diplômés peuvent directement être recrutés par les employeurs y compris les jeunes porteurs de projets encadrés et accompagnés par l’Etat. Cela contribuera non seulement à la réduction du taux de chômage mais aussi et surtout au développement global du pays. Par ailleurs, l’Etat doit œuvrer à la promotion du mérite en offrant aux concernés un cadre adéquat pour que puissent exprimer pleinement leurs potentialités.

BL : Selon vous, l’insuccès, la pauvreté justifieraient-ils la criminalité ?

AF : Aucune raison ne saurait justifier la criminalité. La société est régie par des normes juridiques auxquelles tous ses membres sont tenus de se soumettre. Toute société gangrénée par la criminalité est vouée à l’effondrement et dans ces conditions elle devient invivable non seulement pour l’honnête citoyen mais aussi pour le criminel. Quelle que soit l’ampleur des difficultés que nous traversons, il y a toujours une porte de sortie noble que seules la patience et la sagesse permettent de découvrir.

BL : Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui prennent l’occident comme l’Eldorado ?

AF : Je convie tous les jeunes à la retenue. La réussite n’est pas un acquis systématique mais elle est au contraire subordonnée à des années de labeurs. La majorité des candidats à l’immigration se retrouve dans un cercle infernal qui ronge leur vie quotidienne en occident. Le système occidental ne favorise que ses ressortissants et les autres se retrouvent dans une perpétuelle bataille à double sens contre la survie. Le continent africain demeure le plus riche dans sa diversité culturelle et son histoire. De la transformation des matières premières à la commercialisation de masse, l’Afrique offre d’énormes opportunités à ses fils. Premier contient sur lequel les taux de rentabilités des entreprises sont les plus élevés, il renferme des potentialités socio-économiques incommensurables. La ruée des entrepreneurs occidentaux vers l’Afrique conforte ses atouts. J’exhorte les jeunes africains à entreprendre sur leur continent afin de redorer son image et d’assurer son développement durable

BL : Les objectifs visés par le livre ont-ils été atteints ?

AF : Les avis de mes lecteurs me permettent d’affirmer que nous tendons progressivement vers l’atteinte des objectifs. L’ouvrage est écrit dans l’intention de toucher la sensibilité des lecteurs et sur ce point, je pense qu’un des objectifs spécifiques est atteint. Toutefois, mon rêve est de voir ma communauté de lecteurs augmenté car la majorité des leurs se retrouveront à travers les récits.   Les avis de mes lecteurs sont assez satisfaisants.

BL : Vous avez surement d’autres projets littéraires ?

AF : De nouveaux projets sont en cours de gestation et nous les présenteront au moment opportun.

BL : Mot de fin

AF : Je suis vraiment honoré de vous avoir accordé cette interview. C’est l’occasion pour moi de vous faire part de ma reconnaissance pour vos efforts au profit de la promotion du livre. Vous m’avez offert l’opportunité de me prononcer sur le roman afin de me permettre de mieux me rapprocher des lecteurs et d’agrandir ma communauté littéraire. J’invite tous les passionnés du livre à découvrir le contenu de l’ouvrage et je leur promets de travailler au raffinement de ma plume afin de leur proposer de nouvelles histoires plus attrayantes et accessibles à tous.

  1. Courage à toi mon frère plus de réussite dans ta dimension… Soit la fierté de l’Afrique…

  2. Merci à toi pour ce travail abattu. Vivement que le monde entier découvre ce talent et cette combativité. Force à toi #Nonvi