C’est dans le détail anodin, la brise du vent, la pluie bienfaitrice, le soleil compagnon de tous les jours d’Afrique que l’inspiration prend son envol. Il y a une poéticité, une émotion à fleur de peau que distillent les fables de Fabrice Salembier. Il prend son bâton de pèlerin, dévale collines et chemins abrupts, sonde le temps, défie les océans puis commet « Mes Fables d’Afrique au XXIè siècle« . Édité par Beninlivres en Avril 2025, ce livre de trente (30) fables est une invite à la source et à la gratitude.
Ce sont 122 pages de marche et de réflexions sur le monde et la nature humaine. Belge d’origine et africain à part entière, Fabrice Salembier entretient une relation profonde et spéciale avec l’environnement et les tropiques dont les légendes et les traditions demeurent pour lui le point de départ et aussi le terme de l’aventure de la vie.
Des fables, nous en avons lu ici et ailleurs. Nous savons le monde onirique qui donne vie au pouvoir, à la ruse, à la magie que chaque fable peut porter. Mais la particularité de « Mes Fables d’Afrique au XXIè siècle« , c’est cet univers actuel et réaliste que l’écrivain étale sous nos yeux. À la page 22, la morale issue de la nouvelle « Le babouin et l’hyène » est : « Même le plus puissant des dictateurs ne peut régner sans l’amour des cœurs. La force peut imposer un silence de plomb, mais la liberté chante toujours sa chanson. » Voilà deux phrases fortes qui feront réfléchir plus d’un.
Les trente fables de Fabrice Salembier n’évoluent pas sans les animaux de la savane espiègles et intelligents comme le babouin, l’hyène, le lion, le singe, le guépard et l’éléphant. En témoignent les fables :
– Le babouin et l’hyène
– Le lion et le singe
– Souleymane et le poisson légendaire
– L’éléphant sage et les singes cupides
– Le guépard et le singe
– L’oiseau du paradis et ses confrères
– Le lièvre et l’éléphant.
Ils parcourent toutes les pages de cette œuvre comme ils iraient de branches en branches ou de brousses en rivières. En parlant de rivière, la morale de chaque fable est une source d’eau qui ne tarit jamais dans les contes de Fabrice Salembier. Il introduit dans chaque page avec les doigts habiles d’un menuisier le baobab et le griot. Il réussit à assembler terre et racines, villages et communautés, cultures et âmes pour que l’humain ne meurt jamais grâce aux fables :
– L’étranger et le continent
– Gédéon et son père
– Le griot et son village
– Le griot et le roi
– La famille et la mort
– Le chef et son village
– Marie et ses tomates
– Les parents et leur enfant
– Aminata et son mari
– Malik et la culture
– L’enfant prodige et la communauté
– Kofi et le village
– Le menteur et la justice
– Yara et la mélancolie
– Le baobab et la rivière
– La chasseuse d’étoiles et le désert
– Le juriste et la loi
– Ama et les étoiles
– Nia et l’influence
– Sefu et la sécheresse
– Julien et Grâce
– Le marabout et l’européenne
Le monde est amour et l’auteur l’a aisément compris car il parle d’amour au présent. Il raconte et apaise. Cet esprit rassembleur déteint d’ailleurs sur les titres de ses fables car deux éléments sont toujours associés pour chaque titre de fables. Comme un appel à l’unité. Une image de deux entités qui convergent vers la leçon de morale.
Les fables de Fabrice Salembier se lisent d’un trait. Deux pages au plus par histoire nonobstant la charge émotionnelle, la leçon forte à tirer de chaque histoire.
Quand vous aurez pris le livre « Mes Fables d’Afrique au XXIè siècle« , vous entérinerez que la description en littérature est un art qui se façonne. « Sa nature imposante, avec des épaules larges, avaient porté de nombreux fardeaux. Sa peau était comme le parchemin, marquée par les sillons du temps et les épreuves de la vie. Ses yeux, autrefois d’un noir profond comme la nuit sans lune, avaient pâli avec l’âge, mais brillaient toujours d’une sagesse intemporelle. » page 33.
La plume descriptive de Fabrice Salembier est ainsi faite. Sans fioritures ni superficialité. Elle est simple et efficace. Libre et forte.
Il n’y a pas d’humeur sans pensée. Et la lecture est le chemin vers la pensée des autres. Prenez ce livre de fables et vous ferez votre propre religion de la pensée de l’auteur.
Myrtille Akofa HAHO.




Belle chronique. Un autre voyage littéraire qui ajoute du relief au livre de Fa Salembier.