Bonjour les amis. Cette semaine, nous recevons pour vous une auteure sénégalaise, Fatou Diop.

BL: Bonjour Madame Fatou Diop. Nous sommes heureux de vous recevoir sur notre blog. Vous êtes originaire du Sénégal et auteure du roman « Cushing ». Veuillez vous présenter plus amplement à nos amis lecteurs.

FD : Bonjour. Avant tout je tiens à vous remercier humblement pour cette invitation. Pour ceux qui n’ont encore jamais entendu parler de moi, je m’appelle Fatou Aliou Diop, plus connue sous le nom de Fatou Diop. Je suis une écrivaine exerçant dans plusieurs domaines du commerce.  Aussi, je travaille dans une société de télécommunication en tant que chargé de clientèle et mon premier roman se nomme « Cushing »

BL: Qu’est-ce que cela signifie pour vous d’être femme de lettre dans une société qui n’a pas totalement renié sa phallocratie ?

FD : Je me sens moi-même tout bonnement dans la mesure où je me suis toujours faite à l’idée du dicton de Mariama Ba qui précise que « La femme ne doit pas simplement être  un accessoire qui orne ». Nous sommes au 21ème siècle. Les temps ont changé et on a le devoir de progresser. La femme a tout autant le droit et le devoir de s’imposer intellectuellement et ces idées ont ainsi été élaborées de sorte qu’un débat de parité s’est fait une place. Cela relève pour moi une grande fierté lorsque je constate qu’aujourd’hui la femme peut détenir les rennes d’une société.

BL : Quand à 25 ans, l’on édite son premier roman, comment entrevoit-on l’avenir ?

FD : A 25 ans, on en est encore à la fleur de l’âge. Je n’avais que 25 ans lorsque mon premier roman avait été édité. Néanmoins, je me disais toujours qu’il me restait un long chemin à faire.  J’entrevoyais l’avenir sous plusieurs angles dans un seul concept : Celui de la réussite à tout prix.

BL : Votre première production littéraire est un roman consacré à la maladie dite Cushing. Quand on sait que vous êtes fille de médecin, dites-nous en quoi le milieu familial a-t-il influencé le choix de votre thématique ?

FD : Tout d’abord je voudrais éclaircir ce mal entendu vis-à-vis de la profession de mon père. Il n’est pas médecin mais biologiste. Le milieu familial n’a en rien non plus influencé mon choix dans cette thématique. Cela n’a été qu’une pure coïncidence. Tout de même ; il m’arrivait très souvent d’entendre des informations  portant sur  cette maladie dans mon entourage.

BL : Ne peut-on pas y lire une sublimation du complexe d’Œdipe ?

FD : Pourquoi l’histoire relatée ferait-elle office du complexe d’œdipe? Je ne vous suis pas dans ce sens. Après tout cela va de soi.

BL : Ce roman est-il le fruit d’une expérience ou d’une pure imagination ?

FD : L’histoire du personnage principal ne tire point de l’irréel. C’est au contraire du vécu. La maladie existe bel et bien.

BL : Dans ce cas, comment concevez-vous la littérature d’une part et l’écriture d’autre part ?

FD : Les deux peuvent se complaire dans un même contexte mais elles sont assez complexes pour être définies de la même manière.  L’écriture c’est d’abord un don. D’abord,  Il faut l’aimer  pour pouvoir s’y atteler. La littérature est un choix du domaine d’écriture et de lecture qu’il faut entreprendre pour pouvoir parcourir aisément le milieu du littéraire.

BL : Vous ouvrez le livre sur des propos sombres d’une jeune femme de 32 ans qui se sent mal dans sa peau et vous le fermez sur une note positive. Est-ce là une invitation à l’optimisme envers et contre tout quand on sait que lorsqu’on est malade et qu’on se rend à l’hôpital, les deux issues sont possibles : soit on guérit, soit on périt ?

FD : Oui. Il s’agit bien d’une invitation à l’optimisme sachant que la foi est facilement « ébranlable » dans certaines circonstances.

BL : La maladie du Cushing est une maladie rare. Comment « se comporte-t-elle » aujourd’hui en Afrique ?

FD : Le dernier cas en Afrique et précisément au Sénégal a été soulevé en 2012 et aux dernières nouvelles, ce mal était méconnu, du moins au Sénégal. De fait, je ne saurais me prononcer avec exhaustivités sur les réactions  en Afrique.

BL : Votre héroïne a eu le salut en France. Comment posez-vous le problème des plateaux techniques dans les hôpitaux de nos pays subtropicaux et quelles solutions y apportez-vous ?

FD : D’ores et déjà nous notons dans nos locaux un manque énorme de matériels. Ce qui n’est pas normal.  C’est l’exemple des scanners des hôpitaux de Dakar qui par moment ne fonctionnent plus, paralysés très souvent par des pannes ou par des pièces de rechange inadaptées pour leur maintenances. Seul le scanner de l’hôpital régional de Thiès fonctionne correctement et à noter ce type d’anomalies, il n’est pas étonnant que le peuple soit confronté à des prix exorbitants dans les hôpitaux privés qui de toute évidence tirent profit de la situation.  Le scanner est un exemple parmi d’autres pour ne citer que cela et comme solution, nous invitons son Excellence Le président de la république à consentir d’énormes efforts pour la prise en charge des populations et plus particulièrement des démunis.

BL : Mais à voir de près, est-ce vraiment la médecine occidentale prise dans son essence qui a soigné l’héroïne ou plutôt l’environnement dans lequel elle a été prise en charge ?

FD : Les deux selon moi

BL : Et pourquoi n’a-t-elle pas pu bénéficier d’un tel environnement sur sa terre natale ?

FD : Les conditions de vie ne sont pas les mêmes, à bien lire le roman.

BL : Le féminisme et l’émancipation de la femme sont au cœur de votre roman. Comment définissez-vous ces deux concepts et comment les vivez-vous ?

FD : Loin de là l’idée de vouloir mettre un accent sur le féminisme et encore moins sur l’émancipation de la femme. La seule chose que j’ai faite c’est montrer que quand on veut on peut, les épreuves aussi difficiles soient-elles d’une part et d’autre part je conçois les deux concepts tel un pas en avant dans un pays en voie de développement. J’admire ce surpassement des femmes.

BL : Vous y abordez aussi la problématique de l’amour et de la liberté du choix du conjoint. Est-ce qu’ils n’ont pas des raisons fondées,  les parents qui s’opposent parfois à l’union de leur fille avec tel ou tel autre garçon ? Peut-être qu’ils voient plus loin que leurs enfants et que ces derniers, aveuglés par leurs sentiments du moment, ne perçoivent pas toujours tous les dangers que les parents, d’expérience, peuvent flairer…

FD : Bien entendu. Les parents ont toujours un œil vigilant sur leurs enfants. Il est important dans ce cas de leur prêter une oreille attentive en prenant en compte  leurs observations.

BL : Quel portrait dessinez-vous de la famille africaine à cette ère des TICs ?

FD : Une famille désunie par moment. La technologie aussi importante soit-elle détache les membres d’une famille les uns envers les autres. Ils restent concentrés les uns sur leurs téléphones, les autres sur leurs tablettes et ordinateurs des heures durant.

BL : Les réseaux sociaux aussi sont abordés dans votre roman, en l’occurrence le skype. Comment ces moyens de communication affectent-ils selon vous le mode de vie de l’homme d’aujourd’hui ?

FD : Comme je viens de décrire les conséquences de l’usage abusif du téléphone, les réseaux sociaux induisent par moment à la ruine de l’affection ainsi que celle de l’attention familiale.

BL : L’altérité est bien prégnante dans l’œuvre. Les relations d’interdépendance aussi. Que pensez-vous de l’indifférentisme et de l’individualisme qui s’installent de plus en plus dans nos veines d’hommes dits modernes ou postmodernes ?

FD : Cela va de soi. C’est un choix.

BL : La postmodernité a engendré une société consumérisme que le capitalisme mène par la bride et le mors. Comment pensez-vous que l’Afrique puisse entrer dans cette danse qui s’impose quasiment à elle ? Comment peut-elle vivre dans l’harmonie universelle prônée par le Président Senghor et demeurer elle-même ?

FD : L’Afrique n’est pas obligée de changer ses valeurs mais elle est dans l’obligation de se complaire aux règles mondaines si elle tient à s’en sortir.

BL : Quels sont vos projets d’écriture ?

FD : J’envisage à l’avenir d’écrire des essais et des scénarios

BL : Votre portrait chinois à présent : Si vous étiez

  • Une marque de tissu…..
  • Une passion
  • Un défaut
  • Un animal sauvage
  • Une épice
  • Un mâle
  • Un instrument de musique

FD : Une passion

BL : Madame Fatou DIOP, nous sommes au terme de cette interview. Votre mot de fin.

FD : Je vous remercie encore une fois pour cette invitation. Je remercie mon père, ma mère, ma sœur ainsi que vous chers lecteurs. A nous revoir.

 

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