« Le féminisme est le cheval de Troie qui va accélérer la guerre des sexes entre l’homme et la femme ; afin que les valeurs traditionnelles de la famille et de la bonne pensée deviennent désuètes et obsolètes.  Pour moi, la femme africaine n’en a vraiment pas besoin. Elle est beaucoup plus forte sans cette idéologie exterminatrice. »

 

BL : Bonjour Monsieur André NGOAH. Nous vous remercions de nous accorder cette interview. Veuillez bien vous présenter, s’il vous plait…

AN : Bonjour et merci pour cette occasion que vous me donnez ; effectivement c’est bel et bien moi André Ngoah, je suis écrivain, performeur, éditeur, photographe et enseignant de lettres. Je suis camerounais et je vis à Yaoundé.

BL : Vous êtes un sérieux épris des belles lettres, notamment de la poésie. Pour vous, qu’est-ce que la poésie ?

AN : La poésie, pour moi, c’est tout ce que nous ressentons au plus profond de notre âme, mais que nous n’arrivons pas à décrire avec des gestes mais plutôt avec des mots métaphorisés.

BL : Vous venez de publier « Yaoundé », un recueil de poèmes où sont traités des thèmes variés. Un mot sur la genèse et l’aboutissement de ce projet : « Yaoundé » …

AN : En fait je voulais confectionner un recueil de poèmes faciles à lire et à comprendre comme ceux de l’un de mes poètes préférés « Francis Bebey ». Des poèmes qui sont connectés à la réalité camerounaise et africaine. J’ai toujours voulu être compris par tous types de lectorats sans toutefois verser dans le populisme et l’élitisme. Mon recueil « Yaoundé » est un cri de désespoir qui appelle un changement vis-à-vis du monde sauvage du capitalisme et de la mondialisation qui acculture les peuples et les pousse à s’autodétruire.  « Yaoundé » est une œuvre qui démontre que le développement technologique et scientifique déshumanise les hommes. Et qu’il faut prendre un certain recul vis-à-vis de la mondialisation.

BL : Dans le poème intitulé ‘’La féminisation idiote’’, la plume arbore une violence  certaine et fait montre d’un certain caractère qui fustige la femme et sa lutte nommé le féminisme. Qu’est-ce qui explique cette ire envers ce concept ? Doit-on croire que cette lutte qui désire permettre à la femme de recouvrer sa noblesse et d’être traitée au même titre que l’homme est voué à l’échec malgré son envie et sa détermination ?

AN : C’est vrai, je suis contre le féminisme mais je ne suis pas contre la féminité. Beaucoup de personnes confondent féminité et féminisme. Il est tout à fait légitime que la femme soit respectée en tant qu’être humain et qu’elle jouisse de certains droits au même titre que le masculin…Mais cependant, elle doit tenir compte de l’ordre biologique qui régit l’harmonie des êtres vivants sur le globe. Pour moi, je pense que le féminisme est au service d’une idéologie obscure et cache volontiers certaines vérités : aucun homme ne domine vraiment une femme parce que biologiquement elle est plus forte mentalement que celui-ci. Tous les hommes normaux sont contrôlés par une ou plusieurs femmes (mères, sœurs, maitresses etc.).

Les femmes n’ont plus besoin d’émancipation elles ont déjà acquis leur droit de travailler, d’accéder à des postes clés…Ce problème à mon sens est déjà résolu, cependant un autre problème se pose parce que le féminisme continue de donner l’illusion que la femme n’est pas émancipée. Alors ma question, si ce n’ est donc pas  le cas: « Comment explique-t-on le fait qu’ au 21èmesiècle, on retrouve des femmes maires, députés, PDG, etc…? La seconde vérité : l’agenda caché du féminisme est d’augmenter l’hypergamie des femmes afin qu’elles écrasent et humilient le sexe masculin (par vengeance et par vice féminine) et pour qu’elles aient le pouvoir total sur le masculin (le gynocentrisme) pour déclencher une guerre de sexes qui a pour objectif d’introduire les tares de la mondialisation comme l’homosexualité et le transsexualisme. Partout où le féminisme a eu du succès, la dérive sexuelle (pornographie, pédophilie etc.) a eu aussi un grand succès ; déjà que les féministes sont tous pour les droits des homosexuels … Exemple les FEMEN en Europe de l’Est.

BL : Finalement pour vous, poète africain, vivant en Afrique, le féminisme c’est… ?

AN : Le féminisme est le cheval de Troie qui va accélérer la guerre des sexes entre l’homme et la femme ; afin que les valeurs traditionnelles de la famille et de la bonne pensée deviennent désuètes et obsolètes.  Pour moi, la femme africaine n’en a vraiment pas besoin. Elle est beaucoup plus forte sans cette idéologie exterminatrice.

BL : Le poème ‘’Le jeune noir à l’épée’’ se veut être l’affirmation de soi, l’acceptation de la peau d’ébène et aussi sauvegarde de la culture. Ceci renvoie à la négritude. Quel est ce rapport que vos textes, de par leur racine, partagent avec ce mouvement de la négritude ?

AN : Ce poème est une réponse à l’œuvre éponyme d’Ab dal Malik. Dans mes textes, je milite pour l’émancipation de l’homme noir, cependant, je fais quelques petites observations au niveau des mentalités qui restent encore désunies et mal orientées. L’Afrique ne pourra s’en sortir que si et seulement si elle se sert des opportunités que lui donne la mondialisation. Le jeune noir à l’épée est ma réponse à une œuvre excessivement européanisée et qui ne cadre pas avec la culture panafricaine.

BL : Quel lien peut-on encore établir entre la négritude et les réalités socio-culturelles de nos jours ? Ce mouvement mérite-t-il encore d’être défendu, quand on sait qu’aujourd’hui tous les cœurs sont tournés vers la quête du bien-être d’abord individuel ?

AN : A mon sens le vrai problème de la négritude n’est pas lié à un fondement culturel ou sociologique mais à un manque d’objectivité.  Il est tant que l’Afrique prenne son destin en main et sache que ça ne sert à rien d’être désunis. Notre est une force incroyable. Cependant, nous ne la valorisons pas assez.

BL : Auriez-vous, en tant que poète et citoyen, un mot à dire sur le conflit qui oppose le pouvoir en place et les communautés anglophones du Cameroun ?

AN : Que mes frères camerounais se posent juste les questions suivantes : « Quel genre de pays hériteront les futures générations ? Est-ce un pays divisé à cause des langues coloniales ? Est-ce un pays uni, prospère avec une richesse culturelle qui fera envier les autres nations ou bien est-ce un pays totalement voué au chaos ? »

BL : En tant que poète panafricaniste, quel est votre avis sur la question du franc cfa qui quotidiennement prend plus de l’ampleur ?

AN : Le Franc CFA est un problème sérieux. L’élite africaine doit s’unir autour d’une seule monnaie pour faire face à ce problème. Sinon, nous continuerons à tourner autour du pot en vain. Ce n’est pas une monnaie qui va disparaître avec des coups de colère et des coups de frustrations, mais plutôt avec des stratégies bien élaborées et organisées dans la discrétion et le silence diplomatique. Et pour cela il faudrait d’abord que nous puissions nous unir culturellement, politiquement et économiquement. Impossible pour un seul Etat de sortir de cette monnaie, il faut une décision commune liée par une union forte.

BL : Le recueil ‘’Yaoundé’ : à qui l’adressez-vous et pensez-vous que l’objectif est atteint ?

AN : Ce recueil s’adresse à ceux qui envient la vie citadine et qui délaissent toutes leurs richesses culturelles au profit du capitalisme et du monde artificielle.

BL : Qu’est-ce qui explique cette grande liberté dans votre style poétique comparativement à celui des poètes classiques où les règles exigent la retenue, la maitrise et la mesure ?

AN : Je ne me compare pas aux écrivains d’antan ni même aux écrivains contemporains, j’apporte juste mon style, ma vision du monde avec une touche de sincérité parce que j’écris pour sensibiliser et pour essayer de changer les mauvaises mentalités. Loin d’être un parfait moraliste, je reste tout de même dans le cadre de l’éthique.

BL : L’Afrique est-elle prête à embrasser le livre numérique ?

AN : Oui mais il faudrait que les lecteurs s’accoutument d’abord à cette nouvelle vague informative. Le livre papier connait encore un succès vif parce qu’il donne l’impression au lecteur de palper la réalité. Mais je pense qu’avec le temps, les africains finiront par s’habituer au livre numérique. Le véritable problème se fonde juste au niveau du pouvoir d’achat.

BL : Y a-t-il une vigueur particulière que vous souhaiteriez insuffler au genre de la poésie ?

AN :Oui, effectivement, je suis de ceux-là qui pensent que la poésie doit sortir des carcans élitistes et académiques. Le monde se résume maintenant au strict minimum et à une compréhension totale de son environnement. La poésie doit être une voie de sortie de la crise humaine. C’est pourquoi, j’ai toujours écrit mes poèmes en français courant.

BL : Vous êtes aussi éditeur. Un écrivain et éditeur concomitamment ne demande-t-il pas assez d’énergie quand on les concilie ?

AN : C’est vrai que concilier les deux réalités est assez difficile mais on finit par s’habituer avec le temps qui nous donne assez d’expérience. Et je peux vous l’assurez je m’en sors assez bien et je ne me plains pas.

BL : N’y a-t-il pas de danger à ce qu’on s’édite soi-même ? Car on peut quand même se dire : « C’est moi le Directeur Général, le dernier mot me revient. Je veux éditer mon livre, aucune instante ne saurait m’en dissuader ».

AN : Loin d’être subjectif et pédant, je pense que le meilleur critique littéraire se trouve dans le lectorat. De ma triste expérience, bon nombre d’analyste littéraire et critique ont souvent rejeté des best Sellers qui continuent de faire leur preuve aujourd’hui. C’est que ces personnes restent des références mais cependant je préfère me fier à mon instinct d’écrivain. Jusqu’ici, notamment, je n’ai jamais regretté ; mes recueils ont toujours été bien accueillis

BL : Un mot sur votre maison d’édition, sa genèse, ses objectifs et le bilan à mi-parcours…

AN : Tout ce que je peux dire c’est que les Editions Soleil vont lentement mais sûrement. Pour l’instant, je préfère ne pas encore en parler mais très prochainement j’en dirai beaucoup plus. Pour des raisons professionnelles.

BL : Et si vous nous introduisiez dans le mystère de‘’ Ecoute battre ton cœur’’ votre autre recueil de poèmes romantiques ?

AN : L’amour profond pour la femme : qui reste une déesse. Une autre preuve qu’aimer la femme n’est pas une exclusivité féministe mais plutôt un besoin universel qui coexiste entre l’homme et la femme naturellement. L’amour c’est quelque chose de très sérieux, il y en a qui en meurt à cause du manque d’affection. Il n’y a rien de merveilleux que de célébrer l’amour entre les deux sexes et c’est ce que j’ai essayé de faire dans ce recueil.

BL : La poésie, pour être « accrocheuses » aujourd’hui, ne doit-elle être que tournée vers la romance, la sensualité ?

AN : Honnêtement je pense que l’on peut célébrer la sexualité sans verser dans la dépravation. L’écrivain/le poète à mon sens est d’abord un éducateur, il faut donc qu’il fasse attention de près ou de loin à ce qu’il dit dans ce domaine. Chaque fois qu’on parle d’érotisme c’est toujours dans un sens bestial et dégoûtant or on peut en faire un sujet fort bien moralisateur. L’érotisme est une fusion entre l’homme et la femme et cette fusion crée la vie, l’érotisme peut nous amener à canaliser cette force créatrice source d’amour et de respect …

BL : Vous avez écrit aussi « comme une guitare ». Un recueil de poèmes dont le titre renvoie déjà à la musique. Quelle place accordez-vous la musique, au rythme, dans votre production poétique ?

AN : En fait, ce n’est pas un recueil de poèmes en tant que tel, c’est une plaquette de poésie que je teste au sein de mon lectorat et que j’affectionne beaucoup. Je compte l’intégrer dans un autre recueil bien préparé et structuré. Tous les poètes aiment la musique et quand je dis mes textes (déclamation ou bien lecture performée) je suis parfois accompagné d’un instrumentaliste. Et j’aime ça. Je n’en suis par le précurseur mais beaucoup de poète comme Allen Ginsburg, Gill Scott Heron et Melvin Van Peebles ont montré la voie dans cette technique orale. Et je me suis en inspiré. La poésie et la musique sont liées dans l’oralité.

BL : Vous avez certainement d’autres projets en cours. Vous voudrez bien les partager avec nous ?

AN : Publier un maximum de livres et faire publier un maximum d’auteur(e)s.

BL : Votre mot de fin

AN : La connaissance est un pouvoir et l’ignorance est mortelle.

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