Il est le premier gabonais que nous recevons sur notre blog. Auteur de trois livres et membre du bureau directeur de l’Union des Ecrivains Gabonais (UDEG, Rosny Le Sage SOUAGA nous parle de la littérature au pays de BONGO: « Les écrivains ne devraient plus se méfier d’eux-mêmes, mais se comprendre et être solidaires. Nous devons éviter « l’égoïsme individuel » qui est à nos yeux destructeur. Nos efforts doivent être surhumains : la nature est pleine de promesses les plus souriantes. »

BL: Bonjour Monsieur.  Nous sommes heureux de vous recevoir sur notre blog. C’est vous le premier Gabonais que nous recevons. Veuillez-vous présenter à nos amis lecteurs.

RS : Je suis Rosny Le Sage SOUAGA, né à Mbouyi dans le Sud- Est du GABON. Je suis trentagénaire et je vis dans la banlieue librevilloise. J’ai fait mes études primaires à l’école publique de Mbouyi, secondaires au Collège Toussaint PITTY d’Akiéni et au Lycée Eugène Marcel AMOGHO de Franceville, puis universitaires à l’Institut National des Sciences de Gestion de Libreville.

Fonctionnaire et Ecrivain- poète- romancier, je suis auteur de trois titres et m’apprête à en publier un quatrième (actuellement en correction). Je suis membre du bureau directeur de l’Union des Ecrivains Gabonais (UDEG).

BL: Vous avez déjà trois livres à votre actif. Ce n’est pas un bilan extraordinaire mais considérable quand même. D’où tirez-vous l’inspiration pour écrire autant ?

RS : J’ai toujours eu un goût prononcé pour la lecture. C’est la lecture des autres qui m’a poussé à écrire. Vous savez, parfois on peut être touché par un fait ou un événement. Ainsi, pour se détendre on prend soit un livre pour lire, soit une feuille blanche pour écrire. Oui, écrire pour dénoncer les maux qui minent le quotidien, notre monde actuel. Ecrire pour s’exprimer et donner sa vision de la société. Comme j’ai pour habitude de dire que l’ignorance c’est la pire chose, c’est un meurtrier en série. Il n’y a qu’à observer les ravages et les nombreux dégâts qu’elle cause dans nos sociétés dites en développement. Alors, il est nécessaire pour moi de témoigner, de partager, de prévenir, de défendre, de condamner, de protéger, d’encourager et même de soutenir de nombreuses personnes dans le besoin qui ne le savent peut-être pas mais qui s’en rendront compte au fur et à mesure qu’elles me liront.

BL : Vous êtes fonctionnaire et écrivain. Comment arrivez-vous à concilier cette double vie ?

RS : Ce n’est pas un hasard si je suis dans la littérature, car je suis un passionné de l’écriture. Déjà, depuis l’université où j’occupais la fonction de Rédacteur en Chef du Journal de mon établissement, je m’en sortais si bien avec les études. La frontière est mince. Être dans l’administration publique ne cause aucun obstacle à mes lectures et à mes travaux d’écriture. Tout le monde ressent des émotions et arrive à les exprimer différemment. J’arrive à exprimer ma sensibilité et mes émotions dans l’écriture, dans les mots.  Alors que les musiciens par exemple le font par la parole. Un artiste s’adapte à tout. Un fonctionnaire peut être écrivain et vice-versa.

BL : En parlant du métier d’écrivain. Vous écriviez sur votre page Facebook : « Et si c’était une belle opportunité pour gagner sa vie, sans voler personne ? ». Pensez-vous que l’écriture aujourd’hui peut nourrir son homme ?

 RS : Pour l’instant, je dirai non. Vivre du livre au GABON apparait comme de l’utopie. L’écrivain vit sous le régime du risque et du droit d’auteur : sa rémunération dépend des ventes de ses livres, donc de sa capacité à fidéliser un public. Dans ces conditions, vivre de sa plume tient de la loterie.

BL: Vous êtes membre du bureau directeur de l’Union des Ecrivains Gabonais (UDEG). Quel regard portez-vous sur la littérature gabonaise aujourd’hui ?

 RS : La littérature gabonaise a un bel avenir. Car la mission première de l’UDEG est de travailler pour que la politique nationale du livre avance vers le progrès. Les écrivains ne devraient plus se méfier d’eux-mêmes, mais se comprendre et être solidaires. Nous devons éviter « l’égoïsme individuel » qui est à nos yeux destructeur. Nos efforts doivent être surhumains : la nature est pleine de promesses les plus souriantes. Il y a un lecteur à conquérir et une discrimination « raciale » à supprimer.

Toutefois, le livre gabonais est menacé de par le monde. La raison en est qu’on ne lit plus assez dans notre pays. Est-ce parce que les livres sont inaccessibles aux simples d’esprit ? Certainement.

BL: Vous avez pour éditeur une maison d’édition togolaise. A croire qu’il n’en existe pas au Gabon ?

 RS : Il existe plusieurs maisons d’édition au Gabon. La preuve est que mes deux premiers livres « Amours Conçues suivi de Souvenirs » et « Lettre à Dulcinée » ont été publiés pour la première fois à Libreville par les Editions ABDON MACAYA.

En effet leur republication à Lomé par les Editions Continents ne vient qu’élargir mon champ d’amitié. Vous savez, le couloir du livre mène dans une véritable aventure humaine. Qu’il est souvent beau de se faire de nouvelles rencontres. Jules Renard n’avait-il donc pas raison de ce que « il faut voyager pour agrandir la vie » ?

Un grand merci à Monsieur Sébastian VONDOLY, mon nouvel éditeur, pour cette merveilleuse expérience. Tout comme à Monsieur Hilaire MAKAYA, mon ancien éditeur qui, pour la première fois, m’a mis en contact avec le lecteur gabonais.

BL: Vous vous décrivez comme un écrivain original. D’où vous vient la passion pour l’écriture ?

RS : Tout a commencé avec mon apprentissage de la lecture et de l’écriture. En réalité depuis ma tendre enfance. Mais que ma passion pour l’écriture s’est plus fait ressentir au Collège. J’ai particulièrement été marqué par les grands classiques africains comme  « Les frasques d’Ebinto »  d’Amadou KONE ; ‘‘ Une si longue lettre ’’ de Mariama BA ; et bien d’autres encore.

En fait, quand j’écrivais, ce n’était pas dans l’intention d’être publié, l’idée ne m’a jamais effleuré que je pourrais être lu un jour. J’écrivais pour me défouler. Parfois on a envie d’être seul et de faire le vide dans sa tête. Chaque fois que j’avais cette envie, je me mettais à écrire. Et cela comblait un vide au fond de moi. Jusqu’au jour où j’ai rencontré ma première maison d’édition.

BL: Racontez- nous votre parcours. A quelles difficultés majeures avez-vous jusque-là été confronté ?

RS : Sachez qu’il n’y a rien de bien qui soit facile dans la vie. Mes parents m’encouragent à persévérer dans mon métier d’écrivain. Car l’écriture devient une grande nécessité pour nos temps. Certes, ils n’ont pas assez de moyens pour m’aider. Mais dans la vie, il est toujours mieux de se débrouiller surtout quand on est un homme. C’est comme ça que j’ai appris à établir des priorités, à me fixer des objectifs. Aujourd’hui, je travaille et je me donne au sacrifice de financer mes projets d’écriture, tout seul. Et, j’avoue que ce n’est pas facile tout le temps…

BL: Vos ouvrages tournent généralement autour de l’amour. Pourquoi cet attrait particulier pour ce thème ?        

RS : Je parle d’Amour, de l’harmonie sociale. Je suis de ceux qui pensent que l’Amour qui lie un homme à une femme et vice-versa est le chemin le plus court pour arriver au progrès économique et sociale. Cet Amour, exprimé ici avec un grand « A », est le socle de toutes les relations humaines. Toutefois, la particularité faite à la femme se traduit simplement par sa singularité à porter des vies. C’est elle qui donne naissance. Tant sa vénération et la défense de ses droits fondamentaux doit être plus qu’une nécessité.

Une femme ne se plie pas en un jour, sous les caprices de la passion. Car, la volupté comme une fleur rare exige les soins de la culture la plus ingénieuse.

Mes textes dénoncent la duperie des temps modernes où les hommes s’habituent à avoir honte de tout, honte d’eux-mêmes, honte d’aimer et d’être heureux.

 

BL: Parlez-nous de « Lettre à Dulcinée » et des circonstances de son écriture.        

RS : « Lettre à Dulcinée » est l’histoire de deux jeunes adolescents qui vont décider de vivre ensemble, sous le même toit, au firmament des auspices de l’Amour. Ainsi, un jour vient où l’un constate la disparition de l’autre et se donne aux appétits du chagrin. Serments fallacieux ? Trompeuses promesses ? Désormais, sur les rives de l’ennui, un profond désarroi pavane son visage. Au sein du désert nostalgique, il n’y a qu’un mirage : celui qui emporte les rêves défunts vers le deuil. La porte de l’enfer clôt le purgatoire, l’espoir dérobe…

Ce long poème exprime les éléments primitifs fournis par la sensation, par le vécu et par la rêverie. Tout cela s’articule dans la perspective globale de la recherche de l’être aimé.

L’œuvre évoque des thèmes touchants comme la trahison, la déception, la perte d’un être cher, etc. Autant de canaux pour exprimer les sentiments et les vertus de l’univers conjugal.

BL: Avec « Souvenirs », à quoi doit-on s’attendre ?

« Souvenirs » est une œuvre qui insiste sur la vulnérabilité sociale. Tout homme comme un être indispensable a besoin de retourner vers son passé pour y percevoir ce qui lui donne sa consistance, sa justification. Mais aussi pour apprécier le chemin qu’il a déjà parcouru vers sa définition, les obstacles qu’il a vaincu dans la conquête de son autonomisation, les combats menés éventuellement pour construire sa liberté.

L’expérience générique de cette œuvre poétique se veut une base référentielle de réflexion pour la jeunesse dans la pratique de la vie en société.

 BL:  Qu’est-ce qui vous l’a inspiré ? Serait-ce une autobiographie, de souvenirs personnels que vous partagez avec le lecteur ?

RS : De nos jours, nombreuses sont ces personnes qui, tourmentées et inquiètes, cherchent à échapper aux réalités de la vie. Certaines conçoivent même un sentiment de désespoir, car toutes leurs recherches ne font que les pousser dans le cercle vicieux de la déception. Elles aimeraient d’ailleurs, blâmer le monde pour leur esprit troublé. Alors que la vraie guérison doit commencer dans leurs propres cœurs.

« Souvenirs » est donc un guide de direction, de conseils. Que chacun retourne vers son passé pour comprendre ses propres réalités et prendre l’ascenseur qui conduit vers un monde merveilleux.

Cependant, l’on se permet d’animer le plaisir de chacun des lecteurs afin de cultiver joyeusement le jardin riche de ses propres souvenirs, pour qu’il se réjouisse de son temps vécu.

 BL : « Écrire pour soulager les cœurs meurtris », telle est selon vous la vocation de vos textes. Est-ce pour cela que vous optez la poésie ? Si oui, de quel courant poétique vous réclamez-vous et quels sont vos maîtres à penser ?

 RS : La poésie est ce chant qui escorte l’humanité déchu dans son retour à la source. C’est une prose dessinée féérique, où les couleurs tendrement sourient aux lecteurs ; les mots parlent d’eux-mêmes. Elle vient donner l’espoir au monde. Elle exprime l’une des valeurs permanentes : le sentiment d’une harmonie profonde entre les hommes. Comme pour dire qu’il n’y a qu’un devoir, c’est d’être heureux. Nul n’a le droit d’être heureux tout seul. Car, la seule vérité : c’est de vivre, de supporter, de s’aimer.

Ainsi, je me considère simplement comme un modeste artisan. En tant qu’écrivain, nous avons la responsabilité de sensibiliser, d’éduquer et de modeler le monde ; grâce à notre pouvoir d’introduction dans les consciences.

Alors, mon seul souhait serait d’être un témoignage, un poète qui se veut améliorer la compréhension d’un monde qui manque parfois de clarté.

Toutefois, en intégrant la poésie romantique, je m’abreuve auprès des grands maîtres tels que:

  • Alphonse de Lamartine (méditations poétiques- « Le lac ») ;
  • Alfred de Musset (poésies nouvelles- « Souvenir») ;
  • Victor Hugo (les contemplations) ;
  • Gérard de Nerval (odelettes- Fantaisie).

 BL: Dans le contexte actuel de l’Afrique à la croisée des chemins et confrontée à tant de difficultés, la littérature ne doit-elle pas être plus engagées plutôt que de se consacrer à la sensualité et à l’amour ?

 RS : Je note un paradoxe intéressant autour de votre question.

Je crois en effet que la question d’engagement est souvent mal perçue chez bon nombre de personnes. Dans la mesure où tout le monde n’est pas forcement inspiré par la même chose. Le champ est immense ; les couloirs sont nombreux. A chacun sa source d’inspiration. Il y a plusieurs faits majeurs de société à décrire. C’est parfois écœurant d’entendre dire « ceux qui n’écrivent pas sur la politique ne sont pas Ecrivains Engagés ». Et si l’on essayait de redéfinir la notion d’« Engagement Littéraire » ?

J’écris selon que la muse me dicte de quoi transcrire. Aucune idéologie opportuniste n’a le droit de me contraindre à parler d’un fait par suivisme pour plaire à quiconque.

Savez-vous combien de personnes dans le monde ont besoin d’un peu d’attention, d’affection et d’amour pour échapper aux troubles de la dépression ?

 BL: Quels sont vos projets en matière de littérature ?

RS : Je viens récemment de publier un roman, « LA BAVURE DU DESTIN», aux Editions Continents à Lomé (TOGO) – 2019.

 Actuellement, je m’apprête pour une autre publication, un roman, en attendant de revenir à la poésie.

 

BL: Comment se procurer vos œœuvres ?

RS : Mes livres sont disponibles en librairie. Tant à Libreville (GABON) qu’à Lomé (TOGO). Par défaut, bien vouloir contacter l’auteur et / ou la maison d’édition.

 BL : Votre mot de fin ?

 RS : Merci à ceux qui me soutiennent, en particulier ma fiancée. Aucun livre n’existe par lui-même. Tout ce qui touche la vie d’un poète affecte forcément son travail. C’est pourquoi je tiens à remercier également mes frères et sœurs, mon père, ma mère et tous les autres membres de ma grande famille pour leur amour.

A vous mes lecteurs et mes lectrices, toutes ces personnes que j’admire et qui me portent aujourd’hui. J’apprécie tous les courriers que je reçois et c’est toujours une bénédiction de savoir que j’ai pu, ici ou là, toucher le cœur de ceux qui m’ont lu.

Enfin, j’ai un grand ressenti de plaisir, une énorme admiration et une sincère reconnaissance pour votre équipe, à travers le travail formidable que vous abattez dans la promotion de la culture littéraire en Afrique.

Très chaleureusement !

 

 

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