Bonjour les amis. La littérature africaine est en pleine évolution et çà-et-là germent de nouvelles pousses. C’est le signe d’une espérance certaine. Thérèse Karoué que nous vous faisons découvrir aujourd’hui est écrivaine togolaise. Et vous savez que quand la passion et la détermination sont au rendez-vous, il n’y a pas de raison qu’on porte de mauvais fruits. Découvrez-la, vous-mêmes, dans cette interview où, elle se livre à cœur ouvert : « Toute femme à mon avis est féministe, mais moi, je le suis sans toutefois tomber dans “l’extrémisme féministe” qui selon moi trouve et que « homme et femme sont égaux », qu’il faut féminiser ou masculiniser des noms… »

BL : Bonjour Mme Thérèse Karoué. C’est un honneur pour nous de vous recevoir sur notre blog Biscottes Littéraires. Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

TK : Bonjour Monsieur, tout d’abord, permettez-moi de vous remercier pour ce travail formidable que vous faites pour la promotion de la littérature africaine. En ce qui me concerne, je suis de nationalité togolaise, enseignante à l’Université de Lomé, Consultante certifiée en recherches Linguistiques et romancière. J’ai trois romans à mon actif ; La saison des amours, paru en 2014, Passion avortée, en 2017 et Le secret, en 2018.

BL : Quand avez-vous commencé l’écriture ?

TK : J’ai commencé très jeune au collège, mais c’étaient toujours des textes inachevés. Je peux dire que j’ai commencé véritablement en 2013 avec mon premier manuscrit que j’ai pu achever mais qui n’est pas encore publié jusqu’à présent. La saison des amours était mon deuxième manuscrit.

BL : En 2015, vous publiez votre premier roman « La saison des amours ». Quelle a été la genèse de ce livre?

TK : C’est plutôt en novembre 2014 qu’il est paru. J’ai commencé ce texte en 2008 et je l’ai oublié dans mes affaires pour le retrouver en 2013 et l’achever en même temps. Je me rappelle que c’était comme des séquences de flash dans ma tête, comme une obligation de mettre par écrit ce que j’avais dans ma tête ou un appel. Et, c’est pareil à chaque fois que je suis inspirée, je ne dors pas tant que je n’écris pas.

BL : Vous êtes une écrivaine togolaise, mais on constate que dans votre roman « La saison des amours », le personnage principal Kévin, est un Béninois. Pourquoi un héros étranger dans votre livre ? Est-ce à dire que c’est une histoire vraie ?

TK : C’est une histoire sortie tout droit de mon imagination. (Rires). Le Bénin, est d’abord un pays frontalier du Togo mais, ces deux pays ont en commun une partie de leur histoire. Il faut dire que les Béninois et les Togolais sont des frères. Par ailleurs, il y a beaucoup d’unions entre les fils et filles de ces deux pays. Le Bénin était l’origine qui se prêtait le plus à mon personnage Kevin au vu de toutes ces raisons que j’ai évoquées. En plus, le Bénin est aussi un pays francophone et proche de Lomé où se fait la première rencontre entre Kevin et Séréna.

BL : Dans ce livre, l’amour occupe une place importante. Seréna, qui, sortant d’une déception amoureuse, sauve Kévin avant de tomber amoureuse de lui. Ne peut-on pas alors dire que Kévin a dû l’accepter parce qu’il lui devait la vie ?

TK : Non pas du tout, d’autant plus que Kevin voulait se suicider pour attirer l’attention de Séréna. Il l’observait, l’admirait, l’aimait à son insu, avant même qu’elle ne le connaisse. Il était prêt à tout pour qu’elle le remarque afin qu’il puisse tenter sa chance.

BL : Que pensez-vous des conflits familiaux en Afrique ? Puisque c’est ce qui a fait fuir Kévin du Bénin pour venir au Togo.

TK : C’est vraiment dommage mais c’est un vrai problème en Afrique de constater que des familles se déchirent, certaines pour un problème de terre, d’autres pour un problème de sorcellerie et tant d’autres problèmes qui nuisent à notre société. Le problème est réel et il retarde l’évolution de nos pays. Cela mérite une prise de conscience de tout un chacun pour éviter ces mésententes. En ce qui concerne Kevin et ses parents, il s’agit d’un problème de manque de confiance.

BL : Le vrai amour doit-il toujours sortir des situations les plus tumultueuses ? Kévin s’était alors déguisé en fou et sauvé par Seréna.

TK : Pas forcément. Il y a des amours qui naissent sans trop de problèmes, d’un geste, d’une parole, d’un regard, d’un sourire. Seulement, certaines naissances sont plus compliquées que d’autres. C’est le cas de l’histoire entre Kevin et Serena.

BL : En Afrique, on constate que les parents ont tendance aujourd’hui encore à imposer un homme à leurs enfants filles. Ce qui nous renvoie au mariage forcé, comme dans « Sous l’orage » de Seydou Badian, avec Kany et Famagan. Mais dans « La saison des amours », c’est à Kévin que les parents imposent une femme pour le mariage. C’est d’ailleurs l’un des motifs de sa fuite. Dites-nous, que pensez-vous de cette pratique traditionnelle ?

TK : Cette situation est relative à mon avis. Je pense sincèrement que certains jeunes ont besoin du coup de pouce de leurs parents dans le choix de leurs conjoints ou conjointes au vu de tous les problèmes que rencontrent les couples de nos jours. Du moins, les parents peuvent avoir leur mot à dire. L’immaturité dans les choix de certains jeunes doit interpeller les parents. Quant au problème de Kevin, c’est plutôt un problème de manque de confiance qui est à la base. Kevin rassure ses parents qu’il n’est pas le père de l’enfant de la domestique mais ils ne le croient pas. Lorsqu’on connait son enfant, on sait de quoi il peut être capable ! Les parents eux, étaient juste aveuglés par la joie d’être grands-parents.

BL : Vous avez publié vos deux premiers romans chez le même éditeur « Awoudy », mais votre 3è roman « Le secret », vous avez choisi la maison d’édition « L’Harmattan ». Pourquoi ce choix ?

TK : J’ai voulu juste changer de maison pour faire de nouvelles expériences. En plus L’Harmattan est ouvert sur le monde.

BL : L’amour doit-il mal finir, puisque dans « Passion avortée », on sent une tonalité pathétique qui finit au tragique ?

TK : L’amour doit bien finir, je dirai. Dans Passion avortée, il s’agit d’une passion qui devait vraiment avorter parce qu’elle unissait un frère et une sœur de même sang qui ne le savaient pas.

 BL : Comment arrivez-vous à concilier votre vie d’écrivaine et de femme au foyer ?

TK : L’écriture est une passion donc je m’y adonne quand j’en ai fini avec mes plus grandes priorités qui sont mon métier et mon rôle de femme au foyer. Beaucoup de femmes le font. L’écriture étant une passion, on trouve toujours du temps pour s’y adonner. Il suffit de savoir s’organiser.

BL : Dans votre 3è roman « Le secret », on y voit les thèmes comme l’amitié débouchant sur la trahison, le harcèlement sexuel. Pourquoi ce pessimisme ?

TK : Je ne suis pas du genre pessimiste mais dans ce roman, je mets en lumière mon observation de la société africaine. Une société qui va à la dérive, où les uns font du mal aux autres sans raison et surtout sans regret. Une société où presque tout est permis, jalousie, trahison, adultère, harcèlement…autant de problèmes qui la minent.

BL : En parlant de « féminisme », la Nigériane Chimamanda Ngozi Adichie disait qu’elle est: « une Féministe Africaine Heureuse qui ne déteste pas les hommes, qui aime mettre du brillant à lèvres et des talons hauts pour son plaisir non pour séduire les hommes ». Qu’en pensez-vous ?

TK : Elle a raison parce que, être féministe, ce n’est pas détester les hommes, mais de se dire qu’on est capable de réaliser les mêmes exploits qu’eux. Et puis, lorsqu’on se fait belle, c’est pour soi, pas forcément pour plaire aux hommes. Toute femme à mon avis est féministe, mais moi, je le suis sans toutefois tomber dans “’l’extrémisme féministe” qui selon moi trouve et que « homme et femme sont égaux », qu’il faut féminiser ou masculiniser des noms… Je pense que le problème n’est pas là. Des femmes ont lutté pour notre émancipation et aujourd’hui, presque toutes les femmes connaissent leur importance dans la société. Il ne faut pas diriger nos énergies vers des luttes inutiles. Ce qu’il reste à faire, c’est d’accompagner les femmes, de les soutenir, de leur dire qu’elles sont capables, parce que plusieurs femmes pensent encore qu’elles doivent tout obtenir par faveur, juste parce qu’elles sont femmes. Il faudrait qu’elles comprennent que c’est l’effort qui paie.

BL : Il y a quelques jours, nous quittait l’écrivaine américaine Tony Morrison. Que retenez-vous d’elle?

TK : C’était une grande dame. Une des écrivaines que j’aimais et que j’admirais particulièrement. Je n’ai lu que des extraits de « Belove » et cela m’a vraiment touchée. Je retiens d’elle ce mérite qu’elle a d’avoir été la première femme noire à obtenir le prix nobel de la littérature. Elle a rehaussé à sa manière l’image de la femme noire.

BL : Que doit faire la femme africaine aujourd’hui pour mériter le respect de la gent masculine ?

TK : Travailler. Obtenir ce qu’elle veut par la force de son travail, par le mérite et non par faveur. Briller par son intelligence, faire ce qu’elle aime tout en étant travailleuse, et, en aidant surtout les autres femmes à lui ressembler.

BL : Quels sont vos projets à court, moyen et long terme ?

TK : A court terme, publier mon quatrième roman qui est dejà chez l’éditeur, à moyen et long termes, continuer à écrire et à faire la promotion de mes livres.

BL : Quel est votre plus grand souvenir avec vos livres?

TK : Je crois que c’est le prix littéraire France-Togo que j’ai reçu en 2016 avec mon premier roman.

BL : Votre plus grand regret?

TK : C’est le fait que mes livres ne soient pas accessibles à toutes les bourses.

BL : Votre citation préférée ?

TK : « Agis de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée en règle universelle », c’est de Emmanuel KANT.

BL : Votre plat préféré ?

TK : Du foufou avec une bonne sauce au poulet.

BL : Votre plus grand rêve !

TK : Voyager à travers le monde et faire lire mes livres par un maximum de personnes.

BL : Votre mot de fin.

TK : Je vous réitère mes remerciements pour ce grand travail que vous faites et j’espère du fond du Coeur que cela portera des fruits pour que la lecture devienne la priorité de notre jeune génération surtout. Je remercie et encourage ceux qui s’adonnent à la lecture de nos livres africains. Cela a été un plaisir pour moi de répondre à vos questions pertinentes.

Merci

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