« La littérature est le seul alcool qui ne nuit guère à la santé de l’homme.« , affirme Kombi-Guékia Joseph, l’auteur que nous recevons aujourd’hui. Il nous vient du Gabon.

BL : Bonjour Kombi-Guékia Joseph. Nous nous remercions pour cette interview que vous nous accordez. Vous êtes un jeune écrivain gabonais. Vous avez à votre actif plusieurs ouvrages. Que pouvons-nous en savoir davantage de vous ?

KGJ : Oui bonjour, c’est un véritable plaisir de passer en interview sur votre plateforme. Je suis vraiment ravi de faire cette interview. Ce que je peux vous dire plus sur moi : je suis étudiant en Licence 1 en Génie des Langues et Affaires à l’Université Dakar-Bourguiba au Sénégal.

BL : Comment la littérature se porte-t-elle au pays d’Omar Bongo ?

KGJ : Je peux vous dire que la Littérature se porte plus ou moins bien au Gabon même si je suis loin de mon pays. Pour tout vous dire, la Littérature n’est pas encore très bien accueillie chez les jeunes mais il n’en demeure pas moins qu’il y ait des jeunes qui se démarquent du grand nombre. Des talentueux et talentueuses poètes, poétesses, slameurs, slameuses ; des talentueux écrivains en général.

BL : Quelle place les jeunes y occupent-ils ?

KGJ : Il est encore difficile de déterminer avec exactitude la place des jeunes dans la littérature gabonaise car il n’y a pas vraiment d’organisations qui permettent de soutenir les jeunes dans ce domaine. Nous sommes seuls, pas d’encadrement, aucune structure mise en place pour nous accueillir. Je prends par exemple la Côte d’Ivoire, il y a l’Ecole des Poète en Partenariat avec des organisations internationales qui organisent d’ailleurs chaque année des concours de rhétorique.

BL : A la fin de l’’année 2016, vous avez écrit votre tout premier ouvrage intitulé « Entre Études et Amours » qui n’est pas publié. Que s’est-il passé entre temps ?

KGJ : A la fin de l’année 2016, je venais d’avoir mon premier ordinateur car j’en voulais cet outil depuis longtemps et après l’avoir eu, une idée me vint à l’esprit et cette idée c’était l’envie d’écrire pour pouvoir partager ma petite connaissance au grand nombre. Mais vu que je venais de m’acculturer à ce nouvel outil et aussi aux programmes des cours très chargés, je m’étais dit pourquoi pas écrire pour écrire et voir ce que ça allait donner par la suite. J’ai passé presque deux ans à l’écrire et je le donnais à mon meilleur ami pour qu’il me lise et corrige les fautes.

BL : Vous avez édité deux livres : un recueil de poèmes intitulé Les voyages, paru aux Éditions LE LYS BLEU en France le 16 janvier 2020, et un recueil de nouvelles : Les Nouvelles maudites aux Éditions Edilivre toujours en France. Pourquoi éditer des livres en France quand il y a assez d’éditeurs en Afrique ?

KGJ : Mon choix s’est porté sur les maisons d’éditions extérieures et particulièrement françaises parce que ma situation financière ne me permet pas de dépenser des sommes exorbitantes pour me faire éditer. La plus part des maisons d’éditions africaines sont à compte mixte ou à compte d’auteur, donc pour moi il est quasi impossible de rêver à me faire éditer en Afrique pendant que quelque part c’est à compte d’éditeur ou gratuitement.

BL : Vos livres sont-ils disponibles en Afrique comme vous l’auriez souhaité ?

KGJ :  Mes ouvrages ne sont pas encore disponibles en Afrique faute de moyens.

BL : Comment le public a-t-il reçu vos livres ? En êtes-vous satisfait ?

KGJ : J’ignore encore si j’ai déjà un public mais si c’est pour mes proches, ils les ont très bien reçus. Je ne suis pas satisfait car j’aurais aimé pouvoir avoir un large public, un grand lectorat mais c’en est pas le cas. La promotion n’est pas au rendez-vous. Pas de salon, ni de séances de dédicaces. Pauvreté promotionnelle.

BL : Quelle politique mettez-vous en œuvre pour que vos livres atteignent le plus grand nombre de lecteurs ? Vos éditeurs vous accompagnent-ils dans cette aventure ?

KGJ : La seule politique que j’essaie de faire c’est de publier à chaque fois les maquettes de mes ouvrages sur Facebook, Instagram, mais sinon les éditeurs à ce que je sache ne fournissent pas assez d’efforts dans cette aventure publicitaire et promotionnelle.

BL : Deux livres en un an ? Le prier a-t-il vite été écoulé et face à la demande du public, vous avez dû éditer un second livre ?

KGJ : Si je me suis retrouvé avec ces deux ouvrages publiés, c’est parce que j’avais fini de les rédiger en fin d’année 2019 et pour ne pas laisser mes ouvrages fini garder mon ordinateur, je les ai envoyé aux éditeurs. Ce n’est pas parce que le premier a été très bien reçu que j’ai songé à écrire le second.

BL : Pour qui écrivez-vous prioritairement ?

KGJ : J’écris pour tout le monde et pour les jeunes en particulier car à travers mes écrits j’essaie tant bien que mal à sensibiliser les jeunes, à les éduquer même le terme éduquer semble un tout petit peu ambiguë.

BL : Dans « Les voyages »il est question de diverses thématiques relatives au mal-être de la société africaine, aux indépendances, au combat social, à l’amour, au viol, à la résignation, etc. Pourquoi avoir choisi la poésie pour aborder ces thématiques qu’aurait pu mettre en exergue aussi le roman ou la nouvelle ?

KGJ : Bon, merci pour cette question. J’ai choisi la poésie comme principal moteur pour pouvoir véhiculer mon message parce que c’est un désir à moi de faire mon entrée dans l’univers littéraire à l’aide des petits mots. J’ai jugé bon de commencer à séduire mes possibles lecteurs à l’aide des poèmes car comme nous le savons tous, un ou deux tiers des jeunes n’aiment pas lire et les présenter encore un roman de cent, cent cinquante voire deux cent pages les agacerait plus. C’est pourquoi je veux les captiver avec mes quelques vers pour qu’ils prennent cette habitude d’être captivés par mes écrits même si je me décide à écrire un roman.

BL : Les faits les plus marquants de cette œuvre poétique se situent dans la deuxième partie intitulée  » mes débuts en poésie  » dans laquelle l’auteur met en valeur  » L’impact de la colonisation  » et des  » Indépendances africaines.  » Quel regard portez-vous sur ces réalités, avec le recul de temps ?

KGJ : Avec le recul du temps, les choses ne se sont pas améliorées car les africains vivent toujours sous dictat colonialiste. La colonisation a été développée c’est-à-dire que nous sommes passés du bâton qui servait à nous calmer à une soumission et dépendance totale du colonisateur. On ne prend pas des décisions tout seul, on ne gère pas nos finances, nos mines d’or, on ne fait rien sans le blanc, on n’a pas confiance à un noir comme soi…

BL : Quelle mission assignez-vous à la poésie ?

KGJ : La poésie, comme la nouvelle, le roman, le théâtre etc., ils ont tous les mêmes missions, celles de mettre en valeur les vices et les vertus de la société. De critiquer, de dénoncer mais aussi de faire de faire une apologie du monde qui nous entoure.

BL : « Les nouvelles maudites » est un recueil de trois nouvelles. Quelle en est la genèse ?

KGJ : « Les nouvelles maudites » est un ouvrage dans lequel je dénonce certaines pratiques occultes perpétrées en Afrique noire. Je parle dans cette œuvre de la franc-maçonnerie, cette pratique odieuse et hideuse qui montre le niveau de barbarie de l’homme. La pitié, le pardon ne sont plus que des lointains souvenirs. Pour une gloire éphémère, l’homme est prêt à tout sacrifier pour de l’argent.

BL : Quelles sont les thématiques que vous y abordez ?

KGJ : Les thématiques que j’aborde dans cette œuvre sont principalement la franc-maçonnerie et le viol.

BL : Vous n’êtes pas de marbre devant l’évolution des réalités sociopolitiques du Gabon. Qu’est-ce que votre plume peut apporter comme cataplasme aux plaies de la société gabonaise ?

KGJ : Ma plume pourrait apporter quelque chose de nouveau pour pouvoir arriver à panser certaines plaies du pays si le Gabon comme tous les autres pays africains écoutaient au moins ce que les écrivains pensent ou disent. En Afrique, on tue l’intellectuel par contre chez les autres il est écouté. La société africaine et particulièrement gabonaise est incrédule, dure à cuire car c’est la dictature qui se cache derrière cette fallacieuse démocratie.

BL : Le monde des jeunes est dominé par des questions telles que le chômage, l’immigration, la drogue et autres maux que vous connaissez bien. Quel regard l’écrivain que vous êtes porte-t-il sur cet univers ?

KGJ : Face à ces maux qui gangrènent notre société, un écrivain se doit d’avoir un regard accusateur c’est-à-dire, qu’il doit se mettre en tant que juge et savoir partager les torts. La responsabilité des jeunes, des parents et des gouvernements.

BL : En ce siècle où le féminisme a pion sur rue, on n’en trouve pas fondamentalement les traces dans vos ouvrages. Y a-t-il des raisons à cela ?

KGJ : Ah non ! Je parle bien évidemment de la femme mais pas totalement du féminisme. Je plaide pour la cause des femmes car j’ai un regard plus spécial envers elles, ce sont nos mamans, nos sœurs et nos femmes. Je vous invite à découvrir mes œuvres et vous verrez.

BL : Quels sont vos projets littéraires ?

KGJ : Mes projets littéraires. Le plus important de tous, c’est celui de la conquête du monde, oui je désire conquérir le monde à l’aide de mes écrits. L’écriture, encore l’écriture et toujours l’écriture! Il ne faut jamais s’arrêter d’écrire. Je travaille dure pour espérer avoir plus tard des prix voire même le prix Nobel de la littérature.

BL : Votre mot de la fin…

KGJ : J’invite tout le monde à prendre conscience de ce qu’ils font au quotidien, je veux que les gens sachent les notions d’amour, de partage, de courtoisie et de bienséance. Evitons de faire de l’homme un moyen pour atteindre sa gloire, l’homme n’est pas à sacrifier ; évitons également de prendre la femme pour le sexe le plus faible car en réalité la femme est la plus forte et la plus intelligente. Il ne faut pas la mettre dans les situations pas normales. J’invite les jeunes à lire et à lire pour abreuver les connaissances des ainés, des frères et des sœurs. La littérature est le seul alcool qui ne nuit guère à la santé de l’homme.

  1. Merci beaucoup de m’avoir accordé cette interview ça été un plaisir pour moi de pouvoir le faire.

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