Bonjour les amis. Nous recevons pour vous cette semaine, l’écrivain gabonais Cheryl  ITANDA: « Il m’est extrêmement difficile de brosser le portrait d’une jeunesse quand celle-ci fait face à de nombreux défis à relever et qui semble de plus en plus délaissée sur un échiquier mondial lui-même de plus en plus complexe. »

BL : Bonjour Monsieur Cheryl ITANDA. Vous êtes né à Port-Gentil au Gabon. Après l’obtention de votre bac vous êtes venu en France pour faire des études universitaires. Et depuis vous vivez et travaillez à Paris. Bienvenu sur notre blog. Que pouvez-vous ajouter à ces quelques mots en guise de présentation plus complète ? Le sens de vos prénoms par exemple.

CI : Bonjour ; tout d’abord, je tiens à vous remercier de me donner la parole. Ensuite, je me présenterais en ces termes : je ne suis qu’un simple individu né à Port-Gentil qui, par la force de sa communauté « Omyènè » est devenu une personne. Puis, par le concours, l’amour et la bienveillance de tous les autres, est devenu fils d’une patrie « le Gabon ». Ensuite, par l’appel incessant du voyage des fleuves de toute la terre vers l’océan de notre Humanité, est devenu citoyen du monde : physiquement, habitant L’Île-de-France (aujourd’hui) mais métaphysiquement vivant au bout du monde et au fond de lui, tantôt calme et paisible, tantôt furieuse et agitée, sur le golfe de Guinée, habite aussi son île natale (Port-Gentil), entre fleuve (l’Ogooué), mer (Ozombwa) etocéan (Atlantique).

BL : Vous faites partie d’un collectif dénommé LoSyndicat. De quoi s’agit-il concrètement ?

CI : #LoSyndicat est un collectif d’auteurs écrivains originaires du Gabon. Il surgit en ces temps impies traversés de lumières opaques et où chacun est sommé de ne surtout pas sortir des rangs. C’est un collectif porté par des auteur(e)s du Gabon et de sa diaspora non seulement, mais aussi par toutes les personnes qui se reconnaissent dans ce mouvement ou le soutiennent de loin ou de près. Initié par Le Presque Grand Bounguili, ce mouvement s’affirme à travers des écrivain(e)s singulier(e)s, prolifiques et dont la polyvalence est sans aucun doute une aptitude prometteuse. Il fait sien ce leitmotiv camusien chanté par Pierre Claver Akendengué selon lequel L’ART EST L’AVOCAT DE LA CRÉATURE VIVANTE. #LoSyndicat voit dans sa littérature, en particulier, une opportunité de participer à l’éclosion de la liberté là où on l’embrigade sous diverses formes. Il a choisi la parole et ce qu’elle a d’audace en elle. Cette audace qui intime ses auteurs d’oser d’autres possibles, d’autres chemins, mêmes ceux réputés impossibles. C’est ce qu’il exprime d’ailleurs dans son ouvrage poétique collectif (premier d’une longue série ?) Souffle équatorial (Dacres, 2019) et dans le manifeste politique La Liberté est Têtue (KDP, 2020). Dans le même ordre d’idée, il lance le site internet www.lechantdepowe.com.

#LoSyndicat se positionne ainsi comme une alternative culturelle et socioéducative faisant la promotion des objets et initiatives culturels. Tout en postulant une forme nouvelle d’engagement, #LoSyndicat a aussi la quête esthétique comme deuxième pan de sa démarche fondamentale. Cette quête se traduit par un maniement efficace de la langue d’écriture où s’agrègent par endroits, des particularismes linguistiques locaux, nationaux, pour dire le réel de son temps.

Génération décomplexée, #LoSyndicat entend ouvrir un sillon nouveau dont la postérité se chargera d’apprécier l’impact, dans son intention de décloisonner la littérature gabonaise.

BL : L’on ne saurait parler de vous sans évoquer la Powêtude. Qu’est-ce que ce concept renferme en réalité ?

CI : Précédemment, je faisais allusion à « l’appel incessant du voyage des fleuves de toute la terre vers l’océan de notre Humanité ». À ce stade, la Powêtude est le courant qui semble porter le fleuve #LoSyndicat et le conduire vers cette destination. Tout cela est naissant et n’est forcément pas clair à définir. Mais s’il faut apporter des éléments qui la caractérisent, sans être exhaustif, je m’avancerais ainsi :

  • La Powêtude est née de la lutte qu’implique le contexte politique actuel au Gabon.
  • Ne pas avoir le courage de se taire. À la suite du processus électoral chaotique d’Août2016 au Gabon, la question du rôle de l’écrivain se posa à nous comme elle ne s’était jamais posée auparavant. Nous décidions donc d’être l’une des voix de ce peuple car il était hors de question d’avoir le courage de nous taire.
  • La Powêtude comme l’héritage et la perpétuation d’un long combat dont la Liberté est l’issue inaliénable.
  • L’esthétique littéraire et la quête esthétique. Explorer des nouveaux sillons, de nouveaux sentiers et de nouvelles formes d’écriture…
  • Esthétique d’une nouvelle utopie : réinventer l’Afrique à partir de ses propres narratifs et donc à partir d’elle-même (cf. A. Mbembe) : bien que loin du continent, nous écrivons tout de même à partir de LUI…
  • Nous n’écrivons pas pour notre petit monde, mais pour apporter notre fonds culturel à l’Afrique (apporter dans les luttes de l’Afrique), au monde …

BL : Quel bilan à mi-parcours pourriez-vous dresser au sujet de #LoSyndicat et de la Powêtude ? Les objectifs sont-ils atteints ? Quels sont les obstacles auxquels ces mouvements se sont heurtés ? Quelles sont vos perspectives d’avenir ?

CI : Je ne sais pas s’il est opportun de dresser un bilan ou des perspectives d’avenir. D’autant plus que nous n’avons pas l’intention de nous ménager et comptons suivre nos intuitions jusqu’au bout.

On pourrait parler du recueil de poèmes collectif Souffle équatorial dont les revenus sont directement versés à la bibliothèque communautaire « Le Maquis Bibliothèque »,qui est elle-même une initiative de deux membres de notre Collectif (Larry et Nanda). Du manifeste politique La Liberté est têtue dont les revenus sont versés à la bibliothèque communautaire « Imya ». De la collection Powêtudes qui verra ses premières parutions en 2021. Du Festival des poésies Africaines en ligne « Les Powêtudes » initié en 2020. De la Journée Nationale des Poésies des Indépendances (JNPI)avec des lauréats dans différentes catégories et dont les textes paraîtront dans un recueil en 2021. De notre site web « lechantdepowe.com » qui propose, par ses articles, une analyse culturelle et sociopolitique du Gabon, etc.

On pourrait mentionner tout cela et vouloir s’en contenter. Mais nous venons de tellement loin et le chemin que nous avons emprunté est tellement « long et en partie inconnu » que nous ne pouvons reposer sur si peu. Dans mon prochain recueil Au bord du fleuve qui paraîtra en début d’année 2021, la postface « Passion, Fureur et Révolte » revient d’une certaine manière sur cette question que vous posez.

BL : Que vous inspirent ces propos d’Alain Mabanckou, in « Jeune Afrique n°2845, juillet 2015″, propos tenus lors de la parution de N’être de Charline EFFAH :  » J’avais dit il y a plusieurs années que la littérature gabonaise « n’existait pas » : le Gabon a désormais une voix, une plume qui comptera parmi les plus talentueuses de la littérature africaine contemporaine. » ?

CI : Ce n’est certainement que la simple logique des choses que celui qui, un jour, remarqua l’inexistence de la littérature gabonaise soit celui qui vienne, tout compte fait, constater son existence [rires].

Pour ma part, je n’ai jamais rien vu de choquant dans ces propos, bien que je comprenne qu’ils puissent toucher l’égo de plus d’un ou que l’on soit tenté d’y répondre, légitimement d’ailleurs, en faisant l’inventaire des faits d’écriture de certains auteurs de notre Littérature. Je vais du principe qu’Alain Mabanckou est sans ignorer ces noms. Tant mieux que cela ait un peu réveillé et bousculé tout le monde, grand bien fasse à notre littérature.

En revanche, cela peut être l’occasion pour nous de nous interroger, car il nous questionne, à sa manière, sur l’« existence » de nos œuvres et de nos écrits. Que faisons-nous pour que notre littérature existe ? Quels autres lieux d’existence leur donnons-nous (nos œuvres et nos écrits) afin qu’ils puissent s’envoler et mener une existence propre aux yeux de tous et se téléporter en dehors de la prison du livre les contenant ? Quelles sont nos convergences et nos connivences afin de créer une synergie d’existence commune en tant que littérature gabonaise, loin de nos existences isolées, en notre sein pour commencer, puis comment cela converge-t-il vers des problématiques plus grandes que sont celles de notre continent et du monde ? Invitons-nous à exister alors ! Ou alors « Existons vivants », pour emprunter au peuple son expression.

Concernant Charline EFFAH, son talent mérite une telle affirmation, elle compte et comptera pour la littérature gabonaise avec bien d’autres. Et on ne peut que se réjouir de constater ce regain de vigueur que connaît la littérature gabonaise apporté par une jeunesse qui écrit de plus en plus. Mais ne nous méprenons pas, cette jeunesse à un héritage et des prédécesseurs qui à leur manière ont ouvert des sillons, n’en déplaise, tout comme d’autres qui malheureusement n’ont pu le faire, c’est à l’appréciation de chacun. Je vous invite à lire la postface de Souffle Equatorial « Écrire à partir d’une faillite », écrite par Le Presque Grand Bounguili, dans laquelle il est question d’héritage de « faillite » et « d’ordre ancien ». Vous verrez alors qu’il y a bien plus sévères envers la littérature gabonaise que les propos d’Alain Mabanckou [rires].

Pour finir sur cette question, on pourrait aller plus loin en se demandant pourquoi les acteurs de la littérature gabonaise ne se sont pas saisis de cette autrice pour en vanter les mérites ? Pourquoi aurait-il fallu attendre quelqu’un d’autre ?

Voyez-vous, peut-être que nous devons réellement nous poser des questions sur notre existence, s’il faille attendre que le « grand-frère » (en l’occurrence le Congo) vienne mettre en avant une plume prometteuse gabonaise [rires].

BL : Votre premier roman s’intitule : « Enomo ». C’est l’histoire d’un jeune qui, avant de s’envoler pour les études en Europe fait un tour au village. « Enomo » n’est-il pas votre double ?

CI : S’il s’avère l’être, c’est de manière inconsciente. En revanche, s’agissant d’un premier roman, avec la naïveté, l’imprudence et l’innocence du débutant, j’ai sans doute prêté à ce dernier quelques pans de mon enfance, de mes souvenirs, de mes idées et de mes projections. Par exemple pour raconter le voyage ralliant la ville de Port-Gentil et son village qui nécessite la traversée de la mer et de sillonner une partie du fleuve Ogooué, il faut l’avoir déjà fait.

Pour l’avenir mon vécu influencera certainement la suite d’Enomo. Piège dans lequel il ne faudra peut-être pas tomber pour ma part. Ce dernier se devra d’avoir son propre parcours et son existence propre.

S’agissant d’un roman d’initiation, sur le plan esthétique, on peut aussi constater que j’y ai, sans doute, transposé l’expression du balbutiement de mon écriture naissante en cherchant ma propre voie, avec maladresse parfois, on peut en convenir. On ne saurait dire s’il s’agit d’un récit ou d’un roman, d’autant plus qu’il y a quelques poèmes qui y sont insérés.

« Enomo » est en lui-même un récit et une poésie d’un monde qui se questionne au travers du voyage de l’esprit encore naïf, inconscient et sans doute avec le manque de justesse non seulement de l’adolescent Enomo (ses réflexions, ses craintes et ses doutes) mais aussi de la plume naissante de son auteur.

Enomo peut être à la fois une part de moi, une part de vous ; une part de modernité, une part du monde traditionnel ; une part de l’homme d’hier (le vieux Rengombi, son mentor), une part d’un monde d’aujourd’hui et de demain ; une part du monde rural qui se vide pour assaisonner le bouillon des bidonvilles ; une part du pittoresque oublié de l’arrière-pays, de la beauté de nos régions. Car la beauté à nos yeux n’est plus façonnée que par les lunettes des buildings et des autoroutes.

BL : Comment comprenez-vous aujourd’hui l’équation modernité-tradition et que préconisez-vous pour qu’à la fin, cela ne génère pas d’autres Samba Diallo en série ?

CI : En réalité, je pense toujours ne pas la comprendre, malgré le fait qu’y apporter une solution reste l’une des exigences de notre époque. C’est d’ailleurs pour cette incapacité à préconiser des solutions qu’il n’y en a pas dans Enomo, pourtant jalonné de réflexions politique, économique, philosophique, sociale et culturelle.

Mais je peux tout de même m’avancer en disant que si résolution il y a, elle ne peut l’être par le biais d’une course effrénée vers le modernisme qui se substituerait, par imposition, à la tradition. De même qu’elle ne saurait l’être par la tradition devenant un frein archaïque au lieu d’orienter la vision de la modernité que nous souhaitons.

Restant dans cette perspective d’apporter sa part au monde, à l’Humanité : quelle connaissance apporterons-nous à cette rencontre si nous ne nous connaissons pas nous-mêmes ? Si nous sommes des fleuves cavalant inlassablement vers l’océan de notre humanité : comment retrouverons-nous notre chemin si nous avons oublié le souvenir de notre source ? Quelle saveur apporterons-nous à celui-là si nous nous sommes défaits des courants qui façonnent nos spécificités ?

C’est en cela qu’Enomo est une invite à ne pas oublier ou à renouer avec nos traditions pour ne pas les rejeter par simple méconnaissance comme le disait Cheikh Anta Diop. De même que nous ne pouvons nous enfermer dans les traditions pour rejeter une certaine forme de modernité. Nous devons sans doute, sans ambiguïté, en extraire l’essentiel et se défaire de certains archaïsmes pour orienter notre devenir.

BL : Vous êtes aussi poète. Nous vous devons « Sos Motem » paru en  (2018) et sous-titré : « des chants d’août que monte le jour sublime. » Ce livre est un peu comme une rétrospective sur les élections d’Août 2016 au Gabon. Pourquoi l’avoir écrit et qu’avez-vous ressenti après?

CI : Le titre Sos Motem est inspiré d’une expression en langue Nzébi du Gabon que l’on pourrait traduire par « pose le cœur ». En effet, en Août 2016, nous avons vécu un processus électoral chaotique. Il faut le dire, nous vivions-là une situation sans précédent dans notre pays. Il était plus que nécessaire que nous nous ressaisissions pour mieux appréhender la situation et envisager des meilleurs lendemains.

Après introspection, l’une des raisons pour lesquelles je l’ai écrit était peut-être le fait que j’étais moi-même en état de choc et qu’il me fallait recourir, sans doute de manière inconsciente, à cette fameuse « force disloquante » que l’on reconnait à la poésie (la plupart des poèmes ont été écrits durant le processus électoral de 2016) pour me permettre d’opérer une certaine rupture. Convaincu, d’une manière ou d’une autre, des forces qui constituaient les ingrédients majeurs utilisés pour ce cataplasme : la poésie pour sa « force disloquante » ; le théâtre pour sa catharsis ; le conte initiatique pour, non seulement sa force prophétique mais aussi pour sa puissance de conjuration. Serait-ce donc là le ferment de notre substance de powêtes ? Le levain de nos polyvalences et de notre vivacité dans ce creuset qu’est la Powêtude ?

Je pense que c’est tout aussi le sang révolté du powête qui, comme la lave d’un volcan, a bouillonné dans mon encrier face à ce qui se présentait comme étant une injustice. Une injustice qui d’ailleurs semble m’habiter et ne plus me lâcher. Celle de voir des milliers de jeunes clamer haut et fort leurs aspirations, se rendre aux urnes, s’organiser pour sécuriser leur vote puis, assister à leurs désillusions ; les voir se réorganiser pour réclamer l’espoir qu’ils avaient mis dans les urnes. Il fallait que je me fasse, à ma manière, le témoin, le compagnon d’infortune et l’une de ces voix, comme bien d’autres, qui poussent un cri pour elle.

BL : Quel portrait dressez-vous de la jeunesse africaine et gabonaise en particulier ?

CI : Il m’est extrêmement difficile de brosser le portrait d’une jeunesse quand celle-ci fait face à de nombreux défis à relever et qui semble de plus en plus délaissée sur un échiquier mondial lui-même de plus en plus complexe. Parmi tant d’autres, on pourrait mentionner l’indifférence d’une grande majorité de ses dirigeants qui, ne comprenant rien aux enjeux relatifs à notre temps, refusent de se sortir de la nuit et« rentrent en reculant dans le 21ème siècle » empêchant, par la même occasion, à cette jeunesse de rêver, contribuant inexorablement à la maintenir dans des luttes qui ne devraient plus être celles de son temps. L’écartant des luttes prochaines et fondamentales qui l’attendent, cette jeunesse africaine, pour (re)penser et panser son continent, et orienter la pensée future de notre humanité. Pour preuve, nous assistons de plus en plus au recul de la démocratie par le tripatouillage des constitutions et dans le même temps à la condition des milliers de jeunes africains qui bravent les mers au péril de leurs vies.

BL : Avec Ilot de tendresse vous explorez l’univers érotique. Qu’appelez-vous « Erotisme métaphorique » ? Comment pouvez-vous l’expliquer en des termes plus accessibles ?

CI : Ilots de tendresse étant mon premier ouvrage dont le sujet est l’érotisme, en plus de la nécessité d’ouvrir un sillon dans la littérature gabonaise avec ce genre, du fait du caractère questionnant de l’érotisme, il me fallait, dans ma démarche, me questionner sur le type d’érotisme qu’incarnait mon écriture et où j’en étais par rapport aux figures tutélaires qui m’ont influencé dans ce genre. Pour une raison souvent évidente : la frontière parfois ténue entre l’érotisme et la pornographie. Tout cela mis bout à bout, mon érotisme (dans ce que je souhaitais lui donner sur le moment) était métaphorique, c’est-à-dire rechercher de belles images pour l’évocation ; et si mon regard s’avère trop déshabillant par inconscience, que la plume revêt la muse de métaphores. Une recherche métaphorique qui finalement reste au service de la recherche esthétique et du but recherché : susciter le désir, l’évoquer.

BL : Comment peut-on « Draguer notre humanité. » ?

CI : Je vous avoue qu’il s’agit d’un concept que je n’ai pas encore totalement exploré. Mais en quelques mots, il y a dans mon esprit deux manières de draguer notre humanité ou les moyens que nous pouvons nous donner pour atteindre ce but.

Le premier étant cette quête exprimée dans Îlots de tendresse. Rechercher de nouvelles manières d’aller au contact de la gente féminine dans les adresses que nous leur soumettons. De même que l’une des voies peut être celle de reconnaître au monde son salut et sa beauté absolue dans le mystère du féminin. Ainsi reconquérir notre humanité peut passer par contempler notre monde, notre terre dans la beauté des courbes féminines : un relief et un horizon qu’il me semble intéressant d’explorer. Et cela même en personnifiant la poésie.

Mais tout cela étant dit, demeure un questionnement : s’il est vrai que c’est d’abord pour elles et pour l’amour que nous leur portons que nous écrivons. Peut-on aimer décrire la beauté des courbes jusqu’à courir le risque de chosifier la femme ? Et ces femmes pour ou sur lesquelles nous écrivons, ressentent-elles encore le besoin d’être décrites de cette manière ?

La seconde manière, quant à elle, rejoint l’idée du voyage de nos fleuves vers l’océan de notre Humanité. Draguer notre humanité, c’est aussi plonger au plus profond de notre fleuve, nous retrouver et draguer le mauvais limon au fond de ce dernier pour éviter de drainer cela dans l’océan de notre humanité afin qu’il soit le plus pur possible.

Et sur ces sentiers, la route reste longue avec la compagne métamorphe « la poésie ».

BL : Quel était l’objectif de l’ouvrage collectif « La liberté est têtue » et quelle lecture faites-vous de la liberté sous les tropiques ?

CI : « La Liberté est têtue » est un manifeste politique collectif. Il vise trois objectifs. Le premier est celui de produire un discours littéraire rejoignant tous les actes posés par les Gabonais afin de dénoncer les dictatures qui sévissent en Afrique en général et au Gabon en particulier. En ce sens, le livre est aussi un legs pour ces Gabonais qui viennent, qu’ils soient au courant de nos idées en temps d’oppression, qu’ils sachent qu’en l’occurrence nous n’avons pas contempler mais qu’au contraire nous avons agi et dit non. Le deuxième objectif est de braquer les projecteurs sur un pan essentiel délaissé par les politiques gabonais : la culture. C’est dans cette optique que l’ouvrage, par les revenus engendrés, soutient la bibliothèque communautaire Imya à Port-Gentil. Ville qui, à l’instar du reste du pays, est un désert culturel. L’ultime objectif est purement esthétique : il s’agit pour le collectif #LoSyndicat d’impulser des œuvres singulières, uniques dans la sphère littéraire gabonaise voire afro descendante.

BL : Veuillez nous mettre dans l’économie de « Souffle équatorial ».

CI : « Souffle équatorial » est notre première initiative collective. C’est un recueil de poésie qui regroupe neuf auteurs gabonais éparpillés à travers le monde. Il évoque aussi bien les déboires de l’Afrique contemporaine que ses splendeurs, ses rêves, ses idéaux et l’espérance d’une renaissance à travers l’écriture de l’érotisme. C’est l’ouvrage qui a servi de creuset au collectif #LoSyndicat. Sa singularité est qu’il est le premier ouvrage du genre dont les revenus servent à soutenir une bibliothèque à Port-Gentil, à savoir Le Maquis bibliothèque qui promeut les littératures africaines et afrodescendantes.

BL: Quels sont vos projets ?

CI : Ils sont nombreux : des projets personnels, des projets avec mon collectif #LoSyndicat. Pour parler de quelques projets personnels, d’un confinement à un autre, m’essayant au poème autrement, je suis passé d’un essai à la réalisation d’un projet audio « L’orée des exils » sous un format que j’ai appelé « E&Powêtique » (paru le 25 décembre 2020) :  https://youtube.com/playlist?list=PLM36Uy42GY9SSvCwoN3aQjHWxIbVp349a

Ce projet étant donc un prélude à mon dernier recueil de poèmes « Au bord du fleuve » (paru en février 2021) :

https://www.laboutiquedacres.com/WebRoot/StoreLFR/Shops/64259879/604A/359E/9DB1/34CF/BFAF/0A0C/6D0D/3431/FP_au_bord_du_fleuve.pdf

BL: Mot de fin.

CI : Voici ma plume

Élixir du Powête en quête de remède aux maux de ce monde

Encoche d’une flèche tirée depuis le canon des entrailles des opprimés

Cyclone des sept chemins ouvrant des sillons utopiques dans l’oeil résigné

Frivole baladée dans le vent errant des tourments de la liberté

Scalpel des tumeurs entretenues par les dictatures de notre ère…

 

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