« Parce que beaucoup d’âmes sont mortes inutilement,

Parce que l’amour est devenu un boniment,

Parce que nos plumes demeurent vivantes,

Nous écrirons l’histoire à l’encre de nos errances les plus captivantes.

Parce que pleurer sur le sort ne sert plus à rien,

Parlons de l’histoire à notre manière,

Que cela fasse rire ou non. L’essentiel c’est de ne plus pleurer »

Pour toutes ces personnes victimes de l’extrémisme

Bringback our freedom!


PERSONNAGES

Coffi, fuyant les salafistes djihadistes boko haram, se réfugie dans un village improvisé nommé LA–RESISTANCE-MOBILE.

Gio, Journalistedahmanien. Fuyant la crise préélectorale qui sévit  au Dahmanie, se retrouve prit au piège dans LA-RESISTANCE-MOBILE à la frontière Dahmano-Nigeriane.

La cuisinière, espionne de l’armée nigériane en mission d’infiltration à LA- RESISTANCE- MOBILE.

 

ARGUMENT

Nous sommes à LA-RESISTANCE-MOBILE, une communauté composée de déplacés de guerre fuyant l’insurrection armée des salafistes djihadistes Boko Haram qui sévit au Nigeria. Un soir, suite à une panne d’électricité, la communauté panique, le chef se réfugie dans le tunnel lassant à la surface son fils Coffi chargé de surveiller le campement. Aidé par Giole dahmanien,les deux amis se cachent. Mais leur tranquillité sera troublée par l’intrusion de la cuisinière du chef. Coffi panique, l’accuse de trahison, et la torture.  La cuisinière n’est peut-être pas ce qu’elle prétend être. Coffi aussi. La vraie identité des trois devient alors un gros point d’interrogation.

PREMIER SOUFFLE : ALERTE DE NIVEAU 3

CHEZ GIO

La pièce est faiblement éclairée par une bougie posée dans un coin. Gio est assis à une table et nettoie son poste radio. Une grosse caisse à outils est posée dans l’angle droit. Le fauteuil préféré de Gio trône au milieu de la pièce.

Coffi:

(Arrive en courant. Tout en parlant,  il ferme les fenêtres, la porte, et place une table devant la porte pour la consolider.)

Ceci n’est pas un exercice! Ceci n’est pas un exercice ! Dit le chef d’escadron des archets avec rage. La situation est critique ! Eteignez la musique.  A coup sûr les guignols de l’invisibleprofiteront de l’opacité pour attaquer ! Préparez-vous à riposter.

Gio

Mais, de quel droit uses-tu pour jouer avec mes meubles ? Vous autres…Vousqui êtes de  famille noble, c’est cela votre apanage. Vous pensez toujours  pouvoir exprimer votre folie en toute impunité.

Coffi

Ce n’est pourtant pas un exercice. Ils sont en route, je te dis. (Il continue sa besogne. Il prend le vieux fauteuil posé dans l’angle et s’avance vers la porte…) L’heure est venue…

Gio

Stop ! Surtout pas le fauteuil. C‘est mon préféré. Mais que t’arrive-t-il ?

Coffi

Le noir, il fait noir…Les guignols de l’invisibles sont là.

Gio

(Il lui arrache le fauteuil et va le poser lui-même devant la porte.) Mon frère, à l’avenir sois plus clair quand il s’agit de sujet sensible.

Coffi

Tu as eu un temps de réaction de merde  et tu rejettes la faute sur moi ? Je constate avec grande désolation, que là-bas, d’où tu viens vous n’avez pas l’habitude des heures troubles.

Gio

Ne prends pas cet air hautain. Vivre constamment dans la peur n’est pas un luxe dont il faut se vanter. Je m’adapte, j’apprends à survivre.

Coffi

(Moqueur) tu ferais mieux de commencer à vivre. Tu pensais pouvoir échapper à ton destin par la fuite. Eh bien, désolé très cher. Tu t’es jeté dans la gueule du loup.

Gio

Moque-toi bien tant que tu le peux encore. Les guignols ne te feront pas grâce d’une dernière plaisanterie avant d’en finir avec tes jours de fuyardassermenté.

Coffi

Merci de me rappeler ce que je suis devenu depuis cette insurrection des djihadistes dans le coin. Je suis un fuyard et je l’assume. Je me demande seulement quel titre te conviendrait à toi, qui viens de l’autre côté de la frontière.

Gio

Demi-visionnaire. C’est ce que je suis. J’ai très vite compris ce qui se tramait en haut lieu et j’ai décidé de m’en aller. Mes cauris se sont cependant trompés sur le climat qui règne dans mon pays d’accueil.

Coffi

(Il s’arrête un moment. Il pose le petit tabouret qu’il avait en main.) C’est donc vrai. (Pause) C’est donc vrai ce qu’on raconte.

Gio

(Se retourne, attentif) Et qu’est-ce qu’on raconte ?

Coffi

Que vous, Dahmaniens, n’avez pas retenu la leçon. Que vous comptez toujours sur vos fétiches à deux balles, que votre roi à la pipe a retournés contre vousavant de déchirer son acte de naissance. Mais que votre nouveau patron a réussi à s’acheter ces fétiches à deux  sous pour briguer un mandat à durée indéterminée. Ah la corruption ! Même les fétiches se font avoir.

Gio

(Sourit.) Impressionnante, l’étendue de ce que votre réseau de Ibos-espions réussit à accomplir en terre étrangère. Ils feraient mieux de libérer nos rues et marchés pour organiser la résistance chez eux.

Coffi

Tu parles d’une résistance ! On se demande bien ce que tu fais dans un village improvisé par des victimes de l’extrémisme au lieu d’aller choisir les représentants de ton peuple à l’assemblée dahmanienne.

Gio

Moi je refuse de me faire avoir. C’est trop louche ce qui se passe chez moi. Alors j’ai questionné la sagesse ancestrale.

Coffi

(Il s’approche de Gio) Et donc ? (Coffi s’apprête à parler, mais il l’interrompt) Non ! Laisse-moi deviner. Le bon vieux fétiche corrompu  t’a recommandé la fuite. (Il éclate de rire)

Gio

Pense ce que tu veux. C’est bien trop complexe pour ta tête de Ibo. Et puis je n’aime plus parler de mon pays. Revenons à ce qui nous presse pour l’heure. Survivre à une prochaine attaque des Guignols de l’invisible.

Coffi

(Il se ressaisit) Tu  as raison sur ce point.  Il faut survivre. Mais je finirai par te faire parler du Dahmanie.

Gio

(Calme) Essaie toujours ! Il faut bien barricader toutes les issues. Aide-moi à déplacer la grosse caisse à outils. Trop de protection ne tue pas la résistance.

(Coffi l’aide à soulever la caisse. Ils la posent contre les chaises déjà posées sur la porte principale. Les deux amis s’assoient au milieu de la pièce à même le sol.)

Gio

Alors toi qui as la langue bien pendue, raconte-moi ce qui s’est passé au cours de la dernière invasion. Je verrai si tu as la mémoire aussi vive que ta langue fourchue. Et attention n’essaie pas de m’impressionner. Je connais l’histoire.

(Coffi se positionne devant son ami, inspire et expire)

Comme la dernière fois, nous sommes plongés dans le noir…Ma foi ! Nous étions en pleine récolte, ivres.  Fallait-il que cela arrive ?

Tout a commencé par la maison du chef. Dans le bureau ovale, les ustensiles de la cuisinière sombrèrent dans le noir. Elle n’y voyait  que du feu. Tenaillée par la peur, aiguillonnée par la crainte elle resta figée, tout en émoi. Tremblant comme une feuille de cajou jaunie par le soleil. A peine sentait-on couler dans nos veines le sang vermeil. Et le désir noir des guignols mijotait toute sorte de plan d’attaque. Nos guerriers, malgré l’opiniâtreté qu’on leur connait frissonnaient discrètement de panique. Ce n’est pas la peur de combattre qui anime le guerrier, mais plutôt la peur de ne pouvoir triompher. Ils firent malgré tout le choix du stoïcisme. Injuriant de toute leur force le fatalisme. Carquois garnis de flèches en bandoulière, couteaux et coutelas à la ceinture et ils combattirent l’ennemi sans revendication pécuniaire.

Gio :

Je t’arrête tout de suite. Trêve de sornettes. Nos soldats  n’avaient aucune chance face aux guignols. Et ça tu le savais. Pas d’explosifs, ni de kalache. Ils n’avaient pas de 12-7, de 14-7 comme au Milongo.  Et d’ailleurs comment peux-tu en parler avec autant de convictions. Tu n’étais pas sur le champ de bataille d’après mes investigations.

Coffi :

J’y étais, présent comme on est présent dans son corps. Je l’ai vécu comme on vit une journée de dur labeur au champ de manioc. Ce fut effrayant et fort. Rien de tel ne s’était passé depuis le raid de Maiduguri.

Gio :

(Continuant l’histoire, visiblement très emporté par sa narration) Les fils et filles De-la-Résistance-Mobile gisaient de douleur. Je m’en souviens très bien. Ces  Mange-tout de guignols emportèrent l’héritier du trône et douze jeunes vierges en pleurs. Malgré nos multiples indignations. Malgré les cris de cœur du jeune Okuta,qui ne cessait de chanter Bring back Our Girls, avec émotions. Pendant que d’autres  scandaient : Bring back Our King avec hypocrisie.

Coffi

(L’air furieux) Attention ! Ne confond pas les évènements, cher dahmanien. Tu parles là du rapt du 14 Avril 2014. 276 lycéennes embarquées par les guignols. C’était chaud et osé. Ne modifie pas les faits enfeignant de connaître l’histoire. Le drame a vite fait le tour du monde. Ces filles étaient tristement devenues célèbres. (avec dédain) Michelle Obama n’a pas trainé là-dessus. Bring back Our girls a-t-elle dit.

Gio

Tu ne sembles pas très ravi de son geste.

Coffi

Pour un geste, c’en était un. Y en a marre de ces personnes qui se la coulent douce dans leurs palais et qui n’hésitent à profiter des drames pour se taper une pub sur les réseaux.

Gio

La solidarité

Coffi

Que veux-tu dire ?

Gio

Ce geste dont tu parles avec tant de dédain, c’est de la solidarité.

Coffi

(Rires )Tu sais ce que j’aurais appelé de la solidarité ? Un raid de commandos américains à Maiduguri. Un assaut donné par la cellule anti-terroriste à Chiboke dirigé par Jacques Bauer en personne et supervisé par la meilleure de leurs analystes, Obrayane.  Ça, s’aurait été de la solidarité. Bring back Our girls, et puis quoi ? Sont-elles toutes revenues ?

Gio

(Moqueur) Face à ta naïveté je reste perplexe. C’est énorme comme idiotie. Tu vis dans les séries télévisées maintenant ? Eh bien dommage très cher. Il faudra te contenter des forces armées nigérianes.

Coffi

Je ne confierais même pas mon chien à ces gars. Tu sais ce que c’est qu’un flic ripou ? Je ne vois pas comment ils pourraient assurer notre sécurité. Bon nombre de ces gars ont participé aux massacres. Viols, meurtres, exécutions. Ils pensaient détenir des guignols, mais ils ont flingué pas mal de civils. En quoi sont-ils différents des truands ? Ils arrêtent des  suspects disent-lls. Mais ils restent des suspects. J’ai fini par comprendre qu’en guerre, l’enquête, la loi, c’est pour les chiens. Lorsque j’en attraperai un, je lui offrirai mon poing aux phalanges dures et ma flèche empoisonnée.

Gio

(L’air triste.) Tu as peut-être raison. C’est la guerre. C’est la haine. J’ai vu au Dahmanie à la télé ce que la guerre pouvait faire.  J’ai vu ces images vendues au monde par France24 à longueur de journée. J’ai regardé la mort faire sa fête en Syrie à en finir mon abonnement canal+. Je n’ai pas vécu la guerre, non. Je l’ai regardée depuis ma chambre payée à 25 mille francs le mois. Et j’ai pleuré. J’ai vu que la guerre toisait aussi le Dahmanie. Tout a commencé par ma garde à vue. J’ai été gardé à vue pendant trois jours pour les opinions que je défendais dans mon émission. Le commissaire a fini par me libérer sous convocation.  Alorsj’ai fui. Tu vois, Coffi, la guerre gagne du terrain. J’ai fui mais la guerre m’attendait sur le chemin. Elle m’a donc fait voir les nombreux tours qu’elle a dans sa besace. Meurtre à la machette, attentat, kamikaze. (silencieuxun moment). Mais bon, ce n’est pas le moment de remuer le couteau dans la plaie nigériane dans laquelle je me suis empêtré. Elle est béante et me fend le cœur.(Au bord des larmes)

Coffi

(Rires) Je n’en crois pas mes yeux. Tu fuis les législatives de ton pays pour venir jouer les âmes sensibles dans une autre guerre. Je n’en espérais pas moins de la France et des Etats-Unis.C’est bien triste le gène de la guerre et des insurrections armées. Mais ce n’est pas une raison pour dramatiser ce qui t’est arrivé au Dahmanie. Invente ce que tu veux. C’est un pays de paix et je rêve d’y aller, loin de tout ce bazar.

(Un bruit les interrompt. Un coup sur la porte. Puis un autre. La barricade cède. Une main se laisse voir. Les deux amis courent et empêchent la porte de s’ouvrir)

Coffi

Qui est là ?

Une voix

C’est moi !

Coffi

Négatif ! Identifiez-vous !

La voix

Puisque je vous dis que c’est moi. Ouvrez !

Gio

Madame la cuisinière, c’est vous ?

Coffi

(Bâillonne son ami avec ses mains) Idiot ! Aurais-tu oublié les consignes de sécurité en période de crise ? Nous sommes en alerte de Niveau 3 je te rappelle. (Il reprend sonsouffle, et continue)  Intrus OO1, je répète, veuillez-vous identifiez. Terminé ! A vous !

La voix

C’est moi, Odji…Ouvre cette porte Coffi avant que je ne fasse un malheur

Coffi

Aucun de nos agents ne porte ce pseudo. Et les propos menaçants ne sont pas vraiment favorables à votre requête. Veuillez-vous éloignez de la porte.Autrement, nous serons obligés de vous abattre. Terminé ! À vous !

(Silence. Les deux amis se regardent, inquiétés. Ils collent leurs oreilles contre la porte.)

Gio

(Las) c’est ridicule voyons. C’est Odjidrol la cuisinière.

Coffi

Comme tu peux être bête ! Ça se voit que tu ne maitrises pas ce genre de situation. Moi je survis depuis plus d’un an comme ça. Toi tu n’es là que depuis moins d’un mois et tu prétends flairer mieux que moi le danger ? Un terroriste, ça change de voix, de personnalité. Un Boko Haram, ça parle comme une femme juste pour pouvoir faire respecter la charia. Un Boko Haram ça ruse fort. Ils savent se cacher. Se fondre dans la masse. Cela fait plusieurs jours que mon odorat flaire leurs espions parmi nous. La cuisinière est l’un de mes susp…. (La cuisinière entre par la fenêtre. Coffi se couche à même le sol et se couvre la tête. En criant)

Mayday! Mayday! Mayday! Nous sommes touchés, on s’écrase, on s’écrase,

La cuisinière :

Eh bien, abattez-moi !

Coffi :

(Il se relève, étonné) C’est toi ? Tu aurais pu te faire tuer. Tu devrais songer à faire plus attention lorsque le village est en alerte de niveau 3. J’aurais pu te prendre pour un de ces djihadistes de Boko Haram. Une machette en pleine tête et hop ! Fausse commune.

Cuisinière

Ah oui ! Je ne vois pas comment. Puisque tu semblais faire tes prières du soir en bon musulman. C’est ton cou qui s’offrait bien à une machette.

Coffi

(Contrarié) ok ! Ok ! C’est bon ! Plus de peur que de mal femme.  On se calme. (Soucieux, iljette un œil par la fenêtre)Je me demande bien pourquoi tant de délestage  dans la région. Et pourquoi celle de ce soir dure autant. Gio, es-tu au courant des bruits qui courent ?

Gio:   

 (Riant) Au courant? Non justement, mais ça ferait du bien un peu de courant.

Cuisinière:

Il parait que le DG de la société bananière d’énergie électrique, SBCE,est un des leurs. C’est révoltant. Ces vampires assoiffés de sang. Si c’est vrai, tu peux être sûr qu’il est lui-même à l’origine de ces coupures dans notre région!

Gio :

C’est une possibilité. Comment veux-tu qu’on le sache si lui-même est d’origines incertaines. C’est un bout de bois de Dieu anonyme.

Coffi :

(Suspicieux, il s’adresse à la cuisinière. Il se rapproche d’elle.) Ce qui m’intéresse moi, là tout de suite, c’est de savoir d’où tu sors et comment tu es au courant de cette information

Cuisinière :

Au courant de quoi ?

Coffi :

(Menaçant) Ne me prend pas pour une andouille, un sot, un brèle.  Comment sais-tu pour le courant ? Le DG ? Comment ?

Cuisinière :

(Regarde la fenêtre, inquiète.) Je ferais mieux de m’en aller. Hum… Tu deviens flippant du coup. Un mâle en chaleur de par ces temps, ça n’arrange en rien mon cas.

(Coffi se met devant la fenêtre)

Coffi

Tu n’iras nulle part tant que je n’aurai pas tirer cette histoire au clair. Gio  vois-tu ? C’est une des leurs. Aide-moi à barricader cette fenêtre. (Gio reste figé et le regarde. Coffi  hurle) Fais-le ! Fais ce que je te dis, merde !

Cuisinière

Qu’est-ce qui te prend tout d’un coup. Tu es vraiment atteint mon cher. Cette guerre t’a complètement cramé le cerveau. Laisse-moi passer ! (Elle bouge et se retrouve nez à nez avec Coffi. Ce dernier sort son couteau)

Coffi

Essaie de passer et tu verras. Gio, vas-y prépare la pour un interrogatoire.

Gio

(Perdu, il tourne en rond)Mais comment ? Que faire ?

Coffi

(Furieux) Andouille ! Qu’aurait fait Jacques Bauer ?

Gio

Euh…Une chaise, de la corde pour attacher et des seringues, la stratégie de la mouche. Mais nous n’avons pas de seringue !

Coffi

On se contentera du couteau. Maintenant bouge ! (Gio s’exécute. Apporte une chaise, fait assoir la cuisinière et la ligote)

Cuisinière

Vous commettez une grave erreur. Gio, es-tu vraiment avec lui ?  Cautionnes-tu cela ?  Réfléchis

Gio

J’obéis aux ordres. Coffi dit que c’est pour notre bien d’être prudent. Alors parle et tu pourras partir. Moi je suis dahmanien et je fuis les législatives chez moi. C’est ma première expérience  enmatière de guerre. Alors je fais ce que le doyen dit. Lui, il connait la guerre et sait comment rester en vie. Et moi je veux rester en vie. Je ne cautionne pas la torture. Mais nous sommes en guerre.

Cuisinière

Le doyen ! Mon œil. Il est complétement parano. Et toi, tu es bête. Tu me le paieras Coffi. (Elle se débat de toutes ses forces.)Ton père ne te pardonnera pas cet acte de lâcheté : Torturer une femme au 21ème siècle.

Coffi

Pour le moment, mon père se cache dans le tunnel. C’est moi qui garde la maison. Tu as beau être sa cuisinière, pour moi tu restes une potentielle terroriste, espionne au service des guignols. Si Jacques Bauer faisait du sentimentalisme, l’Amérique ne serait plus qu’un résidu de déchets nucléaires.  Garde ta salive pour tout à l’heure. Gio, viens.Nous allons préparer le reste du  matos.

(Les deux amis sortent. La cuisinière hurle.)

Bring back my freedom! Bring back my freedom! God will kill you! Bring back my freedom!

(Noir!)

 

DEUXIEME SOUFFLE: POLITIQUE DE LA MORT

Chez Gio. Le courant n’est toujours pas revenu.La pièce est faiblement éclairée par une bougie posée dans un angle. . La cuisinière ligotée à la chaise, somnole. Coffi et Gio entrent.

Coffi :

Femme ! Tu n’auras plus bientôt le temps de somnoler. Es-tu prête à parler ?

Cuisinière

Oui approche. (Coffi s’exécute) Je te souhaite de mourir en plein midi.

Coffi

(Furieux) Ce n’est pas du tout malin de ta part. Donne-moi un nom. Combien êtes-vous ? Depuis quand es-tu infiltrée ? Tu ne veux toujours pas parler ? Ok ! Gio, brûle-lui l’œil gauche.

Gio:

Voyons Coffi ! Ça suffit maintenant. Ça se voit qu’elle ne sait rien.

Coffi :

Tu continues de faire dans le sentimentalisme ? D’accord, je vais te raconter une histoire. Sais-tu pourquoi m’appelle t-on Coffi ?

Gio :

(Après un moment de silence) Non ! Je me demandais bien par quelle alchimie un Ibo du Nigeria se retrouve à s’appeler Coffi

Coffi :

(Sérieux) C’est la guerre. L’insurrection. C’est par cette Alchimie que je suis devenu Coffi. J’ai décidé de me faire passer pour un Dahmanien pour me protéger. Il parait que les dahmaniens sont respectés dans la région à cause de leurs cauris et gris -gris.  C’est pour moi une bonne réputation en temps de guerre. Je rêve d’aller au Dahmanie pour trouver la paix.

Cuisinière

Tu peux toujours rêver. Cette guerre n’a pas fini de te bouffer. Tu resteras un pauvre Ibo sans envergure.

Coffi

(Il prend un tissu au sol et bâillonne la cuisinière)Ferme-la. Grogne  deux fois si tu te décides à balancer tes complices. (il se dirige vers Gio) En attendant parle-moi du Dahmaniedéserteur !

Gio

Pas question ! Je ne peux pas

Coffi

Tu ne peux pas ou tu ne veux pas ?

Gio

L’un et l’autre.

Coffi

Ne mets pas ma patience à l’épreuve. Je t’avais bien signifié que tôt ou tard il faudrait en parler.

Gio

N’insiste pas. C’est dangereux. On me surveille

Coffi

Qui donc ? Nous ne sommes que trois ici.

Gio

(Inquiet, il regarde autour de lui) Non ! C’est faux.

Coffi

Qui est là ? (Silence) Tu entends ? Il n’y a personne d’autre. Parle !

Gio

(il secoue la tête en signe de désapprobation.)Ouhoun ! Il est bien là

Coffi

Mais qui ?

Gio

Le fétiche du boss

Coffi

Mort de rires. Encore une histoire de fétiche. Je me demande qui est le plus parano de nous deux.

Gio

En la matière tu bats le record. Moi je suis juste réaliste. Ils sont partout. C’est comme ça que le boss du Dahmanie sait tout sur tout. (Il se ressaisit) Oh je parle beaucoup trop.

Coffi

(Furieux) Cesse de me prendre pour un con. Tu parles ou je te fais parler.

Gio

Je ne parlerai point.

Coffi

(Sourit)Je t’accorde la liberté d’expression que ton Pr te refuse au pays. Considère cela comme un nouveau départ pour ta carrière de journaliste aux abois.

Gio

Non merci. Si je ne peux parler au Dahmanie ce n’est pas dans ce trou d’Afrique que je le ferais.

Coffi

Très bien. Tu subiras le même sort que la cuisinière.

Gio

Cause toujours ! Je  ne dirai pas un mot de cette politique de la mort. (Paniqué) J’ai peur du monde. J’ai peur de toi. Tu n’es peut- être pas celui que tu prétends être. Tu es peut- être un dahmanien en mission d’infiltration. Chacun en nous, nous avons nos démons. J’ai peur ! (Il s’éloigne de Coffi à pas feutré. A reculons, il se dirige vers la porte. Coffi éclate de rire)

Coffi     

Pauvre imbécile ! Reviens ici. Si j’étais un espion je t’aurais abattu depuis. Mais j’insiste, parle-moi de ce qui se passe dans ton pays. J’ai besoin de savoir si ma solution de repli est obsolète. Je ne te veux aucun mal.

Gio

(Plus ou moins rassuré) Si tu le dis. Mais je n’irai pas dans les détails. (Il revient sur ses pas. S’assoit ducôté droit de la chaise de la cuisinière. Coffi le rejoint et prend le côté gauche.)

Au Dahmanie c’est vrai nous sommes apparemment en paix. Mais c’est juste une apparence. Après la gouvernance de Tipinti menée par l’ex-boss, c’est maintenant la politique de la mort qui nous pend au nez. La guerre s’invite chez nous sans carte. Et ça commence par les législatives. Le peuple refuse une élection sans opposition. (Il se ressaisit) oh je parle trop ! La police…républicaine… ! (Il regarde derrière lui) Il y a quelqu’un ?

Coffi

Il n’y a personne. Continue.

Gio

Non j’ai fini. Tu as une idée de la situation.

Coffi

J’ai besoin de détails.

Gio

Je n’en ai pas.

Coffi

Veux-tu passer sur la chaise comme elle ?

Gio

Ta chaise n’est pas électrique. J’accepte volontiers. (Coffi s’approche de lui. Gio recule et contourne la cuisinière attachée sur la chaise. Elle grogne. Les deux amis se poursuivent.)

Gio

(Apres un moment, essoufflé) D’accord arrête de me poursuivre comme un enfant en quête de friandise. C’est une politique de la mort et c’est tout ce qu’il faut savoir. Revois ta solution de repli cher ami. Le Dahmanie n’est plus sûr. La terre n’est plus sûre. Il faut s’en aller. Toutes les nations mènent une politique de la mort. La France, les Etats-Unis, la Syrie, l’Algérie, la Russie, nos deux frères jumeaux Corées du Nord et du Sud. (Ils’assoit) Ces derniers sont assis chacun sur une bombe dont les Etats-Unis détiennent le détonateur. Que se passera-t-il lorsque que le protecteur se retournera contre son protégé et vice-versa ? Hein, dis-moi.  La politique de la mort, c’est vieux comme le monde. Et c’est le tour du Dahmanie. Election sans opposition. Le législatif est pris en otage et le pays avec. Arrestation sans mandat, charres de guerre déployés en patrouille. La police protectrice du peuple est devenue un robot à la botte du boss. Voilà tu voulais l’entendre. J’ai parlé. (Lesyeux perdus dans le vide) D’ailleurs j’ai parlé et je ne suis pas pour autant libre de retourner au Dahmanie. La terre mène une politique de la mort. Il faut s’en aller.

Coffi

Mais où donc aller ?

Gio

Sur mars.

Coffi

Tu ne manques d’imagination. (Ironique) Mais dis-moi, vous qui avez des fétiches, ne peuvent-ils rien pour vous ?

Gio

Ouais ! C’estça. Ne connais-tu pas l’adage ? Le chien du roi est le roi des chiens.

Coffi

Donc par syllogisme ça donne, le fétiche du Pr est le Pr des fétiches. (Rires) J’avoue que c’est classe. Le Pr a son propre fétiche ! Cool ! Cool ! Cool ! Tout le panthéon serait à sa botte ?

Gio

(Sérieux) Cher ami, j’en ai  beaucoup dis. S’il te prend un jour l’envie de bavarder ne me cite pas comme ta source. Sois  gentil, fais porter le chapeau à internet.

(Plongés dans leur discussion, les deux amis ne se sont pas rendu compte que la prisonnière s’était libérée. Un bruit les interrompt. La fenêtre est ouverte)

Coffi

Comment est-ce possible ? Elle s’est échappée. Comment as-tu fait ses nœuds ? Merde ! Nous sommes  foutus.

Gio

Du calme. C’est juste la cuisinière. Elle n’est pas des leurs.

Coffi

N’as-tu jamais vu un kamikaze ? Ils sont prêts à mourir. Si elle n’a pas parlé, figure toi que c’est parce qu’elle est prête pour le grand voyage depuis des lustres. Les guignols sont des suicidaires nés.

Gio

Alors qu’allons-nous faire. Elle pourrait revenir d’un moment à l’autre accompagnée.

Coffi

Barricade la fenêtre, la porte à nouveau pendant que j’essaie d’envoyer un Sos dans le tunnel. Ca y est. Nous y sommes. Cette fois nous allons nous battre.

(Gio revérifie la sécurité de la porte et de la fenêtre qu’il renforce où il le faut. Coffi sort. Dans un mouvement désinvolte, il éteint la bougie. La salle est plongée dans le noir.)

 

TROISIEME SOUFFLE : A CHACUN SA RESISTANCE

Noir. La cuisinière est accroupie devant la fenêtre. Gio entre et allume la bougie. Il aperçoit sa silhouette et panique.

Gio

Je ne suis pas armé. Et vous ?

Cuisinière

Moi oui. J’ai un 45 sous mon pagne. Tu veux voir ?

Gio

Non merci. Qu’est-ce que vous me voulez.

Cuisinière

C’est simple. Etre disculpée des accusations de trahison.

Gio

Et pourquoi cachez-vous un 45 sous votre pagne ?

Cuisinière

Pour te faire plaisir voyons.

Gio

J’ai bien peur de ne pas comprendre. Arme ? Plaisir ? Pagne ? Où est le rapport.

Cuisinière

Dans ton pantalon.

Gio

(Gêné) Vous me prêtez des intentions.

Cuisinière.

Non je te les offres.

Gio

Quoi ? Les intentions ?  Ou votre 45 ?

Cuisinière

Les deux.

Gio

Dites-moi d’abord si je peux vous faire confiance.

Cuisinière

Bien sûr que non. You can’t. Mais je peux t’offrir mon 45 pour que tu défendes mon cas auprès de ton ami.

Gio

Je ne suis sûr de comprendre. Vous m’offrez votre 45 pour que je vous sauve la vie ? Je peux bien décider de vous abattre. Vous en avez conscience ? You are…. stupide !

Cuisinière

Non je n’ai plus de conscience. Je crois juste en moi et en mon 45 que je t’offre. Viens, prends-le, là ,tout de suite sur la caisse à outils. Je n’opposerai pas de résistance. Don ’t  be afraid !

Gio

C’est maintenant que je te vois venir. Are You crazy? Non merci je n’en veux pas. Nous sommes en guerre. Je n’ai point besoin d’une distraction.

Cuisinière

Quoi ? Mon 45 ? Une distraction ? La guerre c’est la guerre. Le terrorisme c’est le terrorisme. Et nous autres femmes ne sommes pas une distraction mais des armes. Je t’en donne une pour te libérer de ce parano.

(Coffi entre machette à la main.)

Coffi

Je vois que la femme est revenue dans le jardin pour s’offrir un autre mangeur de pomme.

(La cuisinière se cache derrière Gio.)

Gio :

Je pense qu’on devrait la laisser tranquille. Elle n’est pas dangereuse. En plus elle est revenue. J’en conclus qu’elle n’a nulle part où aller.

Coffi

Si tu t’en portes garant, d’accord. De toutes les façons je suis occupé pour le moment.

Gio

As-tu réussi à joindre le tunnel ?

Coffi

Non. Nous sommes seuls. C’est trop calme dehors et j’ai un mauvais pressentiment. Pour l’heure j’établie un plan pour nous sortir d’ici. Direction, le Dahmanie.

Gio

Le Dahmanie ? Non ce sera sans moi. Mais pour ton plan de sortie, réfléchis. Qu’aurait fait ton père ?

Coffi

Il aurait fui. C’est ce qu’il a fait. Nos éclaireurs m’ont rapporté que les guignols sont en route. Ils auraient même déjà des yeux ici. Je…je…. Je ne trouve pas de solution. Nous sommes pris au piège.

La cuisinière :

Moi je sais ce qu’il faut faire. Donnons-leur, le fils du chef. Il pourrait leur plaire.

Coffi

Femme sois maudite à l’instant où tu dis une telle énormité.Si je suis livré à l’ennemi comment assurer la postérité ? Quand allez-vous apprendre à réfléchir, femmes ? Il suffirait de vous laisser faire et bonjour le drame.

Cuisinière

Ce sacrifice devait être fait par ton lâche de père. Est-ce de ma faute s’il n’en a pas assez dans le pantalon? Il t’est aisé d’afficher ta misogynie sans artifice. Ilfaut vraiment que tu mettes en cause de la femme, la capacité ? Juste pour une question d’électricité. Qu’espérez-vous avec cette attitude ? Rien de beau ni de bon ne sort de la cervelle d’un chef qui face à l’ennemi titube. Rends-toi et tu limiteras les dégâts. Rends toi si vraiment tu es le fis du chef.

Coffi

Qu’est- ce que tu insinues ? Que je suis un imposteur ? Ne me donne pas des raisons de te remettre sur la chaise.

Cuisinière

C’est toi qui le dis. Je me suis renseigné sur toi.

Coffi

Attention femme ! C’est la belle preuve que tu n’as grandes capacités.Tu n’es bonne qu’à la cuisine. Non j’oubliais, tu sais aussi  te faire sauter par mon père en catimini, et puis après dans la cour en présence de ma mère, tu le mines.Le chef, c’est comme le président  des Etats-Unis. En période de crise, il se terre dans le bunker. Et ne négocie pas avec les terroristes. Il me plairait bien de te donner des  cours en  politiques sur la gestion de crise. Mais je préfère être misogyne. Contente-toi de défaire ton pagne. (Rire moqueur)Ce n’est pas croyable et dire que tu viens ici jouer les furies.Regarde-moiça, Gio.Tu vois ? C’est la prostituée qui se fout du trottoir

Cuisinière 

Furieuse

Je vais te faire avaler ta …

Gio

Personne ne va rien avaler ici. Tant qu’on ne sera pas sorti de crise. Tant que l’électricité ne sera pas rétablie. Tous les trois allons-nous préparer pour parer l’effet de surprise.

Cuisinière

Mais avec quoi ? Les bras les plus valides ont fait dans leur froc et se tiennent cois. Ou mieux, cet imposteur les a tous assassiné et enterrés quelque part en commençant par le vrai fils du chef.  Allons-nous livrer batailles à trois ?  Surtout pas avec ce trou du cul qui se prend pour le fils du chef. Je te  livrerai moi-même aux guignols. Il serait plus facile pour moi de dire Bring backOurSmall King avec des larmes  de crocodile, que de pleurer les filles, bring back our girls. Alors Gio je te le demande, faut-il livrer bataille avec ce…

Gio

Il nous faut quand même livrer bataille. Et tu n’as aucune preuve de ce que tu avances.

Cuisinière

Non tu as tout faux. J’étais sur le point d’en trouver.

Gio

Ecoute femmes, cesse de nous mettre en pétard. Si ces Mange-tout là-bas au dehors te foutent le cafard, alors tu peux nous laisser en homme régler ça.

Cuisinière

Pétard, cafard, régler ça. Et puis encore quoi ?

Coffi

Et puis rien. Tu la fermes et tu nous fais à manger pendant que nous définissons la stratégie d’attaque. Au moins tu auras servi à quelque chose de bien.Et j’insiste, un bon repas. Pendant que Gio m’investit chef par intérim. C’est parce moyen que nous réussirons à franchir la frontière pour le Dahmanie.

Gio

(S’approche, Solennel)

En vertu des pouvoirs qui ne me sont pas conférés. Mais vue le cas de nécessité, je t’investis, Coffi- junior DUMARIGOT, chef du village par intérim et commandant suprême des archets. Mais je n’irai pas au Dahmanie- Centre. Je me trouverai un abri à la frontière.

Cuisinière

Morte de rires…Où sont les archets ? Tu parles d’un marigot ! Un commandant

(La cuisinière prend Gio et lui parle en aparté)

Cuisinière

Ne penses-tupas que pour introniser le chef il faudrait  faire une enquête de moralité ?

Gio

Un procès tu veux dire.

Cuisinière 

Euh appelle ça comme tu veux. Je dirai un procès déguisé. Et qu’est ce qui te dit que  toi-même tu ne pourrais être le chef.

Gio

N’est-ce pas là du diviser pour régner ? Je ne conçois guère cette pratique.

Cuisinière

Ne sois pas naïf. Je serai le juge et en même temps la partie.Puisque nous ne sommes que trois ici,il te suffit juste de retourner ta  veste. Et le tour est joué.

Gio

Et toi qu’est-ce que tu y gagnes à ce que je trahisse mon ami ?

Cuisinière

Le changement. Une ère nouvelle. Toi la liberté. Tu vois qu’il veut te ramener au Dahmanie. C’est un agent infiltré.

Gio

Ne me prend pas pour une tête de linotte. Une personne capable de commanditer un coup d’état est censée être plus ambitieuse.

Cuisinière

Bon ! Je le concède j’en veux plus.

Gio

Quoi donc ?

Cuisinière

La vice-chefferie.  Etre la première femme à briguer ce poste dans ce village.

Gio

Bien. Mais comment comptes-tu m’offrir la chefferie et t’offrir par la même occasion la vice- chefferie ?

Cuisinière

Wait and see. J’ai des infos sur lui qui t’intéresseront.L’heure n’est plus à se demander par quelle alchimie Eve convainquit Adam de croquer dans la pomme. En la matière les femmes n’ont plus rien à prouver.

Gio

Bien. A toi de jouer. Marché conclu. Maistu n’as pas intérêt à me doubler

Coffi

(Ecoutant de loin, les interrompt) Avez-vous fini votre sale besogne ? Jamais mon ami ne me trahira

Cuisinière

Je suis morte de rires. Que c’est touchant. Il y a encore un peu de confiance dans ce cœur naïf. Messieurs, vous n’êtes pas sans savoir que nous ne pouvons faire assoir un nouveau chef sans une enquête de moralité. Et vu que les ennemis sont déjà à nos portes nous ferions mieux de nous empresser. Vules circonstances je vais procéder à la vérification de la moralité des candidats au trône

Gio

Des candidats ?

Cuisinière

Oui, des candidats ! Mais qu’est-ce que tucrus ?

Coffi

Gio tu oses ? !

Gio

Il nous faut changer de mains.

Coffi

Comment oses-tu ? Le pouvoir est mien. Je suis fait pour ça. Toi tu es bon pour être le planton.

Cuisinière

Allons messieurs. Calmez-vous. Je vais devoir trancher. Ouf ! Ouf ! On dirait des bambins se disputant un croissant. Mr Coffi DUMARIGOT aspirant au trône, avez-vous les aptitudes requises ?

Coffi

Bien sûr que oui.

Cuisinière

Cette information est contraire aux données que nous avons sur vous. En effet lors de notre enquête de moralité nous avons enregistré des plaintes qui nous donnent le droit de vous inculper pour faux et usage de faux, usurpation d’identité et tutti quanti…

Coffi

Quels genres de plaintes ? Je suis irréprochable. J’ai toujours respecté les lois de ce village.Cuisinière

Sauf une seule.

Coffi

Laquelle ?

Cuisinière

La plus importante de toutes.

Coffi

Assez joué. Parle maintenant ou tais-toi à jamais.

Cuisinière

Vous le savez bien messieurs. La loi de ce village en son article 118-ABC-32 de la charte disciplinaire votée suite à l’invasion surprise des guignols de l’invisible stipule en son alinéa 15b ce qui suit : « Aucun membre de LA-RESISTANCE-MOBILE n’a le droit de se faire passer pour un autre à l’intérieur du campement. Les missions d’espionnage se limitant uniquement à l’extérieur du territoire de la RESISTANCE. »Coffi, ça te revient maintenant ?

Coffi

Je ne vois toujours pas où tu veux  en venir madame la juge.

Gio

Parle Odji. Coffi ne serait pas Coffi ?

Cuisinière

Si ! Coffi est bien Coffi. Mais il n’est pas Nigérian. C’est  l’un de tes compatriotes.

(Coffi, démasqué, sort une arme et la pointe sur Gio. Il les tient en joue)

Coffi

Sergent en chef Aris OGOUDJOBI de la garde républicaine, affilié au service de renseignement du chef de l’Etat dahmanien. Mains en l’air mon frère. C’est fini, je te ramène au Dahmanie. Veuillez me donner vos armes sans faire de geste stupide.

Gio

Tu ne t’appelles même pas Coffi. J’ai vraiment été naïf

Cuisinière

Cela fait des mois que je me renseigne sur cet imposteur. J’avoue que c’était du génie le coup de la panne d’électricité. Je n’ai pas eu du mal à faire parler le DG de la SBCE. Qu’as-tu fais du fils du chef ?

Coffi

Ligoté et enfermé avec tous les autres dans le tunnel. J’avoue que tu es plutôt bonne enquêtrice. Je ne te veux aucun mal. Ma mission est différente de la tienne.

Cuisinière

Et pourquoi m’avoir torturé ?

Coffi

Je devais m’assurer que tu n’en savais pas trop. Mais je vois que mon interrogatoire n’a pas vraiment marché, collègue.

Gio

Collègue ? Attendez un instant. Odjidrol, toi aussi, tu n’es pas toi ?

Coffi

Je te présente IGUZEMA IGUE des forces Armées nigérianes. Elle rassemble des renseignements depuis des mois sur les guignols de l’invisible. Désolé d’avoir troublé ta mission. Maintenant va avertir l’armée de l’attaque qui s’annonce.

Cuisinière

Quoi ? La menace est bien réelle ? Je pensais que c’était du bluff pour avoir le temps d’abattre le journaliste bavard sans témoin.

Coffi

Désolé ! Les guignols arrivent. Ils n’hésiteront pas à faire un massacre pour faire respecter la charia. Cette résistance est un obstacle pour leur  projet. Va, alerte l’armée, et laisse-moi ramener ce journalise dahmanien au bercail.

Gio

Ne  le laisse pas me ramener au Dahmanie. Je suis un homme mort.

Coffi

Tu es mort de toute façon. J’avais pour ordre de t’abattre. Mais je t’ai épargné.

Gio

Pourquoi donc ? Pour le plaisir de m’humilier?

Coffi

Non pour la survie de la résistance.

Gio

J’ai peur de comprendre.

Coffi

J’ai retourné ma veste. Il y a de cela deux semaines. J’ai reçu un contre ordre d’un général haut placé. Ma nouvelle mission est de te sortir de cette guerre pour te préparer à mener la tienne. C’est ainsi que commença la mission : nom de code Rat –géant- indigo -bleu. Pour les profanes nous l’appelons A CHACUN SA RESISTANCE.

Gio

Mais tu viens de dire que tu travaillais aux renseignements. Donc aux ordres du Pr.

Coffi

Je t’ai dit que j’étais du renseignement. Mais je n’ai jamais dit que je cautionnais ce qui se passe au Dahmanie. (Gio respire. Et baisse les mains) Viens frère. Rentrons au pays.  Laissons les guignols de l’invisible aux forces armées nigérianes. A chacun sa résistance. Allons organiser LA NOTRE. (Les deux dahmaniens se serrent les mains. La cuisinière regarde par la fenêtre un moment. Coffi s’adresse à elle)Nous sommes solidaires du drame qui sévit au Nigeria mais en ces heures où des foyers de tensions naissent partout dans le monde nous avons besoin que chacun reste chez lui pour mener la lutte. (Un coup de feu l’interrompt)

Cuisinière

Venez, ils arrivent. Il faut partir. Maintenant. Je connais une sortie secrète. (Des coups de feu sont tirés. Les guignolsde l’invisible hurlent) ALLAH AKBAR ! (explosion)

 

Porto-Novo le 26 Avril 2019