« L’univers littéraire s’enrichit au jour le jour avecl’éclosion de nouveaux talents. Liéma BISSOUMA, originaire de la Côte-d’Ivoire, docteur en psychologie, entend mettre sa plume au service de ses patients et en particulier des femmes. Elle a publié « Agonies féminines », un recueil de poèmes. Elle a accepté de se prêter à nos questions. Nous l’en remercions infiniment. »

BL : Bonjour Madame Liéma Bissouma. Nous sommes honorés de vous recevoir sur notre blog. Merci pour avoir accepté de vous prêter à nos questions. Une petite curiosité pour commencer : que signifie « Liéma », le prénom que vous portez ?

LB : Liéma est un prénom en ethnie bhété qui signifie « celle qui est source de richesse ».

BL : De vos premiers vagissements à ce jour, le chemin a été long et rempli de joies et d’aspérités. Que pouvons-nous savoir de votre parcours ?

LB : Un chemin long et pleins de joie et d’aspérités…oui…un chemin parsemé de moments d’exaltation et de chutes (parfois fracassante) mais où toujours le bonheur et la miséricorde ont surabondé. Je suis le 2ème enfant de ma mère, mon père est décédé quand j’avais 15 ans, mon enfance et mon adolescence ont été heureuses. J’ai fait des études, je travaille, j’ai mes enfants, je ne me suis pas mal débrouillée… et puis un matin j’ai écrit un livre.

BL : Quand vous étiez petite fille, jouissiez-vous des mêmes prérogatives que vos frères ?

LB : Absolument. Et je dirai même un peu plus. J’en ai l’illusion en tout cas…

BL : Vous êtes docteur en psychologie. Pédopsychiatre, vous vous vouez essentiellement aux soins des enfants et des adolescents. Qu’est-ce qui vous a conduite à épouser cette profession ?

LB : Quand j’étais adolescente et jeune adulte, j’ai été dans la pastorale des jeunes de mon diocèse, j’ai été présidente de Comité jeune, présidente de chorale…J’ai côtoyé la souffrance psychologique des enfants et des adolescents j’essayais d’aider comme je pouvais, et je faisais mes études de médecine…en 6ème année j’ai fait un stage de psychiatrie et là, je me suis dit que voici une discipline par le biais de laquelle je pourrais être un peu comme l’oreille ou la main compatissante de Dieu, un secours pour l’homme en détresse… Je me disais que peut-être qu’en aidant les enfants et les adolescents à aller mieux psychiquement, il y aurait moins d’adultes « fous ».

BL : Vous êtes mère de deux enfants. Etre épouse et mère de famille et travailler : à quoi cela engage-t-il fondamentalement ?

LB : J’ai un emploi particulier et un boulot assez prenant. Etre mère de famille est donc un parcours de combattant… Il faut savoir trouver un équilibre, je ne suis pas totalement sure d’y être arrivé mais bon…J’essaie d’être présente pour les enfants et pour mes patients…J’ai fini par trouver une astuce, j’emmène mon fils au travail à chaque fois que c’est possible…Il se prend actuellement pour le directeur de l’institution où je travaille (rire !!!)

BL : Entre votre plume et votre profession, quels types d’interactions existe-t-il ? Quelles influences votre plume exerce-t-elle sur votre profession et quelle est la part de cette dernière dans votre production littéraire ?

LB : Ma plume s’est mise à virevolter quand je faisais mon doctorat de psychologie… je crois que c’est plus ma profession qui influence ma plume… Ecrire me permet une certaine catharsis. Mon travail est de faire avec les mots/maux pour leur donner un autre sens …Ecrire traverse tout ce que je fais, la plume et ma profession sont liées.

BL : En dehors des définitions classiques que l’on a de la poésie, la pédopsychiatre que vous en a la sienne propre. Comment pouvez-vous, à partir de votre histoire personnelle et de votre métier et des expériences que vous y faites, définir la poésie ?

LB : La poésie est pour moi comme le souffle qui soulève les maux pour les façonner en des mots qui transcendent ses fameuses aspérités existentielles. La poésie est une énergie qui transforme.

BL : Votre dernier recueil de poèmes s’intitule « Agonies féminines ». Qu’est-ce qui vous l’a inspiré ?

LB : J’avais écrit toute une série de texte au cœur des aléas de la vie… en les rassemblant, Agonies féminines est apparu… le recueil parle de toutes nos agonies, que nous soyons homme ou femme, et de la force intérieure qui permet de les surmonter avec l’aide de Dieu

BL : Le titre « Agonies féminines » sous-entend que les femmes agonisent plusieurs fois puisque dans le titre agonie est au pluriel. Pourquoi le pluriel ?

LB : Le pluriel pour toutes les agonies que tous, homme ou femme, nous vivons… il est vrai qu’une personne (et pas seulement une femme) peut agoniser plusieurs fois, dans plusieurs domaines de sa vie… agonie pour toutes les situations qui nous confrontent à nos limites et aux gouffres quels qu’ils soient

BL : Qu’est-ce qui est à la base de toutes ces ‘’agonies’’ que vivent les femmes ?

LB : Beaucoup de choses… des questions intérieures, des choix pas bien réfléchis, une rencontre, une rupture, une espérance et une désespérance, un échec, la mort sous toutes ses formes, l’amour…

BL : On pourrait alors être de se demander si ce n’est une fatalité que de naître femme sous les tropiques.

LB : Je ne pense pas que ce soit une fatalité, je pense que c’est un privilège… et je le pense vraiment, il faut du courage pour être femme et le rester

BL : « Agonies féminines », un cantique à l’espoir certes. Mais n’est-ce pas aussi un cri féministe ? Si oui, comment comprenez-vous ce concept et comment expliquez-vous l’ampleur qu’il prend de plus en plus dans le vécu de notre société ?

LB : « Agonies féminines » n’est pas du tout un cri féministe, c’est juste un cri du cœur qui cherche un souffle nouveau. Je ne suis pas féministe…je crois en la féminitude, la capacité à être pleinement femme dans l’acceptation de soi de son sexe, de son rôle, de sa place, de sa position, loin des clichés réducteurs et loin des arènes… Je n’ai pas besoin de dire que je suis une femme, pour l’être…je n’ai pas besoin que l’autre me voie comme une femme et me respecte comme telle puisque déjà je suis femme, je le sais, je le sens et je l’assume.

BL : Qu’est-ce que la poésie peut apporter fondamentalement à nos frères et sœurs éprouvés dans leur système nerveux et que nous appelons malades mentaux ?

LB : Il y a un courant qui s’appelle poésie-thérapie…c’est l’utilisation de la poésie comme moyen thérapeutique. Mon 1er poème publié l’a été aux Editions Folazil en France, l’éditrice est une psychiatre qui a beaucoup utilisé la poésie comme moyen thérapeutique avec ses patients. J’ai expérimenté pour moi-même comment la poésie permettait d’avoir du baume au cœur et soulageait la souffrance psychologique… quand vous arrivez à mettre des mots là où la parole s’étouffe à cause de la souffrance psychologique, vous entamez le chemin de la guérison.

BL : Comment arrivez-vous à harmoniser votre vie entre le fauteuil et la cuisine au point de trouver du pour écrire des poèmes ?

LB : J’aime la cuisine !!!! Tout est une question d’organisation

BL : Quand vous empoignez votre plume, de quel type de complexe pensez-vous libérer vos patients qui vous liront peut-être un jour ?

LB : J’aimerai bien que chaque lecteur se libère de la dépendance affective et de la négation de soi pour s’assumer. il faut que nous assumions nos vies, les plus et les moins, il faut en finir avec l’auto-flagellation pour pouvoir avancer

BL : Une mère de famille, psychologue et auteure ne voit certainement pas la société de la même manière que les autres. Quelles sont les plaies que vous diagnostiquez et dont il urge qu’on soigne le monde de ce temps ?

LB : Question difficile… j’ai envie de dire que trop souvent nous jouons aux autruches… il faudrait que nous soignions notre estime de nous-mêmes pour une vie plus assumée et plus authentique. Oser être soi

BL : Pensez-vous que les noirs aient déjà réussi à reconquérir leur peau noire et à se débarrasser de leurs masques blancs ?

LB : Autre question difficile… chacun de nous lutte avec ses masques et ses marques, la dualité noir-blanc s’infiltre partout et s’exfiltre nos questions ontologiques…chacun cherche ou non une réponse et là le jeu de masque à toute sa place… certains y arrivent d’autre peu…reconquérir la peau noire ??? c’est une vraie problématique

BL : L’on ne peut être africain et demeurer de nos jours insensibles à la question de l’indépendance des pays africains et à la problématique du CFA. Comment expliquez-vous sur le plan psychologique les diverses réactions et effervescences relatives à cette problématique ?

LB : Cela pourrait s’expliquer par le désir d’indépendance et de reconquête de soi…mais le soi est au regard des autres… vouloir rompre des liens pré-existants est légitime mais pour s’attacher à qui ? à quoi ?… Cette question me fait penser aux velléités d’indépendance de l’adolescent qui veut se détacher de ceux qui l’ont fait/construit (les parents) alors qu’il n’a pas une démarche assurée et qu’il est en lutte avec lui-même et en butte avec des questions essentielles… se séparer est pourtant une étape nécessaire…alors un jour certainement qua quand les pays africains auront atteint une certaine maturité et une pleine conscience d’eux-mêmes, de leur qualités et capacité et qu’ils se seront affranchis du regard, de la parole et de la main tuteurant de l’occident, une réelle marche vers l’indépendance sera possible

BL : Si vous aviez un message à l’endroit des hommes victimes de violences conjugales, lequel serait-il ?

LB : C’est le même message que j’ai pour chacun…Soyons autonome et assumons-nous ! Je pense que quand une personne est victime de violence elle le sait, et elle a besoin d’aide et de compassion pour puiser en elle la force de faire ce qu’il y a à faire avant que l’irréparable se produise ou que l’émotion, la colère ne prenne le dessus et ne produise la catastrophe…

Hommes ou femmes victimes de violences conjugales, ayez le courage d’assumer vos vies, en faisant les choix qui s’imposent et en mobilisant votre énergie pour vous relever et relever le défi de la dignité humaine.

BL : Quels sont vos projets à court et long termes ?

LB : A court terme, je pense poursuivre la promotion du livre.

BL : Votre mot de fin

LB : Merci de m’avoir reçu…Merci de m’avoir fait sourire « chauvrement » !

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