BL : Bonjour madame MBIE AUXI SENA. Nous sommes heureux de vous recevoir sur notre blog. Veuillez-vous présenter s’il vous plait.

MAS : Je m’appelle MBIE AUXI SENA, jeune auteure de 23 ans. Je suis mon cursus en master banque, assurance et finance à Paris. Récemment j’ai publié ma première œuvre intitulée  « Theresa, ma vie, mon combat ». Je suis passionnée d’écriture mais je le fais en parallèle de mes études et non comme activité principale.

BL : Vous êtes auteure de « Theresa ». C’est d’ailleurs autour de cette œuvre que tournera la présente interview. L’histoire est très émouvante. Ce qui peut pousser le lecteur à se fondre dans une série de questions relatives à son originalité et/ou son aspect fictif. Vous voudrez bien nous dire si l’œuvre relève des faits réels ou imaginaires. ?

MAS : Cette œuvre est une fiction contenant des passages voire même des chapitres tirés de faits réelles. Theresa est un personnage fictif et ses péripéties également. Je me suis inspirée de certains faits de ma vie et celle de mes proches pour des trucs bien précis comme son traitement chez le tradipraticien par exemple.

BL : Vous avez tant joué sur la sensibilité du lecteur avec des évènements aussi douloureux qu’atroces vécus par Theresa. Y-a-t-il une raison qui explique cette constellation d’entraves dressées sur le chemin de l’héroïne ?

MAS : Il n’y a aucune raison qui explique cela, comme je le dis plus haut cette histoire est tirée de mon imagination, il s’agit simplement d’un récit un peu délirant parsemé de passages tristes.

BL : Serait-ce pour faire durer le suspense ou pour épouser cette philosophie qui prône qu’un roman, pour être un chef-d’œuvre, doit être rempli d’obstacles, lesquels agiteront l’esprit du lecteur avant le dénouement ?

MAS : J’ai écrit ce qui sortait de mon esprit, tel qu’il en sortait. Il serait totalement dénué de sens de demander à un auteur pourquoi il écrit telle ou telle chose quand on sait que l’inspiration est divine. Il ne s’agissait aucunement de faire durer le suspense, j’ai simplement écrit une histoire qui me paraissait bien.

BL : Quel message voudriez-vous transmettre à travers le personnage de Theresa, l’incarnation de la souffrance. ?

MAS : Pas du tout. Le personnage de Theresa n’incarne nullement la souffrance. Il représente toutes ces femmes qui passent par des moments difficiles.  La vie n’est pas toujours rose, et il faut bien que les gens sachent que lorsque quelque part une personne rit, à l’autre bout il y en a une autre qui pleure et qui passe par des épreuves plus que difficiles. Theresa reflète la triste réalité de la vie et non la souffrance.

BL : Pourquoi avoir réservé ce sort à Léon quand on sent qu’il pouvait bien rendre Theresa heureuse ?

MAS : En premier lieu, Léon est le dernier personnage à qui je pensais pour ça, cependant en choisissant un autre personnage, cela aurait eu moins d’impact. De plus, il y avait une certaine cohérence avec l’histoire qui se peaufinait peu à peu. Léon aurait rendu Theresa heureuse c’est indéniable, mais encore une fois, il ne s’agit pas d’un roman à l’eau de rose. Elle montre les réalités de la vie et dans la vie il se passe très souvent ce genre d’évènements.

BL : Epouser la femme de son meilleur ami après la mort de celui-ci (le cas de Charlie et Theresa), que répondriez-vous à ceux qui prendraient cet acte comme dénué de pudeur et d’humanisme ?

MAS : Je leur répondrai simplement qu’à chacun son avis. Pour ma part, les liens du mariage sont brisés après la mort de l’un des conjoints, et « Le cœur a ses raisons que la raison ignore ». Il serait totalement déraisonnable de passer sa vie à se morfondre et à pleurer un être qui s’en est allé plutôt que de la reconstruire avec quelqu’un qui peut encore nous rendre heureuse. Le fait que ce soit le meilleur ami peut être certes dérangeant, mais il ne s’agit ni du frère ni du père ce qui serait assez embêtant. Laissons à chacun le libre-arbitre et le choix de se mettre avec qui il veut.

BL : Pensez-vous que l’enfant fait forcément le bonheur d’un foyer ? -Theresa  faillit mourir pour s’être crue stérile et incapable de voir un jour une chair humaine sortir de ses entrailles-.

MAS : Nous vivons dans une société où après le mariage de deux personnes, la famille et les amis exercent une certaine pression sur la jeune mariée afin qu’elle enfante. Cela a été le cas de Theresa. Elle a même été sujette à plusieurs injures qui la rabaissaient et la faisaient sentir moins que rien. Il est donc compréhensible que cette dernière ne jure que par le fait de donner un enfant à son mari. Selon moi, je ne pense pas que l’enfant fasse forcément le bonheur d’un foyer. Aujourd’hui je vis dans une société totalement occidentale, et je suis confrontée à d’autres réalités qui m’ont fait avoir une vision différente.

BL : Pouvons-nous dire que dans ce livre, vous essayez de mettre en confrontation deux mondes ? A travers le personnage de Mbala qui permettra à Theresa de recouvrer la joie de vivre, vous mettez sur la sellette la force et l’exploit de la tradition africaine, mais à la page 96-97, on voit Theresa par la prière confier sa vie à Dieu qu’elle reconnait comme l’artisan de son destin. Finalement, à qui doit-on le recouvrement du bonheur de Theresa : Mbala ou Dieu ?

MAS : Excusez-moi mais vous n’avez pas compris le terme de tradipraticien. Il ne s’agit pas forcément d’un sorcier ou d’une personne qui agit au service de forces obscures. Ce terme désigne un médecin non conventionnel (par l’OMS). Donc je suis désolée mais je ne mets absolument pas en confrontation deux mondes puisque sachez qu’il y a certains tradipraticiens qui sont de fervents adorateurs du Dieu tout-puissant. Et pour votre question, si vous avez bien lu le passage où Theresa prie, vous vous rendrez compte qu’elle dit « depuis que mes malheurs ont commencé, je pose chaque jours un genou au sol pour rendre gloire à votre grandeur… », donc elle va voir un tradipraticien tout en confiant chaque jours ses peines à Dieu. Il ne faut pas être limité en tant que lecteur laissez jouer votre imagination c’est important.

BL : Une chrétienne qui consulte un tradipraticien. Seriez-vous en train d’étaler les faiblesses de la religion et dans le même temps de jeter une pique à ceux qui prétendent adorer Dieu et qui agissent autrement dans l’ombre ?

MAS : Je ne jette un pique à personne, comme je l’ai dit plus haut je pense qu’il n’ya aucun mal à consulter un tradipraticien tout en étant chrétienne car ces derniers ne sont pas forcément des serviteurs de l’ombre. De plus, avant toute chose dont la colonisation, nous africains avions nos rites et coutumes. J’ai juste essayé d’y mettre un accent.

BL : Geneviève, à la page 104, vient demander pardon pour son comportement acariâtre envers Theresa. Mais cette dernière voulut que sa belle-mère expie ses péchés en geôle. Pour vous, qu’est-ce que le pardon ?

MAS : Le pardon pour moi est un état d’esprit. Je n’en voudrai pas à Theresa de ne pas lui avoir accorder son pardon. Pour pardonner il faut être disposer à le faire. Si quelqu’un dit vous accorder son pardon mais derrière agit contre vous, ou garde de la rancœur envers vous cela s’appelle de l’hypocrisie. Je fais partie de ceux qui préfèrent dire ouvertement « je ne te pardonne pas », plutôt que de passer ma vie dans le mensonge et l’hypocrisie.

BL : L’amitié entre Charlie et Theresa a conduit à l’amour. L’amitié entre Monica et Theresa fut bénéfique pour cette dernière , surtout avec le soutien indéfectible de son amie dans ses moments douloureux. Mais l’amitié entre Emeraude et Theresa fut un désastre. Comment ‘’l’amitié’’ se définit-elle sous votre plume et quel message avez-vous voulu véhiculer à travers les trois précitées ? 

MAS : Le message se trouve à la quatrième de couverture de mon livre, dans le résumé. De plus il s’agit de la première ligne. « Qui se fie à l’amitié d’un hypocrite s’appuie sur une vague ». Ne cherchez pas trop loin,tout est là.

BL : Que peut-on retenir, de façon générale, de votre œuvre ?

MAS : Qu’il traite de plusieurs sujets notamment le désir naturel et légitime d’avoir une descendance, la conception de la stérilité en Afrique, l’amitié sous toutes ses formes, nos rites et coutumes et la puissance de la foi.

BL : La version éditée est-elle différente de celle qui vous a valu le premier prix du concours qui vous a fait écrire Theresa ?

MAS : Oui, j’y ai apporté plusieurs modifications, notamment la fin. A l’époque où ce roman a été écrit, je devais le boucler rapidement car j’étais pressée par le temps, il fallait que je le transmette aux membres du jury avant la date butoir. Quelques années après avoir été primé, je l’ai ressorti et l’ai retravaillé un petit peu avant de le soumettre à une maison d’édition.

BL : Avez-vous rencontré de difficultés lors du processus d’édition ? Vous voudrez bien les partager avec nous.

MAS : Les difficultés sont à venir je pense. La seule difficulté à laquelle je me suis vraiment heurtée c’est le refus des maisons d’édition. Cela peut être démoralisant mais je n’ai pas baissé les bras.

BL : Quelle fut votre sensation lorsque vous prîtes le livre dans vos mains pour la première fois ? 

MAS : Lorsque j’ai reçu les exemplaires sous format papier de mon livre, j’ai été totalement heureuse, tout simplement parce qu’il correspondait exactement à mes attentes. La quatrième de couverture ainsi que la couverture. Mon assistante éditoriale ainsi que le graphiste ont fait un travail formidable. La couverture représente une femme africaine, maquillée de kaolin, portant un foulard, à genou les yeux rivés vers les cieux. Elle représente l’intégralité de l’œuvre.

BL : Qu’est-ce que votre culture et votre langue maternelle apportent concrètement à votre création littéraire et peuvent aussi apporter à la littérature gabonaise en général ?

MAS : Le Gabon perd en culture et en coutumes. Aujourd’hui les jeunes ne s’y intéressent plus. A travers mon œuvre je leur fait découvrir les beautés de nos merveilleuses traditions. J’ai la chance d’apporter ce petit plus, car je décris vraiment notre culture notamment les rites du veuvage, les traitements indigènes, les plats et les mets gabonais, les villes et villages… bref ma culture et ma langue maternelle y apportent beaucoup, elle est très présente dans ma création.

BL : Dans une Afrique confrontée aux problèmes de sous-développement et autres, l’urgence ne serait-elle pas de produire des œuvres plutôt engagées ?

MAS : Engagée ou pas, l’on ne peut dire à un auteur ce qu’il doit écrire, il faut le laisser s’exprimer librement sinon c’est le museler. L’art de l’écriture n’est tout simplement que les pensées de celui qui les met sous format A4. Pour ma part, le jour où je serai inspirée à produire une œuvre engagée, je laisserais parler ma plume.

BL : Qu’est-ce que ça vous a fait d’avoir écrit ce roman si jeune et de l’avoir finalement fait éditer ?

MAS : Je suis heureuse mais en même temps triste de ne pas l’avoir fait plus tôt. Theresa, ma vie, mon combat a été écrit en 2016, plusieurs années se sont écoulées avant que cette œuvre voit le jour. Avoir pu trouver un éditeur est une aubaine et je suis ravie de faire parti de ce cercle qui semble fermé.

BL : Quelle lecture faites-vous de la littérature gabonaise et que faut-il faire pour la rendre plus représentative et percutante sur la scène africaine et internationale ?

MAS : La littérature gabonaise représente tout pour moi, mon commencement et mon terminus. D’ailleurs je me suis donnée comme objectif de lire tous les romans gabonais, je suis en bonne voie. Pour la rendre plus percutante, il faudrait tout d’abord que les gabonais eux-mêmes s’y intéressent, puis pouvoir l’exporter afin d’en faire profiter d’autres pays, d’autres peuples, d’autres cultures.

BL : Est-ce que le livre est disponible au Gabon ? Sinon, pourquoi et quelle leçon tirez-vous d’avoir édité à l’extérieur ?

MAS : Le livre n’est pas encore disponible au Gabon tout simplement parce que, le processus de distribution en Afrique francophone a été interrompu à cause du virus qui circule encore.

Je retiens qu’il est plus facile de se faire publier à l’extérieur, car se faire éditer au Gabon c’est enfermé son œuvre sur le territoire national uniquement. En France j’ai facilement la possibilité d’exporter mes œuvres au Gabon et partout ailleurs mais l’inverse est presqu’impossible.

BL : A quoi devons-nous nous attendre après Theresa ?

MAS : Un roman qui sort totalement de cet univers, je vais traiter d’un autre thème qui pourra sans doute ravir plus d’un. Le roman est en cours d’écriture, je vous laisse patienter avant sa publication.

BL : Votre mot de fin.

MAS : Donnez-vous les moyens de réussir car « celui qui veut réussir trouve un moyen, et celui qui ne veut rien faire trouve une excuse ».