CARMEN FIFAMÈ: une femme exceptionnelle !

 » Alors, quand on ne côtoie pas Carmen, on va se dire qu’elle est une femme timide, très réservée, qui ne parle que lorsqu’il le faut. Pendant Miss littérature, je l’ai côtoyée. J’ai vu que, mis à part tout ce que je viens de citer, parce que c’est un fait, c’est la première impression qu’elle donne quand on la voit… »

 Chère CARMEN FIFAMÈ,

J’ai parcouru les sentiers de ta construction. J’ai observé dans l’ombre où personne ne regarde, la sueur de tes efforts, le sang de tes sacrifices de longue haleine et aussi, j’ai eu droit aux séries et aux poids silencieux de tes nuits blanches.  J’y ai découvert ces fragments d’espoir sur lesquels tu t’appuyais quand les imprévus, ces sangsues qu’on ne voit venir, semblaient aspirer chacune de tes énergies. Mais le plus admiratif et intéressant de toutes ces peines, ce sont les pas que tu traces pour les filles : ce chemin que tu ouvres pour elles,  les reliant dans un même élan, une unité tournée vers l’humanisme de centre, la beauté intelligente et l’épanouissement. Deux d’entre-elles m’ont confié…… celle de la cité des Kobourou m’a dit que tu es — « un modèle, une figure résiliente, pleine d’abnégation dans un monde où il faut beaucoup prouver pour avoir sa place, qu’ à travers tes succès,  car oui, même petits, tes succès sont grands. Et le jour qu’elle a vu ta publication où tu parlais de la soutenance de ta thèse et tout, elle l’avait partagé joyeusement et s’était dit : « moi, un jour. » Tu es une femme inspirante à ses yeux et mieux, tu es son idole dans le monde littéraire. Elle me parla de ce qui te rend grandiose —  Carmen inspire de par sa force de ne pas attendre quelque chose des autres pour faire ce qu’elle a envie de faire. Elle n’attend pas forcément qu’on lui vienne en aide, qu’on porte forcément ses projets avec elle. Elle croit en ce qu’elle pense, elle croit en son projet. Elle se donne tous les moyens pour les atteindre. Cette leçon, je l’ai vraiment apprise d’elle. J’apprends à adopter cette philosophie-là

Ce que tu bâtis n’est pas qu’un projet, c’est un sanctuaire pour la dignité et l’émancipation de la jeune fille. C’est un condensé de ponts construits avec des idées divergentes  qui assemblent l’humanité. Et les filles, toutes contentes chantent à l’unisson :

La littérature nous unit dans un beau chant ludique

Sororité chérie  gorgée du soleil des tropiques

Carmen fait de vous et moi un spectre sororal

Un chœur de sœurs, un cœur de fleurs

Par la sève de ce fruit et ces fleurs de lecture luminaire

Tu ne t’es pas contentée de grandir : tu t’es arrachée au silence pour devenir un cri d’espoir et une racine d’union, les traces laissées par tes combats en témoignent.

En lisant les mots de ta fille, tu te diras peut-être que tu n’en mérites pas autant ou bien que ce ne sont que des mots jetés dans ton jardin de vie et comme tout, ils veulent toucher à ta sensibilité… mais non, ils sont les fruits de tes semences. Tu sais, j’ai quitté Parakou et dans mes errances, je me suis retrouvé au Cameroun… chemin faisant, j’ai rencontré à Douala, une voix confirmée parmi tes filles. Nous passâmes un bon moment à parler de la vie après la littérature quand subitement certaines remembrances ont fait le siège de nos heures de discussions et à propos  de toi, de ce qui l’a marqué chez toi, elle s’est remise à moi en ces mots — De celle que j’ai côtoyée pendant Miss Littérature Afrique 2025, je garde le souvenir d’une femme tendre et affectueuse avec chacune des Miss, mais aussi ferme et sérieuse à chaque fois que nécessaire. J’admire surtout la détermination avec laquelle elle porte le projet Miss Littérature. Elle est pour moi le reflet de la constance et de la discipline dans ce qui nous passionne. Dada Carmen, comme je l’appelle affectueusement depuis le séjour à Cotonou, est à mes yeux une figure particulière de la littérature béninoise que j’avoue ne pas grandement connaître. Mais elle s’en démarque assurément tout comme à l’échelle africaine. Pourquoi ? Parce qu’elle incarne bien d’après moi, cette génération d’écrivains africains à laquelle j’espère appartenir qui a compris qu’écrire ne suffit pas. Dans un contexte comme l’Afrique francophone, avec les budgets qui sont alloués à la lecture et à la littérature, elle est de ceux et celles qui ont compris qu’être écrivains seulement ne suffit pas, qu’il faut toujours à côté mettre la main à la pâte pour contribuer à promouvoir cette littérature que l’on chérit tant. Qu’il faut la rapprocher de ceux et celles à qui elle peut profiter, qu’il faut la faire vivre en dehors des pages. Et Dada Carmen le fait bien avec Miss Littérature. C’est fou de se dire qu’en plus de mener de main de maîtresse un concours de cette envergure, elle trouve encore du temps pour écrire. Et pas n’importe quel livre, un roman avec une aussi grande portée historique que Paria, le seul que j’ai eu la chance de lire d’elle jusqu’ici. Mais certainement pas le dernier, j’en suis sûre…

En marchant sur ton chemin, j’ai compris que tu as assez voyagé dans le monde, tu as connu plusieurs vies… Et de ces livres que tu as découverts très tôt, ces petits pains de bonheur qui ont été déterminants dans ta vie comme dans tes décisions, qui constituent d’ailleurs le souffle de tes premiers actes — l’amour de la lecture, la passion pour le journalisme ainsi que pour l’écriture —, tu restes toujours amoureuse.

J’étais  là dans l’astre de tes pas quand PRESQU’UNE VIE m´attira, lui qui t’a pris au moins une décennie de ton existence. Je me dirigeai vers son univers. Je parcourus ton premier bébé qui a su mettre la question de la domination, de la réduction de la gent féminine sur le tapis des maux contemporains qui enlisent dans la fange la femme africaine. Le plus frappant dans les pages de Presqu’une vie reste l’exhibition de la force intellectuelle de la femme — l’héroïne. Quelle fut ma joie de réaliser que ton combat pour la reconnaissance de la BEAUTÉ INTÉLLIGENTE est une graine précieuse que tu ne cesses d´arroser afin que chaque femme soit traitée à la mesure de ses compétences, chaque femme ne soit pas vue, ne soit pas considérée ou ne soit réduite qu’au maillon faible de la société, à la maîtresse de maison destinée aux travaux domestiques, celle qui ne tient le fil de l’existence uniquement que pour le bien-être de son homme.

Je quittai PRESQU’UNE VIE pour le lit de NOIRE VÉNUS. Là, j’ai découvert le chef-d’œuvre qu’ont écrit tes mains, cette œuvre qui livre le cœur plein d’amour d’une femme, d’une grande beauté. Je n’ai pas hésité, je lui fis le serment de féauté et hommage. Et elle s´est accrochée à la coupole de mes lèvres pour secouer mon Tolègba. Il s’exécuta, bondé de testostérone, il se positionne perpendiculairement à l’axe de son corps poétique. Je finis ma besogne le sourire aux lèvres. Je me réveillai de cet ORGASME DOULOUREUX après 2500 JOURS & NUITS pendant lesquelles,je compris que la femme veut « être autre chose qu’une usine à bébés, » veut parler de sa croix,  veut « Dire règles », veut faire comprendre que son rouge de chaque mois est réel, la bouleverse au point de la faire tordre de douleur alors qu’elle n’est blessée ni poignardée nulle part… et je compris que la femme subit cette douleur, ce cycle menstruel parfois insupportable en moyenne quatre cent cinquante au total, soit « près de sept ans de règles » — Ce qui ne doit pas d’ailleurs être comparé à l´orgasme douloureux,—l’orgasme du bon peuple qui dura exactement sept années, puis encore seulement sept jours. Et moi, je veux l’aider à dire à haute et intelligible voix : Désormais, j’ai mes règles. Je ne suis pas sale ni dégoûtante ni répugnante ni impure. Femme, « Désormais, tu diras j’ai mes règles. Tu le diras fièrement puisque le dire c’est dire j’ai en moi des germes de vie je suis porteuse potentielle de vie et cela n’a pas de prix. »

Tu sais quoi, avant de faire la connaissance de l’orgasme douleureux, je suis allé trouver Carmen Fifonsi Aboki —CFA,  celle qui s’est mise en tête de conquérir la miss Quartier Owodé et ce fut toute une histoire. CFA m’a permis en sept jours et sept nuits de rencontrer l’amante machine ainsi que Bintou, l’épouse de Diallo.

Là, j’ai su que tu es éprise des mots « nuits et jours » ainsi que du chiffre sept.  Et je me suis dit que c’est ta manière à toi de faire comprendre à celles qui, aujourd’hui, pensent et croient qu’un SEPT dans leur vie n’est pas indispensable qu’elles oublient que la nuit et le jour sont complémentaires  ad vitam aeternam et qu’il devrait être de même pour un sept—un homme et un neuf—une femme. Aussi n’est-ce  pas le moyen que tu as trouvé pour nous rappeler que le sept est esprit qu’il faut au neuf pour son accomplissement?

Oui le Sept n’est pas une simple unité, c’est une fréquence. Si certains pensent qu’il n’est pas indispensable, c’est qu’ils ignorent que sans l’ombre du Sept, la lumière du Neuf perd de sa profondeur. Le jour et la nuit ne se combattent pas, ils se préparent l’un l’autre. Unir le 7 et le 9, ce n’est pas seulement additionner deux chiffres, c’est créer un cycle où l’existence devient enfin entière. Et toi, tu as su bien faire en attirant notre attention là-dessus.

J’ai connu D’une œuvre à l’autre où dans ta peau de chroniqueuse littéraire, tu dresses le tapis identitaire de certains livres béninois en plus du portrait de certains écrivains. Tu m’as fait réaliser encore une fois que la littérature béninoise est une richesse qui mérite notre attention, qu’elle est une semence de belles promesses empreintes d’humour, d’amour, fait montre d’une saga historico-passionnelle ; qu’elle est un jardin de réalisme, de styles singuliers, de fruits portant la promesse des fleurs, de critiques sur le terrain de l’art, d’élégie aux langues nationales africaines, de symboles magnifiant le Bénin, notre monde de splendeurs ; qu’elle constitue la peinture de nos cultures et traditions ainsi que de nos identités, témoignage d’un Danxomè luxuriant et florissant que nous ignorons peut-être. Et merci à  toi, thanks pour cette tranchée de vies et d´histoires de notre littérature commune.

Tu ne t’es pas arrêtée là, tu as continué d’écrire ton histoire avec d´autres vies.  Tu as commis Tant de gens espèrent être aimés et beaucoup ne sont que mariés. Encore un enfant qui interroge  « sous l’orage » des « impatientes » « une si longue lettre » de « trois prétendants… un mari » en présence du « fils d’Agathe Moudio »la plus grande institution classique de notre société : le mariage. Et là, tu nous poses la question que beaucoup ne se posent presque jamais avant de s’engager : Pourquoi se marie-t-on ?

J’en conviens, on ne se marie pas pour les beaux yeux de X ou Y ou parce qu’il est utilitaire et important d’avoir des rejetons qui tiennent en haleine la vie de couple comme certains le pensent sinon, la vie des sœurs religieuses ne tiendra qu’au souffle de trois cents soixante-cinq jours. Loin de mes jeunes pairs affamés d’amour et souffrant d’une carence affectueuse et de manques d’attention, qui vendent soleil et lune avant, le matérialisme et l’argent, loin de ses bruits, qui répandent illusions, j’en conviens,  moi témoin oculaire  de certaines expériences, qu’on doit se marier pour de jours épanouis afin que même si l’ombre vient éblouir notre confort, nous pleurerons joyeux et rirons pour garder nos cœurs baignés dans la concorde et l’épanouissement. Merci d’explorer les méandres de la psychologie humaine.    

« Tu serais pour chacun  la voix haute et sensée

Qui fait que tout brouillard se dissipe de la pensée

Et que la vérité, qu’en vain nous repoussions

Sort de l’Amas confus des sombres Visions ! »

Seul et songeant encore à une question existentielle, Le lion et le papillon, l’un maître du bas et l’autre maître du haut sont venus á moi. Ami, ami, à quoi songes-tu ? Je songe à ma génération, à cette jeunesse qui ne se reconnait pas, ne se reconnait plus. A elle, qui refuse que son prochain peut mieux faire que lui et dans sa génération, il y a bien de têtes bien faites et pas que remplies du rien qui ne se crée, ni se perd, et pire ne transforme. A cette jeunesse qui ne veut pas valoriser des plumes qui font mieux qu’elle. Ouf, je songe á la littérature béninoise… Tu as raison d’y songer ! Tiens, voici PARIA, finaliste du Grand Prix Afrique 2025 ! Cette œuvre mérite ton attention

J’enlevai Paria tout vierge de son sachet. Je le feuilletai et parcourus. Je découvre cette brève histoire d’une si longue époque trop longtemps occultée. La traite orientale ! A la page 124, je me posai une question. Proposer son aide à un individu se trouvant dans un état de faiblesse est synonyme du profit de sa vulnérabilité lorsque cette est le point central de votre rapprochement ?

Chère Carmen, j’ai été long. Je voudrais de dire merci pour les vies changées, pour les projets inspirants. Merci pour ce que tu es. Ce que j’ai gardé pour moi, c’est que je suis en pensée et par action à Strasbourg et à Douala maintenant. Tes filles m’ont confié quelques mots pour le chemin.

« Alors, quand on ne côtoie pas Carmen, on va se dire qu’elle est une femme timide, très réservée, qui ne parle que lorsqu’il le faut. Pendant Miss littérature, je l’ai côtoyée. J’ai vu que, mis à part tout ce que je viens de citer, parce que c’est un fait, c’est la première impression qu’elle donne quand on la voit. Derrière cela, il y a une femme très joviale, très compréhensible, qui a la main sur le cœur, comme on le dit, et qui donne de l’amour à ses proches.

Je profite pour lui dire merci. Merci, Carmen, de m’avoir permis de parler quand on ne m’avait pas donné la parole, de me faire connaître quand on n’avait vraiment pas besoin de moi. Merci pour cette opportunité-là. Parce que Miss littérature a vraiment changé ma vie. Miss littérature m’a permis d’aller dans des endroits où je n’avais jamais imaginé aller. Miss littérature m’a honorée. Miss littérature m’a honorée. Et pour cela, je tiens vraiment à lui dire merci. »

Sa seconde prend le relais pour te dire — Carmen ne se décourage vraiment pas, parce que ce que Miss Littérature fait est très grand. Je crois que nous sommes tout proche du but et que Dieu t’aide vraiment dans tout ce que tu entreprends. Voilà.

J’aimerais te souhaiter bonne chance pour le Prix Afrique dont tu es  finaliste et dont le résultat sera connu ce week-end. Je croise les doigts depuis Douala pour que tu le  remportes, Paria le mérite amplement. Je te souhaite aussi longévité et santé pour continuer à porter à terme toutes ses ambitions. Pour le reste, je sais que tu l’affronteras avec le sourire.

 Carmen, merci de nous dire encore :

« Ne vous endormez pas ! Travaillez sans relâche !

Car les grands ont leur œuvre et les petits leur tâche,

Chacun a son ouvrage à faire. Chacun met

Sa pierre à l’édifice encore loin du sommet. »

Esaïe corneille ANOUMON

Calavi le 20 Mars 2026, 14h 36.

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