« Silence Djembé de saisons closes » de Valère Vignigbé lu par Myrtille Haho

Disons-le ainsi, la poésie est énorme, de cette valeur qui ne regarde rien, ne juge ni ne calcule. Chaque poète prend son trident pour que résonne en lui, lemonde, la vie, le vivant et l’Homme. Voyez-vous, quand Valère Z. Vignigbé décide d’écrire, il n’observe ni passé et n’envisage aucun futur. Il saisit le moment présent. Il dit puis s’en va. Il dicte sans excuses et n’explique rien. Car la poésie prend possession de lui. Paru en Juillet 2025 aux Éditions Savanes du Continent au Bénin, SILENCE DJEMBÉ DE SAISONS CLOSES est un tapis de la vie, un recueil de poèmes de 122 pages où pendant la lecture, l’on observe ce qui est rare, ce qui ne se dit pas mais veut être su. Vous avez l’impression de connaître la vie mais Valère Z. Vignigbé vous raconte la vie. En page 36, il vous parle, il me parle, il discute avec nous ses lecteurs et dit : 

« Je te veux lianesJe te veux kaolin

Je te veux amulettes 

Pour Que Tu existes toujours en moi

Je te veux lucideJe te veux lampyre

Pour mettre une tâche de soleil dans cette nuit moite 

Toi mon mal incurable 

Ne me dis pas que tout a été dit 

Ne me dis pas que tout a été fait Je t’entends toujours 

Et le son de ta voix me caresse jusqu’au bas du dos ». 

L’auteur de cette prose n’a jamais cessé d’entendre le silence des grandes saisons comme l’humanité de sa mère, la fraternité de ses frères poètes et même la valeur de ses amantes. Si on fait attention à chaque poème, il aime dessiner des accrostiches à partir des noms de ceux qui lui sont chers. Soit en début, au beau milieu ou en fin de poème. Pour que découvre ses intimes qui tendent la main à chaque virage de la vie.

Le préfacier de SILENCE DJEMBÉ DE SAISONS CLOSES, Habib Dakpogan dira en page 15 : « Valère se livrera peut-être dans ce rythme capricieux, après toute une vie de musique sur les scènes de slam, et c’est par la nuit et le silence, intarissable taquin, qu’il incise nos anfractuosités pour y suturer le bruit du djembé… ». La poésie a cette faculté de ne vouloir que de l’émotion. Tout simplement. Sans envie d’argent, de tambour ni de trompette, ou même de célébrité. L’histoire le dit assez bien. Verlaine raconte : « L’absence est inspiration et il n’y a de mot profond que celui inspiré par l’attente, le départ et l’absence. »

En écrivant, l’auteur de cette œuvre tel un humble serviteur de la nature parle aux plantes dont les variantes sont une part de l’être humain. En page 40 :

 « Il y a sur chaque route d’ici des cactus 

Épines humaines qui jonchent la voie 

Et rendent la traversée impasse

Ce n’est plus la marche 

C’est la douleur Douleur et sang 

Et je marche

 Je marche

 Je continue de marcher »


Chaque pèlerin sur terre est poète et connait ses tourmentes, Valère Z. VIGNIGBÉ se questionne longtemps et son postaficer Jasmin Ahossin-Guezo lui répond : « Tu ne cherches pas à séduire ; tu imposes ton rythme initiatique. Ce qui exige une lecture lente, ritualisée. Le texte en devient polyphonique, entre le silence des morts et le chant vibrant des vivants… »
SILENCE DJEMBÉ DE SAISONS CLOSES répond à des oxymores où deux mots mis ensemble signifient des contraires pour mettre en lumière la puissance de la pensée. Des saisons closes sont évoquées pour dire la force de l’obscurité quand s’éteint le jour, les cris des mots quand seul le silence n’est qu’un écho. D’ailleurs, le préfacier le manifeste assez bien : « Personne n’en veut au non-lecteur de poésie. Mais voilà qu’on vous interpelle, voilà que vous sentez ce regard comme presque une injonction. » Rien n’arrêtera l’effort de poésie dans le monde mais dès qu’on lit : 

« Je suis ton otage dans cet enclos-nuit

Qui refuse 

LIBERTÉ 

D’ailleurs que vaut LIBERTÉ ? 

LIBERTÉ est un perfide mensonge… » 

On a envie de bifurquer dans cette ruelle de SILENCE DJEMBÉ DE SAISONS CLOSES pour vivre ce qu’est la liberté de lire de la poésie.
En 2026, où tout semble avoir été écrit, où tout semble être dit dans des vidéos et images, c’est important d’imposer le silence pour qu’on voit les mots et qu’on imagine leur diverses facultés à nous faire des films pour qu’ildéaliser le voyage de vie ne soit pas vain. Ici commence le SILENCE DJEMBÉ DE SAISONS CLOSES pour que plus jamais les mots ne se taisent. 

Myrtille Akofa Haho

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