Jobala Gang de Destin Akpo: un rendez-vous exceptionnel

Jobala Gang plage lancement

Jobala Gang de Destin Akpo, le recueil de nouvelles qui nous a conduits à Madrenvidé, le village natal de l’auteur.

Dimanche 24 Août 2014. 7h ! Deux véhicules. Quatre voyageurs. Un seul objectif: JOBALA GANG !

Nous nous remorquons et démarrons de Gbèdji, le trou à rat où Salim-Ghislain Cya et Montcho se terrent dans les périphéries de la tristement célèbre prison internationale de Missérété, pour une destination inconnue de deux, peu ou prou maîtrisée de deux autres. 125 kilomètres au total à parcourir.Nous traversons le ventre de trois départements : d’abord l’Ouémé. Le starting-block. Le pied de départ où nous avons dû ballotter nos viscères en sursautant sur les trente-deux dos d’âne qui ponctuent Djrègbé. Le Littoral ensuite, la périlleuse ville-département où la circulation à moto est un éprouvant exercice des as du guidon ou des je-m’en-foutistes de la vie : go slow énergivores, éreintants, aussi bien pour les engins que pour le conducteur, fétides odeurs gravéolentes qui écument dans leurs errances à l’aveuglette, atmosphère caustique dans les feux, grasse, qui colle à la peau telle une onction à l’huile à moteur.Puis l’Atlantique où la conduite, naturellement, dès qu’on finit de se libérer du marché de Kpahou, devient plus aisée, plus aérée. On embrasse le péage d’Ahluicodji, longé d’un négoce à ciel ouvert où vous pouvez vous offrir des frugalités de tout genre et même une fleuristerie…9hNous arrivons à Madrinvidé, après avoir de nos engins fendillé plusieurs localités dont Guézin, toujours bercé de sa brise lacustre d’Ahémé, percé Agatogbo, le village d’un grand écrivain de ce pays, puis Comè, la ville d’Ablo, qui ne s’était pas encore vraiment réveillé comme on le constatera au retour. Sur la paroisse qui célèbre l’anniversaire des 10 ans du sacerdoce du père Destin Akpo, nous assistons à la messe en papotant, assis, pas dans l’église, mais dehors, sur des troncs d’arbres taillés disposés en bancs, sous un apatam de fortune. Nous discutons, pas de la littérature comme assez souvent, mais entre autres de l’illettrisme manifeste qui frappe la dation des noms dans nos cultures. Donc, finalement, de la littérature…Par exemple, l’analphabète religieux qui pense que tous les noms bibliques sont des noms bénis, et qui donc flanque des prénoms comme Judas, Jezabel, Caïn à leurs enfants. Le demi-lettré du village qui prénomme les enfants Fiasco, Rojomaline, Diaré, (la mère s’appelle Diane et le père, Rémi), Vijeamour (Amour de Virginie et Jean), etc .La messe finit. Claude Kouassi Oboé nous guide à travers le labyrinthique intestin escarpé de Madrinvidé, fait d’un relief esthétiquement villageois où même un piéton citadin qui joue les akowés en marchant peut se retrouver à l’hôpital. On arrive enfin au lieu de la fête. Sous la teckeraie. Juste derrière la naissante école baptisée AVE MARIA de Fada, toujours en construction grâce aux dons et aux prébendes issues de la vente des livres du prêtre.

JOBALA GANG de Destin Akpo, vendu à 5000f, est d’ailleurs né dans ce sens. Qui achète ce livre participe ainsi à la construction de cette école pour l’éducation et l’instruction des enfants démunis de la localité.

On s’installe sous la teckeraie. La sono est en marche. De la bonne musique s’invite dans les portugaises. Puis, elle se fait éclipser par le zindo (qu’on me corrige en commentaire quant au nom approprié de ce rythme), orchestre musical de connotation traditionnel ténu par des femmes et des hommes d’un certain âge du milieu. Rythme entraînant, dansant, vivifiant, apaisant, surpassant tous les gbo gbo gbo et les gba gba gba de la musique moderne. On danse, certains sur leurs chaises pour camoufler leur gaucherie, d’autres, guillerets, un peu boutentrains, debout, se foutant s’ils esquissent bien les pas de dans ou pas. On boit, les jarres de jus de bissap (la seule boisson sans laquelle tout ça aurait été fade et zéro bâtonnet), de tamarin, d’ananas étant déjà là. On mange, d’abord du kaklo comme entrée, ensuite du riz, du kon’m, du wassa-wassa, du kouté en plats résistance… et en dessert, pour envoyer tout ce wagon de boustifailles dans le lit du ventre, l’eau de coco, dont la pulpe blanche qui tonifie agréablemenr la santé.

Comme dans Colorant Félix, Destin Akpo demeure fidèle à lui-même: priorité au village et à l’authenticité

Vient le moment que nous, livrovores, attendions depuis. Il est concrétisé par Fabroni Bill Yoclounon, mué, dans toute sa kpintitude, pour la circonstance, en impresario. Il se saisit du livre et le présente aux villageois, son contexte d’écriture, son objectif, la raison de sa naissance, totalement en fongbé SVP, devant l’éditeur Rodrigue Martial Atchaoue qui, ne sachant pas comment manier le verbe devant des vieux, a refusé de parler. Le père même prendra la parole ensuite. Lui ne maîtrise pas le fongbé comme Bill. Comme moi, c’est maintenant qu’il apprend. Il a parlé en guingbé (mina) pour remercier tous ceux qui sont venus, tous ceux qui n’ont pas pu venir mais… Il a réexpliqué le pourquoi de la naissance de JOBALA GANG. Quiconque l’achète aide les enfants à s’instruire. Ce gars n’est pas qu’un père des paroisses catholiques. Destin Akpo est un père au sens total du terme. Je signale qu’il est à l’origine de l’initiative PromoLitt. Le Président Directeur Général ! Il reçoit des dons de (et achète, de sa poche) de livres de la littérature négro-africaine qu’il met gratuitement à la disposition des élèves du Bénin afin de pallier l’absence des bibliothèques dans les collèges et permettre surtout aux enfants démunis de lire, de s’instruire et de cultiver les techniques d’art oratoire. Puisque l’enfant, après avoir lu, présente sa lecture devant un public. L’année dernière, 13 lots de livres de divers titres sont allés dans 35 CEG dans les 12 départements du pays. Il y a eu moins de dons que d’achats. Chaque livre coûtant généralement 5000f, faites le calcul. Cette année, nos ressources étant réduites, nous nous sommes contentés d’un CEG par département. On ne parlera pas du nombre de ses propres livres qu’il a investis dans PromoLitt. C’est énorme.

Mais ce quatrième livre, JOBALA GANG de Destin Akpo, est pour les enfants de Madrinvidé qui, eux aussi, doivent aller à l’école afin de devenir grand quelqu’un demain comme on nous le dit quand on était gosses… Comme quoi, ici on agit. On ne disserte pas. On fait du livre un vrai levier du développement. On espère avoir la force de continuer à faire ça… Et je suis heureux de vivre ça, de participer à ça. C’est pour ça que je dis : respect au père Destin. Il fait, à lui seul, ce que l’État devrait faire…

Chrys Amègan.

×

Aimez notre page Facebook