Pour l’amour d’une Camerounaise (5/5)

J’étais ahurie de voir mes professeurs au Conseil prononcer un jugement sans savoir qui était en réalité cette Camerounaise, ni étudier dans quelle mesure l’auditionner pour savoir ce qu’il en était réellement. J’aurais dû aussi comprendre que Monsieur le Surveillant Général ne m’avait jamais pardonné mon refus de « sortir avec lui ». De toute façon je ne regrette pas de l’avoir éconduit en le menaçant de tout raconter à la Proviseure. Peut-être aurais-je dû informer plus tôt la Proviseure du harcèlement sexuellement dont j’ai été victime de la part de cet homme et aussi du Censeur, deux phénomènes rares à qui nombre de mes camarades doivent leur réussite scolaire. Mon sort était scellé. Il était trop jaloux et fier pour ravaler l’humiliation de mon refus d’être « sa poupée des instants sublimes« , comme il me le chantait. Pour avoir été mis au courant de mon idylle avec ma Camerounaise, il laissa déborder sa rancœur, et poussa la Proviseure à prendre la mesure extrême: mon renvoi définitif.

Comment avouer à ma mère que mon amour pour la Camerounaise m’a perdue ? Comment lui dire que c’était pour une mangue dite « Camerounaise » que j’ai été mise à la porte ? Pour l’amour d’une Camerounaise, oh mon Dieu ! Que j’ai mal. Si j’avais su que la Proviseure devait faire sa ronde nocturne ordinaire, je ne serais pas sortie. J’aurais dû me contenter des mangues qui venaient à table. Mais voilà ! Le pire est arrivé déjà. Je suis dans le dur à présent. Ma mère me prend certainement pour une lesbienne, comme mes profs sont convaincus que je le suis vraiment. C’est d’ailleurs ce que pensent tous ceux qui tombent sur mon histoire.

Ce soir, seule dans ma chambre, je suis triste. Des souris défilent sans ma chambre. Des cafards aussi. Deux salamandres sont tombées sur mon lit. Je n’aime pas ces bêtes. Ma température monte. Merde! Ces imbéciles ont encore coupé le courant. C’est comme si je déprime. Or je n’aime pas déprimer, tout comme j’abhorre les situations stressantes. Je n’aime pas le noir. Mon cœur a envie de s’épancher pour que M’man sache la vérité, mais mes lèvres m’en dissuadent. Mes doigts se rebellent contre ma volonté d’écrire un billet à M’man pour qu’elle sache ce qui s’est réellement passé, mais aussi ce qui ne s’est jamais passé. Un rire violent me renverse sur mon lit. Je me lève. J’allume la torche de mon portable. Un tour en douche pour me rafraichir le corps et l’esprit, les nerfs et les sens. L’eau a l’odeur du sang. Mes pieds se mettent en mouvement. Subitement je me retrouve devant le magasin. J’y entre. Belle surprise. Une musaraigne danse sur le carton des insecticides. A ma vue elle s’éclipse et me laisse son odeur de cadavre en décomposition. J’ouvre le carton. Je découvre des raticides. Ajoutés à cette autre dose de médicaments multiples et multiformes que j’ai déjà sélectionnés juste pour les ingurgiter afin de stabiliser ma tension et mon métabolisme basal, je crois que tout retournera à la normale… Peut-être qu’ainsi je la retrouverai, ma Camerounaise. Même si cela n’advenait pas, ce ne serait pas grave. Tiens, faut que je me dépêche j’entends des pas. Le mieux ne serait-il pas plutôt que je fasse usage du pistolet rangé sous mon oreiller ? Le bruit alerterait les passants. C’est pourtant le moyen le plus rapide. Mais la rumeur se fera plus grande. Et on dira que… Oh; ah; hm! que j’ai mal. J’ai le vertige. L’effet des médicaments ou de la faim?

Je vérifie les balles, je nettoie mon pistolet. L’odeur de la musaraigne se fait sentir de nouveau. Il doit être sous mon lit. Je nettoie de nouveau mon pistolet. Je le charge. Tout est prêt pour l’opération. Un dernier tour de clef dans la serrure. Je suis bien seule chez moi, inaccessible. Je lève les yeux, le rideau danse au gré du vent et laisse entrevoir le visage de papa. Il a les yeux vitreux. Comme la dernière fois que je l’ai vu avant sa mise en bière. Je crois qu’il me faut rejoindre papa de l’autre côté du rideau. L’histoire retiendra que pour l’amour d’une Camerounaise…. mais avant, il faut que je fasse mes adieux à ma Camerounaise. J’oriente le pistolet vers ma tête. Ma main est déjà sur la gâchette.

Fin

Destin Mahulolo

 

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