« À toi qui t’en vas » de Destin Akpo

« À toi qui t’en vas » de Destin Akpo


<<Le fou de la famille, ce n’est pas moi, enfin, je ne suis pas furieux quand j’ai la paix dans mon estomac.>> Cette phrase est la troisième de ce recueil de nouvelles et annonce clairement la couleur littéraire de ce livre. L’auteur casse vraisemblablement les codes de l’écriture, l’embellit de son humour et invente son art. Sans voile, il confie au monde son style oral et alerte.
La première nouvelle « La blague qui ne fait pas rire » regorge d’anecdotes sur le quotidien de jeunes écoliers. Il fallait lire jusqu’à la course-poursuite de Bella et d’Awadjidjè pour comprendre la tournure que pouvait prendre la vie quand on pensait faire une blague avec elle alors qu’elle n’en est pas une. 


La deuxième nouvelle « Faut pas que ça va dormir dans tes oreilles et mourir dedans » tempère les ardeurs de la première sans se départir du ton humouristique qui n’attendait que la fin pour faire halte au fou-rire. Destin Akpo y dénonce le mode de gestion des richesses en Afrique par une minorité et le sort réservé aux migrants. Les drames et la mort qui se succèdent lors de la traversée du désert de ces migrants vers l’el dorado occidental n’a pas changé la satire qui enveloppe cet ouvrage. Les atrocités liées à la faim, au besoin constant du mieux-être, à la misère sont décrites ici avec emphase et font réfléchir. En page 51: « – Laisse parole même. J’avais oublié de te dire que là-bas, ils nous ont dit ouvertement que ce n’est pas seulement en musique qu’une Blanche vaut deux noires.- Et cela semble ne pas concerner même les Africains. L’Union Africaine a d’autres chats à fouetter. Nos gouvernants savent quand donner de la voix pour des futilités… ». Puis l’histoire n’a pas dormi dans les oreilles de l’auteur pour y mourir car il la partage avec nous à travers cette nouvelle.
Histoire suivante : « Elle s’appelait Isabelle » raconte l’histoire d’Isabelle et de son mari que la vie n’avait épargné d’aucune souffrance humaine. De la perte de leurs parents respectifs jusqu’à la mort d’Isabelle, tout n’est que combat et tristesse dans cette nouvelle.
Vient la quatrième nouvelle « Polygame impuissant » qui peut être définie comme une nouvelle romanesque car elle met en exergue l’évolution de la trame à travers le temps et des personnages qui évoluent dans leur psychologie. Un foyer polygame où le leitmotiv premier du mari a été de faire un garçon, un héritier tant souhaité avec sa seconde femme car la première épouse n’avait que des filles. Mionkan pris dans l’étau de ses épouses Takanon et Kraaka ne put que constater en page 94: « Takanon riait intérieurement en voyant Mionkan déboussolé. <<Cela t’apprendra, murmura-t-elle dans son cœur, à prendre deux épouses. Il n’y a que les hommes pour ignorer que les profondeurs de la femme sont aussi alambiquées et ténébreuses que l’intérieur d’une corne de taureau…- Retiens ceci, avant que je n’oublie : les dieux ont beau admettre que les hommes aient plus d’une femme, ils ne bénissent pas pour autant la polygamie>>. C’est d’ailleurs cette pensée qui signa le glas de toute cette famille.
Cinquième nouvelle : « Danse et cendres » narre le parcours de Alougba, jeune dame, bonne viveuse et danseuse à souhait, elle finit par se suicider à cause de la solitude malgré tout le succès de sa carrière musicale.
Avant-dernière nouvelle : Peter Shi, la boisson de vin de palme, le sodabi à qui le narrateur Konnar parlait comme à un être humain. On croirait que Konnar avait ce besoin de se livrer à Peter Shi pour se délivrer d’un fardeau. Cette boisson rendit soulards Konnar et sa femme jusqu’à leur déchéance.
Septième et dernière nouvelle : « À toi qui t’en vas… », la nouvelle qui donne son nom à ce livre. C’est un vibrant hommage à Christian Fanoudan décédé dans un accident de la route. Il était cher au cœur de Destin Akpo qui lui dédie d’ailleurs tout le recueil de nouvelles. 
Cette œuvre a de l’originalité, transcrit les réalités du monde actuel et permet à l’écrivain Destin Akpo de faire de ses lecteurs, ses nouveaux compagnons de vie. Publié en Août 2021 aux Éditions Savanes du Continent, ce recueil de nouvelles laisse désormais des traces d’une nouvelle ère dans la littérature béninoise.


Myrtille Akofa HAHO

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