« Mon recueil fonctionne comme un miroir qui nous reflète les réalités sociales » Richard ADODJEVO

« Mon recueil fonctionne comme un miroir qui nous reflète les réalités sociales » Richard ADODJEVO

Bonjour les amis. Aujourd’hui, nous recevons pour vous un jeune auteur béninois, Richard ADODJEVO:  » Le réalisme de notre œuvre se retrouve dans de nombreuses affaires de pédophilies citées dans les médias et même reconnues par le Vatican. Ce sont les faits de détournement de femmes mariés, de religieuses qui enfanteraient dans de pays voisin ».

BL : Bonjour Monsieur. Nous sommes heureux de vous recevoir sur notre blog. Nos lecteurs désirent vous connaitre. Vous voudrez bien vous présenter, s’il vous plait ?

RA : Je suis Richard ADODJEVO, Administrateur des Ressources Humaines en fonction au Ministère de la Santé. Dans un passé récent et durant dix ans, j’ai été professeur de Lettres Modernes (enseignement du Français) dans les collèges et lycées du Bénin. Par ailleurs, j’ai exercé comme journaliste dans plusieurs médias dont Golfe TV et Fraternité FM où j’ai fini chroniqueur. Sur le plan de l’écriture, j’ai déjà participé à la rédaction de deux anthologies : une thématique sur la pandémie du coronavirus « Rafale de Plumes contre la COVID-19 » et une pluri-thématiques « De la plume féconde » aux éditions ORI. Je suis enfin l’auteur du recueil de nouvelles « Djèhami » et bientôt d’un roman qui sera intitulé « Les rêves de Fati » chez LAHA Editions.

BL : Vous êtes un épris de lettres. Voudrez-vous bien nous dire à quand remonte cette passion pour les lettres ?

RA : Je suis tombé en littérature comme on entre en religion. Candide et plein de foi, je crois toujours en ouvrant un livre y trouver des solutions à mes diverses interrogations. Cette crédulité m’a toujours animé dans mes voyages littéraires. La curiosité a toujours fait partie de mes mignons défauts. En ce qui concerne ma passion pour les lettres, il faut dire qu’elle remonte en classe de 4ème où j’eus mon premier contact avec le roman « Un piège sans fin » d’Olympe Bhêly Quenum. Cet amour sera plus tard conforté par la réalisation d’un exposé portant sur l’existentialisme avec en support le même ouvrage alors inscrit au programme des classes de 1ère. C’est d’ailleurs cette étude qui m’a concrètement permis de découvrir la fragilité de l’être humain et de toucher du doigt les fonctions de la littérature.

BL : Qu’est-ce qui vous a amené à l’écriture ? Une simple envie de faire comme ceux que vous lisiez ? Un simple plaisir ? Une déception ou un évènement heureux ? Qu’est-ce qui fut le déclic ?

RA : Depuis cette rencontre littéraire quasi-initiatique autour du tragique destin de Ahouna, j’ai pris l’habitude d’écrire tous les faits marquants de ma vie comme Toundi dans « Une vie de boy » ; une œuvre que j’ai également lue dans cette même période d’adolescence. Progressivement l’écriture est devenue pour moi un exutoire pour me libérer et un terrain d’engagement social, culturel, économique et politique. Je n’ai jamais voulu écrire pour écrire ; mais écrire pour laisser des traces significatives ; écrire pour contribuer efficacement au mieux-être de ma communauté.

BL : Vous êtes l’auteur du recueil de nouvelles Djèhami. En considérant la langue d’écriture du livre qu’est le français, on constate que le titre emprunte le chemin du xénisme. Pourquoi un tel choix ?

RA : Belle remarque. C’est effectivement du xénisme que j’assume fièrement comme la malinkisation d’un Grand Kourouma. Certes, nous écrivons en langue française mais nous ne sommes pas Français et nous ne nous réclamons pas de culture française. Tout rapprochement ne serait que le reflet des singeries inhérentes au legs colonial. Ecrivain béninois, nous avons le devoir de montrer également notre indépendance en nous appropriant autrement le français. Ce bilinguisme délibéré est une douce rébellion pour appeler à la promotion de nos langues nationales. Celles-ci sont en réalité des richesses malheureusement ignorées, ou dans de rares cas, thésaurisées dans de petites politiques d’alphabétisation et difficilement promues par de démunis services publics. Ces emprunts visent à rappeler au lecteur notre identité fon, béninoise et surtout notre puissante civilisation africaine.

BL : Voudrez-vous bien partager avec nous le postulat d’écriture de ce livre ?

RA : Notre intention d’écriture est d’une part témoigner de la richesse de nos us et coutumes, de vendre positivement le Bénin, ce pays nôtre. D’autre part dénoncer les tares de nos sociétés dans lesquelles nous semblons trop nous complaire dans la tricherie sous fond de violences. En définitive, impacter positivement en communiquant pour un changement de mentalité.

BL : Dans votre prologue, on lit ceci « Cher lecteur, ne préjuge de rien. Les faits décrits dans ce recueil de nouvelles, révèlent de mon imagination » P.16-17. La nouvelle éponyme, Djèhami qui prête son nom au titre de l’œuvre, met en exergue les relations intimes entre prêtres et fidèles sur une paroisse. En s’appuyant sur cette phrase de votre prologue, doit-on penser qu’il vous a juste plu d’imaginer une histoire qui, à bien l’étudier, porte atteinte à un Institut religieux ? On observe une nette contradiction entre votre affirmation et votre histoire.

RA : Non et non. C’est d’ailleurs ces genres de préjugés que nous voulons anticiper en empruntant ce paragraphe chez un autre réfèrent –Jean Pliya dans « Les tresseurs de corde » – pour avertir nos lecteurs. Bien vrai que je n’ai pas personnellement vécu de tels drames ; j’y ai peut-être échappé belle à un moment; mais je porte la voix de nombreux cas révélés dans la communauté. Aucune imagination ne vient ex nihilo. Et ce récit comme les autres, porte toute la vraisemblance des déviances répugnantes que nous vivons dans certaines paroisses. Loin de nous la volonté de porter atteinte à un Institut religieux, nous voulons simplement par cette fiction éveiller les consciences sur la tentation de la chaire, sur le besoin de disposer de bons prêtres qui acceptent entièrement leur sacerdoce, qui assurent et assument pleinement leur fonction dans la communauté comme on l’exigerait d’un enseignant ou d’un magistrat. Qu’à la suite de Jésus, nous puissions être tous des exemples hic et nunc.

BL : Vous est-il venu d’imaginer les sentiments du lecteur qui prend votre livre pour se distraire, mais découvre qu’en réalité vous essayez de griser peut-être son obédience religieuse, avec selon vos dires, les fruits de votre imagination ?

RA : Encore non dis-je. Un lecteur averti en vaut plusieurs. Je rassure le lecteur qu’il y trouvera aussi son plaisir recherché et de droit. Mais au-delà de la fonction ludique, un livre et son auteur visent à informer, former, faire découvrir, éclairer en amenant le lecteur à réfléchir sur sa propre existence et celle menée avec les autres dans la communauté. Mon recueil fonctionne comme un miroir qui nous reflète les réalités sociales. Il n’y a point de procès de la foi dans ce livre. Le lecteur peut se vouloir myope pour un temps, mais l’implacable vérité le rattrapera dans sa distraction. C’est ce à quoi nous l’habituons au fil de nos pages. Des réalités grossies conformément au genre fictionnel mais qui pourraient aussi être confirmés par des essais d’autres auteurs. Ce n’est qu’un secret de polichinelle que nous dévoilons dans cette nouvelle. Par cette incitation à la vigilance, je n’enfonce qu’une porte déjà ouverte. La répétition étant pédagogique.

BL : On le sait, la littérature, c’est le jeu de l’imagination de l’un (l’écrivain) sur l’émotion de l’autre (le lecteur). Toutefois, en littérature, le rationalisme sous-tend l’imaginaire. Autrement, la fiction reste sans fondement. Si l’œuvre est pure imagination, quelle est la part du réalisme que doit en tirer le lecteur ?

RA : Le réalisme de notre œuvre se retrouve dans de nombreuses affaires de pédophilies citées dans les médias et même reconnues par le Vatican. Ce sont les faits de détournement de femmes mariés, de religieuses qui enfanteraient dans de pays voisins. Nous ne citons point de noms. L’instructeur le trouverait par lui-même. Le réalisme, c’est incontestablement la covid-19 qui ravage l’humanité ; ce sont les actes récurrents de terrorisme à nos frontières. Récemment, mon frère ainé a perdu un de ses camions de marchandises braqué et détourné dans le désert pour être pillé et brûlé par des hommes sans foi ni loi. Le réalisme, c’est aussi dans la paupérisation galopante et l’explosion de la prostitution ainsi que des pratiques decybercriminalité dans notre société. Nous ne fouillons pas loin, c’est l’actualité qui est juste complétée par notre imagination pour tenir dans la fiction littéraire.

BL : Tous les textes du livre sont restés sans dénouement. C’est comme si vous laissez le choix au lecteur d’imaginer lui-même la suite des histoires. Comment expliquez-vous cela ?

RA : C’est ce que nous appelons « chute » dans l’écriture des nouvelles. C’est l’une des caractéristiques de ce genre narratif qui finit brutalement et laisse le lecteur sur sa fin. La diégèse autrement conduite, on tombera dans le romanesque ou dans le royaume du conteur. Personnellement dans les chutes, nous voulons interagir avec nos lecteurs que nous savons intelligents et sur qui nous comptons pour continuer l’histoire à travers d’autres possibles narratifs.

BL : Toujours dans ce livre, vous abordez le thème de la prostitution à travers le personnage d’Agbazamimin. Quel regard portez-vous sur ces jeunes filles-même étudiantes- qui, faute de main salvatrice, s’adonnent à cette pratique ?

RA : C’est le plus vieux métier du monde. Chaque péripatéticienne cache un drame social qu’elle couve sous son maquillage et transporte dans son soutien-gorge même si les proxénètes exploitent aussi la naïveté de nombre d’entre elles. Nous pensons à notre humble avis qu’il y a toujours une main salvatrice quelque part qu’on découvre avec un peu de persévérance. En dehors de cas rare comme révélé dans le profil de Agbazamimin, la plupart de nos sœurs sont harpées par la recherche du gain facile. C’est l’envie de paraitre, l’ambition démesurée qui les fait signer le pacte avec le diable pour parvenir à leur fin. Bien qu’il n’y a point de sot métier, il convient de reconnaitre que certains jobs déshonorent l’ouvrier et sa famille, leur enlèvent toute dignité. Le cas échéant, ce n’est réellement plus un métier mais plutôt de l’esclavage.

BL : Sacabo est d’origine togolaise et c’est elle qui initie Agbazamimin au plus vieux métier du monde. Quel message voulez-vous véhiculer à travers ce personnage et l’origine que vous lui donnez ?

RA : Oh oui ! Il fallait qu’elle soit d’une nationalité ou d’une autre. Il se fait qu’elle est togolaise ; mais elle pouvait être nigériane ou ghanéenne. Quand vous faites un tour à Jonkey de Cotonou ou au quartier Gah à Parakou, vous constaterez aisément avec moi que la plupart des filles sont originaires de ces pays. En effet, les travailleuses de sexe préfèrent s’expatrier pour ne pas supporter le regard désapprobateur de leurs proches. C’est donc pour donner l’impression du vrai que nous avons opéré un choix et que nous avons d’ailleurs promené -ce personnage et sa filleule-dans toute la sous-région au contact d’un métier florissant en dépit de tout.

BL : Vous êtes également journaliste et enseignant. Comment parvenez-vous à concilier tout cela avec l’écriture ?

RA : J’ai été enseignant pendant 10 ans et simultanément journaliste. Aujourd’hui, je suis Administrateur de Ressources Humaines au Ministère de la Santé. Quand vous intégrez tout cela à la mission de l’écrivain, vous constaterez avec moi que toutes ces fonctions visent à informer ou former, à valoriser le potentiel humain. Ce dénominateur commun me permet de facilement concilier mes occupations, d’investir mes expériences relationnelles dans l’entonnoir de l’écriture. C’est une polyvalence qui nourrit ma plume et qui fait de moi, un influenceur, un éducateur de masse.

BL : Y a-t-il des écrivains qui vous inspirent dans votre projet d’écriture ? Si oui, qui sont-ils et qu’aimez-vous chez chacun d’entre eux ?

RA : Nous ne tressons que la corde léguée par les précurseurs et ainés qui ont vécu avant nous la solitude de l’écriture. Dans mon commerce des livres, j’ai aimé et été influencé par le style de feu Jean Pliya, du patriarche Olympe B. Quenum, du contemporain Florent Couao-Zotti et plus loin dans le temps et l’espace, je parlerai de Césaire et de Victor Hugo qui m’ont forgé. Mais ce ne sont pas seuls, je suis un rat de bibliothèque et je sais nourrir ma faim par tout écrit comestible.

BL : A quoi le lectorat doit s’attendre après ce livre ? Vous avez certainement d’autres projets en cours. Vous voudrez-bien les partager avec nous ?

RA : Actuellement en cuisine et fin prêt pour la dégustation, un roman qui sera intitulé les « Les rêves de Fati ». Nous avons aussi des centaines de chroniques et de poèmes que nous pourrions publier à tout moment.

BL : Avez-vous rencontré de difficultés lors du processus d’édition de votre livre ? Si oui, que proposez-vous comme solutions pour permettre aux jeunes dont les manuscrits dorment dans les tiroirs de pouvoir les éditer ?

RA : Personnellement, je n’ai pas eu de difficultés majeures. Dès que je me suis senti prêt pour paraitre, j’ai fait quelques recherches pour connaitre les offres disponibles. Je me suis en conséquence diriger vers LAHA Editions qui était à tout point de vue le mieux disant pour m’accompagner dans mon projet d’écriture. J’ai même eu des propositions de l’extérieur ; mais pour un coût accessible au profit de ma principale cible -le monde scolaire- puis bénéficier d’une large distribution surle plan national voire international grâce à son réseau commercial, je me suis confié à l’Ainé et PDG Lalèyè Abdel Hakim.

BL : Un regard analytique sur la littérature béninoise ?

RA : La littérature béninoise poursuit son bonhomme de chemin. Nous sommes actuellement à la cinquième génération d’écrivains et les préoccupations ont évolué avec le temps. Les défis ne sont plus les mêmes et cela se constate dans les intrigues. Bientôt le centenaire depuis L’esclave de Félix Couchoro (1929) et Doguicimide Paul Hazoumè (1939), nous avons à espérer en termes de production qualitative et quantitative dans le domaine. Il suffira de mieux professionnaliser la chaine du livre afin que l’auteur puisse vivre pleinement de son art autant que les autres acteurs de leurs investissements. Enfin, il faut ensemble travailler à réconcilier ou à maintenir le contact du Béninois et du Noir pris largement avec le livre pour briser le mythe selon lequel : « quand vous voulez cachez quelque chose à un Africain, il faut le mettre dans un livre ».

BL :Comment peut-on se procurer votre livre ?

RA : Le recueil de nouvelles Djèhami est disponible partout au Bénin au siège de LAHA éditions à Cotonou et au niveau de ses représentants dans les communes à un prix promotionnel de 2000f. L’ouvrage est également sur les étagères de certaines librairies dont Saint Paul de Parakou.

BL : Quelques conseils à l’endroit des jeunes qui désirent vous emboiter le pas et devenir écrivains ?

RA : Mon seul conseil réside dans le travail. Et ce travail pour celui qui ambitionne se faire un nom dans l’écriture est de s’adonner à la lecture sans modération. Il faut faire suffisamment le commerce des idées pour in fine se forger une opinion et un style. Il faut aussi se départir de toute illusion lucrative pour mieux vivre sa passion.

BL : Votre portrait chinois.

RA :

Si j’étais… je serai … :

-un animal : un CACHALOT

-un pays : l’ELDORADO

-un objet : uneFONTAINE

-un mot : MERCI

-un dessin animé : LE PERE CASTOR

-une chanson : « LA ROUE TOURNERA » de G.G Vickey

– une qualité : LA VERTU

– une passion : LA LECTURE

BL : Votre mot de la fin.

RA : Je voudrais exprimer toute ma gratitude à Biscottes Littéraires pour l’excellent travail de promotion faite à la littérature béninoise en particulier et à celle négro-africaine en général. Après avoir souffert de la solitude de l’écriture, de la parturition éditoriale, il faut des diffuseurs pour donner vie à l’œuvre au-delà des rayons d’exposition-ventes. C’est dans la même optique que nous avions entamé une tournée nationale à la rencontre du lectorat pour expliquer les non-dits, échanger sur les préoccupations soulevées par l’œuvre. Je salue d’ailleurs les réflexions des élèves et étudiants qui travaillent déjà sur mon œuvre. Un encouragement spécial au premier d’entre eux, l’étudiant en lettres moderne Didier TCHANSI qui a travaillé sous la direction du Dr Armand K. ADJAGBO, enseignant chercheur à l’Université de Parakou. Pour l’obtention de son mémoire de Licence professionnelle en littérature générale et comparée, le jeune Didier a étudié le thème de l’amour. Le recueil Djèhami est donc né, vivant et viable. Il ne reste qu’aux bourgeons de fleurir pour que durablement ses fruits attendus par tous nourrissent les esprits des lecteurs dans leur grande diversité.

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