« Petit pays », Gaël FAYE.

« Petit pays », Gaël FAYE.

De scholastique Mukasonga à Véronique Tadjo en passant par Boubacar Boris Diop et d’autres, assez d’auteurs ont abordé la saignante tragédie du génocide rwandais. Mais ici, comme Charly en guerre de Florent COUAO-ZOTTI ou Allah n’est pas obligé de Kourouma, le monde du chaos est encore une fois perçu par les yeux innocents d’un enfant. Gaby, 10 ans, vit avec son père entrepreneur de nationalité française et sa mère rwandaise, sa petite sœur Ana dans un quartier bourgeois d’expatriés au Burundi. Si l’univers dans les deux derniers livres cités n’est que chaos et violence, Gaël FAYE nous fait nager dans une enfance doucereuse dans Petit pays ; un petit univers fait de bonheur et de candeur où Gaby et ses pairs s’amusent à faire les quatre cents coups et à animer d’autres jeux qui caractérisent l’enfance. Un petit pays gai qui ne demandait qu’à le rester. Mais comme on le dit, la vie est une mer tempétueuse où ne survivent que les poissons qui savent s’y bien conduire. Ce petit pays d’innocence, de gaité et de monotonie basculera dans la violence pour, comme le dit COUAO-ZOTTI dans « Petit enfers de coin de rue », « si jeune et déjà vieux. A peine né et déjà sacrifié », adultiser avant l’heure Gaby et ses camarades. Le petit verra d’abord avec tristesse ses parents divorcer, la guerre civile se dessiner dans le pays puis, le drame rwandais s’abattre sur tout le pays et donc sur tout son univers. Sous ses yeux, son quartier va se déchiqueter, s’entre-déchirer en lambeaux et Gaby ne survivra à tout cela qu’en se réfugiant, pas dans une grotte, pas dans une ambassade, pas dans les jupes de sa mère déjà partie, mais dans une bibliothèque… A tous ceux qui disent que le livre ne sauve pas…


Ce premier roman du musicien Gaël FAYE, écrit avec la simplicité d’un gamin, est un autre coin de voile levé sur le génocide rwandais. Le manichéisme-pivot de l’œuvre est une école de vie : la vie, le bonheur ou la tranquillité douillet peut chavirer à tout moment dans les ténèbres, et il faut avoir un esprit élevé pour survivre ainsi que l’exprime la bibliothèque-refuge. Mais c’est un roman qui rappelle par-dessus tout aux victimes des ignominies humaines qu’elles ont existé, avec leur univers, leurs vies simples, leur train-train et leur ennui qu’elles peuvent récupérer, reconduire après avoir vaincu l’innommable en lui survivant.
Petit Pays est né aux Editions Grasset et Fasquette, à Paris, en France, en 2016.

Chris AMEGAN

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