L’intrusion parentale

L’intrusion parentale

Bonjour les amis, nous recevons pour vous Bill YOCLOUNON. C’est lui qui ouvre cette semaine la page-théâtre de votre blog. Il nous propose une scénette  bien intéressante et très instructive. A vos yeux, prêts….

 

 

Séquence 1

Narrateur : Bignon est une jeune fille âgée de 18ans qui vient d’avoir son baccalauréat avec une mention passable. Elle vit à côté de ses parents qui lui offrent une vie assez modeste. La fin des vacances approche et elle doit choisir la filière dans laquelle elle veut étudier sur le campus universitaire d’Abomey-Calavi. Ses parents, espèrent un brillant succès pour leur fille dans le futur car elle est leur enfant aînée. Ils comptent donc sur Bignon pour être leur relève, leur objet de fierté, leur digne héritière. Pour cela, Monsieur et Madame WAHALA veulent voir de près tout ce que fera désormais leur fille bachelière. Au marché, Madame WAHALA annonce et proclame à tous ses clients que sa fille aînée a eu le Bac D avec brio. À l’église, elle invite tous les membres de son groupe de prière à la maison pour une grande fête. De son côté, Monsieur WAHALA ne manque pas de féliciter le succès de sa fille devant ses collègues de service. Ils arrivaient même à leur retirer. Quelques billets en guise de félicitations adressées à Bignon, sa fille aînée. Cette dernière faisait bien la fierté de ses géniteurs. Ils étaient donc prêts à le soutenir dans ses études. Le soir venu où Bignon doit leur révéler la filière qu’elle a choisie pour poursuivre ses études universitaires, Madame WAHALA organisa un petit festin pour la petite famille. Officiellement, la réussite au Baccalauréat série D de Bignon avec une mention passable fut fêtée. Au menu, cuisines européennes, boissons, vins, une bouteille de champagne. Après la coupure du gâteau spécial Baccalauréat de Bignon, la famille se réunit sur la terrasse.

 

Mr WAHALA: En tant que père de cette famille, je suis chaleureusement honoré jusqu’aux cheveux de ma tête. Ma fille Bignon, je suis fier de toi. Avec cette réussite, tu m’as inscrit sur la liste des papas qui sont heureux de dire:  » J’ai des enfants formidables ». Je te le répète ce soir, tu es une fille formidable. Tu as tout mon soutien à partir de ce soir. Bignon: Merci beaucoup cher Papa. C’est grâce à toi que j’ai fait tout ceci. Toi aussi maman. Merci pour tes sages conseils.

 

Mme WAHALA: Ce soir je me rends compte que le sens de ton prénom s’est incarné en toi ma fille. Bignon, tu es vraiment une bonté que j’ai su porter dans mes vaillantes entrailles de femme. Tu as aussi mon soutien ma perle rare. Bignon: Merci infiniment chère mère. Je te dois la vie et ce Baccalauréat est aussi à toi.

 

Mr WAHALA: Alors ma fille, voilà que tu as eu ton Bac. Mais tu le sais, le plus dur commence la rentrée prochaine. Tu n’es mas aveugle, tu vois très bien que nos économies sont autant modestes que la vie que nous menons dans ce foyer. Il est évident et tu le savais, que c’est le campus universitaire qui peut t’accueillir comme étudiante. Mais jusque là, tu ne nous as pas encore annoncé la filière d’étude dans laquelle tu veux évoluer.

 

Bignon: Merci chers parents. Vous m’avez profondément considérée en souhaitant ce soir que je vous donne mon choix de filière d’étude. Maman m’a toujours observée et elle a sûrement découvert mon attachement aux livres, à la lecture et à tout ce qui a rapport aux lettres. J’aime les Lettres et les langues malgré mon apprentissage en série scientifique. Je voudrais donc poursuivre mes études universitaires dans les Lettres modernes.

 

Madame WAHALA: Lettres modernes. Pour devenir quoi ma fille?

 

Bignon: Professeure, Écrivaine, Journaliste et plusieurs choses maman. Vous allez m’aider à voir les autres débouchés.

 

Mme WAHALA: Là je me suis trompée sur toi parce que je t’observe souvent comme tu l’as dit mais je n’ai remarqué aucun de ces penchants vers ce que tu cités là. Bignon: Et pourtant maman….

 

Mr WAHALA: Eh! Du calme, petite fille. Tu es grande maintenant et il faut qu’on te fasse connaître certaines réalités de la vie sociale. Il ne sert à rien que nous tes parents te cachons les difficultés actuelles de notre société. Le peuple n’a plus besoin de beaux parleurs ni de ceux-là qui écrivent en vain et se disent écrivains ou hommes de lettres. Aujourd’hui, notre monde a besoin des Hommes pratiques et pragmatiques. La filière que tu choisis là ne nous mènera pas loin. Regarde loin ma fille, tu vises très petit.

 

Bignon: Mais papa, c’est une question de capacités et de passions. Je crois donner le meilleur de moi-même et mieux faire mes preuves dans les Lettres que dans d’autres filières. En plus je ne me vois pas en train de faire autre chose.

 

Mme WAHALA: Ma fille, tu as eu un Bac scientifique quand même. Qu’est-ce qui te regarde dans une filière de la série des paresseux.

 

Bignon: Série des paresseux ?

 

Mme WAHALA: Oui bien sûr. Les séries littéraires ne font pas le poids à côté du Bac que tu as eu. Di coup tu ne gagnes aucune estime ni aucun espoir d’un futur radieux en choisissant les Lettres. Si tu veux le comprendre, sache que ton oncle Olympe a fait les Lettres Modernes sur ce même campus. Il a reçu Doctorat sur Master mais aujourd’hui tu vois le nombre de fois qu’il débarque dans cette maison pour repartir avec des kilos de gari, des paquets de sucre et des bouteilles d’arachide. Il n’arrive même pas à se suffire. Imagine la situation de ses enfants. C’est dans ses traces que tu veux mettre les pas?

 

Bignon: Maman, chacun a chemin à faire. Je ne suis pas née sous la même étoile que l’oncle Olympe.

 

Mme WAHALA: Voilà que tu commences par raisonner comme ces gens des Lettres.

 

Mr WAHALA: Trèfle de bavardages. Ce qui nous réunit ce soir est bien plus sérieux que ce que tu racontes là Bignon. Tu as eu le Bac D. Il est pour plus que clair pour moi que tu fasses une filière scientifique. Et si tu veux bien accepter la proposition de tes parents, va te préparer pour la Faculté des Sciences et Techniques. Je trouve en toi une future Biologiste, brillante et inégalable de sa génération. Tu as fait notre fierté jusque là, n’efface pas tout cela en une seule passion.

 

Bignon: Papa! Je te respecte et tu le sais. Mais je ne comprends pas vraiment ta décision.
Mme WAHALA: Chéri, moi aussi je ne suis pas d’accord avec ce choix. Je préfère que notre fille fasse l’agronomie. C’est un secteur plus prometteur que la Biologie dont tu parles.

 

Bignon: Anhan maman!

 

Mr WAHALA: Tu vois qu’elle n’est pas d’accord. Et d’ailleurs moi je n’attends l’accord de personne d’entre vous. Je suis le père et je suis votre protecteur. Si aujourd’hui vous peinez à épouser mes idées, demain vous comprendrez que c’est pour le Bien de nous tous.

 

Mme WAHALA: Mais chéri, imagine notre fille nous ramener à la fin de chaque mois des vivres: maïs, mil, manioc, haricots, légumes et autres… Ne serais-tu pas content de voir tes tâches allégées? L’agronomie est le secteur dans lequel plusieurs pays investissent aujourd’hui et ça tu le sais plus que moi chéri. Laisse Bignon faire la FSA.

 

Bignon: Mama! Papa! Vous parlez de moi devant moi. Permettez aussi que je parle de moi. Vous avez demandé mon choix et je crois que c’est parce que vous me jugez mature. Je voudrais faire les Lettres.

 

Mr WAHALA: Petite fille, tu viens d’ouvrir le chapitre de tes 18 ans. En attendant que tu aies 21 ans, permets qu’en tant que père responsable, je remplisse mes devoirs. Je pourrai dire demain que je t’ai orientée. Pour cela, fais comme ta tante Nadia. Aujourd’hui elle vit en Belgique. Elle est béninoise mais elle travaille aujourd’hui dans un grand hôpital en Belgique. Elle collabore avec des Blancs, elle dort chez des Blancs, elle mange avec eux, elle soigne des Blancs. Je peux la voir pour toi. Elle va t’accueillir chez elle là-bas. Et tu vivras aussi en Belgique. J’en ai fini.

 

Narrateur: Mr WAHALA, sur ces mots, se leva et entra dans la chambre tout en colère. Mme WAHALA le suivit pour essayer de plaider pour son propre choix à elle. Bignon resta seule, tête dans les mains et pleura chaudement. Elle voyait déjà ses rêves en train d’être conjugués dans un passé très lointain. Elle se concentra et pleura encore.

 

Musique de fin séquence

 

 

Séquence 2:

 

Narrateur: La rentrée avait commencé et Bignon s’est inscrite à la Faculté des Sciences et Techniques dans la filière Chimie-Biologie-Géologie pour répondre favorable au choix de son papa. L’année était à sa fin. Bignon était ajournée. Elle avait validé deux Unités d’Enseignement sur huit. Elle rentra à la maison le jour des résultats en pleurs. Elle était inconsolable. Ses parents ne pouvaient pas supporter de voir leur fille ainsi. Ils se entamèrent une discussion dans la nuit profonde couchés dans leur lit.

 

Mme WAHALA: Papa Bignon! TU aurais dû m’écouter et inscrire Bignon en Agronomie.

 

Mr WAHALA: Le résultat serait le même parce que ta fille est remontée. Elle se montre têtue et veut nous montrer que c’est elle seule qui a la responsabilité de ses choix. Elle a échoué exprès je te dis. Même si on l’inscrivait en Agronomie, elle nous aurait ramené les mêmes résultats. Mais ce qu’elle oublie, c’est elle qui perd en premier. Moi j’ai fini la réalisation de ma vie.

 

Mme WAHALA: Tu n’as rien fini. Nos enfants doivent se réaliser avant qu’on ne puisse pousser un ouf et nous féliciter. Bignon notre aînée vient de perdre cette année et il n’en est pas question qu’elle en perde davantage.

 

Mr WAHALA: Et que propose madame?

Mme WAHALA: C’est simple. Elle ne peut plus continuer en CBG. La rentrée prochaine on va l’inscrire en Faculté des Sciences Agronomiques.

 

Mr WAHALA: Haha haha. Tu verras pire. Ta fille veut bavarder, lire des livres, écrire des Lettres modernisées. C’est ce qu’elle appelle Lettres Modernes et toi tu veux l’envoyer à la terre? Non elle n’a pas le vert dans ses couleurs préférées.

 

Mme WAHALA: Je me chargerai de la convaincre. J’ai même une connaissance à qui je vais lui confier. Il n’est pas question qu’elle échoue encore. D’ailleurs la terre n’a jamais menti. Elle va réussir.

 

Mr WAHALA: Si tu le dis chérie. Moi j’ai peut-être échoué en lui proposant la Biologie. Toi, tâche de relever le défi avec ta fille.

 

Mme WAHALA: Tu as ma parole papa. Parole de femme. Bonne nuit chéri. Bisous.
Mr WAHALA: La nuit portera conseils.

 

Narrateur: Le ciel dormit avec eux. Bignon se réveilla le lendemain matin très tôt grâce à l’entrée de sa maman dans la chambre. Elles eurent une discussion qui va bouleverser encore la vie estudiantine de la petite…

 

Musique de fin de séquence
Séquence 3

 

Narrateur: Bignon avait encore obéi au choix parental. Cette fois-ci, elle avait suivi les conseils de sa maman. Elle a porté durant un an l’uniforme de la FSA. Échec. Elle avait encore échoué lamentablement. Seule avec sa maman, elle pleure son amertume.
Bignon: Maman! Je n’ai jamais voulu être dans ce que vous m’avez emballée, papa et toi. J’ai joué à la fille docile et voilà où j’en suis. Je viens de perdre deux signifiantes années de ma vie. J’ai 20ans et mon Bac est vieux de deux ans mais je suis toujours en première année. Jusque-là, ma vie me paraît sombre parce que vous l’avez privée de lumière. Que vais-je faire la rentrée prochaine ? Vous allez sûrement me proposer de faire maintenant mes études au goût de ma passion. Mon Bac aura trois ans et je serai toujours en train de me chercher. C’est dur. J’aurais dû vous désobéir et faire la fille têtue aujourd’hui pour que demain vois soyez fière de moi. Mais j’ai eu tort. (ELLE pleura chaudement… )

 

Mme WAHALA: Ma petite chérie, nous avons tort envers toi. Pardonne-nous.
Narrateur :

Bignon se leva brusquement et sortit de la maison. Mme WAHALA la poursuivit en vain et se mit à pleurer. Mr WAHALA était au service. Seule dans la maison avec ses autres enfants, elle s’alarmait sur le sort de sa fille qui se promenait sûrement dans les ruelles. Elle prit le téléphone et appela son mari:

 

Mr WAHALA  : Allo papa Bignon! Nous avons tort. L’éducation estudiantine n’est pas du gâteau à partager entre les parents. Bignon ta fille a échoué encore. Elle a fui de la maison. Vivement qu’elle reconnaisse le chemin du retour à la maison. (Pleurs )

……. Fin……

Bill YOCLOUNON

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