« Pour vivre heureux, il faut embrasser le silence de la solitude » Kwami Hugues BALOGOUN

« Pour vivre heureux, il faut embrasser le silence de la solitude » Kwami Hugues BALOGOUN

Bonjour les amis. Nous recevons pour vous aujourd’hui, un jeune &écrivain béninois, Kwami Hugues BLOGOUN: « Le secret d’un solitaire heureux, c’est qu’il n’écoute pas les vacarmes et tintamarres des gens. Il vit en adéquation avec la nature. Cela lui suffit ! »

BL: Bonjour M. Hugues. Vous voudriez bien vous présenter pour les lecteurs du blog?

HB : Moi c’est Kwami Hugues BALOGOUN, je suis un Béninois, un Philosophe et Jeune écrivain au regard critique, auteur de : L’ombre de Marianne, “Le vrai visage’’, Au cœur du désastre, Les dernières larmes (bientôt disponible).

BL : En dehors de la conception religieuse occidentale, existe-t-il une puissance invisible, gardienne de chaque individu selon l’Africain ?

HB : L’occident nous a habitués à l’idée selon laquelle chaque être humain est sous la garde et la protection d’un Ange. Loin de vouloir déconstruire cette doctrine occidentale, je voudrais juste faire remarquer ici qu’il existe une puissante entité invisible qui assure jour et nuit la protection de chacun de nous. Cette entité est si réelle dans l’anthropologie et la théologie africaine qu’elle mérite d’être redécouverte par les africains. Il s’agit de ce que l’on appelle Ombre.

BL : Quelle attitude l’homme noir doit-il adopter en face des religions importées et celles ancestrales ?

HB : Sans vouloir tomber dans le nihilisme nietzschéen, j’ose affirmer que chaque peuple a ses réalités et sa conception de Dieu. Si tant est que la religion est le fait d’être relié à, d’être connecté à, ou aussi de reconnaître qu’il y a un Tout Autre au-delà de soi, je me permets de dire qu’à la genèse de chaque peuple, cette religiosité était présente. Il serait donc absurde de balayer d’un revers de main ce qui fait notre identité pour embrasser une autre. C’est pourquoi, loin de préconiser le syncrétisme, chaque africain authentique, quelle que soit son obédience religieuse, doit vouer un respect total à chaque type de religion. C’est là, la liberté religieuse que je demande.

BL : Que devons-nous entendre par “être émancipé’’ ?

HB : Ah… ! Je ris toutes les fois où j’entends les femmes proférer cette phrase : Je suis émancipée. J’ai la même sensation quand il s’agit d’un homme qui la prononce. Et souvent, ce sont des hommes et femmes qui sont allés à l’ « école des blancs ». C’est comme si l’émancipation est réservée à une catégorie de personnes. Mais non. « Etre émancipé, c’est parvenir à faire unité en soi-même pour devenir véritablement ce que l’on est ontologiquement. (…) Si tu es une femme, efforce-toi de vivre en tant que femme dans la dignité et en assumant les responsabilités qui t’incombent…Il n’y a pas d’inversion de rôle »(in Le vrai visage, Cotonou, Nouveautés, 2020.)

BL : L’amour peut-il effacer les offenses et erreurs d’un (e) partenaire ?

HB : L’amour chez les humains n’est pas synonyme de la perfection. Sur ce, les offenses et les erreurs pourraient survenir dans les relations interpersonnelles. Si nous savons que celui qui est capable du bien est aussi capable du mal, alors, le pardon reste la meilleure solution pour dépasser les limites des offenses. Cependant, évitons, tant que peut se faire, d’offenser les personnes que l’on aime.

BL : Le mariage serait-il un objectif ou une fin en soi ?

HB : Je reprends ici les mots de Amos Yao SANI à la préface de ma pièce de théâtre : Le vrai visage. « Le mariage n’est ni un objectif ni une fin en soi. C’est plutôt une étape dans l’existence de deux êtres. »

BL : Combien de catégories de femmes existe-t-il ?

HB : Je me permets de sourire d’abord car certains me diront que le nombre dépend de chacun. Mais au-delà de toutes conjectures, il n’existe que deux catégories de femmes. “La première est celle qui élève l’homme et la seconde, celle qui le rabaisse jusqu’au shéol. Malheureusement ce n’est qu’au fil du temps qu’on les découvre comme le dit si bien l’adage “on ne reconnaît l’arbre que par ses fruits’’. Cette seconde catégorie, prête à baisser sa culotte comme une poule mouillée à qui veut, est la pire des espèces à ne pas convoiter si l’on veut être heureux.’’

BL : La politique en Afrique : une réussite ou un échec ?

HB : A ce niveau, tout est clair comme l’eau de roche. La politique en Afrique a échoué ou plutôt le politique a échoué. Le spectre constant de la faim et de la mort qui rode dans tout le continent, le phénomène de l’immigration, etc. sont des preuves que rien n’a changé ou plutôt, que nos années d’indépendance n’ont été que le triste spectacle du développement du sous-développement.

BL : En Afrique, est-ce de l’ethnocratie, de la démocratie ou de la “mangeocratie’’ ?

HB : Une vérité de la Palice pour qui sait lire entre les lignes. En Afrique, il n’existe pratiquement pas de démocratie mais plutôt une instauration de l’ethnocratie qui engendre des guerres ethno-tribales partout dans le continent. La “mangeocratie’’ est l’une des caractéristiques cuisantes de l’inexistence de l’état démocratique en Afrique.

BL : Quels sont les revers d’une démocratie mal comprise ou mal assumée ?

HB : Etant donné qu’il n’y a pas de démocratie, on ne peut qu’assister à des spectacles effrayants et         déshumanisants comme l’empoisonnement, l’exil imposé à toutes voix contradictoires. Dans cette situation, la liberté d’expression n’existe plus et la peur d’être arrêté depuis son lit pour subir les répressions d’une cour pénale pro-gouvernementale plane sur tous. La politique est devenue la voie propre de la dictature, du totalitarisme et de l’oppression. C’est dommage !

BL   : De nos jours, quels rôles incombent à la jeunesse intellectuelle africaine ?

HB : Il faut lire mon roman Au cœur du désastre pour le découvrir. Etre jeune aujourd’hui est une responsabilité. C’est à la jeunesse de revendiquer ses droits dans les règles de l’art. C’est pourquoi, je condamne une jeunesse sans rêve, sans ambition qui se cache derrière les politiques pour se réaliser seule. La jeunesse doit redéfinir le terme de la politique sinon, l’avenir sera encore plus chaotique.

BL : Quel rôle jouent les Eglises sur le plan social et économique en Afrique ?

HB : Sans lésiner sur les mots, je crois pour ma part, que les Eglises en Afrique sont pour la plupart, des sources d’appauvrissement. La paupérisation des africains par les africains eux-mêmes au nom de Dieu est un fléau qui gagne du terrain. Les problèmes vitaux de l’Afrique deviennent donc des lieux de questionnement, de la remise en cause de la foi que nous pensons avoir. Un ami m’a fait part de ses peurs un jour parce qu’un prêtre de l’Eglise catholique lui a dit qu’il est trop jeune pour prétendre écrire et que l’église n’a pas besoin des écrivains… Voyons là, comment et pourquoi, il est nécessaire aujourd’hui de remettre en cause certaines structures. La pauvreté de l’Afrique n’est pas seulement d’ordre matériel, elle est aussi d’ordre intellectuel et spirituel.

BL : Le système scolaire occidental serait-il encore valable en Afrique aujourd’hui ?

HB : Le système scolaire occidental imposé en Afrique est conçu pour nous plonger dans un sommeil dogmatique, dans une léthargie sans pareille. Malheureusement, nos gouvernants peinent encore à débattre du sujet en toute vérité car, cela leur profite tant qu’ils ont la poche remplie.

BL : Faut-il encore, croire en un pasteur, prêtre etc ?

HB : L’exception confirme la règle mais il ne faut pas attendre cette exception pour prendre nos vies en main. Tous, nous sommes des hommes et tous, avons nos qualités et défauts. Autant un pasteur, un prêtre ou un imam peut trahir la confiance de ceux qui ont cru en lui, autant les fidèles laïcs peuvent le faire. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il ne faut jamais « croire » en un homme si l’on ne veut pas être déçu. Dieu seul suffit. Le reste, de la vanité.

BL :  Pourquoi les “hommes’’ préfèrent-ils le mensonge à la vérité ?

HB : La vérité est difficile à supporter. Il est donc normal que personne ne veuille la chercher. Tout le monde préfère se contenter des mensonges colporter par-ci par-là pour faire sa propre vérité sur autrui. C’est très réducteur de penser connaître l’autre sur un fond de vérité bâti sur des mensonges. J’en déduis donc que les hommes ne sont pas encore des hommes. Ils sont encore sur le chemin d’hominisation. Personnellement, à quiconque prétend me connaître, je lui dis d’aller se mirer d’abord avant de revenir. C’est si simple. Ce sujet, je l’ai abordé de long en large dans mon nouveau roman : Les dernières larmes

BL : La polygamie : un atout ou une paralysie pour les africains ?

HB : Il faut naître dans une famille de polygame pour prétende répondre comme moi. La polygamie est un mal, un défaut, une plaie béante. C’est souvent les personnes sorties des familles monogames qui se permettent de faire l’apologie de la polygamie. Elle est un fléau à combattre. La polygamie est une paralysie volontaire dont les africains se permettent de souffrir.

BL  : Quel est le secret d’un solitaire heureux ?

HB : Pour vivre heureux, il faut embrasser le silence de la solitude. C’est en lui que réside le vrai bonheur. Les hommes n’apportent que peines et misères mais la solitude nourrit des fleurs de la joie et du bonheur. Le secret d’un solitaire heureux, c’est qu’il n’écoute pas les vacarmes et tintamarres des gens. Il vit en adéquation avec la nature. Cela lui suffit !

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