Conte : Akpédjé, l’orphelin.

Mon conte roule, roule, et tombe dans un village Kpélin, où jadis vivaient Akpédjé, un très beau jeune garçon avec sa mère, sa marâtre et son fils Dansou, et ainsi que son père. Mais un jour, il devin orphelin de mère, puisque sa maman partit à d’une crise cardiaque. Son père le confia à sa marâtre. Malheureusement, cette dernière lui rendait la vie dure, très dure même. Cherchant les moyens par lesquels il fallait éliminer physiquement le jeune homme, la marâtre ne trouva aucune occasion. Chaque nuit, le jeune orphelin dormait dans une pauvre case un peu éloignée de la maison familiale, qui pourtant, disposait d’assez de chambres, contrairement à l’enfant de la marâtre qui dormait dans l’une des chambres avec les parents. Et pourtant, les deux enfants s’aimaient et s’entendaient très bien. Une nuit, elle décida d’en finir avec l’orphelin. Elle se dirigea dans la case d’Akpédjé, un coupe-coupe en main. Ce dernier, avait pris toute la couverture pour couvrir tout son corps à cause de l’énorme fraîcheur qui sévissait cette nuit-là. Pour ne pas faire du bruit et réveiller le jeune homme qui risquait de crier, elle l’assomma avec plusieurs coups de machettes et lui ôta la vie, puis alla rejoindre son mari comme si de rien n’était.

Au lever du jour, elle s’étonna que son fils, qui d’ordinaire, se levait le premier, soit encore au lit. Il alla dans sa chambre, mais surprise. Il n’y était pas. C’est à croire que personne n’avait dormit sur ce lit ce soir-là. Elle se précipita dans la case de l’orphelin, et là, stupeur. Elle vit sous la couverture, dans un lac de sang coagulé, le corps sans vie de son fils Dansou, avec plusieurs coups de machette. Elle s’écria d’une forte forte !
– « Odjé » ! j’ai tué mon fils.
Mais personne ne l’entendit. Une fois dehors, elle héla son mari et accusa Akpédjé d’avoir tué son enfant, d’avoir tué son frère. On le chercha dans la maison, mais personne ne le vit. Dansou et Akpédjé en effet avaient l’habitude de s’échanger les places les nuits sans que personne ne s’en rende compte dans la maison, puisque Dansou n’était pas du tout d’accord du traitement que sa mère infligeait à son frère dans la même maison. Il avait développé une sorte de solidarité avec Akpédjé. Lorsque cette nuit-là, Dansou avait pris la place de Akpédjé, celui-ci, averti en songe par sa mère défunte, avait fui la maison, prenant le soin d’informer son frère de la funeste action que va mener sa mère. Mais Dansou refusa et promit se sacrifier si cela devrait advenir. Akpédjé partit donc, le coeur très lourd, de la maison dans cette nuit noire et prit la direction de la forêt. Pendant des jours, on chercha et rechercha l’orphelin et c’est au bout du quinzième jour qu’on l’attrapa dans la forêt. On le ramena devant le chef du village où l’affaire avait été portée. Sa marâtre réitéra son accusation à son encontre. L’enfant se défendit, nia et raconta tout ce qui se passait dans la maison depuis la mort de sa mère. Le père prit la défense de sa femme et accusa aussi Akpédjé.

Devant cette divergence de propos, et pour avoir le coeur net, le roi appela son bokonon devant la cour. Ce dernier vint aussitôt, et après salutation et autres révérences, s’enquit de la situation. On lui demanda s’il était capable de révéler la vérité et de savoir entre les deux camps, qui était le menteur. Il répondit par l’affirmation.
Il s’installa devant tout le monde, pria ses puissances invisibles de l’aider à détecter le coupable. Le charlatan fit sortir une grosse calebasse entourée de grains de cauris et un pagne rouge. Il s’assit subitement, saisit les quelques cauris, marmonna une certaine parole sacrée, les lança en l’air. Les cauris tombèrent tous dans la calebasse qui contenait une eau extrêmement noire avec des feuilles et écorces d’arbres. Il l’a couvrit, et une quinzaine de minutes plus tard, héla une petite fillette qui n’avait pas encore connu de garçon, et lui demanda, après avoir remué l’eau, de venir contempler la scène qui se déroule dans la calebasse. Sitôt dit, sitôt fait. Et la fillette de raconter à haute voix ce qu’elle voyait dans la calebasse :


– Je vois un garçon courir de la maison en direction de la forêt dans la nuit. Je vois aussi une femme munie d’un coupe-coupe qui se précipite dans une case. Elle regarde autour d’elle pour voir si quelqu’un la voit. Elle rentre dans une case éloignée des autres chambres. Mon Dieu, mon Dieu.
La fille se tut, et commença par pleurer. On l’encouragea à regarder jusqu’à la fin et à continuer par raconter. Elle remit le regard dans la calebasse et reprit.
– Je vois maintenant la femme qui donne des coups de coupe-coupe à celui qui dort et qui est sous la couverture. Il a donné plusieurs coups.
Ainsi, tout fut dévoilé. On reposa la question à la marâtre, qui devant cette évidence reconnut son forfait. Or, dans ce village, celui qui commet un tel acte doit être sacrifié sous le baobab, aux fétiches du village. Sans tarder, le roi ordonna à ses serviteurs d’arrêter la femme pour le sacrifice. Chose dite, chose faite. Quant à l’orphelin, le roi le prit sous ses ailes chez lui et léleva désormais comme son fils.

Moralité : Le fruit de la cruauté est amer, et en vouloir aux autres, surtout les orphelins se paie toujours ici-bas.

Paul J. AKAKPO.
Élève en classe de 1èreA au CEG 1 Pira.

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