« Ce livre est un couteau dans la plus grande plaie du monde de ce fait qui a érigé en norme et en dogme infrangible l’intolérance et le rejet de l’autre ». Abdullah Thiam nous fait faire un voyage littéraire passionnant mais dangereux. La règle de jeu ici c’est, périr ou survivre. Accrochez-vous!

Il est jeune et il porte une anagramme prestigieuse : L’enfant Noir qui semble biffer son vrai nom Abdullah Thiam. Il a publié aux Nouvelles Editions Balafon (NEB) son premier roman intitulé « La Promesse ». L’œuvre comprend 135 pages.

Le livre nous transporte dans l’intimité d’une famille pas comme les autres. Ici tout tourne autour de Myriame et Cissé, mais tout ce qu’ils font est toujours en référence à leur enfant, don du Ciel. En effet, Après avoir connu chacun l’échec dans le mariage, Myriam et Cissé vont se rencontrer. M. Cissé est un riche transporteur et Myriam une belle héritière métisse. Ils décidèrent donc de s’unir. Mais avec l’âge avancé de son épouse, c’était pratiquement impossible d’avoir un enfant. Ils visitèrent marabouts, féticheurs, médecins traditionnels et modernes… Lors de leur pèlerinage à la Mecque pour, et devant la Kaaba, ils formulèrent des prières, surtout demandèrent à Dieu de leur permettre d’avoir un enfant. Mme Cissé avait promis à Dieu de construire une grande mosquée climatisée avec toutes les commodités, s’il exauçait leurs vœux. M. Cissé disait que, s’il avait la chance d’être père d’un garçon, ce dernier psalmodierait le Coran nuit et jour. Il serait entièrement consacré à Allah, un jeune pieux, respectueux des principes islamiques. Si en revanche l’enfant était une fille, celle-ci serait voilée intégralement, aucun contact extérieur, elle serait pure jusqu’au mariage. Leurs prières furent exaucées, l’enfant c’était une fille. Elle s’appelait Soumaya en hommage à la première femme martyre de l’islam. M. Cissé devait donc honorer sa promesse, sa fille dès l’âge de sept ans avait tout le corps recouvert de voiles noirs, avec des chaussettes et des gants noirs… Elle vécut ainsi, malgré elle, jusqu’à l’âge de 20 ans. Elle tombe amoureuse d’un jeune homme. Alors décide de prendre en main sa vie. Comment tout ceci finira-il ? Réussira-t-elle à s’affranchir des prescriptions de son père ? Et si elle le faisait, que vaut alors la promesse que ce dernier avait faite à Allah devant la Kaaba au Lieu Saint ? Qu’adviendra-t-il de sa mère ? Est-ce que son petit ami va pouvoir survivre ?

Le livre soulève bien de questions. Est-ce que les enfants sont tenus d’honorer les promesses faites par leurs parents ? Est-ce normal que la religion qui est communion avec Dieu, en vienne à entraver et hypothéquer l’avenir du croyant ? De toute évidence, on ne sort pas de ce livre comme on y est entré quand on considère les nombreuses thématiques qu’il aborde : le conflit de générations, la polygamie, l’autoritarisme parental et la religion dont les différentes conceptions créent forcément un déséquilibré familial et social.

Le livre est écrit dans un style simple, un français accessible qui souvent est rythmé par des expressions malinké comme  » djoulatchai  », congnontchê,  » djely »’  » djembe  » ou  des expressions arabes telles que : « Salamaleykoum »,  » AlhamdoulillAh »,  » innalillah wa Inna illehi rajioune » djumah »  » wallah’‘.

Ce qui m’a le plus marqué dans le livre, c’est la rigueur inflexible du géniteur, son attachement aux valeurs religieuses et surtout son respect de la parole donnée. J’ai aimé aussi la révolte de la fille qui s’est carrément métamorphosée et pour affronter sans crainte ce père coriace et inflexible. Ce choc des titans est agréable à suivre. Ce livre est beau et très actuel. Félicitations à  Abdullah Thiam pour avoir osé mettre les pieds dans la fourmillière.  Le lire, c’est faire le vœu de vivre en homme et femme de son temps, ce temps marqué par l’intolérance religieuse, le fanatisme et le rejet de l’autre.

Kourouma Matie Chtistelle

 

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