« La rose empestée » ! Tel est le titre du livre gagnant du Grand Prix Vénus d’Ebène. Ce prix est une initiative de Carmen TOUDONOU qui donne un nouveau souffle aux projets d’écriture -qui ne tarissent pas au Bénin. Le lauréat de cette année Edmond Yétongnon fait une entrée spectaculaire dans l’univers des romanciers béninois à travers son roman « La rose empestée« . L’œuvre, après délibération du jury présidé par  Carmen Toudonou, est publié aux Éditions Venus d’ébène en Avril 2019 dans la collection Oniris dédiée aux romans après. Ce livre, d’une couverture blanc immaculé qui porte la belle image d’une africaine aux tresses soigneuses et au regard charmant, a le mérite de laisser ébahi dès sa lecture. Son titre en couleur rose comme le désigne le libellé est établi en 12 parties. Dès qu’on se plonge dans ce livre, on n’en ressort que pour s’y plonger de nouveau. Et c’est en cela que lire de nouveaux livres est comme vivre une nouvelle vie. Il faut le reconnaître, dans « La rose empestée », la gravité des événements captive et ne lasse pas. C’est une œuvre qui commence chaloupante autour d’un amour insouciant et beau entre Fred et Pamela, les deux héros du roman. Deux jeunes gens qui s’étaient épris l’un de l’autre au collège et nourrissaient de grands projets d’avenir. Un avenir radieux qui ferait rêver plus d’un… Ce bonheur qu’envisageaient les deux tourtereaux après leur somptueux mariage durerait-il dans le temps ?…De toute façon, Fred apprit la vie dissolue qu’a eue Pamela lors de ses études universitaires aux États-Unis. Elle avait posé des actes pas communs mais qui parvinrent fortuitement à sa moitié par des images violentes. Des images qui ont exacerbé la haine de son mari. En témoigne, cet extrait :

« J’étais loin de m’imaginer que Pamela serait capable de me faire un coup pareil. Tout moite de sueur, je réussis enfin à me relever, pris la clé de mon véhicule et démarrai en trombe. Je roulais à une vitesse infernale et brûlais certains feux tricolores sans m’en rendre compte. À mesure que j’accélérais, ces atroces images me poursuivaient, défilaient sur mon pare-brise et me hantaient sans cesse. À un moment donné, j’eus envie de crier mon amertume. Mais qui m’aurait entendu? Alors, je poursuivis mon chemin en broyant du noir.

Arrivé à la maison, foudroyé par cette scandaleuse découverte, je m’effondrai dans un divan du salon où je demeurait jusqu’au retour de Pamela. Elle rentra plus tôt ce soir-là. Car je ne décrochai aucun de ses appels et ses nombreux messages furent sans réponse. » (P.99)

Mais qu’avait-il pu bien découvrir au point d’en être aussi ébranlé et remonté ? L’humeur de Fred changea. S’en suit donc une décharge de colère, de coups et de blessures, de quotidien hargneux où Josiane leur fille perdrait ses parents. Plusieurs réflexions sillonnent les pages de ce roman. Comment pardonner quand on se sent trahi par l’amour? Comment trouver la force d’avancer quand on vit désormais la haine? On pourrait se demander pourquoi juge-t-on au point de donner la mort à son prochain? Mais qui peut pardonner quand on a jamais envisagé que l’autre puisse mal agir? Réflexion tournée aussi vers cette société de consommation intense qui nous miroite la cherté de la vie comme reflet de l’évolution. L’on dira qu’on peut rester digne dans la pauvreté mais le narrateur laisse libre cours à chacun de s’en faire une religion, une opinion  garantit par la pression extrême dans laquelle le monde est happé au point de conduire certains à des vices suprêmes. Malgré moult tentatives pour réconcilier le couple, rien n’y fit. Fred se laissait rogner par l’amertume. Le fardeau qu’il portait l’a conduit à tuer et il le paiera par une incarcération. Pamela par ses actes est tuée prématurément. C’est aussi le revers de ces réseaux sociaux habiles à garder des souvenirs qu’il vaudrait mieux enterrer que décrit le romancier. Et l’ultime réflexion que qu’inspire ce livre est celle-ci: »si on pouvait lire la messagerie interne de chaque personne, l’humanité partirait pour une 3e guerre mondiale« . Nous n’en sommes pas encore là mais ce roman est un panneau de prudence qui nous dit sans l’avouer que point d’intimité n’existe de nos jours. Il n’y a donc pas d’acte gratuit. Tout acte posé aujourd’hui peut avoir de fâcheuses conséquences sur l’avenir d’un couple.

Au demeurant, pour la joie des lecteurs, « La rose empestée » est un ouvrage qui fait voyager et fait mourir à la fois. D’une dualité déconcertante, il donne la vie, le bonheur d’être à deux mais aussi le malheur d’être détester de l’être aimé. La rose qui embaume ce roman est bien empestée et garde une lourde odeur de culpabilité. L’auteur nous la transmet d’ailleurs par son style d’écriture d’une simplicité rayonnante. Ce livre peut et doit être lu par toutes les générations. Le registre courant utilisé ici facilite la compréhension et introduit le lecteur dans l’univers du récit. C’est une œuvre qui servira à la postérité en étant un vrai outil scolaire. Chaque Grand Prix littéraire réserve toujours une découverte et une bonne surprise. C’est le cas de « La rose empestée » qui doit être absolument lu.

Mytille A. HAHAO

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