« L’arbre fétiche » de Jean PLIYA est paru aux Éditions CLE Yaoundé en 1971. Il comprend quatre nouvelles. Le livre s’ouvre sur « L’arbre fétiche », nouvelle éponyme. Paul Lanta, moderniste et dédaigneux de la tradition ancestrale, est chargé de diriger des travaux d’urbanisation de la ville d’Abomey. Très tôt, il se heurte à une difficulté: abattre le loko qui siégeait la route de Sinhoué débouchant sur le marché Houndjro afin d’y tracer une rue. Les ouvriers commis à sa charge dont le garde Anatole et Mèhou le porte parole des prisonniers, fins connaisseurs de la tradition et consciencieux de la situation, cédèrent à la panique générale : 《Cet iroko est un fétiche redoutable, il a toujours été respecté》 disait le vieux Mèhou. Mais pour Paul Lanta, c’étaient des alibis de paresseux. Il décida alors de recourir aux services d’un bûcheron dénommé Dossou. Célébrissime homme de bois, Dossou accepta l’offre. Après les préliminaires, il entama sa précieuse mission. Ses mouvements de Dossou s’arrêtèrent : l’arbre était achevé. Il avait calculé, avec une certitude que l’iroko s’abattrait d’un côté. Fier de lui, il se pavanait de gauche à droite, convaincu que l’arbre pencherait dans la direction qu’il lui avait imprimée. Soudain, l’arbre céda et prit la direction contraire, celle de Dossou lui-même. Il se retourna, désemparé face au danger qui le visait. Il voulut fuir mais … Paul Lanta, stupéfait, intrigué, bouche bée, ne comprenait rien. Il croyait voir un film. Jean PLIYA ironise à son sujet : 《M.Lanta ne comprenait pas, il ne pouvait pas comprendre », tout comme Mensavi ne pouvait pas comprendre que dans le cadre des fêtes de fin d’année, il ne puisse se voir offrir l’objet de ses désirs : la voiture rouge.

C’est avec un ton comique et renversant que Jean PLIYA aborde la Nouvelle intitulée  « La voiture rouge ». Mensavi, issu d’une famille pauvre se rend compte très vite de la cruauté de la nature. Renvoyé de la concession familiale et poussé par son désir de vivre l’ambiance de la fête de Noël, il se lance dans une aventure joyeuse dans les rues de Cotonou où il va échouer dans un supermarché. Il est frappé par une Mercedes rouge. Mensavi caressa l’espoir de la posséder. Subitement, la voiture rouge avait disparu. Une famille riche et attentive aux moindres désirs de leur garçon venait de la lui acheter. Le cœur meurtri, Mensavi sortit et se mit de nouveau à flâner dans la rue. Il vit le garçon et sa famille dans leur véhicule. Le gamin fit tomber un sachet par mégarde. Mensavi le prit et n’en crut pas ses yeux. Et pourtant, c’était la fameuse voiture rouge en plus de sucreries qu’il avait découvertes pour la première fois au supermarché. La troisième nouvelle porte : « L’homme qui avait tout » Fiogbé est un vieux paysan vivant dans un pays nouvellement indépendant. Pays après les indépendances, où les nouveaux dirigeants amateurs et bien plus méchants que les colons, grugent et paupérisent les misérables populations. Fiogbé se trouve dans l’incapacité d’acheter des médicaments pour son épouse. Il lui fallait deux maudits mille francs sans quoi elle mourra sûrement. Un généreux donateur, vient à sa rescousse. Il paya les frais et refusa tout remerciement. Troublé par une telle générosité, Fiogbé, après moult démarches de reconnaissance à l’endroit du généreux sauveur, décida de lui offrir Phina, sa ravissante fille. Mais le généreux bienfaiteur, opposa un refus catégorique. Cette nouvelle traduit les difficultés qu’ont vécues les peuples africains lors de la colonisation et de ses conséquences qu’ils continuent de vivre. L’homme noir est il à destiné à ne que souffrir?

C’est peut être à cette question que répond Jean Pliya à travers « Le gardien de nuit ». Zannou était un vigile à Athiémé. Dans l’exercice de ses fonctions, il eut à lutter contre un hibou. r. Fort, Zannou gagna le combat haut les mains mais s’ensuivit un combat invisible et un duel mystique. L’association des sorciers s’en prit à sa fille Cicavi et à lui même afin de se venger du hibou tué. Il réussit à les disperser et les anéantir. Cependant, il ne parvint pas à sauver sa fille…

L’intérêt de lire cette œuvre est que d’abord les quatre nouvelles donnent une vue panoramique de la société béninoise. Jean PLIYA dans ce recueil  se montre comme un sachant des croyances et des coutumes ancestrales. Le conflit entre modernité et tradition perdure et constitue un frein au développement d’un État moderne. Nos réalités endogènes existent belles et bien, et si l’on pense comme Paul Lanta que c’est du folklore et de l’amusement, on peut le très cher. Ce livre nous interpelle sur notre nature généreuse d’être humain. Il convient de constater que le talentueux auteur avec un style simple et familier, est resté très proche du vécu de la société béninoise. Les amoureux de la bonne lecture y trouveront leur compte.

Jospin YEDJENOU

  1. C’est le mot de fin que j’ai le plus aimé. Nos croyances endogènes existent bel et bien et qui les banalise s’expose à des répercussions qui peuvent s’avérer irréversibles et fatales. Encore une fois félicitations et merci pour ce partage bénéfique pour tout les amoureux de la lecture.
    Il faudra également relire un peu et corriger quelques fautes syntaxiques

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