L’enfer et moi.

Voici un livre très poignant de la jeune écrivaine togolaise, Afy Francine Christelle KUDZU qui nous plonge dans ce monde pervers des parents inconscients, qui agissent sans penser aux lourdes conséquences de leurs actes. Elevée uniquement par sa mère jusqu’à l’âge de 12 ans où elle réussit à obtenir son CEP, elle sentit un jour le manque d’amour paternel dans sa vie et décide de connaître qui est son père. Elle, c’est Marine, qui prit le surnom de « la maudite » qui n’a connu presque qu’une existence difficile. Et pour cause, ayant appris qu’elle avait été abandonnée par son père, qui attendait plutôt la naissance d’un garçon que d’une fille, elle n’a dû son salut qu’à sa mère. Cette dernière avait joué non seulement son rôle mais celui paternel aussi, réussissant à mettre à la disposition de sa fille tout ce dont elle avait besoin sur le plan matériel. Mais comme toujours le remords fait surface chez certains, le père décide de faire la connaissance de sa fille et de s’excuser. Marine en profite pour rencontrer ses demi frères et sur (Dary, Ashely, Ryan et son cousin Florent avec qui elle ne s’attendait pas du tout, car ce dernier trouvait tous les moyens pour se moquer d’elle, en l’insultant d’enfant abandonnée, « Hé, toi-là, l’enfant abandonnée », p.24. Ce semblant de vie familiale n’a pas duré, puisque Marine se fait violer à l’âge de 12 ans par son oncle paternel tonton Charly, le père de Florent et lui défend d’en parler : « Je voulais me redresser mais il me bloqua à l’aide de ses genoux, puis i s’accroupit sur moi. Tandis que, d’une main, il me ferma la bouche, il me déshabilla de l’autre », p.32 ; « Quand il eût fini, il me rhabilla et que je prendrais cher si j’en parlais à quelqu’un », p.33. Ce traumatisme, pendant plus d’un mois, elle le vécut seule, sans en parler, et couper du monde. C’est Florent qui vint un jour, lui expliquer les choses. C’était une habitude de son père de procéder à ce viol rituel pour avoir de l’argent. Florent l’avait découvert une nuit, lors de son anniversaire : « Juste au moment où j’allais ouvrir la porte, j’ai entendu papa dire que les deux filles étaient maintenant sacrifiées mais que le lendemain, elles ne se souviendraient de rien », p.38 ; « Avec le plus grand calme, maman m’ dit que c’était la seule manière qu’elle avait trouvé pour subvenir à nos besoins et que ça n’avait pas dérangé papa mais que si j’en parlais, ils allaient en mourir et que Florence allait recevoir le même châtiment que ces filles-là. Elle ajouta qu’il n’y a que deux victimes par an », p.38.

Quel crime abominable que pour être riche, il faut sacrifier la vie des autres, surtout celle des âmes innocentes. Aucun crime ici-bas ne reste impuni, et comme on le dit, les enfants ont toujours leur Dieu et la nature s’en charge de leur rendre justice. Et c’est au nom de cette justice divine, que la mère de Florent devient folle, et le père décédé : « …puis à peu près six mois après cette journée, Florent, Ryan et moi avons vu tata Laure, se balader à moitié nue dans les rues, à crier le nom de son mari. Florent a voulu s’approcher pour l’aider mais elle ne voulait pas, elle a commencé par hurler, et à raconter qu’un serpent avait mangé tonton Charly par la faute de Florent », p.42. Marine garda durant sa vie, les séquelles de ce viol, et ne réussit jamais à s’en sortir. Elle pensa que l’amour d’Alex allait la sortir de cette situation, mais, elle est devenue une autre « chose », une « coquille vide », sans émotion, incapable de ressentir quelque chose comme sentiment, en un mot, vidée à l’intérieur. Totalement bouleversée et désorientée, la seule solution trouvée est de se lancer dans les vices, car désormais, fréquentant ses camarades de classe non fréquentables. En effet, ce traumatisme la conduit à sa descente aux enfers : drogue, sexe, alcool. Elle s’y adonnait avec coeur joie, pensant l’aider pour oublier toutes souffrances endurées : « Plus les jours passaient, plus je consommais la drogue. Et c’étaient des stupéfiants de plus en plus durs. D’un autre côté, je devins accro à l’alcool. », p.56. Coupant court à toute discussion, elle devint insolente avec tout le monde, se permettant même de fuguer pendant des jours : « j’étais devenue incontrôlable. Ma mère ne savait plus où donner la tête et semblait désespérée. », p.56 ; « Une nuit, lors d’une soirée arrosée, je m’étais retrouvée avec une fille, Anne, dans une chambre et nous avions voulu essayer de nouvelles choses…Les mois qui suivirent, ce fut pareil : alcool, drogues, sexe, parfois avec trois garçons à la fois », p.56.
A travers ce récit très poignant, l’auteure nous plonge dans un monde où l’éducation fait défaut dès le bas âge, où le goût de l’argent facile amène certaines personnes à saboter les bases de l’éthique. Elle dénonce ce comportement et appelle à la conscience humaine face à ce fléau. Les enfants ne sont pas des êtres à sacrifier pour s’enrichir. L’enfer et moi est la première nouvelle de l’auteure, Afy Francine Christelle KUDZU, une Béninoise mais d’origine togolaise, née le 10 janvier 1997 à Ouagadougou au Burkina Faso. Titulaire du Bac série D, elle est en 1ère année de Master en Transport et Logistique à l’Institut Supérieur Privé Polytechnique au Burkina Faso. Elle est une passionnée de lecture et d’écriture et aussi de dessin. Un livre à lire absolument. Disponible à la librairie Notre Dame de Cotonou.

Kouassi Claude OBOE

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