Mystère, c’est le maître mot à retenir de cet opuscule, au titre caricatural « Une aile commune chue« , qui fera tôt de devenir un chef-d’œuvre. Oui, du haut de ses vingt-deux (22) hivernages, – la valeur n’attend point le nombre des années – Noudjiwou Carlos ALLOSSOU est une jeune et prometteuse plume qui s’impose déjà à travers cette première publication à l’allure d’un bébé qui naît avec des dents. Premier mystère du livre qu’incarne l’auteur lui-même, qui au travers de cette œuvre s’illustre majestueusement tel un viaduc entre l’Homme et un sujet existentiel majeur : la mort. Une sempiternelle actualité qui inspire phobie mais que traite ici l’auteur avec une profonde passion qui vous emporte dans les firmaments des arcanes de ses pensées aussi perspicaces que clairvoyantes. Pour y donner corps, dix (10) personnages issus des mailles de son rigoureux casting auront le privilège de vous tenir en haleine au détour de la lecture de ce bouquin dont les pages n’avoisinent que la centaine. L’intrigue touchera votre sensibilité et vous laissera plutôt pantois mais pas autant que le personnage principal, l’agonisante Lily qui ne prendra la parole que dans l’ultime scène du dernier acte de cette mystérieuse pièce de théâtre qui s’achèvera par son trépas. Respirez un bon coup et partons ensemble dans une envolée – je vous préviens – vertigineuse, pour une vue aérienne de la version accélérée de la pièce théâtrale de l’année : Lily souffre d’une mystérieuse maladie qui tarde de se plier aux soins de Le docteur. Un médecin mystérieux qui inquiète Ben, frère de Lily qui fit une mystérieuse consultation divinatoire au près du marabout Baba. Cette séance occulte loin de désamorcer le mal de Lily, enregistre plutôt une dispute et finit à queue de poisson. Dieu ne dort pas. Lily se réveille néanmoins de sa longue agonie mais pas pour longtemps. [ Lily : … Si un mal vous introduit dans les ombres de la destinée et vous laisse revenir, ce n’est que pour vos adieux ] (p.94). C’est à croire que Lily préméditait le forfait de Ben. Elle étouffa par asphyxie les secondes suivantes sous l’imprudence de Ben : véritable et mystérieux coupable de la mort de Lily qui accusait naguère son entourage. Le poète, Cara (cousin de Lily), Sèlomé, Sèmèvo et Sèdémè (les enfants de Lily) et Massédé (un bénéficiaire de la charité de Lily) n’auront que leurs beaux yeux pour pleurer lamentablement le départ au ciel de celle qui fit les uns [ Massédé : … Le docteur l’est-il sans Lily? … Elle nous a donné le nid, le miel et la mie. Aujourd’hui, lui médecin et moi un maître. Je le revois lui Cara, pêché des puits à qui Lily a permis de longues études. Et si Ben n’en a fait autant, il l’a voulu. ] (p.66) et représente l’espoir de l’avenir des autres [ Sèmèvo : … O dédain qu’il dégaine sur les regains d’espoir dont il ceint et saigne le dessein. ] (p.45) : Lily. L’aile commune chue ! C’est une renversante histoire qui vous présente une salade de thèmes qui s’entremêlent tels les têtes d’une hydre. En effet, pendant que la fatalité se dresse comme une veine transversale de cette pièce théâtrale : [ Cara : … Quelle autre réalité plus ignominieuse, de voir en son sein, le seul feu et la seule étincelle luisante gisant en agonie prêt à s’éteindre ] (p.34), la méfiance règne en maître dans l’esprit de Ben qui s’adresse à Baba en ses termes : <<Révélez-moi tous ceux qu’il me faut craindre et qui sont à la base de son extinction.>> (p.58). Ne parlons plus du déterminisme [ Cara : face au déterminisme de la nature, point de révolte ! ] (p. 30) auquel Ben oppose tout d’abord un rationalisme béat : <<Aussi ne te faudrait-il pas en ajouter à mon affliction quand tu n’oses jamais descendre dans le concret>> (p.31) avant de culbuter dans l’irrationalisme [ Massédé : … Toutefois si l’urgence vous fais penser à un recours aux forces traditionnelles, je me rends disponible pour mener vos pas vers un devin, le plus grand et le plus noble que je connais. (Ben paraît d’un coup intéressé) (p.38). D’autres thèmes à l’instar de la conscience, l’inconscient, la sérénité et l’indifférence eurent chacun un traitement incrustré dans cette pièce théâtrale savamment orchestrée par l’auteur Noudjiwou Carlos ALLOSSOU. Avec son style fin qui lie aussi bien déclamations poétiques et répliques scéniques voire son vocabulaire recherché – la plupart des termes concernés sont juste des synonymes de mots usuels – il a voulu sortir des sentiers battus pour proposer à son lectorat un livre à caractère enlevé à lire absolument.

Chédrack DEGBE

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