Kelly YEMDJI (KY) « Des milliers de femmes en souffrent parce que les hommes préfèreraient les femmes claires de teint. » .

Kelly YEMDJI (KY) « Des milliers de femmes en souffrent parce que les hommes préfèreraient les femmes claires de teint. » .

« Des milliers de femmes en souffrent parce que les hommes préfèreraient les femmes claires de teint. »

BL : Bonjour Kelly Yemdji. Quelle joie pour nous de vous recevoir sur notre blog. Que nous est-il permis de savoir de vous ?

(KY): Bonjour! C’est tout un honneur pour moi que d’être votre invitée. S’il faut faire un bref résumé de ma biographie, je dirais que je suis une jeune dame de 22ans, titulaire d’une licence en mathématiques-informatique et actuellement étudiante en communication professionnelle pour la gouvernance locale et le développement. Je suis passionnée des sciences de l’esprit en général et de littérature en particulier. J’aime tout ce qui est artistique, bref j’aime vivre.

BL : Vous êtes secrétaire d’une association. Parlez-nous de cette association, ses objectifs et la relation avec votre livre.

(KY): Effectivement, je suis la secrétaire générale d’une jeune association dénommée L’ÉLITE AU FÉMININ. Comme son nom laisse comprendre, L’ÉLITE AU FÉMININ est une association à but non lucratif d’hommes et de femmes pour la promotion du leadership féminin et la lutte contre toutes les violences faites aux femmes pour atteindre l’idéal qu’est son slogan : « Des femmes plus fortes, pour un pays prospère ». Cette association a aussi pour but d’accompagner les femmes qui désirent se réaliser ; voilà pourquoi elle a porté à sa manière, mon projet d’écriture jusqu’à sa maturation.

BL : Vous êtes originaire du pays de Mongo BETI. Qu’est-ce que cela signifie pour vous que de partager la même terre que ce géant de la littérature africaine ?

(KY): Le sentiment de fierté qui m’habite est indescriptible d’autant plus que Mongo BETI est mon auteur Camerounais préféré. Cette légende m’inspire le dévouement pour ma patrie, l’intégrité, et surtout la volonté de transformer le monde par ma conduite et ma plume.

BL : Hier chroniqueuse littéraire. Aujourd’hui auteure. Comment vous êtes-vos sentie en tenant dans vos mains votre premier-né ?

(KY): En voilà encore un sentiment que je ne saurais décrire. C’est quelque chose qui se vit. C’est un sentiment de plénitude, d’accomplissement. On a envie de crier, de rire aux éclats, de pleurer de joie, de sauter et d’attraper le ciel, tout ceci au même moment. C’est comme l’amour, ça ne s’explique pas.

BL : Nous sommes habitués à entendre le gens parler du secret de leur réussite. Mais vous, par contre, vous signez « Le secret de mon échec », un titre qui ne laisse personne indifférent. Il y a certainement là un mystère à élucider….

(KY): Un mystère ? Je ne pense pas. Je suis de ceux qui détestent les normes et la routine. Cela dit, je pense qu’on peut aussi aider les gens à réussir en leur disant ce qui pourrait les faire échouer. « Le secret de mon échec » est tout simplement un titre qui rappelle aux gens que l’échec c’est le début de la réussite.

BL : L’un des thèmes de l’œuvre, sinon le thème central, est celui du harcèlement en milieu scolaire. Pensez-vous que la victime n’est toujours que la femme ?

(KY): Bien sûr que non ! Les hommes tout comme les femmes sont harcelés. La nuance est que les femmes sont plus harcelées que les hommes et donc subissent plus de pressions psychologiques. C’est justement la raison pour laquelle j’ai tenu à matérialiser dans mon roman, les deux types de harcèlement.

BL : Vous abordez de manière subtile la question de citoyenneté dans votre livre. Que devraient faire les pouvoirs publics de votre pays pour affermir la relation citoyens-drapeau-hymne?

(KY): Je l’ai dit dans le roman. L’histoire, la véritable histoire de notre pays doit être racontée aux tout-petits non pas pour qu’ils la récitent comme des automates, mais pour qu’ils la comprennent. Ce n’est qu’en la comprenant qu’ils sentiront l’urgence d’être des citoyens au lieu d’être de simples habitants de la cité.

BL : Nous avons constaté que le féminisme est un axe qui vous passionne. Si on vous demandait de vous situer et d’expliquer clairement la tendance qui est la vôtre, que direz-vous ?

(KY): Je suis une féministe ! Pour moi, être féministe c’est avant tout être humaniste. Mon féminisme est africain et donc subtile. Il vise à interpeller l’homme pour qu’il revoie sa considération phallocratique de la femme. Il vise aussi à inviter la femme à changer son éternel tablier de ménagère contre un costume de leader.

BL : Quelle féministe symbolise pour vous un modèle ? Pourquoi ?

(KY): Sans doute Chimamanda Ngozi Adichie. Parce qu’elle a réussi à faire briller le leader qui est en elle tout en restant une femme féminine, une épouse. Pour moi, cette dame a les idées claires. Le féminisme pour elle autant que pour moi, n’est pas un combat que les femmes livrent aux hommes, NON !

BL : Parlez-nous de votre relation avec Daphy.

(KY): Ma relation avec Daphy ! C’est un personnage à qui j’ai attribué beaucoup de traits de mon caractère. Non pas que le roman soit une autobiographie, non ! Juste que j’ai voulu créer un personnage qui n’allait pas échapper à mon contrôle.

BL : Si on vous dit « pages 309 à 311 ». Que répondez-vous? Est-ce qu’il y a un rapport direct entre l’histoire de la narratrice et vous?

(KY): Le tableau 50ème ! En fait non ! Je suis une fille qui écoute beaucoup et qui a eu la chance d’être une épaule apaisante pour beaucoup de filles. Cela dit, je m’inspire de tout et de rien.

BL : Pourquoi avoir assigné à Daphy ce destin, quand on sait, au fil des pages, que cette fille est pourtant une élève assez brillante? Ne versez-vous pas là dans la fatalité et le pessimisme ?

(KY): Fatalité et pessimisme dites-vous ? Oh que non ! L’optimisme, j’en ai à revendre. J’ai choisi exprès ce destin à Daphy pour montrer aux yeux de la société complice du silence, jusqu’où peut mener cette bassesse. C’est donc une sonnette d’alarme que je tire, pour que chacun se sente concerné d’une manière ou d’une autre et pose les actes qu’il faut pour prévenir ou pour guérir.

BL : Quand on considère le cadre familial de Daphy, l’on se rend compte que là aussi règne la violence. Le père qui maltraite la mère, la mère qui se voit obligée de se reconvertir en couturière pour subvenir aux besoins de ses enfants. Votre livre, un plaidoyer pour la famille ?

(KY): Oh oui ! Dans ce livre il n’est pas que question de harcèlement, il est aussi question de l’éducation parentale. C’est très important, je le dis en connaissance de cause. J’ai vécu à travers des amies, des choses que je ne souhaite à personne. Les parents ne se rendent pas compte que leurs prises de bec à répétition ont une influence fatale sur le devenir de leurs enfants. D’aucuns assigneraient même la cause de l’échec de Daphy au contexte familial dans lequel elle a grandi et croyez-moi ils n’auront pas tort parce que c’est très déterminant.

BL : Si votre mari vous bat, votre mari que vous aimez pourtant éperdument, lui le père de vos enfants, votre unique trésor, que ferez-vous ?

(KY): La fille de 22 ans que je suis aujourd’hui répond que je m’en vais avec les enfants. Peut-être qu’en gagnant un peu plus en maturité je changerais d’avis mais pour le moment voilà ma réponse. Battre une femme qui plus est ton épouse est une barbarie que je ne tolère pas. Vous lui pardonnez ? Il recommencera soyez-en sûr et il n’y a jamais 2 sans 3. D’aucuns diront que je suis égoïste et que je ne pense pas à mes enfants qui ont besoin de leur père. Je réponds que je pars pour mes enfants parce qu’ils ont besoin de leur maman vivante ; je pars pour mes enfants parce qu’il vaut mieux grandir dans un foyer monoparental que  grandir dans un foyer cataclysmique ; je pars pour mes enfants parce qu’ils ont besoin d’une maman heureuse qui aura encore de l’amour à leur communiquer ; je pars enfin pour mes enfants parce que ce sera ce qu’il y a de mieux à faire pour leur éducation et pour mon bonheur.

BL : A travers la mère de Daphy, vous reposez le problème de manque de confiance en soi qui fait que certaines femmes se voient prêtes à tout pour « paraître » afin de plaire aux hommes. Et là vous abordez l’épineuse question de la dépigmentation, un fléau qui vous intrigue certainement qui repose l’équation beauté-teint de la peau. Dites-nous-en davantage…

(KY): Malheureusement nous en sommes arrivés là ! La dépigmentation est fille de la colonisation. Des milliers de femmes en souffrent aujourd’hui tout d’abord parce qu’elles ne se font pas suffisamment confiance et parce que les hommes préfèreraient les femmes claires de teint. Chaque femme devrait se marier ; mais chaque femme doit comprendre avant tout que le mariage n’est pas un aboutissement. J’en profite pour rappeler aux uns et aux autres que les gens n’ont pas la même sensibilité et qu’il faudrait mieux faire des remarques surtout lorsqu’elles sont négatives, de la façon la plus douce possible ; car dit-on, les mots sont comme des pistolets chargés.

Comment faites-vous pour produire un si gros et beau roman à 22 ans? C’est quand même une brique de 333 pages ! Vous l’avez commencé à quel âge ?

(KY): (Rire) Ouais ! 333 C’est assez gros pour un début. Je l’ai commencé à l’âge de 17ans. À cette époque je n’avais pas l’intention de me faire éditer, je voulais juste vomir ma bile. J’ai donc écrit 31 pages A4 en un mois et j’ai mis dans mon tiroir. Trois années plus tard, j’ai ressenti à nouveau l’urgence d’écrire sur la même thématique. Sauf que cette fois, il fallait dénoncer, il fallait donc publier. J’ai ressorti mes 31 pages A4 du tiroir et j’en ai rajouté 200 en deux mois. Vous comprenez donc l’urgence et la rage qui m’animaient.

BL : Quels conseils donnez-vous aux femmes face au harcèlement (sexuel, psychologique) en milieu scolaire ? Comment s’y prendre ?

(KY): Ce n’est pas facile je sais mais il faut en parler. Autant avec le responsable de l’établissement qu’avec les parents qui pourront poursuivre l’intéressé en justice. Le tout c’est d’abord d’en parler. Il y en a que ces assiduités traumatisent. Il y a des traumatismes irréversibles.

BL : Quel destin souhaitez-vous pour votre livre?

(KY): Je souhaite que mon livre fasse convertir au moins un homme. Et mon combat n’aura pas été vain.

BL : La dernière phrase de votre livre est: « Cette histoire ne finira pas ainsi, je me le promettais ». Est-ce dire qu’il y aura une suite?

(KY): Est-ce qu’il y aura une suite ? Je me la pose aussi cette question, figurez-vous. J’ai la certitude que le temps nous répondra.

BL : Quels sont vos projets ?

(KY): Je compte continuer mon combat en écrivant. Je compte surtout donner une plus grande envergure à L’ÉLITE AU FÉMININ pour aider des femmes à prévenir et à guérir. Un harceleur qui prend consciente et se converti est une victoire de plus mais jamais de trop.

Votre mot de fin

(KY): Le premier mot qui jaillit de mes lèvres est « Merci ». Je l’avoue, j’ai tellement de personnes à remercier. Ma famille nucléaire d’abord pour l’éducation reçue et l’amour inconditionnel. Ensuite des amis qui m’ont toujours accompagné : Tamekem Lontchi, Horocki Tamba, Tedto Mfangnia. Des gens qui m’aident à grandir au quotidien : Gaëlle Kamdem, Dim Mohamed, Hans Rémy. Brice Kamdem, c’est sans doute la personne que je ne remercierais jamais assez pour avoir cru en moi dès le premier jour et pour avoir pris l’engagement de me faire grandir. Il donne envie de croire, qu’il existe encore du bon en l’être humain et que tout n’est pas perdu. Il n’est pas un saint, mais il n’en est pas loin. A tous mes amis, je dis ma fraternelle reconnaissance. Pour finir, je voudrais informer les uns et les autres que « Le secret de mon échec » est disponible à Dschang et bientôt à Douala et sur Amazon. On peut aussi se le procurer en contactant le +237 676492179. Merci et merci.

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