« L’Afrique tend toujours vers un abime culturel »  Gaya Esau

« L’Afrique tend toujours vers un abime culturel »  Gaya Esau

Bonjour les amis. Nous recevons pour vous aujourd’hui, un jeune écrivain camerounais: « . Le Cameroun lit. Les camerounais lisent. L’univers littéraire m’a tendu les bras car plusieurs acteurs de l’industrie du livre m’ont ouvert leurs locaux afin de faire la promotion de mes livres ». Gaya Esau

BL :Bonjour Gaya Esau. Merci de nous accorder cette interview. Veuillez vous présenter à nos lecteurs.

GA : Merci, Bonjour. Je suis Gaya Esau. Je suis jumeau à Abiatini Israël. Nous avons vu le soleil pour la première fois le 11 septembre 1998 à Goyonré, dans le département du Mayo-Danay, au Cameroun. J’ai passé mes dix premières années à Goyonré où j’ai fréquenté à l’École Parent de Goyonré et d’Agoyo. En 2010, ma famille déménage à Moulvoudaye, un arrondissement situé dans le département du Mayo-Kani. À Moulvoudaye, je continue mes études à l’École Groupe 3 de Moulvoudaye et au Lycée de Moulvoudaye. Je sors du Lycée de Moulvoudaye en 2018 avec l’obtention des diplômes des études secondaires. Après l’obtention du diplôme de Baccalauréat en 2018, j’ai continué à l’Université de Maroua en étudiant la Géographie. Vu les difficultés que la « plus belle des régions » ayant pour chef-lieu Maroua m’infligeaient, j’ai été transféré à l’Université de Yaoundé 1. Je suis actuellement étudiant en Géographie et Anthropologie à l’Université de Yaoundé 1.

BL : Du haut de vos 22 ans, vous êtes l’une des plus jeunes plumes du Septentrion camerounais. Parlez-nous un peu de votre aventure avec la littérature.

GA : Mon aventure avec la littérature ne date pas d’aujourd’hui. Je me rappelle lorsque j’étais au Lycée de Moulvoudaye, j’aimais trop lire et écrire. J’imaginais trop des histoires. Une fois que je me retrouvais seul à l’école ou à la maison, je créais seulement des histoires fictives grâce à la lecture que je fais. Allant de plus près, lors des évaluations où il faut de la littérature afin de narrer une bonne dissertation, j’écrivais beaucoup. J’écrivais énormément jusqu’à ce que mes enseignants me conseillent de ne pas trop écrire et de résumer mes idées. Cette attitude d’agencer les idées et d’imaginer des réponses fiables était toujours pour moi la partenaire fidèle. En plus de cela, j’ai commencé à espérer écrire un jour. C’était en terminale. C’était lors des discussions avec certains camarades du Lycée à l’instar de Bawang Emmanuel, Djaombara Dourga Benjamin et Doobaa Michael. L’ambition était d’écrire au moins un livre après le Baccalauréat. Ainsi, je me suis lancé à observer les comportements de la jeunesse pour en parler dans un roman.

BL : Comment se sent-on à 22 ans, écrivain et grand espoir de la littérature de toute une région et de tout un pays ?

GA : Je me sens fort, déterminé et engagé. Plusieurs maux existent dans nos sociétés, plusieurs moyens existent pour dénoncer afin de changer les choses. La littérature est mon seul moyen de dire à haute voix ce que je ne peux dire en face. Un moyen efficace pour faire régner la conscience au sein de la société.

BL : Quand et pourquoi avez-vous décidé d’écrire et de publier un livre, puis deux, puis trois ?

GA : C’était en décembre 2018 que j’ai décidé d’écrire un livre. Je voyais le monde à l’envers. Les comportements et les manières de la jeunesse africaine tendaient vers la gauche, jusque-là nous observons une déviance culturelle. Je continue à publier des livres car j’ai l’ambition de faire entendre ma voix dans toutes les couches sociales.

BL : Parlez-nous de la genèse de Propensions comprimées, votre première signature.

GA : Propensions Comprimées est né à Maroua. C’était pendant le premier semestre à l’Université. Je voyais les comportements des habitants de Maroua et je les analysais car ils sont catégoriquement différents de ceux de ma socioculture. C’est ainsi que je sors de mon fauteuil pour interviewer les habitants de Maroua, et j’ai continué les mêmes collectes de données une fois à Yaoundé où l’acculturation est une nature sacrée.

BL : Pourquoi ce titre pour le moins curieux ?

GA : Le titre Propensions Comprimées parce que les passions des Africains d’aujourd’hui ne sont pas de revaloriser leurs valeurs culturelles. La déculturation a gagné du terrain.

BL : La couverture de l’œuvre ne manque pas de susciter questionnement et curiosité. Comment l’interprétez-vous ?

GA : Je ne suis pas un spécialiste de couverture mais la couverture de mon roman a une signification claire et nette. Nous avons une carte d’Afrique et des poussins sur fond bleu ciel. La carte d’Afrique est faite sous la forme d’une natte. Je peux dire que la carte d’Afrique d’ici démontre un lavage des valeurs culturelles en laissant les poussins (cultures occidentales) s’installer et/ou remplacer les cultures négro-africaines traitées de sorcellerie.

BL : Ce roman traite essentiellement de la constante rivalité entre tradition et modernité. Vous pointez du doigt l’envahissement des cultures occidentales et l’acculturation des Africains, des thèmes largement abordés par d’autres auteurs mais qui restent toujours d’actualité. Pourquoi vous êtes-vous particulièrement intéressé à cette thématique ?

GA : Je me suis intéressé à cette thématique car ces maux traités par mes prédécesseurs sont irrésolus. L’Afrique tend toujours vers un abime culturel. Une disparition de la culture africaine éternellement où cette culture ne serait qu’un patrimoine culturel.

BL : L’intrigue de Propensions Comprimées, histoire fictive ou réalité romancée ?

GA : L’intrigue de Propensions Comprimées est une histoire fictive et en même temps réalité romancée. Au fil des pages, vous découvrirez des événements fictifs inspirés des faits réels.

BL :  On se doute qu’il y a une part de l’auteur dans l’un ou l’autre des personnages. Quel personnage de Propensions Comprimées se rapproche-t-il le mieux de Gaya Esau ?

GA : Le personnage de Propensions Comprimées se rapprochant de Gaya Esau est le personnage principal surnommé Mrakaï. Mrakaï me reflète parce que tout ce qu’il a fait et tout son combat contre l’acculturation mon combat.

BL : Après Propensions Comprimées, vous signiez courant 2020, L’esprit transcendantal, un recueil de poèmes. Qu’est-ce qui vous l’a inspiré ?

GA : Ce qui m’a inspiré pour écrire ces livres et ce recueil de poèmes en particulier, ce sont les maux du monde moderne. Le monde est en train de traverser un instant sombre. Un moment où le sacré n’existe plus, la mort est devenue une habitude. Ce sont les maux comme le racisme, le tribalisme, la division qui m’ont inspiré.

BL : Les noms de vos personnages rappellent une culture qui vous semble chère, celle des Mousgoum. Quel rapport avez-vous avec cette culture ?

GA : Les noms des personnages de mon roman Propensions Comprimées sont des noms inspirés des peuples Mousgoum car je le suis. Je suis mousgoum et j’ai choisi de promouvoir à travers la littérature ma culture africaine qui me reste comme patrimoine.

BL :  2021 devrait voir paraître un prochain roman signé Gaya Esau. Parlez-nous-en ainsi que de vos projets en cours.

GA : J’ai un roman en cours qui sortira en 2022. Le roman en question a pour titre  A la Tamjra. Mon roman Propensions Comprimées est d’ailleurs choisi pour une adaptation audiovisuelle par un groupe de cinéastes camerounais où nous allons bientôt débuter le projet.

BL : Comment appréciez-vous l’univers littéraire camerounais après vos premiers pas dans l’arène ?

GA : J’apprécie bien l’univers littéraire camerounais parce que certains camerounais sont bibliophiles. Le Cameroun lit. Les camerounais lisent. L’univers littéraire m’a tendu les bras car plusieurs acteurs de l’industrie du livre m’ont ouvert leurs locaux afin de faire la promotion de mes livres.

BL : Les jeunes écrivains ont pour la plupart beaucoup de mal à se faire éditer. Peu d’éditeurs leur font confiance. Dans votre cas, comment les choses se sont-elles passées ?

GA : Lorsque j’avais terminé d’écrire Propensions Comprimées, j’avais du mal à trouver un éditeur. Les conseils des écrivains camerounais que j’ai rapprochés étaient du genre à me faire fuir. Je ne pouvais pas résister à la devise pour faire paraître mon roman. C’est ainsi que je tombe un soir sur une bonne nouvelle d’une camerounaise qui s’était publié chez Lys Bleu. Je me suis rapproché d’elle et elle m’a fourni toutes les informations et détails de publication d’un livre chez son éditeur. C’est au bout de quelques mois que je vois mon livre publié après avoir suivi toutes les procédures édictées par cette écrivaine.

BL :  Où et comment se procurer vos ouvrages ?

GA : Pour se procurer de mes ouvrages, il y a plusieurs façons :

-Cameroun : Libraires Fnac, Peuples Noirs, … Ou contacter le nº +237695623027 (WhatsApp) pour être livré partout au Cameroun.

-Etrangers : FNAC, Charlemagne, BookStore, Amazon et sur les différentes plateformes de vente en ligne.

BL : Quel livre vous a le plus marqué ?

GA : C’est le livre d’Ilboudo intitulé LE RETOUR DE YEMBI

BL : Le livre, selon vous, a-t-il de l’avenir au Cameroun ?

GA : Le livre peut avoir d’avenir au Cameroun si les Camerounais maximisent l’achat et la promotion des livres au détriment des vaines choses qui saoulent. Si les Camerounais s’engagent à promouvoir le livre, nous pouvons espérer, sinon, je vois une néoéducation où le Camerounais est accroché aux médias.

BL : Votre portrait chinois

– un auteur : Jean Jacques Rousseau

– un personnage historique : Idriss Déby Itno

– Un héros/une héroïne : Nelson Mandela

– Un plat : Folléré

-Un animal : le Tigre

-Un passe-temps : Voyage

BL :  Merci Gaya Esau de vous être prêté à nos questions. Votre mot de la fin.

GA : C’est moi qui vous remercie infiniment. Mon dernier message s’adresse à la jeunesse. Si nous avons un rêve ou un projet, malgré nos capacités matérielles et malgré notre âge, nous pouvons le concrétiser. Il suffit juste de se mettre au travail normalement et bien déterminé. Il n’y a aucune difficulté qui existe pour empêcher la réalisation nos rêves, mêmes des difficultés métaphysiques n’existent pas devant une personne déterminée.

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