« Le gentil et la sorcière » Myrtille HAHO.

« Le gentil et la sorcière » Myrtille HAHO.

Pour un voyage en Casamance, le gentil fit la cour à une dame. Il était sourd et muet. D’un courage de guerrier, il voulait voyager, voir du monde et saisir sa promise qui l’attendait. Avant d’entreprendre son voyage, il avait consulté un devin qui lui avait prédit que sa dame se trouvait au bout du voyage. Tout heureux de mener à bien son projet, il prit départ au crépuscule d’un jour ordinaire. Le gentil traversa monts et vaux, rivières et âges. On lui avait prédit cinq jours de marche. Il venait d’en faire dix-huit. Le découragement le gagnait. Il avait peur de s’être égarer dans le ventre de la terre. La faim devenait son ultime allié et la soif son compagnon de route. Ses jours de marche se muèrent en semaines et en mois. Les fruits se raréfiaient sur son chemin. Pour se donner du courage de temps à autre, il chantait les louanges de son âme-sœur. Rien n’arrêtait sa joie de vivre. Il devait aller chercher sa dame au pays des forgerons. Son cœur battait la chamade quand ses pensées s’élançaient vers sa dame. La vue d’une tourterelle égayait son chemin. Les papillons et sauterelles qui tournoyaient autour de lui devenaient ses distractions. Il appréciait chaque être vivant mis sur son chemin. Des champs de maïs s’étendaient à perte de vue dans certaines régions qu’il traversait.

Une nuit de tempête où son abri de fortune croula, il entreprit de se réfugier sous un arbre. Le tonnerre grondait. Les éléments étaient déchaînés. Le gentil tremblait de froid et de frayeur. Un hibou hululait dans l’arbre. L’écho de ce hululement déchirait la nuit. Le bruit du tonnerre s’y mêlaient. On aurait cru être en enfer. Le hibou continuait ses cris. Il semblait lui parler. Dès qu’il leva la tête pour regarder l’animal, une créature descendit de l’arbre. C’était un être difforme, rabougri, aux cheveux clairsemés. Elle avait de longues griffes crochues. De la bave entremêlee de sang coulait de la grosse fente déchiquetée qui lui servait de bouche. Le gentil grelottait de plus belle. La créature lui parla:

  • Écoute-moi bien et ne fuis pas. Suis-moi et on ira en Casamance retrouver ta dame. Ne dis rien. Suis-moi juste car je suis une sorcière.

Le gentil emboita le pas à la créature difforme. Ils marchaient pendant de longues heures. Le gentil ne savait plus distinguer le jour de la nuit. Il marchait muet et amoureux. Il priait intérieurement pour retrouver sa dame. Au loin, une armée de scorpions géants s’élancèrent vers eux. Le gentil n’avait aucune arme de combat. La sorcière disparut en lui donnant une plume. Le gentil s’arrêta le regard terrifié. Les scorpions géants l’encerclèrent. Il voyait sa dernière heure venir, il fit un rapide calcul puis fit un bond pour se faufiler entre les grosses pinces des scorpions. Il manqua son saut et tomba. La plume glissa de ses mains. Les scorpions géants disparurent puis la sorcière revint. Le gentil ahuri, se renfrogna. Il en voulait à la sorcière de l’avoir abandonné. Mais comme il était muet, il ne pouvait rien dire. Leur marche continuèrent longue et épuisante. C’est alors qu’ils entendirent de puissants rugissements. Des lions crachaient du feu et marchaient à grandes enjambées vers eux. Le gentil ne comprenait plus rien. Ces créatures mythiques commencèrent à l’agacer. Il lança un coup d’œil à côté de lui et vit que la sorcière n’était plus là. Il était désormais habitué aux grandes frayeurs. Avant de disparaitre, elle lui avait mis un gros cailloux dans les mains. Dans la colère, il jeta le caillou par terre. Les lions rugissants à deux pas de lui s’évaporèrent. Le gentil se mit alors à courir. Il courait à en perdre haleine. Il ne voulait plus voir la sorcière. Lorsqu’il s’arrêta pour reprendre son souffle, il la vit à ses côtés, plus laide que jamais. Le gentil s’efforçait par maints gestes de l’éloigner de lui. Elle le suivait toujours et toujours.

Un matin, où le soleil saluait la terre, ils vinrent dans un marché. Il y avait du monde, des badauds proposaient tout genre de produit. La fraîcheur du fleuve Casamance se faisait sentir dans l’air ambiant. Tout était coloré. Le gentil était heureux de retrouver du monde autour de lui. La sorcière dit sans ambages au gentil:

  • Nous sommes en Casamance. Tourne-toi et regarde-moi.

Il lui apparut une belle et ravissante dame. Celle qui’il avait tant cherché lors de ses nuits d’insomnie, celle pour qui la tempête l’avait frappé, celle pour qui il avait bravé les géants, celle pour qui le temps n’existait plus. Il était si heureux que lui qui n’avait plus jamais parlé dit:

  • Je t’ai enfin vu.

Les deux vécurent heureux tout le restant de leurs jours.

C’est depuis ce jour qu’on intima à chacun de toujours croire en ses rêves et de ne jamais lâcher l’espoir quelque soient les péripéties de la vie.

Myrtille Akofa HAHO

3 comments

Une belle plume. Un beau conte. Bravo. J’ai aimé la douceur chronologique du récit, cette cohabitation du bien et du mal. Puis, ce triomphe final enrôlé dans une belle chute. J’ai surtout été conquis, cela peut surprendre, par la leçon de vie mais avant, par l’anaphore [celle] qui enlace la fin. Respect.

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