Nathalie Hounvo Yèkpè est une dramaturge, comédienne et metteuse en scène béninoise. Le 7 juillet 2026, elle éa été élevée au rang de chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.
« Elle nous offre une tragédie moderne, esthétique et brutale. Elle nous rappelle que les monstres ne se cachent pas sous les lits, mais parfois dans le regard de ceux qui nous ont juré protection. Lorsque le rideau tombe sur la vérité nue, il ne reste plus que les débris d’une famille et une question obsédante : combien de silences faut-il pour tuer un ange?Entrez dans ce huis-clos. Mais prenez garde : on n’en ressort pas indemne ».

Cette mise en garde introductive en quatrième de couverture écrite par Habib Dakpogan met chaque lecteur de cette œuvre que je m’apprête à chroniquer devant le film exact d’un fait social qui traverse les âges. Comme si chaque génération était appelée à avoir sa part d’anges ou un rituel qui ne finit pas. « La faiseuse d’anges » est une pièce de théâtre publiée en Décembre 2025 par Nathalie Hounvo Yèkpè à Encrage Éditions. La créativité originale donne de la valeur aux œuvres d’esprit et l’esthétique du verbe voudrait qu’on dise la réalité sans filtres. Plongeons dans l’univers du théâtre, plus précisément dans un bouillon de drame et de tragédie.
Si dire offre la facilité d’exister, dire à travers la scène permet de peindre une société où des ombres circulent librement de manière têtue en chaque être humain. C’est aussi le moyen de voir les démons longtemps enfouis se mouvoir devant nous. Une famille inquiète entre en scène car leur fille a disparu. La scène est intense et la vérité est un verdict tranchant au fil des pages de ce livre. L’ éducation parentale est mise en exergue pour sensibiliser et émouvoir. Le théâtre étant avant tout, un art de la scène est bien connu de l’autrice Nathalie Hounvo Yèkpè. Elle maîtrise les méandres et couloirs de cet univers. Lorsque vous voyagez à travers votre art à tous les niveaux, vous pouvez transcender les codes, diversifier vos approches et vous offrir des luxes longtemps ignorés. C’est ce que fait la comédienne, enseignante, actrice et coupable de la pièce de théâtre « La faiseuse d’anges ». Pour avoir joué de la tragédie, du drame et de la comédie, les trois sous-genres du théâtre, l’autrice mêle aujourd’hui la tragédie au drame, ouvre la boîte de Pandore et campe trois personnages dans sa pièce de théâtre : elle et lui. Ici, plaire à la société, fuir les fardeaux de la conscience et ne pas savoir si amour, présence et entraide font partie de l’humanité a entaché le rapport d’un couple marié depuis des décennies et dont les erreurs ont rejailli directement sur leur fille. Nathalie Hounvo Yekpe offre une forme de théâtre dynamique, intense et moderne en 80 pages. Subdivisée en sept (07) chapitres, « La faiseuse d’anges » oblitère les subdivisions traditionnelles d’une pièce de théâtre appelées « actes ». Elle y va selon son entendement. Chaque titre de chapitre est une métaphore sur le contenu. La drôlerie des didascalies mêlée à la tragédie qui se joue à travers cette page donne à réfléchir. Rien n’est anodin dans ce livre. La responsabilité partagée de chaque maillon de la société et la tradition de nos cultures sont têtues. C’est une œuvre d’analyse qui remet en cause certaines règles établies et bouscule sans état d’âme.
En page 27-28, elle et lui s’affrontent dans le chapitre « La source » :
« Elle ─ Tu as bien entendu, perroquet. Tu ne sais que répéter les autres. Lavoisier a dit… Thalès a dit… Pythagore a dit… La tradition a dit… Dieu a dit… ma femme a dit… Toi-même tu dis quoi ? Hein ? Que peux-tu dire de ta fille ? Que sais-tu d’elle qui n’est pas ce que les autres ont dit ? Dis-moi.
Lui─ Bah ! Je sais pleins de choses d’elles… bah… elle est quand même ma fille. Non ?
Elle─ Répond.
Lui─ Oui, Liny est ma fille, je le sais.
Elle─ Que sais-tu d’autre ?
Lui─ Comment ça ce que je sais d’elle ? Tout. Je sais tout d’elle, je suis un papa attentionné. Que me chantes-tu là ? Qui lui a donné son prénom à la petite ? Eh bien moi. Qui lui a offert un nom, pas n’importe lequel ? Encore moi. Qui a construit cette maison, sa maison ? Qui ramène de l’argent ? Qui lui paye des études dans l’une des plus grandes écoles ?
Moi, moi, moi.
Elle─ Tu vois ? Tu ne sais rien d’elle »
L’ artiste étant un tisserand et un peintre qui fait sa toile avec minutie et patience, l’autrice mène sa trame pour nous faire découvrir un troisième personnage silencieux. Ce personnage qui n’existe que de nom dans le livre mais dont la présence et l’absence disent : J’en suis arrivée là à cause de vous. Vous découvrirez ainsi Liny, la fille d’elle et lui, leur rapport dans cette pièce de théâtre. Si vous n’avez pas encore lu « Course aux noces », « Les vivants dans l’ombre », « Agoodjiés » ou « Le prince de Djika et Pour une gorgée d’Atoumo », faites-vous plaisir en lisant « La faiseuse d’anges ». Vous vous rendrez compte comme disait Socrate que « Une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue. »
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