Mais il fallait que j’arrache ma liberté. Que je me prouve à moi même de quoi j’étais capable tout seul dans cette haute école de pseudo politiques. Je me suis d’abord vu proposer le poste de premier responsable provisoire de filière. J’avoue que c’était tentant. J’ai accepté avec la conviction de pouvoir mettre mon savoir-faire au service de mes camarades. Je devais partager cette lourde responsabilité avec une amie. La meilleure que j’avais dans le temps. Une amie ! Mais vraiment une amie. Elle était brillante, gracieuse, dynamique et par dessus tout très compétitive. Je savais tout cela d’elle depuis la classe de terminale. C’était pour moi une parfaite allée dans ce combat pour la connaissance qui nous attendait. Cependant, elle et moi n’avions pas les mêmes fréquentations. Nous n’avions pas les mêmes convictions politiques je dirais. Ou tout simplement nous n’avions pas les mêmes aînés. Ses aînés à elle étaient de l’autre bord politique. Et c’etait là le point de départ des discordes. Ankara était une de ces filles qui vous mettent le coeur en liesse. J’avais confiance en elle. Même si par moment il m’arrivait de douter de sa bonne foi.
Elle fréquentait les pères fondateurs du FUNA. De nous deux, il paraît que c’était elle qui était dans la légalité des choses.
-Le parti des philosophes c’est le FUNA, m’a-t-on dit.
-Tous les philosophes sont FUNA. Pourquoi traînes -tu avec les Ranistes. Modine, Salik et bien d’autres aînés apprentis philosophes n’avaient de cesse à me faire la cour. Sans vouloir me vanter, c’était assez flatteur. Je me sentais important. Mais ce n’était que du vent. Ils voulaient juste gonfler l’effectif et maximiser leurs chances pour les élections à venir. J’étais en philo I, et cette année là, en terme de politique, nul n’en sort s’il n’est malin.

Neurone 2/ Philo I, face cachée

Ankara était devenue très instable. Le titre de responsable provisoire de filière lui montait à la tête. Je la savais ambitieuse et dynamique. Mais je ne la connaissais pas casse-pieds et peu véridique. Je n’ai pas dit menteuse. En tout cas, pas encore. Je dis juste qu’elle avait excellé dans l’art de voiler certaines vérités au profit d’autres. Nous étions en première année. Je n’étais pas encore bien moulé dans le système. Pour cela il aurait fallu que je sois le pantin des ambitions politiques d’un aîné. Ankara s’adonnait bien à ce jeu. Appellations affectueuses le matin, sentiment parental de père à fille développé à la pause de midi, câlin trop rapproché au goûter, au revoir plein de chaleur à 18h. Vous savez bien ce que c’est. Ce n’est pas encore grave, on fait avec tout le monde. Je n’y voyais que du feu au départ. J’étais le premier responsable provisoire et elle ma seconde. Les règles étaient bien établies. Notre collaboration était basée sur la communication. Nous devions nous informer de tout avant de porter l’information à nos collègues. Au départ ça marchait bien. La philo I avait des responsables provisoires à la hauteur de la tâche à accomplir. Le plus dur pour moi était de supporter les bêtises de mes camarades. Questions sottes à longueur de journée, magouilles politiques et j’en oublie. Franchement, je ne m’en voudrais pas d’avoir un trou de mémoire là tout de suite. Mais je me souviens de tout. Et à la suite de Démocratie, je parlerai de tout. Je dois parler de mes camarades et de notre aventure en philo I. Mais avant je vais remonter à la période pre-électorale, la campagne. C’était l’une des périodes les plus pénibles pour moi en philo I. Comme je vous le disais, tout se passait bien avec Ankara. Il n’y avait pas vraiment de tension entre les camarades et elle. Ce n’est pas comme si elle était très pacifique. Mais étant le premier responsable provisoire je me tapais la quasi-totalité du boulot. J’étais donc le plus en contact avec les apprentis philosophes. Il y avait quelques engueulades certes. Je ne me rendais pas cependant compte des dégâts que ces disputes auraient sur le scrutin à venir. J’ai été naïf. Je n’ai pas battu campagne. J’ai refusé de le faire parce que j’estimais que mon travail serait le baromètre dont se serviraient mes camarades pour me reconduire à ce poste. Illusion ! Naïveté ! Ceux qui m’avaient mis à ce poste, après sondage se sont rendus compte de mon échec futur si jamais je me présentais au poste de premier responsable. L’idée c’était d’avoir dans chaque promotion un partisan pour avoir main mise sur toutes les promotions. Le parti qui réussissait pouvait s’en rejouir. Le RAN était au pouvoir. Si j’étais élu premier responsable je serais la marionnette qui agirait sur l’information dans la salle en faveur du parti. Malin, n’est-ce pas.? Je voulais bien ce poste. Mais ma motivation n’était pas politique. Les choses se compliquaient. J’ai une adversaire redoutable qui n’a pas dormi sur ses lauriers. Elle était plutôt entre de bonne mains. Ils ont fait tout le boulot à sa place. Ankara m’avait trahi. Du moins, on l’y avait contraint. Elle n’a pas refusé jusqu’au bout non plus. Au fait, ayant une confiance aveugle en elle, rien ne pouvait me faire croire qu’elle se présenterait également au poste de premier responsable.


Le génie politique des FUNA avait payé
-La philo I n’a aucune chance de s’en sortir si le nerveux est élu premier responsable. Lui avait-on dit.

A suivre…

 

Cyriaque ADJAHO

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